CHAPITRE XVI
Cratères éleinls.
Noos avons fait voir dans le cbapilre précédent , page 6H , comment le cours du Flumenttosa sépare aujourd'hui deux lambeaux d'une même coulée basaltique, jadis réunis entre eux. Nous avons dit que des vallées plus ou moins larges et 'profondes, de grandes échancrures, ou même de simples crevasses, se 'sont ouvertes dans les masses basaltiques du Moule Ferru et d’autres* localités de l'tle; et enfin nous avons signalé le morcellement et l'isolement de plusieurs plateaux et de certaines buttes surmontées d’une nappe de cette même substance, jadis beaucoup plus étendue. Tout nous annonce donc qu’une grande dénudation et une commotion violente eurent lieu eu Sardaigne après l’épancbemenl du basalte ; or, comme cette roche recouvre et traverse les bancs supérieurs du terrain subapeonin, on peut en conclure que fa perturbation qui Ta fracturée ou dénudée, doit être placée dans l’ordre chronologique des formations, entre l’époque tertiaire bien révolue et celle que nous désignons sous le nom de quaternaire.
Mais la période de tranquillité qui parait avoir succédé au bouleversement en question , n’a pas été générale dans toute l'IIe, puisque dans une de ses régions, où le morcellement des plateaux basaltiques semble avoir été plus considérable, surgirent ensuite plusieurs petits cratères isolés, qui dans leur ensemble forment une espèce de traînée, dirigée à-peu-près du nord au sud. Cette région, à laquelle nous donnerions volontiers le nom de l’An-
Priuiüatioa poyicrirure lui baaallet.
Rë|ion des entières éteints.
nettvui à U planche.
CHAP. \VI. — OATÊRBS ÉT8INTS.
vergne Sarde, est comprise dans un espace qui est circonscrit, au sud par les environs de Sindia, au nord par le groupe trachytique d'0ji7o, à l'est par le territoire
. d'Itireddu et à l'ouest par celui de Pozso Maggiore. Nous
avons indiqué toutes ces bouches ignivomes quaternaires dans la petite ligure 9 de la planche II h\ nous les reproduisons aussi en grande partie dans notre, planche VI, figures 1 . 2. 3 et 3 bk,
runrn è Uurtu. Les premiers monticules de cette nature , que l'on peut visiter en allant de Cagliari vers Sateari, sont ceux que l'on voit au loin et à l'ouest de la roule royale, lorsqu'on se trouve entre. Macomer et'jBononia; ils forment en graqde partie le Planu è Murlcu, situé entre Smdia e( Poaa Maggiore. Comme nous n’avons fait que parcourir à la hâte cette contrée,, dont le relevé topographique fut exécuté par notre ancien collaborateur le générai De Candia (^), nous n’avons pas recueilli sur la nature de ces différents monticules coniques des' données assez précises pour- les décrire convenablement; nous avons cependant des raisons suffisantes pour les faire figurer dans ce chapitre plutôt que de les avoir placés dans le précédent.
p«uo Uüfcicrr. Les rochcs du soi de Poszo Maggiore nous sont mieux connues; nous avons eu le loisir de les visiter à plusieurs reprises. Ce village, comme son nom l'indique, est posé dans un enfoncement qui pourrait bien être le résidu d’une ancienne, bouche éruptive légèrement écbancrée et tournée vers l’O; un peu plus loin vers le NO, on voit un autre mamelon avec une dépression circulaire, qui semble devoir être le reste d’un petit cratère, dont il èn existe encore les bords: celui-ci aurait déversé sa lave du côté du village. Plus vers l'E, il existe une autre dépression analogue à la précédente, remplie de basalte bulleux et de scories rougeâtres très-légères.
(1) Voyez la première partie de ce ^oyage^ p. 481.
C0S801NB. MO!«TB BB!«ABZOSIJ.
Entre le. village et une église rurale, dedice à S. Jo- ch.pru. nous avons recueilli dans les champs plusieurs oris-'*' taux de pyroxène de la grosseur d’un pouce; ils sont en abondance sur le sol. Ces cristaux , d’un noir brillant e t, alTectent une apparence de vitrification, qui les (ait au premier abord prendre pour dos fragments d’obsidienne.
Nous avons aussi rencontre dans le même tetrain quelques pièces de fer spéculaire. l’fès de là nous avons également tiré de la roche en place l’échantillon qui figure dans Yiolre collection avec le n° r 2; c’est un basalte un peu poq)h>riquc, gris-brun, contenant etf abondance du péridot verdâtre et des cristaux noirs de pyroxène; le péridot expos'é à l’air devient terne et il prend par la décomposition une teinte rougeâtre.
En allant de Poko Slagijinre vers Itonorva, bn voit vers Mom l'ouest du village de Co.Moi«e une petite bosse arrondie, ■*' placée sur le reste d’une ancienne coulée basaltique fractionnée ; les scories rougeâtres dbnt cette bosse- est formée, annoncent en cet endroit, même de loin , les traces d’une éjection foute fraîche .de, matières anàlogues à celles des buttes de Pozio Maggiorci mais c’est en approchant de Bonorra que l'on peut plus amplement et plus conveoableraent étudier la composition de- ces petits volcans. . • ,
La Canloniera dite d« Bonnrva , pl^éc ' sur la route v. Bnurtoia royale, non loin du village de. ce nom , est bâtie au pied*"*’ ' oriental d’une colline arrondie, composée de marne tertiaire reposant sur un conglomérat tufacé trachytique vert; cette marne est 'recouverte à son tour par une calotte noiràtre,-qui prend sur la cime la forme d’un cratère circulaire, ébréché vers le NO; c’est de ce point que s’est épanché un petit courant de laVe qui couvre de ce côté toute la pente de la colline. Cette lave, de couleur brune, est très-riche en péridot; elle est fortement scorifiée et déchiquetée; le cône supérieur est formé d’un tassement de’ scories légères, rouges ou brunes, sur les-
CIIAP. XVI. — CRATÈRES ÉTBIRTS.
Si coulée <lr lave.
frnto lie Gim-f.
Kocbrr tiolé.
quelles on gravit avec diilîcuUé à cause de leur extrême mobilité. Ce mont prénd le nom du Monte Betiariosu.
A la première descente que l’on fait, après avoir laissé la Canloniera de Bonorva pour ■aller vers Torralba, où la roule royale fait plusieurs tournants, on voit qu'elle coupe à plusieurs reprises la lave sortie du cratère en question ; celle-ci a Coulé tantôt sur le calcaire marneux tertiaire et tantôt sur le conglomérat trachy tique ;> mais cette lave n'a pas pu arriver jusqu'au fond du vallon, où se trouve un pont.
En quittant ‘ce pont et en suivant toujours la rùute reyale, on se trouve bientôt au pied du. mont de Giave, sur le penchant septentrional duquel est bâti le village de ce nom. Pour s’y rendre on doit quitter la grande roule et prendre le chemin communal, qui y conduit par une montée assez rapide. Lorsqu’après avoir dépassé le pays on est parvenu au sommet de- la colline, on y rencontre colle espèce de plaine dont il a déjà été question dans- le chapitre précédent, page 645, et qui porte le nom de Pralo; mais ce Prato (jHibulum) est-bien loin d'étre réplier; ce n'est plus un plan horizontal, comme la nappe basaltique ancienne qui en forme le sol principal; bn y remarque, au contraire, de petites gibbosités arrondies, faites d’une roche de texture et de couleur différefttes. Ce ne sont plus que des scorie* rougeâtres ou brunes, les unes lourdes, les autres légères, qui sont identiques avec celles du Monte Benartosu cl de Poiio Maggiore. Parmi .ces gibbosités on en remarque spécialement une vers le nord du plateau , qui renferme dans son sein une dépression, circulaire un peu ébréchée du côté de Botwrva ; c’est par là (lue s’èsl écoulé un petit coffrant de lave noire brunâtre (Voyez pl. VI, fig. 1).
Lorsqu’on descend de Giave vers le nord on voit toulà-coup paraître un rocher isolé noirâtre, qui s’élève du terrain tertiaire en guise de dyke arrondi. Il a l’apparence d’un culot de matière volcanique, isolé par la dé-
)IOI«TB /INKtRIJ.
nadalion du térrain environnant, comme on k voit en petit dans la fig. 1 , pl. VI, el en grand dans le dessin suivant.
Fig. 123.
Nous ne saurions dire si cette espèce de monolitbe naturel doit être rapporté aux basaltes anciens, comme les liions dykes de VArcuentu, ou bien si c’est le produit d’une éjection bien plus récente et contentporainc des cratères éteints: c’est ce qui est le plus probable.
Au bês de la colline de Giave et tont-à-fait A côté de «r»"» jdnnaru, la rmite royale on voit un monticule dit Slonte Annaru, dont notre planche VI, lig. i, donne un dessin exact; il se présente, au "dehors et surtout vers l’est, sous la forme d'un cône' tronqué un peu déprimé vprs son centre, tandis qu’au dedans il prend l’aspect d'un véritable cratère circulaire. Cette coupe intérieure peut avoir 100 mètres de diamètre sur 1T> à 20 de hauteur au point de la plus 'grande élévation de ses bords, et 4 à 5 mètres au point où ce bord s’abaisse davantage. Les bords en question sont formés d’une roche péridotique d’un brun rougeâtre, cellulaire e 3 et fortement déchiquetée; elle contient de gros nodules de péridot verdàlrç et des espèces de noyaux de matière vitreuse noire, ainsi que des fragments de quartz opaque blanc, un peu fritté. Le péridot, en se décomposant, prend une couleur rouge&tre, comme dans la lave récente de Pouo Maggiore. L’intérieur du cône, qui n’est autre chose que l’ancienne ouverture par laquelle est sortie la matière à l’état de lave ou de scorie.
G'C ClUP. \VI. — CBATCRE8 ÉTBIXT8.
est maintenant comblé- par le tassement de ces mêmes scories, qui sonllanlôt rougeâtres, tantôt brunes, les unes légères, les autres lourdes et plus ou moins boursoufflécs; elles y forment une surface un peu concave, dont la partie déprimée se trouve au centre du cratère (1).
Son tonr.nt Le Moiitc Aniiaiti vu de l’ouest ,.c’csl-à-alire de la roule royale, ne présente pas une grande élévation; on peut l’évaluer ô ^0 mètres tout au plus au-dessus du niveau (le celte route? mais vers l’est, il parait beaucoup plus élevé, par suite de son rapport ayec une plaine assez basse, dont il forme le reboed et qu’on nomme le Campo Giaresii inférieur. G’est sur cette plaine que s’est déversé le seul petit courant de lave sorti de ce monticule'
j/oni, c«wngM. A.- l’ouest du mont de Giave on voit,'sur Une colline qui domine la plaine dite le Campo Giavetu tupérieut-, une bosse arrondie rougeâtre ayant l’apparence d’un tas de blé, dont la forme et la couleur font un contraste singulier avec le terrain tertiaire sur lequel elle e’st posée (1); On y arrive en gravissant une pente assez rapide, composée de bancs calcaires et marneux, qui dans leur partie inférieure contiennent des galets du trachyle ancien: c'est la base de la colline. Ce petit monticule- parle le nom do Monte Castangin; il a sur son sommet une légère dépression circulaire, uh>peu échancrée vers l’ouest; la lave qui .est sortie de ce 'point, n’offre aucune différence de; celle du Atonfs Annani \ elle a coulé sur un plan Irès-incliné jusqu’au fond de la vallée,- le long du versant occidental de la colline oalceire. Le eône supérieur n’est formé que de scories comme ses pareils, décrits précédemment. • • ■
Prianirs sit |<ic(l Du sommet de ce cratère on jouit d’un point de vue
de BoHvei.
(I) NGns eûmc!! le plaisir, en 1853, de conduire en ce lien fen notre Ami et collègue H. de Gollegno 'et ion aimable compagnie. (I) Vnyei planche Vt, figures I et 3 Sis. ‘
COCIlRBraU REREMULB.
Irès-instruclif. Nous avons cru reconnattrc vnij; l’ouesl cl le sud-ouest d’aulres monticules arrondis cl rougeâtres, que nous n’avons pas visités et qui paraissent être une continuation des cratères récents de Pozzo ilwjfiinrp. Quant au château de Honrei ou Itonrighinn , qui surgit au pied dq Monte Caslan;iia, nous ne saurions rien ajouter à ce que nous avons dit dans la note placée à la fin du chapitre XIV, page 593, savoir que la roche prismatique, qjie l'on voit au bas du château vers le nord, de l'autre côté du torrent, pourrait hieti appartenir à la coulée récente du Monte Castangia.
Après avoir quitté celte montagne et être descendu dans le Campo Ciavesu supérieur, on arrive au bout d’une heure de chemin au pieil méridional du mont Curureddn de Keremule, qui est sans contredit le crâtère 1(^ plus intéressant et le plus intact de toute la contrée et qui rappelle ceux de l’AMrerjne d’une manière remarquable. Comme les trois figures., que nous en donnons dans la platrche VI en disent plus qu’une description , qous nous hornerons à noter que ce monticule surgit du terrain tertiaire subapenriin, recouvert par un ancien plateap . basaltique. C’csL un cône fortement ébréché vers l’est, qui est le seul côté par lequel s’est opérée l’émission de la matière lavique; celle lave a tous les caractères extérieurs des courants les plus moddrnes; en la traversant, on* se croirait sur les pentes du Vésuve ou de VEthna. Quant <t sa com^sition on n'y voit ni aiAphigène ni plusieurs autres substances qui se rencontreht dans nos volcans modernes; au contraire, elle ne diffère en rien de celles des autres petits cratères sardes, dont nous venons de faire mention, ni de ceux .qu’il nous reste encore à indiquer. C’est une roche péridotique d’un brun foncé ou noirâtre, fortement poreuse et déchiquetée; la surface de la coulée est morcelée de façon quelle est à la fois ondulée et rocailleuse ; ce qui la rend très-difficile à parcourir. Le cratère, par contre, est uniformé-
Cucuretidu 4e hfrrmule.
r.HAP. XVI.- ~ rRATÊBBS ÉTEINTS.
Soa «llilud».
.^nn âx* r«'lalif aui Ifora^het.
iionie flu/ii ou Fuiùtt.
ment arrondi ; il n’esl. formé .que de fragments de scoriVs brunâtres ou rougeâtres, très-mouvants. .Toute ouverture intérieure a disparu, mais il y reste à'sa place une eavité dont la. surface est régulière comme celle- de la partie extérieure du cône.
Le plateau basaltique, qui est plus ancien quc'leCucureddu de Keremule, ayant 655 mètres d’altitude et la cime de celui-ci en comptant 705, il résnlte que ce dernier dépasse de 50 mètres le niveau du plateau à côté duquel il s’est fait jour.
'La lave sortie du cratère de Keremute est coupée par la route royale et elle va se perdre dans la plaine du Campo Oiaresn inférieur, où se trouvent deux Koraghét connus sous le nom de Koraghe Oes et Noraghe de S. Aaline, qui figureilt dans notre atlas des Antiquités de la Sardaigne, seconde partie du Voyage, planches X et XI, et que nous avons reproduits dans notre '.pl. VI, fig. 1. Il est bon de noter que ces monumcuts, dont l’origine remonte aux temps antéhistoriques, sont bâtis en partie sur cette coulée venue du cratère de Ki^remule, et construits avec la pierre qu’il a fournie; ce qui porte Anne époque antérieure à leur construction l’apparition de cette lave et fort probablement celle de tous les cratères récents de rtlc, dont l’uniformité est si remarquable. ‘
Avant de quitter la plaine où sont ces deux NongAes, le géologue se rapprochera un peu de Bonorva poiu* vi'siler le Monte Rujn ou Rubiu (rouge), ‘butte fort 'intéressante, qui surgit do cette plaine en forme de cône- élancé et tronqué (l). Son nom lui vient de la couleur qu’il présente lorsqu'on le voit de loin et qui est produite par des scories d’un rouge brique, dont il est presque uniquement formé; ces scories sont encore plus mouvantes que «elles .du cratère de Keremute, ce qui, joint à la
(I) Vnyet fig, I, planche VI.
MONTE ADSTIDl'.
rapidité du talus du cône, en rend très-difiieile l'asccn* sion, faite à pied, bien entendu, On ne parvient à la cime, en partant du niveau de la plaine, qu’en trois quarts d’heure de montée. Les parties du Moule Ituju, qui re- . gardent vers l’est et le nord, sont un peu couvertes de Végétation et même de chênes; mais vprs l’ouest. et le sud c-’est une surface nne, rougeâtre. Lorsqu’on arrive à sa sommité, on se trouve, comme au Moule Amiaru, sur le bord circulaire d’une dépression, ou pour mieux dire d’une vraie coupe, parfaitement conservée, dont la profondeur. peut être de 17 mètres et le diamètre de 6a mètres. Malgré celte régularité apparente-, ce bord circulaire présente une dépression . vers le SSE ; et c’est précisément de ce côté que s’est répandu un faible courant de lave, qui a coulé dans la plaine sur un espace assez circonscrit, surtout en longueur (1).
La roche -que nous avons recueillie sur le versant oc- Pyroiinr cidental du Monie Ruju et qui figure dans notre collection avec le n° e i, est d’un brun roussàtre; elle est péêido^ tique et elle .contient du pyroxène tantôt vcrt-noiràtre, tantôt d’nn beau vert-pistache, qui est d’un très-bel effet (4). Elle renferme en outre des gros nodules.de péridet et même des fragments de quartz blanc fritté. Sa structure est luilleüse'et même déchique.lée , ce qui la-rend en tout semblable à celle de la pierre du Monte Annanh
Au nord du Monte Ruju, un peu vers l’ouest, on voit von» ju,uju. s'élever au-dessus de la même plaine, une gibbosité co-
ft) Par faite d’ane erreur loat-à-rait inrolontaire de notre pari, la direction , SSO a 'été substilaée à celle SSE dans l’indication du courant du JUoàle Ruju, sur notre grande carte de l’ile;- c’est une faute que. nous nous ent^nssous de signaler nous-mème.
(S) Cette variété, qui a une couleur plus vivace, a été l’objet d’une analyse soignée de la part de M. Cordier, qui l’a reconnue pour du pyroxène; elle fond facileuient en bouillonnant et elle donne un verre concolore transparent.
CjuOgU
CHàP. XVI. — CBVrfiRES ÉTEINTS
Cratère
à'Itireddn.
yonte Oi de Torralba.
fiSO
nique, qui prend tout-à-fait la forpie d'un tas de blé; on la nomme 3/pnfe Austidit; .elle est beaucoup plus arrondie et plus basse que le Monte Ruju et n’excède pas 40 à 50 mètres de hauteur, mais sa composition est exactement la même. En y arrivant du côté du sud, on est forcé de marcher avec beaucoup de difliculté sur la coulée qui est sortie de cqtte partie du cùne et qui s’est répandue assez loin dan'v la plaine. On dirait que tout ce que le Monte Austidu a de moins en élévation, relativement an Monte Ruju, il le compense dans la largeur, et dans la longueur de la lave qu’il a fourni. Quoiqu’il soit arrondi sur sa cime; sa cavité supérieure, en grande partie comblée, est cependant encore reconnaissable ; toute sa base est couverte do Scories brunes et rougeâtres, -qui s’étendent à 200 mètres tout â l’entour.
Encore ])lus vers le NE, à l’extrémité de cotte même plaine, on voit également paraître une petKe colline' de même nature que les précédentes: elle domine le village A'itireddu; sa forme conique est plus élancée que celle du Monte Aiistidn et elle s’approche davantage de celle du Monte Ruju; son échancrure est tournée vers l'ouest; la lave qui en *est sortie n’a coulé que sur une surface plane do peu d’étendue au pied occidental de ce monticule; celui-ci eÿt formé, comme I?* précédents, de scories brunes et rougeâtres. Nous ne lur connaissons pas de nom particulier; c’est pourquoi nous l’indii^uons ici et dans notre planche VI , fig. I , sotis le nom de cratère d'Itireddu. •
Une autre gibbosité qui; vue de loin, affecte, comme le Monte Auslidu qui lui est voisin, la forme d’un tas de blé, c’est celle qui. domine vers l’est lé village de Torralha, sur la roule royale. On donne à cetfe butté le nom de Monte Oes {Rom)\ c’est égA^nt un autre amas arrondi de scories fraîches rougeg^V brunes, à .peine un œil un peu exercé pcut-il reconnaître une dépression et y voir les. traces de l’orifice par où est sortie la matière en
Googh
liONTB lUNNII.
fusion; celle-ci a coulé le long de la penie orientale de la colline composée de calcaire tertiaire. Celte lave est très-bulleusc et noirâtre ; elle a fourni les matériaux dont sont formés les murs des maisons de Torral{>a: ces maisons, non récrépies au dehors, sont construites avec des pierres noires et rouges, bulleuses et déchiquetées, liées entre elles par une argile rouge de brique, ce ‘qui donne à ce pays l'aspect le |Hus triste que l'on puisse imaginer.
Au reste, ces constructions nous ont rappelé les maisons des villages de r.4urer(;ne et surtout de ttandan».
Près de Torralba on voit paraître, au-dessus des villages vi>uir uomu. de Borutta et de Buuannaru , le vaste plateau basaltique <lu. JUonle Pelao, dont il a été question page 646; de son milieu s’élève en pente douce le Monlf Mamm (grand)
(voyez pl. VI, fig. t et 3). La forrtie arrondie de cette montagne 'et sa structure noirâtre ou rougeâtre décèlent de Iqin l'analogie qui existe entre elle et les monts Oe« et de Keremule, ses voisins. C'est encore ici un tassement de scories fraîches en forme de cratère égueulé, avec une coulée de lave, qui s'est répandue sur la nappe basaltique préexistante. Cette coulée est dirigée vers le sud, comme si la nature eût voulu épuiser toute la série des points cardinaux de l'horizon dans les directions différentes qu'qlle s'est plu de donner à toutes^ ces bouches ignivomes; éphémères cl aux coulées récentes, qui couvrent le sol de cette contrée remarquable.
La cime du cratère du Honte Mannu, sur laquelle mous Sa hauteur, avons posé notre signal trigoDométrique , compte 740 mètres d'altitude, c’est-à-dire .25 mètres de hauteur verticale au-dessus du niveau de la nappe basaltique du Monte Pelao, qui se trouve à une altitude de 715 mètres, comme nous l'avons dit, dans -le chapitre précédent, de façon que la hauteur du cùne plus récent est de 25 mètres; elle est donc moindre de moitié que celle du cratère de Aéremu/e,* qui en a 50.
A partir du plateau basaltique qui domine au nord aualofiiri.
681 CHAF. XTI. — CBATËBES ÉTEINTS.
l’église (le. Meizo Mondo (1) jusqu’au village de Ploaghe, on voit encore une suite de petites calottes arrondies, également formées de scories fraîches et d'un aspect tout récent; mais elles diffèrent des huttes précédentes par leurs moindres dimensions et surtout par l’absence de dépression cratériforme et de coulées à leurs pieds; ce sont des tas arrondis de scories, qui fort probablement se sont accumulées autour d'un orifice étroit, par lequel elles sont venues au jour. Nous serions tenté de comparer pes gibbosités, qui surgissent ainsi du terrain tertiaire, ou au-dessus des plateaux basaltiques plus anciens, à ces boutons qui par suite de quelque expulsion d’une maladie quelconque du corps humain percent parfois à travers la peau et qui sont aussi éphémères que spontanés. Ces amas de scories en forme de tas de blé seraient,, à notre avis, les derniers efforts faits dahs l’Ue par la nature en travail, à la fin de la période ({uatemaire, ou au commencement de la période actuelle, uur direeiioci. La direction que ces monticules conservent entre eux n’est qu’une continuation de celles qu’affectent toutes les autres bulles analogues, que nous venons d'énumérer. Il est clair que cette direction N-S n’est pas casuelle; tout nous engage à croire qu’elle a dû être déterminée par une ancienne .ligne de fracture préexistante, qui se sera opérée dans le même sens à une époque qu’il ne nous convient pas de rechercher dans ce chapitre. s. Mann Le monl de S. Afo»eo, qui domine le- village de Ploaghe, dcFAwgAf. çgj jprnjer jpg monticules de cette traînée; sa
forme est également celle d’un tas de blé ; il se compose aussf d’un amas de scories en partie solides, en partie mouvantes; elles sont, comme les autres, brunes ou de couleur de brique rouge. Plusieurs d’entre elles sont d’une légèreté remarquable « 5; c'est à cause de cette légèreté
(I) Voyei chipilrc XV, page 047.
MONTE U. 4 SSA. OJ3
que depuis quelques années on s'en sort pour la confection des voûtes, des maisons de la ville de Saasari, qui n’est distante de ce mont que de deux heures de chemin.
Nous ne pensons pas que la lave basaltique du Coloru, dont nous avons' fait mention dans le. chapitre 'précédent, page 048 et dont l’oriricc probable se trouve sur remplacement occupé par le village de Plaarihe et par conséquent an pied du monticule de S. Malteo, soit le produit de la bouche ignivome de ce nom; nous en avons déjà exposé les motifs; peut-être cotte lave du Co/oçu sera sortie du même emplacement, mais cette émission doit être bien antérieure à celle du cùne de scories fraîches dont il s'agit.
Noos terminerons la série des buttes formées de scories fraîches par le Monte Massa, qui se trouve placé sur une montqgne trachytique située entre le territoire de Ploaijlie et celui d'0«i/o; c’est encore un cône en forme de' .tps de blé, comme tous cenx du Campa Giavesu; il a conserve quelque trace de dépression cratériforme et d'une légère échancrure, qui est tournée vers le NO; aussi la seule coulée de lave sortie de cet orifice est-elle dirigée de ce côté. Cette lave péridotique et bulleuse .s’est répandue sur un plan' fort incliné jusqu’aux moulins du Maniscalco, sur le chemin d'Osilo à Jampio; elle ne parait pas être descendue beaucoup plus bas dans |e vallon-, quoique ce derr nier continue à se diriger encore assez loin jusqu’àiiprès du bord de la mer. '
Telles sont les particularités que nous avons cru utile d’indiquer relativement à cette espèce de traînée longitudinale de cônes éruptifs, que nous nommons aériens, c’est-à-dire, qui ont paru et qui ont coulé sur un sol déjà émérgé. Leur apparition est, sans aucun doute, postérieure au morcellement et à la fracture des grandes masses basaltiques, qui sont, au contraire, presque toutes d'origine sous-marine et qui sont immédiatement poslérieures aux dernières assises des dépôts subapennins.
^on rapport 4%ec le Coloru.
Monte Mtuta
l.^ur apparition aérienne.
CHAP. XTI. — CBATI^BS ÉTEINTS.
Kpn^iie lie leur Nous avons aussi des données certaines pour reconjppiniion. jjyp jçg Ipjj sablons quaternaires-, dont nous
avons parlé dans le chapitre IX, sont postérieurs au grand mouvement du sol qui, en Sardaigne, fractura les basaltes, puisqu’ils en renferment les débris dans leurs assises inférieures. Mais, comme les cratères éteints, qui ont été l’objet de ce chapitre, ont paru dans une région de nie éloignée de la mer, tandis que c’est tout le contraire à l’égard du grès quaternaire,’ nous ne saurions dire si le dernier effort de la nature platonique a eu lieu en Sardaigne pendant ou après la formation de ce grès.
Lrar Ce qui parait probable, c’est que ces derniers phéno- ‘^"pîrJTbirY''^ mènes éruptifs du sol de l’tle, paraissent contemporains du temps où les' volcans aériens de' l’Italie, préludèrent au long travail -du Vesute et de YElhna. Au reste, la vie de ces volcans en miniature de la Sardaigne n’a que fort éphémère; -et depuis leur apparition (probablement simultanée], rtle parait avoir joui d'une longue période de tranquillité, quant aux perturbations physiques, puisque tous ces cratères Conservent encore un air de- fraîcheur remarquable; on les dirait formés pour ainsi dire la veille, si les notions archéologiques, qu» nous possédons sur la hante antiquité de certains monuments faits avec leurs laves , ne renvoyaient l’émissiqn de ces dernières a un temps sur lequel les données historiques nous font complètement défaut.
Fiji.