CHAPITRE SIXIÈME
vent, comme le Khône, gonflée par des torrents qui la font déborder.
La capitale du Valais n’est ni brillante ni grande. A part sa vieille cathédrale, elle 11e renferme pas un éditice qui mérite d’attirer 1 attention. Mais les vertes et fertiles plaines où elle est située, les anciens remparts qui entourent encore un de ses quartiers, les deux collines rocailleuses qui s’élèvent dans son enceinte, avec leur couronne de créneaux et de tours en ruines, forment un tableau d’un effet singulier, à la fois attrayant et imposant.
Sur l’une de ces collines appelée Valeria sont les vestiges d’une antique forteresse construite par le général romain Valerius; sur l’autre, les ruines d’un château épiscopal bâti au treizième siècle, dévasté en 1788 par un incendie. Un peu plus bas est un second château épiscopal qui fut anéanti par le même incendie. Le siège épiscopal de Sion est l’un des plus anciens des Gaules, et il a été enrichi par plusieurs souverains. Le chapitre de la cathédrale possédait des biens ruraux considérables, des fiefs, des juridictions; les bourgeois de la ville prenaient la qualification de barons et avaient le droit de réviser toutes les sentences criminelles prononcées dans le Valais. Enfin l’évêque portait le litre de prince du Saint-Empire, et jouissait des droits régaliens. Devant lui, dans les grandes cérémonies, un des principaux gentilshommes du pays portait le glaive de la justice.
De même que les prêtres de la primitive Église, les chanoines de la métropole avaient le privilège d’élire eux-mêmes leur évêque. Au commencement du seizième siècle, ils élevèrent dans leur conclave à ce poste éminent un pauvre enfant du Valais, Mathieu Schirner, qui d’abord avait rempli les modestes fonctions de curé, qui ensuite avait été admis dans le chapitre et s’y était distingué par de hautes qualités.
C’est ainsi que dans tous les temps et dans tous les pays, l’Église chrétienne a été chercher jusque dans les derniers rangs du peuple, pour leur imposer ses honneurs, les hommes qui se signa-
huent parleurs vertus et leurs talents. C’est ainsi que cette sainte république couronne et ennoblit les principes de justice et de confraternité évangélique, profanés, dégradés, et si souvent cruellement ensanglantés par nos modernes républiques.
Le fils d’une humble femme et d’un obscur paysan du Valais, installé sur le trône épiscopal de Sion, fut promu par le pape Jules II à la dignité de cardinal, investi en outre du titre de légat apostolique, et son nom se lie à une des pages mémorables de notre histoire.
Mathieu Schirner fut l’adversaire ardent de François Ier, de ce galant, de ce chevaleresque souverain de qui Bayard a dit eu sou naïf langage : « Jamais roi n’avait été vu en France, de qui la noblesse s’éjouit tant. » Pour défendre les intérêts de la papauté, l'habile cardinal prit une part active à la guerre du Milanais, détourna les Suisses de leur traité d’alliance avec François Ier et lança contre lui la formidable infanterie qui pendant deux jours lutta si vaillamment contre l’armée française dans les plaines de Marignan .
Les évêques de Sion ne font plus la guerre aux souverains. Les évêques de Sion 11e possèdent plus leurs anciens domaines ni leur pouvoir de seigneurs temporels. Ils n’ont pas même songé à reconstruire leur château sur la colline d’où ils contemplaient dans la vallée du Rhône une des plus belles parties de leur diocèse. Mais si l’édifice de leur puissance matérielle s’est écroulé dans l’orage des temps, ils ont conservé celui d’une puissance morale contre lequel n’ont pas encore prévalu les portes de l’enfer.
Les tentatives des luthériens et des calvinistes ont échoué devant les fermes et candides croyances de l’honnête population du Valais. Ce beau canton, cerné par les cantons de Berne, de Genève et de Vaud, a gardé au milieu de cette enceinte protestante sa foi catholique, et le catholicisme y subsiste comme une source vivifiante.
En laut-il une preuve? Je la trouverais dans plusieurs récits de