INT II 0 DUC T ION
forment enlre le lac Léman et
le lac de Constance un vasle demi-
cercle. De Schaffouse à Baie, le Rhin serpente le long du Jura. On dirait un fossé creusé au pied d’un rempart.
11 fut un temps où cette région était plongée dans les profondeurs de l’Océan, où nul œil humain n’aurait pu découvrir les champs sillonnés aujourd’hui par la charrue, parsemés de hameaux et de villages, où les pics gigantesques, dont on mesure à présent la hauteur avec le baromètre, apparaissaient comme des îles éparses dans l’immensité des vagues. Les observations des géologues ne laissent aucun doute sur cet état primitif de la contrée helvétique.
Quand la masse d’eau se fut écoulée, quand le sol qu’elle laissait à découvert se fut revêtu d’herbes, de plantes, de forêts, longtemps encore cette terre virginale resta inhabitée.
Des traditions rapportent que, six cents ans avant l’ère chrétienne, des Italiens, épouvantés par une invasion de Gaulois, dévalisés et chassés par ces barbares, vinrent avec leurs femmes et leurs enfants chercher un refuge dans les gorges sauvages des Alpes. Là, les bois et les montagnes les séparaient des hordes féroces contre lesquelles ils avaient vainement essayé de lutter. Là, ils se firent un nouveau Latium. Un de leurs dieux ou de leurs héros s’appelait Rhétus. De là leur nom de Rliétiens, qui s’est maintenu d’àge en âge dans les annales de la Suisse. Aujourd’hui on désigne encore par le nom de Rliétie le pays qui s’étend autour des sources de l’Inn et du Rhin, le dis¬
trict des Grisons.
D autres traditions disent les lents et les timides développements des premiers settlers de la Suisse. Ils s’installèrent d’a-
I N TKO DUC T I G X.
VI i
boni dans les vallées les plus larges et les pki s tempérées; puis peu à peu prirent possession de terrains moins attrayants. Mais ils regardaient avec une crainte superstitieuse les hautes cimes que les touristes de nos jours se réjouissent de gravir. Le Rhône leur semblait un Active orageux issu du chaos. Le beau, le limpide1, te radieux Léman était, selon l’expression d’un poëte, le lac du désért et de la tempête1. Le lac de Constance, qu’on ttppèla d’abord le grand lac, puis le Venète, et le Brigantm, et la mèr de Souabe, inspirait par son aspect la même terreur. Des rives de ce lac jusqu’à celles du lac de Zurich, on ne voyait qu’un vaste et silencieux désert, des forêts, repaire des ours et des sangliers, des terres humides où pullulaient de nombreux reptiles dont le peuple a fait dans ses légendes une image fantastique. 1
><|fU