MO
Tel a été l’état de la Suisse. On ne s’en douterait guère en la parcourant aujourd’hui. 11 n’est pas un pays où l'on voyage plus commodément, et pas un qui attire chaque année une plus grande quantité de promeneurs, de savants, de curieux. Il a été tellement visité, et si souvent décrit, que si l'on se hasarde à le décrire de nouveau, on craint de faire une oeuvre inutile ou téméraire. Mais, tant que le souci des intérêts matériels, l’amoiir des spéculations lucratives, l'idolâtrie de l'or, n’auront point vicié et gangrené les plus nobles facultés de l'homme, tant qu'il restera au cœur des sociétés humaines une fibre poétique, un sentiment des belles et grandes choses, il y aura des artistes qui se rendront gaiement en Suisse pour peindre ses paysages, ou
•‘ÎKInofO'/ol) r'obm'ilJ y>\ ••") -'fjMftd'-i, 1 1 < !
1 Daguet, Hislbire de là Confédération suisse.
an
INTRODUCTION
tout au moins pour les photographier; des écrivains qui raconteront en de nouveaux volumes les impressions de leur voyage à travers cette magnifique contrée; des éditeurs qui ne craindront pas de publier ces volumes, et de bienveillants bibliophiles qui s’empresseront de les acheter.
Qui ne voudrait la voir, cette belle Suisse, dans sa sévère majesté et sa grâce idyllique, dans l’action intelligente de sa population et dans le silence solennel de ses solitudes? Les scènes les plus variées, les contrastes les plus saisissants, sont réunis là dans un étroit espace : sites sauvages, images riantes, abîmes effroyables, sentiers fleuris. Ici, par de ténébreux défilés, on arrive à de vastes plaines pareilles à des mers de verdure, à celte mer de sargasse que Christophe Colomb découvrit au sein îles sombres vagues de l’Océan. Là, ce sont de mystérieuses vallées qui se déroulent comme des bandes de velours entre des remparts de granit. Sur les coteaux pierreux, le vent jette un germe léger, et de ce germe naît une plante vivace, un arbuste, un sapin peut-être, qui peu à peu se développe, et de ses larges rameaux pare la nudité d’un sol aride. Du haut des rocs escarpés, le torrent impétueux s’élance, bondissant, mugissant. Au loin, on l’entend retentir, au loin on voit flotter son tourbillon d’écume pareil à la vapeur d’une chaudière bouillante, et l’on s’ et 1 raye de sa puissance. Puis le voilà qui tombe comme un cheval des pampas, épuisé de fatigue par l’ardeur de sa course. L’orageux, le terrible torrent qui sape les rochers, déracine les arbres, s’apaise tout à coup dans le bassin où il s’épanche, et se divise en plusieurs ruisseaux dociles qui se soumettent humblement a 1 industrie de l’homme, qui font tourner des mou-