‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 29 sur 85 · PRESSOIRS PU ROI · texte numérisé non relu

PRESSOIRS PU ROI

flanc du rocher, une rigole qui descend verticalement du haut du massif et qui est recoupée à droite par une seconde rigole inclinée, qui est brisée et a disparu à une faible distance du point de jonction , mais dont la direction indique clairement que celle-là venait aussi de la plate-forme supérieure. Sur celle-ci le roc est à peu près plat , mais on y voit deux larges excavations arrondies qui ont très-probablement servi à écraser des olives et des raisins, dont le jus descendait par les rigoles que je viens de décrire, pour gagner les chambres intérieures, qui , je le répète , ont tout l'air d'avoir été de vastes récipients.

Ce pressoir, car maintenant je me crois le droit de donner ce nom à cette étrange excavation , domine tout le jardin du roi , ainsi que Siloé et l'étang de Salomon , et cette situation convient parfaitement, ce me semble, aux pressoirs du roi. Les oliviers royaux devaient être plantés ailleurs qu'au fond de la vallée, qui était un véritable jardin de plaisance. Toute la pente qui descend de là vers ce jardin est toujours plantée d'oliviers; je ne vois donc pas le moindre inconvénient à déclarer que je crois être dans le vrai en maintenant à ces caveaux le nom biblique de pressoirs du roi.

Après le pressoir, la piscine.de Siloé nous attirait dans cette matinée, et je voulais l'étudier avec soin. C'est ce que nous avons fait le mieux que nous avons pu. Pauvre piscine ! dans quel état elle est ! Se passera-t-il longtemps avant que les décombres que l'on amène et déverse incessamment sur le flanc qui la domine ne l'encombrent tout à fait? Je ne le crois pas. Il est donc prudent de prendre, le plus vite possible, toutes les dimensions de ce qui reste d'un monument si illustre, et qui est fatalement destiné à disparaître dans bien peu d'années.

La piscine proprement dite est un rectangle de 18 mètres

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de longueur et 5 ,n , 50 de largeur, ceux-ci comptes à l'extrémité nord. Sur la face orientale, on voit encore engagés dans

la plus grossière maçonnerie six tronçons de colonne dont le diamètre est de 0"\52, ce qui est évidemment la coudée hébraïque de m ,525. Les colonnes, d'axe en axe, sont espacées de 2'Vi(). La face occidentale est d'appareil évidemment très-ancien et soigné ; elle forme une sorte de quai , s élevant d'un mètre à peu près au-dessus de l'eau. Cette face n'est pas rectiligne, mais forme un angle extrêmement ouvert dont le sommet correspond à peu près à la position de la troisième colonne à partir du nord. Une rampe de terre suit la face orientale et aboutit à un palier horizontal long de à",30 et large de 2' n ,50, sur lequel s'ouvre une arcade de construction molerne, donnant accès dans un couloir de i m ,48 de largeur. Au bout de celui-ci commence un escalier de quelques marches qui tourne brusquement à droite et descend à l'entrée d'un canal creusé dans le roc vif, de 2'", 50 de hauteur et de 0"\80 de largeur. C'est ce canal qui, très-probablement, communique avec la fontaine de la Vierge, située à quelques centaines de mètres au nord. Sur l'extrémité sud du quai s'appuie un escalier rectangulaire de ,n ,80 de largeur, coupé de deux petits paliers, et amenant au niveau supérieur de la rampe qui conduit à la plate-forme sur laquelle s'ouvre

le canal de communication avec la fontaine de la Vierge. Sur la face sud de la piscine , et au-dessous de la dernière rampe de l'escalier, s'ouvre un autre canal de m ,80 de largeur, qui conduit Dieu sait où.

L'eau de la piscine, qui semble avoir environ deux mètres de profondeur, est sale et stagnante.

Maintenant que j'ai décrit, le plus clairement que j'ai pu , tout ce qui reste de la piscine de Siloé , voyons ce que nous apprennent sur son compte l'histoire sacrée et l'histoire profane. *

Il ne paraît pas douteux que la source qui alimentait la piscine de Siloé ne soit comprise parmi celles que le roi Ezéchias fit boucher hors de la ville (yinD "WK i\wm on: dk ivh) , afin que les Assyriens de Sennakhérib ne trouvassent pas d'eau en abondance : « Pourquoi , » dit Ezéchias , dans ce passage, « viendraient- ils et trouveraient -ils des eaux « abondantes? » Boucher ces sources était une sage précaution, vu qu'elles étaient bien peu nombreuses. Ne se rappellet-on pas la disette d'eau dont souffrirent si cruellement les croisés pendant le siège de Jérusalem? et d'ailleurs saint Jérôme, dans son commentaire d'Amos (cap. iv), ne dit-il pas : « Tn his enim locis in quibus nunc degimus, praeter « parvos fontes, omnes cisternarum aquae sunt : et si imbres « divina ira suspenderit, majus sitis quam famis periculum « est. » Ceci a certainement été vrai de tout temps pour Jérusalem.

L'un des plus anciens passages de l'Écriture sainte où Siloé soit nommé est le verset 14 du chapitre ni de Néhémie ; le voici : « Et Schaloum , fils de Kolkhozeh , chef du district a de Misfah, éleva la porte de la Source; c'est lui qui la con- « struisit, la couvrit, en posa les battants, les serrures et les « verrous, ainsi que la muraille de l'étang de Siloah (nm

« ntan) , près du jardin du roi, et jusqu'aux degrés qui des- « cendent de la cité de David. » Il y avait donc encore, de ce côté, un chemin en escalier descendant du mont Sion à la piscine de Siloé. Déjà dans Isaïe (vhi, 6) nous lisons : « Parce « que ce peuple a méprisé les eaux de Siloah ( ntan 'D) qui « coulent doucement... »

Au livre des Rois (i, 33) nous trouvons : « Le roi leur dit : a Prenez avec vous les serviteurs de votre maître, et faites « monter Salomon, mon fils, sur ma mule, et faites-le des- « cendre vers Gihon. » Puis, 38 : « Sadok leéôhen, Nathan u le prophète, Benayahou fils de Jehoyada, les Crethi et les « Felethi descendirent et firent monter Salomon sur la mule « du roi David, et le conduisirent vers Gihon. » Enfin le verset A 5 du même chapitre dit ; « Sadok le cohen, et Nathan a le prophète l'ont oint près de Gihon ; ils sont remontés de « & 9 joyeux , et la cité s'est émue , voilà le bruit que vous « avez entendu. » Or, la version chaldéenne et la version syriaque remplacent, dans ces divers passages, le mot Gihon par le mot Siloah (mV»ff). Siloé s'appelait donc indifféremment Siloé et Gihon.

D'un autre côté nous lisons dans les Chroniques (II,

xxxh, 30) : « Et lui, Ezéchias, boucha la source supérieure « des eaux de Gihon, et les dirigea en bas vers l'occident « de la ville de David. »

Incontestablement ici il ne peut être question de la piscine de Siloé, et l'expression « la source supérieure des eaux de Gihon » ne peut s'appliquer qu'au Birket-Mamillah, dont les eaux ont été amenées par un aqueduc au Birket-Hammamel-Batrak.

Enfin dans le même livre des Chroniques (II, xxxiii, 14), il est dit, à propos du roi Manassès : « Après cela, « il bâtit un mur extérieur à la ville de David, vers l'oc-

« rident de Gihon ; dans la vallée ( hnn , « près du tor- « rent » ) jusqu'à la porte des Poissons, le continuant jusqu'à « Ophel, qu'il éleva, élevant considérablement, etc., etc. » Nouvel embarras; car ici il ne peut plus être question du Birket-Mamillah, et Gihon doit désigner Siloé.

Que signifie cette appellation Gihon? C'est le nom de l'un des fleuves du Paradis, qui est le Nil, et Théodoret dans ses Quœstiones^, in iii lib. Regum (le troisième livre des Rois pour lui est le premier pour nous) , s'exprime ainsi : Èirwvo-

(juutov Se xal tov 2tX<i>à(/. P/icov, y) cî>ç ayav [/.ixpov eipamxâç oStco xaXéeravreç, $ éret&vj xal aùroç si; àçavwv e£ei<?ev ùicovopuov, ÔGirep 6 Nct>oç.

« Ils appelaient Siloé Gihon, soit par ironie, parce que « c'était une petite source, soit parce qu'elle sortait, comme « le Nil, de lieux cachés. »

Je ne pense donc pas qu'il puisse y avoir d'incertitude sur le fait que Siloé a porté également le nom de Gihon. D'ailleurs, toutes les circonstances du couronnement de Salomon pendant que son frère essayait d'usurper la royauté dans le festin qu'il avait donné à ses partisans près du Bir- Eyoub (Ayn-Rogel), dans les jardins du roi, s'expliquent à merveille si le Gihon dont il est question dans cette histoire n'est autre chose que Siloé.

Dans l'Évangile, il est encore question de Siloé; ainsi nous lisons dans saint Luc ( xm, 11 ) : *H éxetvoi ol o^xa xal

oxTfc>, ep' oûç eicecev 6 iripyoç èv tco SiXcoàf/. xal âirexTetvev

«ÙTotîç, etc., etc. Siloam doit-il être pris ici pour la source ou la piscine de Siloé? Cela n'est guère possible. Il n'y a pas de tour dans une source, ni dans une piscine ' . Il est bien plus

4. Saint Jérôme (t. III, p. 28, édit. de Martianay), dans son commentaire d'Isaïe, parle de cette tour de Siloé, mais n'en parle évidemment que d'après le récit évangélique. Voici ce qu'il dit : « Cadet super eum a

probable qu'il s'agit cette fois du village de Siloam luimême. Dans saint Jean (chap. ix) nous lisons : 7. xai

eîirev aùrû- "Ticaye vtyat eiç TÎiv xoXu[/.ëYfflpav tou Si^coajx. Le verset 11 contient à peu près les mêmes expressions, et il est bien clair que cette fois il s'agit de la piscine de Siloé.

Saint Jérôme mentionne aussi la fontaine de Siloé; le premier passage qui s'y rapporte se lit dans le commentaire au chapitre x de saint Matthieu (t. IV, p. 38) , le voici : Idolum Baal fuisse juxta Jérusalem, ad radices montis Moria, in quibus Siloe (luit, non semel legimus. Haec vallis et parvi campi planities irrigua erat et nemorosa, plenaque deliciis, et lucus in ea idolo consecratus. In tan ta m autem dementiam populus Israël venerat, ut déserta templi vicinia, ibi hostias immolaret et rigorem religionis deliciae vincerent, filiosque suos daemoniis incenderent, vel initiarent. Et appellatur locus ille Jehennom, id est vallis filiorum Hennom. Hoc regum volumen et Paralipomenon , et Jeremias scribunt plenissime, et comminatur Deus se locum ipsum impleturum cadaveribus mortuorum , ut nequaquam vocetur Tophet et Baal; sed vocetur Polyandrium, id est tumulus mortuorum. »

Le second passage emprunté au commentaire du prophète Isaïe, chap. vin (t. III, p. 77), est plus important encore, le voici : « Siloe autem fontem esse ad radices monte tis Sion 1 qui non jugibus aquis, sed in certis horis die- « busqué ebulliat, et per terrarum concava et antra saxi

« quo rcdificata est; sicut illa in Siloa, quae decem et octo homines inter- « fecit. » II on reparle encore (Comm. in Isaia? cap. xxx, t. III, p. 260), mais sans plus de détails... « Et illi super quos cecidit turris Siloae. »

4. Dans ces deux passages, Siloé est placée par saint Jérôme tantôt au pied du mont Moriah, tantôt au pied du mont Sion; n'y a-t-il là qu'une erreur, ou no faut-il pas voir dans ce fait la preuve que le Moriah était considéré comme partie intégrante de la sainte montagne de Sion ?

» durissimi cum magno sonitu veniat, dubitare non possu- « mus; nos prsesertim qui in hac habitamus provincia. »

Voilà, je crois, le passage le plus ancien où il soit question de l'intermittence de la fontaine de Siloé. Cette intermittence, je ne l'ai pas constatée, et, à vrai dire, je ne sais pas comment on la constaterait à la piscine de Siloé, où, ainsi que je l'ai noté, on ne voit qu'une mare stagnante. La fontaine de la Vierge, au contraire, — fontaine qui, à certaines époques de l'année, et concurremment avec le Bir-Eyoub, sert à l'approvisionnement du village de Siloam aussi bien qu'à celui de Jérusalem , — passe bien réellement pour être intermittente.

Je me rappelle, à ce sujet, certaine aventure du P. Desmazure, qui, s'étant engagé dans les conduits souterrains de la fontaine de la Vierge, fut, en en sortant, surpris par des habitants du village de Siloam. Comme la source, par une fâcheuse coïncidence, avait cessé de couler pendant un intervalle plus long que de coutume , on accusa le pauvre religieux d'avoir arrêté l'eau, à l'aide de je ne sais quel sortilège ; et on allait en conséquence lui faire un méchant parti , lorsque par bonheur pour lui l'eau reparut subitement. Ce hasard lui sauva la vie. Serait-ce donc la fontaine dite de la Vierge, à laquelle reviendrait de droit le nom de Siloé? C'est un doute que j'exprime et voilà tout ; car à coup sûr on ne peut être tenté de chercher l'emplacement d'un portique à la fontaine de la Vierge. Comment cette dernière fontaine n'est-elle jamais mentionnée dans les historiens sacrés et profanes de l'antiquité? Je l'ignore.

Le Pèlent* de Bordeaux parle de Siloé en termes trèsbrefs que je vais reproduire ; il vient de décrire l'enceinte du temple , et poursuit ainsi : « Item exeunti in Hierusalem ut « ascendas Sion , in parte sinistra, et deorsum in valle juxta

« murum 1 , est piscina, quae dicitur Siloa 2 ; habet quadripora ticum, et alia piscina grandis foras 5 . Hic fons sex diebus « atque noctibus currit; septima vero die est sabbatum, in <( tolum nec nocte nec die currit. »

Cette intermittence qui se manifestait le jour du sabbat était-elle encore possible à constater à l'époque où le Pèlerin de Bordeaux a visité Jérusalem, c'est-à-dire en 333, ou bien plutôt celui-ci n'a-t-il pas recueilli une simple tradition locale? S'il en était ainsi, nous aurions une bonne preuve de ce fait, déjà tant de fois soupçonné, que les eaux des fontaines de la Vierge et de Siloé provenaient du trop -plein des réservoirs du temple, trop-plein qui, le jour du sabbat, jour plus spécialement destiné aux holocaustes, était utilisé pour le service du nettoyage des parvis. Les eaux, ainsi chargées de sang et d'immondices, étaient entraînées forcément hors de l'enceinte sacrée, par des conduites qui devaient les détourner des réservoirs consacrés à l'approvisionnement du peuple de Jérusalem.

Reste enfin le témoignage d'Antonin martyr. Voici ce qu'il dit de la fontaine de Siloé, son récit représentant ce qui se passait vers l'année 570 (ch. xxm) : « An te ruinas templi « Salomonis, sub platea aqua decurrit ad fontem Siloam 4 . »

4 . Les mots juxta murum s'appliquent évidemment ici à la vallée ellemême dans laquelle est la fontaine de Siloé, et non pas à cette fontaine qui, en aucun temps, n'a pu être juxta murum; militairement parlant, la chose est absolument impossible.

2. Le mot piscina ne saurait s'appliquer à la fontaine de la Vierge, et nécessairement il faut voir ici la piscine actuelle de Siloé qui, en 333, portait déjà ce nom.

3. Cette autre grande piscine extérieure ne peut être que l'étang de Salomon, aujourd'hui à sec, et dont le barrage subsiste en entier.

4. Remarquons, en passant, qu'en 570 il y avait encore des ruines du temple, sinon de Salomon, comme le dit le pèlerin qui a écrit l'itinéraire d'Antonin de Plaisance, du moins d'Hérodo. Ceci est bon à noter.

Puis au chapitre xxiv : « Exinde venimus ad arcum , ubi antice qua porta fuit civitatis. In ipso loco sunt aquae putrid» in « quas jri issus est Jeremias 1 . Ab arcu illo descendentes ad « fontem Siloam per gradus multos, vidimus basilicam volu- « bilem, subtus de qua surgit Siloa : quae habet solia duo ex « marmore manu hominis facta : inter solium et solium claua sura cancellorum ; in uno pro benedictione lavantur viri, « et in alio mulieres. In quibus aquis multae virtutes osten- « duntur, imo et leprosi mundantur. An te atrium est piscina « grandis manu hominis muni ta, in qua populus lavatur assi- « due; nam solis certis horis fons ipse irrigat aquas multas, « quae descendunt per vallem Gethsemani, quae et Josaphat » vocatur, usque ad Jordanem, et ingrediuntur in Jordanem, « in loco ubi déficit in mare salinarum, subtus Sodomam et « Gomorram. »

Si la porte dont parle le récit d'Antonin de Plaisance est la porte sous El-Aksa, ou même la triple porte, il est certain que, pour descendre vers la fontaine de Siloé , il a toujours dû y avoir un chemin très-difficile, très-incliné, et qui, par conséquent, a été muni de marches taillées dans le roc, comme nous en avons retrouvé sur le chemin qui , à partir de Bab-Sahioun (porte de Sion) , descend au fond de la vallée de Hinnom. Ces degrés existent peut-être encore, mais en ce cas ils sont certainement enterrés sous les amas de décombres et de terre dont toute cette pente est couverte, surtout sur les deux côtés du chemin. Je ne vois pas trop ce que signifie l'épithète volubilis accolée au mot basilica, s'il ne s'agit pas d'une basilique qui contournait la piscine. Il y avait deux sièges pour se baigner, solia : l'un pour les hommes, l'autre pour

4 . Je suis bien tenté de croire qu'il s'agit ici de la porte sous El-Aksa , et de la petite piscine croupissante qui est en avant et un peu à gauche de cette porte en regardant vers Siloé.

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les femmes; ces deux, sièges étaient séparés par de petits cabinets fermés. Enfin devant Yatrium était une autre grande piscine, construite de main d'homme, et où le peuple se baignait constamment. Celle-ci est incontestablement la piscine de Salomon, pour laquelle avait été construit le grand barrage qui s'est conservé jusqu'à nous.

Plus bas , au chapitre xxv , nous lisons encore ceci : « Fons « Siloa modo intra civitatem inclusus est, quia Eudocia « imperatrix ipsa addidit muros in ci vitale, etc., etc. » Ce passage est très-extraordinaire et , pour moi, très-invraisemblable. L'impératrice Eudoxia a-t-elle réellement fait relier par une muraille la piscine de Siloé à l'enceinte de Jérusalem? Je ne sais; mais, à coup sûr, ces murailles n'ont pu avoir l'ombre d'une destination militaire, et, si elles ont jamais été construites, elles l'ont été d'une façon si pitoyable, qu'il n'en est pas resté la moindre trace. A vrai dire , je ne crois guère à cette assertion d'Antonin de Plaisance.

Enfin le chapitre xxvi est ainsi conçu : « Exeuntes a « Siloa venimus in agrum qui comparâtes est pretio sangui- « nis Dominici : qui vocatur Acheldamac, hoc est ager san- « guinis, in quo omnes peregrini sepeliuntur. Inter ipsa « sepulchra sunt cellulae servorum Dei , ubi fiunt multae vir- « tûtes, et per loca inter monumenta sunt vineae et pomeria. » En 570 les tombeaux voisins du Haq-ed-Damm (Haceldama) étaient transformés en cellules de pieux cénobites, et alors, comme aujourd'hui, ces tombeaux creusés dans le roc étaient au milieu des vignes et des vergers. S'il n'y a plus de cénobites, ils ont malheureusement laissé les traces de leur passage dans les sépulcres qu'ils ont mutilés, pour les approprier à leur service.

J'ai réuni à peu près tous les anciens documents réellement importants qui ont trait à la fontaine de Siloé, et il ne

à indiquer purement et simplement les pas-

squels l'historien Josèphe a mentionné cette

jre. Dans la Guerre des Juifs (V, iv, 1), Josèphe

la vallée du Tyropœon qui s'étend jusqu'à Siloé :

« appelons ainsi, dit-il, une fontaine (t^v -TnjyTfv) qui est

>ce et abondante. » Au paragraphe suivant, en décrivant

a mur le plus ancien de Jérusalem, il parle encore de la

source de Siloé (imyrfv) et de l'étang de Salomon (ém rhv 2o-

Quant à la vallée du Tyropœon , dont il vient d'être question , disons en passant que je ne conserve plus de doutes aujourd'hui sur sa véritable position. Elle couvre au nord la montagne de Sion, tourne à angle droit vis-à-vis le Mekhemeh, Jonge le Haram-ech-Chérif , passe devant le pont rompu , et descend ensuite directement vers Siloé. Ce trajet est exactement celui que précise le récit de Josèphe.

Il est bien encore question de Siloé dans deux ou trois autres passages, mais sans adjonction de détails topographiques d'une certaine importance. Ainsi, dans la Guerre judaïque (V, vi, 1), je lis quelques indications dont je ne me rends pas encore parfaitement compte :

« Simon tenait la ville haute et la grande muraille allant « vers le Cédron , et du mur antique tout ce qui , à partir de « Siloé, se retourne vers l'orient, lequel mur descendait jus- « qu'au palais de Monobaze. Jean, de son côté, tenait le temple « et tous ses alentours , sur une assez grande largeur, ainsi « qu'Ophel et la vallée du Cédron. Ayant mis le feu à tout ce « qui couvrait l'espace qui les séparait, ils ouvrirent un terrain « libre pour la guerre qu'ils se faisaient. »

Tout cela est fort difficile à comprendre , et demanderait une discussion des plus approfondies, qui trouvera, je l'espère, sa place ailleurs. Contentons-nous de faire remarquer que>

dans la même phrase il est question de la grande muraille et de la muraille antique, de façon à faire comprendre qu'il s'agit de deux murailles distinctes (x&l Ta ydya m-gpç «xp i ro? Keipôvoç,

tou Te ôpx aiou ™X ^ ^ aov *^ ^ XùJSxtç ôvoexapLirrov etç ccvaTtridW,

5 (i^XP 1 **!* MovoêaÇou xaT^êaivev afoife) . Gomment l'un tenait-il la source, t}v inrpfv , si l'autre tenait ttiv KeJpûva ftaXoupfaiv (papota? Et pourquoi la source est -elle indiquée en même temps qu'Acra ou la ville basse, s'il s'agit de Siloé? Je m'y perds.

Voilà une bien longue digression , et bien indigeste, sans doute; mais, hélas! je ne saurais qu'y faire. J'abrège le [dus que je peux, et cependant, lorsqu'il s'agit de lieux aussi illustres, a-t-on le droit d'en parler trop légèrement?

Je n'ajouterai plus qu'un mot avant d'abandonner ce sujet ; c'est que l'eau de Siloé est fort médiocre. Déjà lionconys en parlait ainsi : « L'eau de Siloé est un peu salée, et a n'est pas de bon goût » ( Voyages de M. de Monconys, Lyon, 1665, t. I er , p. 318). Mais elle avait, à ce qu'il paraît, une qualité fort estimable , si nous devons en croire le Talmud (Avoth de Rabbi- Nathan, cap. xxxv) qui raconte que les prêtres qui avaient trop mangé des viandes consacrées buvaient de l'eau de Siloé pour s'éviter une indigestion.

Pendant que nous étions tout occupés , l'abbé et moi , à prendre les dimensions générales de la piscine , le ciel s'était rapidement couvert. De gros nuages noirs arrivaient grand train, et le tonnerre commençait à gronder sourdement. Il était temps de regagner la ville. Nous nous hâtâmes donc, mais pas assez pourtant pour ne pas recevoir sur le dos une de ces belles pluies d'orage qu'il faut aller goûter dans ce pays pour bien comprendre ce qu'elles valent. Force nous fut de chercher un refuge. Nous avions déjà dépassé la

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tannerie qui s'est substituée aux pressoirs du roi, et où nous nous serions abrités, au risque d'être asphyxiés. Heureusement nous avisâmes une petite cahute en pierre sèche, adossée à l'accotement gauche du chemin. Sauter dans le champ et pénétrer dans cette véritable niche à chien, fut l'affaire d'un instant. En nous mettant littéralement à plat ventre, nous pûmes nous glisser comme des couleuvres dans notre aimable gîte, et le temps d'y fumer un cigare suffit, non pour rasséréner le ciel, mais pour amener une embellie dont nous profitâmes afin de rentrer en ville. D'aventure le Bab-el-Morharbeh était ouvert, et en un quart d'heure nous avions retrouvé nos chambrettes de l'hôtel Hauser. Le temps était tout à fait gâté , et pendant tout le reste de la journée le vent du sud n'a cessé d'amener des orages qui éclataient tantôt d'un côté , tantôt de l'autre. Nous n'avions pas la liberté de perdre une journée entière ; aussi après le déjeuner sommesnous allés porter à Barrère toutes nos lettres pour France; ensuite de quoi , l'abbé et moi , nous nous sommes acheminés vers le Scopus, dans le but d'y rechercher les lignes du camp de Titus. Nouvelle bonne fortune! Ces lignes existent parfaitement reconnaissables, et, faute de terre, elles ont été tracées avec des pierrailles , comme à Massada. Voilà qui sera levé par mon brave Gélis, quand il aura terminé sa besogne dans l'intérieur de Jérusalem.

Au moment où nous arrivions au Scopus, un petit monsieur arabe, monté sur une bourrique, y arrivait aussi et allait rejoindre un autre Arabe qui labourait. Tous les deux , après avoir causé un instant, se rapprochèrent de nous et nous appelèrent. Nous avions l'air de flâneurs inoffensifs, et ils avaient flairé, les braves gens, une petite occasion de soutirer un bakhchich inespéré. Je m'arrêtai, et la conversation s'engagea comme il suit : — Eh! khaouadja, donne- moi un bakh-

chich. — Pourquoi? — Parce que tu es sur ma propriété. — Bah! c'est à toi tout cela? — Oui, — Je t'en fois mon compliment; mais tu n'auras pas de bakhcbich. — Alors va-t'en de mon terrain , toi et ton compagnon. — Viens nous en faire sortir. — Gomme j'avais mis le revolver à la main , les deux honnêtes cultivateurs retournèrent l'un à sa charrue, l'autre à son bourriquet, et il n'en fut plus question.

Du sommet du Scopus la vue est réellement merveilleuse! Le lieu est bien nommé; c'est un véritable observatoire sur Jérusalem et ses approches. Aussi n'est-ce pas Titus seul qui a occupé ce point essentiellement stratégique; avant lui Cestius avait déjà campé, avec son armée, sur le Scopus, et probablement il faut attribuer à cette succession de deux camps romains les longues lignes de pierres entassées qui semblent se croiser sans raison. Après avoir examiné le plateau fort à notre aise, nous sommes redescendus à travers les terres labourées et par le flanc oriental du Scopus, vers la vallée du Cédron. Cette petite promenade m'a permis de constater un fait peu important, sans doute, mais que je ne crois pas moins devoir consigner ici , parce que tout ce qui se rattache à la topographie de Jérusalem et de ses alentours est digne d'ôtre noté. Voici ce dont il s'agit : j'avais pensé jusqu'alors que le torrent de Cédron , ce torrent qui ne coule jamais que dans les journées de grandes pluies, exceptionnelles môme pour le pays, commençait dans la vallée audessus de laquelle se trouvent les tombeaux des rois, et dont tout le liane est excavé de nombreux monuments funéraires que l'on a, depuis bien des siècles, exploités comme carrières. C'était une erreur. Le fond de cette vallée est uni et ne présente pas trace d'un lit par lequel les eaux pluviales doivent descendre pour former le torrent en question. Ce lit, au contraire, est fort bien caractérisé dans le vallon qui longe

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