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L'ÉTANG D'ÉZÉCHIAS

(Voyez page 176)

La principale objection que l'on puisse faire à mon tracé du second mur, c'est qu'il laisse hors de son enceinte Yétang du Patriarche, dans lequel on s'accorde assez généralement à reconnaître Yétang d'Ezéchias. Si l'étang construit par Ezéchias était dans la ville , comme on est forcé de l'admettre par le récit de la Bible, il doit avoir été dans l'enceinte du second mur, qui existait déjà du temps de ce roi. et par conséquent on est forcé de chercher le tracé de ce mur plus à l'ouest que je ne l'ai fait.

Bien qu'il ne soit point aussi fort qu'il le paraît , ce raisonnement aurait pourtant quelque valeur, je l'avoue , si l'on pouvait admettre le fait sur lequel il se fonde , savoir l'identité de l'étang du Patriarche et de celui d'Ezéchias. Mais, malgré les vraisemblances apparentes sur lesquelles l'appuie Robinson , cette identité, bien loin d'être prouvée, est en contradiction flagrante avec le texte de l'Ecriture.

Voici les passages où il est question de cet étang. On lit dans le deuxième livre des^ Rois : « Le reste des faits d'Ezéchias et tous

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ses exploits, et comme quoi il fit l'étang et l'aqueduc par lequel il fit entrer les eaux dans la ville, n'est-il pas écrit au livre des Chroniques des rois de Juda 1 ?» Et dans le deuxième livre des Chroniques : « C'est cet Ezéchias qui boucha la source supérieure des eaux de Gihon et la dirigea en bas , à l'occident de la cité de David.2 » Si la cité de David est l'ancienne ville, le mont Sion,

— comme on l'admet généralement et comme Robinson l'admet aussi quelques pages plus loin, en parlant du tombeau des Rois 3,

— il est impossible que le livre des Chroniques veuille parler de l'étang du Patriarche; car celui-ci n'est point à Toccident de la cité de David, mais tout à fait au nord.

Si même nous supposions un instant avec M. de Saulcy et contre Robinson lui-même , que le mot de cité de David ne s'applique pas toujours au mont Sion seulement , mais quelquefois aussi à toute la ville de Jérusalem, notre argument ne subsisterait pas moins : car si l'étang du Patriarche est à l'ouest de la Jérusalem moderne, il était situé dans la Jérusalem ancienne beaucoup plus au nord qu'à l'ouest , puisque la ville s'étendait alors bien plus au sud qu'elle ne le fait maintenant.

Mais . dira-t-on , si l'étang du Patriarche n'est pas l'étang d'Ezéchias, où placez-vous celui-ci? — Je pourrais opposer à cette question une fin de non-recevoir ; car nous ne sommes point obligés d'avoir réponse à tout et de retrouver dans la ville moderne tout ce qui existait dans la ville ancienne. Il est permis d'ignorer, — mais il n'est pas permis de déterminer un site d'une manière contraire aux données expresses et positives de l'Histoire. Et d'ailleurs, l'argument des décombres, si souvent invoqué, s'appliquerait dans cette occasion mieux que dans toute autre. Si l'on admet que les ruines de l'ancienne cité ont pu , comme Robinson le prétend, combler la vallée du Tyropéon , on peut , à bien plus forte raison , supposer qu'elles auront fait disparaître les traces d'une simple piscine. Et l'on sait que précisément sur le mont Sion, dans la cité de David, il ne manque pas de décombres.

1 2 Rois XX, 20.

* 2 Chron. XXXII , 50.

3 Researches, tome I , page 53^ , au bas.

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Essayons toutefois de faire encore quelques recherches, et voyons s'il n'est aucun des étangs actuellement existants auquel puisse s'appliquer ce que le livre des Chroniques nous dit de la piscine d'Ezéchias.

En jetant un coup d'œil sur un plan de Jérusalem, nous apercevons précisément à l'occident du mont Sion un étang , maintenant desséché, mais qui est de beaucoup le plus grand de tous ceux qui subsistent encore à Jérusalem. C'est Y étang du Sultan (Birket es-SultânJ . Il est situé dans le ravin que les archéologues (Robinson entre autres) s accordent généralement à considérer comme le Gihon de l'Ecriture , c'est-à-dire dans la partie supérieure de la vallée dite de Hinnom. Il ne communique pas, il est vrai , avec Y étang supérieur de Gihon (Birket Mamilla) ; mais la situation respective de ces deux piscines montre que rien n'était plus facile que de les mettre en rapport1. Il est même si naturel de les rapprocher, que les voyageurs les nomment d'ordinaire tout simplement Y étang supérieur et Yétang inférieur de Gihon.

Ne serait-ce donc pas dans le Birket es-Sultan qu'il faudrait chercher à retrouver l'étang construit par Ezéchias à l'occident de la cité de David, et dans lequel il fit descendre fil dirigea en bas) les eaux de la source supérieure de Gihon ?

C'est le plus vraisemblable en effet, mais ici se présente tout d'abord une objection grave, que nous devons examiner. L'étang d'Ezéchias était dans la ville et le Birket es-Sultân se trouve hors des murs, — non-seulement hors des murs actuels, mais aussi hors des murs décrits par Josèphe, et par conséquent, semble-t-il, en dehors de ceux qui existaient au temps d'Ezéchias. En effet, le bord oriental du ravin de Gihon paraît former d'une manière si nécessaire la limite occidentale de la ville, qu'on a peine à supposer qu'elle ait jamais passé ailleurs.

On peut cependant répondre à cette objection , et c'est encore le livre des Chroniques qui va nous donner sur ce point un renseignement précieux. Sans doute le bord oriental de la vallée était, dès les temps les plus anciens, garni d'un mur (le premier mur de

( Robinson lui-même admet que l'étang du Sultan a du jadis être alimente, en partie du moins, par les eaux du Birket Mamilla.

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Josèphe) , mais nous savons qu'il en existait aussi un second de l'autre côté de ce fossé naturel, c'est-à-dire à l'ouest de Gihon; c'est ce qu'on appelait la muraille extérieure. Elle n'existait plus au temps de Josèphe et il ne faut la confondre avec aucune de celles dont il parle, mais nous lisons dans le deuxième livre des Chroniques : « Manassé bâtit la muraille extérieure pour la cité de David, vers l'occident de Gihon, dans la vallée.... 1 » Ainsi, le Birket es-Sultan se serait trouvé entre l'ancien mur et ce mur extérieur. Or, c'est précisément ainsi qu'Esaïe décrit la situation de l'étang d'Ezéchias : « Vous avez fait un réservoir d'eau entre les deux murailles, pour les eaux du vieux étang2. »

En comparant ce passage d'Esaïe à celui des Chroniques que nous venons de citer et à celui qui nous dit que l'étang d'Ezéchias était à l'occident de la ville de David, on ne pourra s'empêcher de considérer comme un fait extrêmement vraisemblable l'identité du Birket es-Sultân et de l'étang d'Ezéchias. Nous ne sommes pourtant pas encore à bout de toutes les difficultés. On m'objectera sans doute, et avec raison, que la muraille extérieure dont je viens de parler fut bâtie par Manassé et que par conséquent elle n'existait pas du temps d'Ezéchias, son père.

Cette objection a quelque poids, j'en conviens, mais n'est point irréfutable. Nous savons par Esaïe qu'à cette époque les brèches de la cité de David étaient grandes* , et rien n'empêcherait que Manassé ne fût considéré comme ayant bâti le mur extérieur quand il n'aurait fait que le réparer, le rebâtir ou le rendre plus fort qu'il ne l'était auparavant. Le mot de bâtir est bien des fois employé en ce sens-là dans l'Ecriture ; n'est-il pas dit , par exemple , dans ce même livre des Chroniques4, que Roboam bâtit Bethléhem, c'est-à-dire qu'il la fortifia ? Il suffît de feuilleter l'Ancien Testament ou d'ouvrir le dictionnaire de Gesenius pour trouver maint passage où bâtir signifie rebâtir*. — Mais ce qui me paraît plus vraisemblable encore et ce que l'on peut aisément inférer du cha-

4 2 Chron. XXXIII , ik.

- Esaïe XXII, il.

3 Esaïe XXII , 9.

4 2 Chron. XI, o, 6.

5 Par exemple : 1 Rois XYI , ÔH. 2 Rois XIV, 22. Ps. CXLVII, 2. Amos IX , 14 ; etc.

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pitre XXII d'Esaïe, c'est que les travaux de Manassé n'étaient que la suite de ceux d'Ezéchias et l'exécution d'un plan de fortification de la ville fait par celui-ci. Ainsi , à supposer que l'étang eût été construit avant le mur extérieur, on n'aurait pas moins pu dire qu'Ezéchias avait amené les eaux dans la ville, puisque ces divers travaux auraient appartenu à un même plan et que le temps seul aurait empêché Ezéchias de les achever.

Ce mur extérieur, à l'occident de Gihon , fut détruit sans doute avec les autres par Nébucadnézar. Nous ne voyons point dans Néhémie qu'il ait été relevé ; en tout cas, il n'existait plus du temps de Josèphe. L'étang d'Ezéchias perdit dès lors son importance et on détourna, du moins en partie, les eaux du Birket Mamilla pour en alimenter un étang plus voisin des portes, celui du Patriarche. A supposer que le conduit qui fait communiquer ces deux étangs soit de construction antique, il ne remonterait donc point à Ezéchias.

Au reste , lors même qu'on n'admettrait pas mon hypothèse relativement à l'identité du Birket es-Sultàn et de l'étang d'Ezéchias,

— lors même qu'on parviendrait à concilier la situation de l'étang du Patriarche avec ce que l'Ecriture nous dit de celui d'Ezéchias,

— il ne s'ensuivrait point nécessairement que cet étang, pour avoir été dans l'enceinte des murs du temps des rois de Juda , y eût été encore du temps de Jésus et de Josèphe. On peut sup~ poser, avec une assez grande vraisemblance , que la direction du second mur de Josèphe était à peu près la même que celle du mur qui fermait la ville sous les derniers rois de Juda et qui fut relevé par Néhémie. Mais ce n'est après tout qu'une supposition. On sait

— et le rabbin Schwarz le prouve fort bien 4 — qu'après Néhémie et avant Titus, les murailles de la ville sainte furent deux fois encore renversées et deux fois reconstruites.

1 Dus heilige Land , page 205.

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