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C II A IM T R F, DIX -HUITIÈME

paix dans le respect des nobles faits d’armes de son père, dans la pratique des vertus chrétiennes dont elle donnait l’exemple à (ous ceux qui l’entouraient. Mais les Hongrois revinrent plus avides de pillage, plus terribles que jamais, puis les Sarrasins. Tout fuyait à l’approche de ces hordes sauvages. Berthe elle-même fut obligée de fuir et se retira dans une tour au pied de laquelle on a vu plus tard s’élever la ville de Neuchâtel.

Cependant Conrad, trop faible pour pouvoir lutter contre ces féroces légions qui portaient la dévastation dans ses domaines, eut recours à la ruse. En feignant de traiter tantôt, avec les Hongrois, tantôt avec les Sarrasins, en leur promettant de faciliter leur établissement dans le pays de Vaud, il excita entre ces deux armées barbares un sentiment de jalousie et de haine réciproque. Il les souleva, il les arma l’une contre l’autre, et lorsqu’il les vit affaiblies par leurs combats, il entra en campagne, acheva de les écraser, et les chassa à jamais de son royaume.

C’était dans la seconde moitié du dixième siècle, à l’approche de celte millième année de 1ère chrétienne qui épouvantait l'Europe.

Il est écrit au vingtième chapitre de l’Apocalypse que lorsque mille ans seront accomplis après la naissance du Christ, ou verra Satan, affranchi de ses liens, sortir de sa prison. Il sortira pour séduire les nations aux quatre coins du monde. Mais Dieu fera descendre sur elles le feu du ciel, qui les dévorera.

Ces paroles de saint Jean, prises à la lettre, faisaient croire que le monde touchait à sa lin. Cette croyance qui avait enfanté la secte des millénaires, se répandait de plus en plus dans les diverses classes delà société et troublait le cœur du pauvre et du riche, du sage et du débauché, bes uns, pour mériter la clémence du ciel, faisaient d’abondantes aumônes; d’autres passaient leurs journées on prières; des seigneurs affranchissaient leurs serfs; de fiers et arrogants guerriers demandaient pardon à leurs ennemis, tandis que de joyeux vivants s’écriaient que puisque le monde allait finir,

ils n’avaient rien à ménager et devaient gaiement employer le reste de leurs jours et le reste de leurs biens.

En ce temps d’agitation universelle, Berthe parcourait le canton de Vaud, partout s’informant des besoins du peuple, réprimant des abus, enseignant la justice, partout répandant des consolations et des bienfaits. Elle désirait aussi mériter la grâce de Dieu par ses bonnes œuvres et ses pieuses institutions. Elle fit des dons considérables à l’évêché de Lausanne, à l’abbave de Saint-Maurice; elle bâtit une église à Soleure, un couvent à Neuchâtel ; reconstruisit la cathédrale de Payerne et fonda dans cette même ville un cloître de bénédictins.

Elle mourut vers l’année 965 et fut enterrée dans sa chapelle favorite de Payerne. En 995, son fils Conrad fut enseveli près d’elle, ayant régné cinquante-sept ans.

bien des guerres et des révolutions ont éclaté en Suisse depuis le dixième siècle, mais ni le temps, ni les bouleversements démocratiques et religieux n’ont pu effacer la mémoire de la reine Berthe. Son nom s’est perpétué d’âge en âge dans le pays qu’elle édifiait par ses vertus. Il n’est pas un paysan qui ne la connaisse et qui souvent ne la cite. « Du temps que la bonne reine Berthe filait, » dit en hochant la tête le vieillard chagrin des innovations modernes; « du temps que la bonne reine Berthe filait, « dit avec un soupir le jeune homme déçu dans ses espérances d’amour et de fortune. Du temps que la reine Berthe filait, c’était cependant un tempsde guerres, dedésordres et de terreur superstitieuse. Mais le cœur d’une noble femme a suffi pour l’idéaliser dans la mémoire d’une population, et de l’histoire de celte femme on a fait une naïve légende. On sait que Berthe fut ensevelie à Payerne. On a retrouvé en 1818, dans les profondeurs d’un caveau, son cercueil entre les cercueils de son époux et de son fils, et on l’a recouvert d’un marbre noir décoré d’une pieuse inscription. Mais le peuple croit qu’elle a conservé dans l’autre monde la faculté de revenir en celui-ci, de parcourir, comme elle le faisait durant sa vie, le pays

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