DE CETTE TBOISIÈME PARTIE
La description géologique d’une contrée suffisamment étendue , dont les limites sont naturellement tracées par les eaux de la. mer qui l’entourent de tous les côtés , offre des avantages à celui qui l’entreprend, puisqu’il jieut s’occuper exclusivement de l’espace terrestre qui a fait le sujet de ses études, sans devoir penser aux terrains des pays adjacents.
Quoique , pour cette raison, nous nous trouvions en meilleure condition que la plupart de nos confi:%res dans la science et que nous nous croyons par conséquent beaucoup plus libre qu’eux dans le plan de notre travail, nous avons cependant longtemps hésité sur la manière la plus convenable de le présenter au public studieux.
Ce volume devant faire suite aux deux autres parties du Voyage en Sardaigne , et précéder la quatrième, que nous avons aussi promise depuis longtemps ( i ), ce titre seul nous oblige en quelque sorte à faire une large part au géologue voyageur y c’est-à-dire à ces personnes , qui voulant un jour parcourir après nous file un marteau à la main, désireront trouver dans cette troisième partie plutôt une bonne direction dans leurs recherches <pie de dissertations scientifiques.
(I) Oltr i|ualrirnie parti* prendra la titre A’Ilincrairr.
BT mSTBmtJTION
En agissant de la sorte, nous nous conformons également au plan, que nous avons antérieurement adopté, pour l’ordre et pour la classification des roches de la Sardaigne, qui forment les trois collections mentionnées dans notre introduction. Et par le moyen du catalogue que nous placerons en son lieu, nous obtiendrons deux avantages: i" de procéder dans nos indications des terrains de l’île avec pièces à l’apui; 2“ de procurer à ceux de nos lecteurs, qui n’auraient ni le loisir, ni la volonté, ni la possibilité de consulter nos échantillons dans une de nos collections, une description succincte de ces roches; ce qui nous dispensera d’entrer en des répétitions fastidieuses et monotones. De cette manière nous nous bornerons bien souvent à indiquer le numéro que telle ou telle roche porte dans notre catalogue, où elle se trouve suffisamment décrite.
Tel est le plan que nous avons adopté de préférence, quoiqu’il s’écarte un peu de ceux qui sont ordinairement suivis dans ces sortes d’ouvrages. Nous omettons aussi de nous étendre en ces dissertations géographiques préliminaires, qui sont presque de rigueur dans l’intreduction d’une description géologique d’une contrée; car nous avons déjà rempli cette tâche dans la première partie de notre Voyage en Sardaigne, ou nous sommes entré dans toutes les considérations générales physi(pies, géographiques et même géologiques, dont nous n’aurions pu reproduire maintenant qu’une répétition.
DE CETTE TE0I8IÈME PAKTIB. x*ll
Comme les couches des terrains de sédiment recouvrent ordinairement d’autres terrains, qui les ont précédés dans la série des dépôts qui ont eu lieu à dilTérentes époques, il aurait été assez naturel de commencer nos descriptions des terrains sédimenlaires d’après l’ordre de leur superposition respective, comme ils sc trouvent, lorsque nous les étudions depuis la surface jusqu’aux entrailles de la terre ; mais s’il en est ainsi de l’ordre dans lequel nous les suivons de haut en bas, il n’en est pas de même de l’ordre chronologique dans lequel ces terrains furent successivement déposés ; cet ordre est précisément inverse; de fitçon que, s’agissant de commencer nos descriptions par les terrains les plus récents ou par les plus anciens, notre choix pour l’une ou pour l’autre des deux méthodes aurait toujours été justifié pas un motif plausible et par l’usage que l’on fait indistinctement en géologie, de la progression ascendante ou de la descendante.
Nous avons cependant réfléchi que bien souvent il arrive que des roches sédimentaires soient formées aux dépens de celles qui les ont précédées dans la série des terrains, puisqu’elles en renferment quelquefois des débris reconnaissables ; et comme en géologie l’absence ou la présence de tels ou tels fragments de roche dans une brèche, ou dans tout autre terrain d’agrégation, est un argument valable pour fixer leur dge relatif, nous avons pensé qu’il est plus rationnel de procéder du connu à riiiconnu, c’csl-à-dlre , d’étudier d’abord les roches les jilus anciennes , avant de
PLfM BT BISTRIBOTION
passer aux plus modernes, plutôt que de suivre la marche opposée.
Mais comment distinguer ces roches plus anciennes , que l’on est dans l’habitude de nommer primitives et qui devraient naturellement nous servir de point de départ? Voilà précisément pour nous, comme pour bien des géologues, un problème diflicile à résoudre. C’est pourquoi nous nous abstiendrons des dénominations de roches primitives , de terrains primitifs et nous commencerons notre description par les roches feuilletées, ou sédimentaircs d’aspect cristallin, auxquelles nous donnerons le nom de roches de sédiment cristallines, sans trop nous préoccuper de leur véritable origine, ni des causes qui ont pu les réduire à leur état actuel.
Nous admettons, avec d’illustres maîtres, l’ingénieuse théorie du métamorphisme; mais nous ne cachons pas qu’elle est souvent bien élastique dans la main de quelques personnes et que si elle éclaire quelcpiefois sur des changements importants, qui se sont opérés dans certains terrains ou dans certaines roches, elle devient aussi une manière assez commode de tourner une diffieulté sans la résoudre.
Par consécpient, quoique dans le fond nous pensions que l’état actuel des terrains, qui vont figurer dans le premier chapitre (i), puisse en
(1) ?ious avouons franchement qu'en dédiant un chapitre spécial aux terrains de sédimonl cristallins, nous le faisons plutôt par déférence pour d'anciens systèmes que par suite d'une manière de voir qui nous soit propre.
DF. CBTTB TBOISIÈIIE PARTIE.
gi’aiulc partie être attribué ù une inoclincation <|ue (les roches non cristallines ont subies par suite (le l’apparition et du contact de roches de nature et d’origine bien difTérentes, ou bien par l’elFet d’émanations ou d’injections de matières sorties des entrailles de la terre ; et enfin , ({uoi- (pie ces roches ne soient pas à nos yeux primitives dans le véritable sens du mot, nous les séparerons néanmoins de celles dont l’origine sédimentairc semble plus clairement définie et sur les({uelles nous nous réservons d’entrer plus amplement en matière.
Quant à la méthode avec hujuelle cette matière sera distribuée, celle de consacrer un chapitre spécial à cha(juc terrain, nous a panie d’autant plus convenable (ju’elle se trouve conforme à la classification des roches de notre catalogue, dans lequel les échantillons de la collection géologicpie de l’île de Sardaigne sont indi(|ués et distribués par terrains, en suivant un ordre de localités topographique successif. Ainsi, dans cet ordre de localités nous partirons pres(pie toujours, dans chaque chapitre , du point le plus méridional de nie et le plus rapproché de la ville de CagUari ((jue nous supposons le meilleur point de départ) pour arriver successivement aux régions les plus septentrionales; de cette façon nous donnons à notre narration un caractère d’itinéraire, (jui se trouve en harmonie avec le titre général de cet ouvrage.
Knfin, nous ajouterons à notre texte une table
XX PtAN ET DISTRUimON DE CETTE TBOISIEME PABTIB.
analytique ot alphabétique des matières |wr ordre de localités, qui résumera tout ce que chacune d’elles peut oH'rir de notable sur les diirérentes espèces de terrain qu’elle renferme. Nous pensons que cette table complétera utilement le premier volume.
Comme la masse des observations , dont se compose cette troisième partie de notre Voyage, est restée trop considérable pour en faire un seul volume, nous nous sommes trouvé dans la nécessité d’en faire deux. Le premier volume est exclusivement consacré à la partie descriptive des roches et des localités; le second commencera par le dix-septième et dernier chapitre, qui traite des considérations générales, il sera suivi tle la partie paléoutologiquc de nos savants collaborateurs MM. Meiiegliini et Studiali, et il terminera par le catalogue raisonné des échantillons de roches de notre triple collection.
De cette façon nous avons pensé faire également la part des dilférentes espèces de personnes auxquelles ce travail est destiné. Le premier volume servira spécialement au géologue voyageur et le second au géologue de cabinet. Nous avons cixi pouvoir concilier ainsi la nécessité, dans la([uelle nous nous sommes trouvé, de diviser cette troisième partie en deux volumes, avei; l’avantage des deux classes de lecteurs auxquels chaque volume pourra convenir davantage.