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CHAPITRE DIX-HUITIÈME

qu’elle aimait, d’examiner l’état de ses routes, de ses pouls, de ses édifices publics, la culture de ses champs et la conduite de ses habitants. On dit qu’elle se plaît surtout dans les murs de la tour de Gourze, qu’elle construisit sur une des pointes du ,lorat. Là, elle contemple avec amour le pays qu’elle a gouverné et qu’elle ne peut oublier. Là, dans les brumes de l’hiver, on peut la voir quelquefois, revêtue de sa longue robe blanche, répandant de côté et d’autre et jetant au loin les semences qui doivent féconder les sillons du laboureur. Quand vient Noël, elle quitte sa tour solitaire, elle s’en va deçà, delà, avec une cohorte de génies aériens; elle pénètre dans les villages, elle visite la maison du paysan, la grange et l’écurie. Là où règne l’esprit d’ordre, de concorde, de travail, elle répand sa bénédiction. Mais malheur au père de famille' qui manque à ses devoirs, à l’enfant pervers qui se révolte contre ses parents, à l’ouvrière qui n’accomplit pas fidèlement sa lâche, au valet qui trompe la confiance de ses maîtres! ils seront châtiés de leurs méfaits par une main invisible, et ils apprendront que Berthe a passé près d’eux, la sage, la juste, la puissante Berthe, qui récompense les gens honnêtes et punit les coupables.

L’église construite par cette sainte reine à Payerne, a cependant été dévastée parles protestants et transformée en un magasin. Son cloître de bénédictins, supprimé par la Réformation, est occupé par une école. Mais on garde dans cette ville, comme une relique précieuse, la selle dont la reine se servait pour chevaucher à travers la contrée, une lourde et grossière selle au bas de laquelle on remarque une ouverture où Berthe posait le pied de sa quenouille. Car elle ne perdait point de temps, l’active Berthe, elle filait en s’assevant dans sa demeure, elle filait en causant avec les sei-

gneurs el les paysans de son royaume, elle filait en voyageant.

J’ai vu en passant une gentille jeune fille, assise sur le seuil d’une porte et tournant d’une main légère un fuseau sur lequel s’enroulait un beau fil de lin. Peut-être qu’en travaillant ainsi elle songeait à la reine Berthe, et peut-être (pie dans la nuit de Noël

elle verra rayonner sous son humble toit le doux regard et le doux sourire de la bonne reine.

Payerne, illustrée par cette poétique légende du dixième siècle, est une petite ville du canton de Yaud, occupée par une population de deux mille cinq cents âmes, très-modeste et très-pacifique. Dans cette bourgade agricole est pourtant né un aventureux homme de guerre, le général Jomini. Mais, après ses campagnes avec le maréchal Ney et ses campagnes avec les Russes, il ne revint point dans sa cité natale, il se retira à Lausanne. Ses concitoyens ne lui ont point élevé une statue et ne connaissent peutêtre pas même ni son Traité de. s grandes opérations militaires, ni ses autres belliqueuses théories. Paisibles gens des champs! •

Le moindre grain de mil ferait mieux leur affaire.

Au delà de Payerne, sur la route de Fribourg à Yverdon, s’élève une dernière ramification du Jorat. De là on descend dans la bourgade d’Estavayer, puis vers une forêt de noyers qui, sous ses longs rameaux, abrite le village de Chaises. Au dernier siècle on découvrit près de ce petit village vaudois un vaste pavé en mosaïque qui représentait Orphée attendrissant les animaux par les sonsde sa lyre.

Près de là est Yverdon, une jolie ville, régulièrement, coquettement bâtie, dans une belle plaine, au bord du lac qui s’étend jusqu’au delà de Neuchâtel. De toutes parts on y arrive aisément par le chemin de fer, par les bateaux à vapeur, par les diligences. L’hiver, elle est un peu délaissée, cette aimable ville qui n'a ni grandes fabriques, ni grandes maisons de commerce; mais, l’été, chaque jour lui amène quelque cohorte de touristes, et elle a des sources d’eau minérale qui attirent un assez grand nombre de baigneurs, et la gentille cité sourit à ces étrangers et les héberge trèsconvenablement, à des prix très-équitables, et semble se réjouir de les voir se promener dans ses rues, admirer ses paysages. Elle n’offusque personne et cherche à plaire à chacun. Elle est en

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