Abd-el-Malek fait bâtir la Qoubbet-es-Sakhrah
Adrien fonda sur le Saint des Saints le temple de Jupiter Capitolin, et on y plaça sa propre statue. Jérusalem perdit alors son nom , pour s'appeler Colonia .Elia Capitolina. En /|00 les statues équestres d'Adrien et d'Antonin étaient encore, et à leur place, sur le Saint des Saints, au point où le Pèlerin de Bordeaux les avait vues en 333. lorsque déjà la basilique constantinicnne du Saint-Sépulcre était achevée. On n'avait donc rien construit, en fait de monument chrétien, sur remplacement du temple des Juifs. Cet abandon tint certainement à ce qu'Hélène voulut respecter la prophétie touchant le temple. Ce qui est sur. c'est qu'Eutychius, dans ses annales (Oxford, 1656, t. II, p. 286 et suivantes). Ta dit expressément, et Eutychius écrivait vers 9/|0. Lorsque Julien l'Apostat essaya de procéder à la reconstruction du temple, apparemment l'édicule de Jupiter Capitolin avait déjà été renversé
par l'ordre d'Hélène; celle-ci, toutefois, avait respecté les statues des prédécesseurs de son fils. Julien les respecta aussi, puisque saint Jérôme en parle, vers 400, comme étant encore debout.
En 532, Justinien bâtit l'église de la Présentation et un hôpital. L'église était là où se voit aujourd'hui la mosquée d'El-Aksa, et elle était certainement orientée. Il en reste quelques fragments , et ceux-ci n'ont absolument aucun rapport d'ornementation avec la porte Dorée et la porte sous EI- Aksa. En 614, Chosroës dévasta Jérusalem, et l'église de Justinien ne fut pas mieux respectée que les autres. Quinze ans après, Héraclius fît son entrée à Jérusalem, portant sur ses épaules la croix qu'il avait reprise au roi des Perses. Il ne s'écoula que cinq ans entre cet événement et la capitulation qui mit Jérusalem entre les mains d'Omar. A son entrée dans la ville sainte, l'enclos sacré du temple de Salomon était un dépôt d'immondices 1 , et le pieux khalife, pour faire sa prière sur la Sakhrah, dut nettoyer celle-ci de ses mains, et se faire aider par ses officiers qui emportèrent au loin, dans leurs manteaux, les ordures qui couvraient la sainte roche. Je le demande, au milieu de tous ces événements, quand la porte Dorée et la porte sous El-Aksa ont -elles pu recevoir l'ornementation qui les distingue? C'est sous Adrien ou sous Justinien. Sous Justinien, c'est impossible; jamais, sous Justinien, on n'a employé l'art que nous retrouvons ici. Reste donc Adrien;
4. Saint Jérôme est fort explicite sur ce fait, car voici ce que nous lisons dans ses écrits (Comm. in Isaiœ, cap. lxv, t. III, p. 476 ) ; « Et superfluum est ea sermone disse rere quae oculis pateant, quum omnia desiderabilia eorum versa sint in mundo, et templum in toto orbe celebratum, in sterquiliniura urbis novae, quae a conditore appel la tu r Elia, et in habitaculum transierit noctuarum, etc. » — Il est difficile de s'exprimer plus nettement. Concluons en passant que ce n'est pas Adrien qui a couvert d'ornements des portes conduisant à un dépôt d'immondices.
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seulement si Ton peut, à la rigueur, voir dans ces monuments des échantillons de l'art romain du temps d'Adrien, il faut dire que cet art est interprété par des artistes de Jérusalem. Toutefois je ne crois guère à cette origine. Partout où les Romains ont bâti , ils ont constamment , sauf en Egypte, résisté à la tentation de faire de l'art qui ne fût pas exclusivement romain.
Je reviens donc, malgré moi si l'on veut, à ma première opinion, et je me vois forcé de la maintenir : ces monuments, pour moi, sont d'Hérode, et je ne consentirai à leur attribuer une autre origine que lorsqu'on m'aura donné quelque semblant de bonne raison pour me faire changer d'opinion.
J'ai cité, k propos de l'angle sud-est de l'enceinte du Haram-ech-Çhérif, un quatrain de Prudentius. En voici un autre du même écrivain, et qui concerne probablement la porte Dorée :
Porta manet templi, speciosam quam vocitarunt, Egregium SalomOnis opus; sed majus in illa Christi opus cmicuit, nam claudus surgere jussus Ore Pétri, stupuit luxatos currere gressus.
(xlvj. Porta Spcciosa.)
Ne l'oublions pas, ces vers ont été écrits dans le voisinage de l'année 39i. Mais est-ce bien de la porte Dorée qu'il s'agit? Dans les Actes des apôtres, où la guérison miraculeuse du boiteux de naissance est racontée (ni, versets 2 à 10) , nous trouvons les expressions rpoç tt;v Supav toO 'lepoO
tyîv Xeyo[/iv7)v ftpatav , et, iizl tv; wpai'a irù},y, tou 'lepoiï. Il s'agit
incontestablement d'une porte du hiéron, et d'une porte extérieure, parce qu'il n'était pas permis a un homme infirme ou difforme d'entrer dans l'enceinte sacrée du temple. Que le boiteux fût porté tous les jours à la porte Dorée pour
demander l'aumône aux passants, cela est fort possible , probable même, parce que rien n'a changé dans ce pays, et que c'est toujours aux portes extérieures de la ville que les mendiants et les lépreux exercent leur triste métier. Jamais je n'en ai vu un seul aux différentes portes du Haram-ech-Chérif. En tout cas, Prudentius, à l'époque où il écrivait, savait par le rapport des pèlerins, s'il ne l'avait pas vu par luimême, qu'une porta Speciosa, porte du Temple, existait à Jérusalem , et que la tradition chrétienne regardait cette porte comme étant à la fois l'œuvre de Salomon et le théâtre du miracle opéré sur le boiteux de naissance par saint Pierre et par saint Jean. La tradition pouvait donc être à moitié vraie, à moitié fausse.
Heureusement nous avons mieux que cela , et les Évangiles apocryphes, tout apocryphes qu'ils sont, ont une date bien constatée qui rend très-précieux les renseignements topo-
graphiques qui s'y trouvent insérés. Or ces Evangiles parlent plusieurs fois de la porte Dorée.
Dans Iç Pseudo-Matthaei evangelium, intitulé De Ortu Beatœ Mariœ et Infantia Salvatoris (Ed. Tischendorf, Leipzig, 1853, chap. 5, p. 59) , je lis ceci : « Qui cum spatii triginta « dierum morando revertentes jam prope essent, ecce angélus « Domini stanti Annae et oranti apparuit, dicens ei : Vade ad « pôrtam quee dicitur porta Aurea, et occurre viro tuo in via, « quia hodie ad te veniet. Illa ergo festinanter perrexit ad « eum cum puellis suis , et deprecando Dominum , stans in « porta, diu exspectabat eum. Quœ cum nimia exspectatione « deficeret, efevans oculos vidit procul Joachim venientem « cum pecoribus, etc., etc. »
Dans l'évangile de Nativitate Mariœ (cap. ni, p. 108), je lis encore : « Et hoc tibi eorum quae annuntio signum erit, « cum perveneris ad Auream in Hierosolymis porta m, habebis
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« ibi obviam Annam uxorem tuam , quae de tuae regressionis « tarda tione modo sollicita, tune in adspectu tuo gaudebit. » — Et au chapitre suivant (p. 109) : « Itaque surge, ascende « Hierusalem, et cum perveneris ad portamquae Aurea, pro « eo quod deaurata est , vocatur , ibi pro signo virum tuum , « pro cujus incolumitatis statu sollicita es, obvium habebis. »
Ces passages prouvent, à tout le moins, qu'au moment où les Évangiles apocryphes ont été écrits, la porte Dorée existait, qu'elle était une porte extérieure de la ville, et que son nom lui venait de ce que probablement ses battants étaient dorés.
Ce n'est pas tout encore : si le Pèlerin de Bordeaux ne nous parle pas de la porte Dorée , en revanche . Antonin de Plaisance mentionne la « porta Speciosa, » de telle façon qu'il est évident qu'à l'époque où son itinéraire fut écrit, c'est-àdire vers 570 , la porte Dorée existait , et passait pour avoir fait partie du temple. C'est en 532 que Justinien bâtit son église de la Présentation , c'est-à-dire vingt-huit ans avant le voyage d' Antonin martyr. A qui fera-t-on jamais croire que celui-ci ait admis qu'une porte bâtie depuis vingt-huit ans tout au plus avait fait partie du temple détruit par Titus? A personne, j'imagine. Au reste, voici le passage d' Antonin (xvn) : « De Gethsemani ascendiinus ad portam Hieroso- « lymae per gradus multos. In clextera parte portae est oliveci tum et ficulnea, in qua Judas laqueo se suspendit, cujus « talea statmunita pétris; porta civilatis, quae cohaeret portae « Speciosae 1 , quae fuit templi, cujus liminare et trabulatio « stat. » Donc en 570, les archivoltes de la porte Dorée slabant, étaient en place, comme aujourd'hui qu'on les a empâtées dans une construction moderne, puisque le toit
\ . Porta Speciosa, c'est évidemment l'ftpaîa rcOXr, des Actes des apôtres.
qu'elles supportaient (trabulatio) était intact, ainsi que le seuil de la porte (liminare) . Il n'en faut pas plus, on me l'accordera , j'espère , pour démontrer que j'ai eu raison de ne pas vouloir admettre que cette porte fût de travail byzantin , et vraisemblablement l'œuvre de Justinien.
Cette fois encore, comme lorsqu'il s'est agi de l'enceinte et des parties salomoniennes de celle-ci, je conclus :
La porte Dorée et la porte sous El-Aksa sont des portes bien plus anciennes que les parties surchargées d'ornements qui leur ont été appliquées après coup. Celles-ci sont de l'époque d'Hérode, très-probablement; mais, en tout cas, il ne serait pas possible, si l'on se refusait obstinément à y voir du style hérodien , de les faire descendre plus bas que l'époque à laquelle Adrien érigea Jérusalem en colonie, sous le nom d'^Elia Capitolina, et fit élever le temple de Jupiter Capitolin sur l'emplacement du Saint des Saints. Comme nous avons une perspective de ce temple sur les monnaies coloniales de Jérusalem , et comme il est d'un style très-simple, comparativement à la porte Dorée, je maintiens celle-ci et sa congénère parmi les reconstructions d'Hérode.
Maintenant que j'ai rempli le cadre que j'avais adopté pour faire connaître les principaux résultats des recherches que je faisais sur place il y a six mois à peine 1 , je reprends mon journal.