‹ Voyage en SuisseChapitre 126 sur 200 · C H À IM T R E T R E I Z I È M E · texte numérisé non relu

C H À IM T R E T R E I Z I È M E

chanter le chant des combats. Veit-Weber, c’est le Taillefer1 de la Suisse : comme lui, il marche le glaive à la main, en tête de ses concitoyens; comme lui, il célèbre les jours de bataille et les héros morts pour leur pays.

Nous ne connaissons de lui que cinq chants de guerre; il est probable cependant qu’il en a écrit d’autres encore. Mais ces cinq chants reposent sur les événements les plus mémorables de la guerre de Bourgogne; ils forment à enx senls une iliade complète; ils commencent à la mort de Hagenbach et finissent à la bataille de Morat, le plus beau triomphe de la Suisse. Un an après, la puissance de Charles le Téméraire allait s’anéantir devant Nancy, be prince de Flandre et de Bourgogne, frappé d’un coup d’arquebuse, rendait le dernier soupir dans un marais.

Nous ne savons rien de la vie de Veit-Weber, sinon qu’il était de Fribourg en Brisgau, comme il le dit lui-même dans un de ses chants, et qu’il vivait à l’époque où la Suisse livrait toutes ces grandes batailles. 11 devait avoir fait quelques études poétiques, car ses vers, avec toute leur naïveté et leur rudesse d’expression, ne manquent pas cependant d’une certaine harmonie; il va même parfois de l’art dans la manière dont il dépeint l’air martial de ses concitoyens, et le mouvement des armées ennemies qui s’avancent l’une contre l’autre. Mais ce qui lui donne toute son inspiration,' toute sa poésie, c’est le cri de guerre, c’est l’aspect du champ de bataille. Avec quelle ardeur il entraîne les Suisses au combat! avec quel noble sentiment d’orgueil il loue tour à tour et la force de Fribourg, et la fermeté de Soleure, et Fours indomptable de Berne ! 11 a peur que ses concitoyens ne se divisent, car il sait que

1 Taillefer qui niull bien chantout, Sur un cheval qui tosl alout, Devant le duc alout chantant De Karlemagne et de Huilant,

Et d’Olivier et des vassaux Qui moururent à Roncevaux.

l’ennemi profiterait de leur discorde. Quand il leur a montré le danger qui les menace, il les appelle à se réunir, il invoque à leur secours et le Christ et la Vierge Marie, et les patrons de chaque cité suisse; puis, quand il a lui-même combattu dans leurs rangs, quand la lutte est finie et la victoire gagnée, le voilà qui entonne l’hymne de triomphe: son œil s’enflamme, son cœur bondit; il regarde, avec une impitoyable dureté, les eaux du lac rougiesdu sang des ennemis, et chante d’une voix qui nous ébranle la déroute des Bourguignons et le succès de l’Helvétie.

Tous ces chants sont assez longs et ressemblent plus, par le mouvement du récit, à un fragment de poème épique qu’à une ode. On voit que le poète ne les a pas pris comme un thème qu’il est pressé d’achever. Il se complaît dans le tableau des évolutions militaires, dans le détail des faits. Le chant d’Héricourt n’a pas moins de vingt-neuf strophes de six vers chacune; celui de Morat en a trente-deux, et le plus long de tous est celui de Pontarlier; c’est aussi celui de tous qui me semble le mieux empreint des diverses nuances poétiques qui caractérisent l’œuvre de Veit-Weber; si je ne crois pas devoir le citer en entier, j’en citerai du moins la plus grande partie.

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