LA 1ER MORTE
(Voyez page 290)
J'ai à peine parlé de la Mer morte, car je ne me suis arrêté que peu de temps sur ses rivages et n'aurais rien eu de nouveau à en dire. Peut-être cependant sera-t-on bien aise de trouver ici quelques détails de plus sur ce sujet. Je donnerai donc un bref résumé de l'état actuel des connaissances géographiques relativement à la Mer morte.
La Mer morte , ainsi nommée par les géographes modernes et , déjà dans l'antiquité, par Pausanias et par Justin, était plus généralement connue chez les Grecs et les Romains sous le nom de lac Asphaltite. Les Arabes la désignent sous celui de Bahr-Loût (mer de Loth). La Bible l'appelle Mer salée (Genèse XIV, 3),' Mer de l'Arabah (Deutér. IV, 49) et aussi Mer orientale (Ezéch. XLVII , 18. Joël II, 20). par opposition à la Mer occidentale (Méditerranée). Quoiqu'elle fût déjà célèbre dans l'antiquité, on n'en a eu jusqu'à nos jours qu'une connaissance très-imparfaite. Costigan, en 1845. est le premier qui ait entrepris de descendre le cours du Jourdain et de faire par eau le tour de la Mer morte.. Il tomba malade en arrivant à Jéricho et revint mourir à Jérusalem. Molineux, en 1837, n'eut pas un sort plus heureux. Il parvint, il est vrai . à faire le tour de la Mer morte , mais il tomba malade à la
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suite des fatigues extraordinaires de ce voyage, et mourut à Beyrout avant d'avoir pu mettre au net son journal. Dans l'intervalle, Mooreet Beek, en 1837, Symonds, en 1841, avaient fait avec plus de succès quelques tentatives du même genre, et avaient rapporté de la Mer morte et de la vallée du Jourdain de précieuses observations barométriques. Enfin, l'expédition de Lynch (faite en 1848 par les ordres du gouvernement des Etats-Unis) et le voyage plus récent encore de M. de Saulcy, ont singulièrement enrichi les connaissances géographiques et ont mis fin à bien des incertitudes.
Le fait le plus remarquable acquis à la science par ces diverses explorations, c'est la dépression considérable de la Mer morte, du lac de Génézareth et de la vallée du Jourdain, au-dessous du niveau de la Méditerranée. Schubert, qui parcourut la Terre-Sainte en 1837, attira le premier l'attention sur ce fait extraordinaire. Les mesures prises depuis, par Symonds, Lynch et autres, ont pleinement confirmé ses observations ; — quoique , à la vérité , on soit loin d'être d'accord sur les chiffres. Suivant Lynch, le niveau de la Mer morte serait à 1235 pieds anglais (1159 pieds de France) audessous de celui de la Méditerranée. Suivant d'autres , il serait encore beaucoup plus bas.
La longueur de la Mer morte est de 40 milles anglais ; la largeur varie de 7 à 9 milles. Les bords en sont malsains, à cause de la chaleur excessive qui y règne ; mais tout ce qu'on a dit de ses exhalaisons pestilentielles doit être mis au rang des fables.
La pesanteur spécifique de l'eau de la Mer morte , comparée à celle de l'eau distillée , est , selon Gay-Lussac, dans la proportion de 1228 à 1000. Elle est saturée de sel et ne peut plus en dissoudre. Le maréchal Marmont, duc de Raguse , raconte qu'ayant jeté dans cette eau des poissons de mer, il les vit périr au bout de deux ou trois minutes.
Lynch a constaté que le bassin de la Mer morte se divise en deux parties bien distinctes, l'une au nord, l'autre au sud. Elles sont séparées par une presqu'île, se détachant de la côte orientale et se terminant en deux pointes , auxquelles il a donné les noms de ses infortunés devanciers , Costigan et Molineux. Le détroit qui sépare cette presqu'île de la côte occidentale du lac, a reçu de Ritter le nom de canal de Lynch.
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Le bassin méridional de la Mer morte est bien différent de l'autre. Il est plus petit et beaucoup moins profond. La plus grande profondeur en est de seize pieds au plus , mais en maint endroit il contient à peine un pied d'eau. Le fond est couvert d'une fange salée, réchauffée par des sources thermales. Le grand bassin, au contraire, a presque partout environ 1000 pieds de profondeur et, dans sa partie septentrionale, il en a jusqu'à 1227.
La différence qui existe entre la nature de ces deux bassins, prouve qu'ils ne sont pas de même formation et que l'origine doit en être attribuée à des causes différentes. Ceci paraît confirmer le récit de la Genèse (chap. XIX) , d'après lequel la catastrophe de Sodome aurait bouleversé toute la vallée deSiddim (Gen. XIV, 3; XIII, 10). «Pour nous, dit Lynch, le résultat est décisif. Nous étions arrivés là avec des opinions très-diverses. L'un doutait du récit de Moïse, un autre le rejetait entièrement. Au bout de vingtdeux jours et après un examen consciencieux de la question, nous étions, si je ne me trompe, tous d'accord à reconnaître la vérité du fait rapporté par la Genèse. »
Ainsi, le bassin septentrional aurait sans doute existé déjà avant le temps d'Abraham , et le phénomène auquel il doit la salure de ses eaux serait sans doute indépendant de celui qui , précédemment, avait occasionné la dépression de l'Arabah et de la vallée du Jourdain. La catastrophe rapportée par Moïse aurait eu pour théâtre le sol qui forme aujourd'hui le bassin méridional. Ç'aurait été là cette « vallée de Siddim, qui est la Mer salée. » (Gen. XIV, 3.)