PRESSOIRS DU ROI
donc que ce n'est pas sans une certaine apparence de raison que je place en ce point les pressoirs du roi. Remarquons, de plus, que ces roches excavées sont à proximité immédiate du jardin royal , et qu'il paraît naturel que le pressoir destiné à faire le vin et l'huile du roi soit proche de ses vignes et de ses oliviers.- Il restera à voir, maintenant, de quelle nature sont ces excavations. Un verset de Jérémie (xxxi, 38) semble me donner raison quant à la position de la porte de l'Angle. J'y lis en effet : « 11 viendra un temps, dit Jéhovah, où cette « ville sera rebâtie, depuis la tour de Hananéel jusqu'à la a porte de l'Angle 1 . » La ligne ainsi tracée par ces deux points extrêmes est en réalité, dans l'hypothèse que j'adopte, la diagonale la plus longue de la Jérusalem antique.
Il est encore une fois question, dans l'Ecriture, de la porte de l'Angle; c'est au livre II des Rois (xiv, 13) : « Joas roi « d'Israël, ayant pris Amasias, roi de Juda, fils de Joas fils « d'Okhosias, à Beït-Chems, vint à Jérusalem, et fit une brèo che de quatre cents coudées à la muraille de Jérusalem, de- « puis la porte d'Ephraïm jusqu'à la porte Angulaire. » Or, si nous revenons de l'emplacement présumé de la porte de l'Angle, en arrière, c'est-à-dire vers le nord, les 210 mètres équivalents aux 400 coudées mentionnées dans l'Écriture nous donnent une distance de beaucoup inférieure à celle qui sépare dette porte présumée de l'Angle de la porte immédiatement voisine qui serait la porte de Jaffa, ou le Bab-el-Khalil. Celle-ci serait donc la porte d'Ephraïm , et la brèche qui n'avait pas ouvert tout le côté occidental de la ville compris entre ces deux portes n'aurait eu pour but que de démanteler la ville haute, c'est-à-dire la véritable forteresse de Sion.
K . Le passage de Jérémie auquel j'emprunte ce verset devra être étudié avec soin plus tard, lorsque je reparlerai des amas de cendres.
L'identification de la porte moderne de Jaffa et de la porte antique d'Èphraïm est un point à étudier. En tout cas, il paraît évident que la brèche n'a pas atteint les deux portes en question, mais qu'elle a été pratiquée dans la longue branche de muraille qui les reliait.
Nous avons revu en passant la tour qui domine toute la vallée de Siloé, et au-dessous de laquelle on remarque des assises judaïques. Celles-ci ont dû appartenir à une tour antérieure et d'un plan différent. Était-ce là la fameuse tour de Siloé dont parle saint Jérôme, et qui, en s'écroulant, tua une quinzaine d'hommes? C'est bien possible. La position, d'ailleurs, justifierait, jusqu'à un certain point, le nom de tour de Siloé. Là, ainsi que je l'ai dit ailleurs, se montre un tronçon de l'aqueduc qui amenait au temple les belles eaux d'Etham. Ce tronçon est parfaitement à sec. et l'on y voit les tuyaux de poterie de la conduite d'eau dont la construction fut ordonnée par le fils de Kelaoûn, El-Malek-En-Nâser-Mohammed.
Notre soirée s'est passée le plus tranquillement du monde, et elle a été plus écourtée encore que d'ordinaire, grâce à l'absence de deux de nos amis.
tt novembre.
Ce matin, je suis allé, au point du jour, entendre la messe dite par l'abbé Michon au Saint-Sépulcre. Si l'on n'a pas visité cette église à pareille heure et à pareil jour, il est impossible de se faire une idée de la cohue bigarrée qui s'y heurte à chaque pas, et du charivari qu'on y entend. Il semble qu'une fois sur ce terrain, qui devrait être plus qu'aucun autre celui de la conciliation absolue pour toutes les sectes chrétiennes, chacun, au contraire, se sente pris du plus profond
QÀSR-DJÀLOUD. 4*7
dédain pour qui ne partage pas ses croyances, ou ne prie pas comme il prie lui-même. C'est à qui, parmi les prêtres, criera le plus fort, et, parmi les assistants, à qui bousculera le mieux: ses voisins, afin d'accaparer le plus de place possible sur le saint parvis qui entoure l'endroit où fut la tombe de Celui qui a dit : Aimez-vous les uns les autres. Hélas! ce n'est pas la charité qu'on voit briller ici dans les yeux, c'est quelque chose qui ressemble à la haine, ou tout au moins au mépris du prochain. Le seul moyen de s'affranchir soi-même de ce sentiment déplorable, c'est de se réfugier dans la prière, en oubliant tout ce qui se passe autour de soi. C'est ce que j'ai fait, et j'ai prié de bon cœur, beaucoup pour mes proches et mes amis, un peu pour moi.
C'est sur le sommet du Calvaire que l'abbé disait la messe. Là sont trois autels distincts : l'abbé officiait sur celui de droite; un prêtre chaldéen disait sa messe à l'autel du milieu, et à celui de gauche, qui appartient aux Grecs, les pèlerins russes affluaient et venaient baiser le trou percé dans le roc, et dans lequel on dit que fut plantée la croix du Christ. Chacun d'eux, avant d'approcher ses lèvres de la sainte roche, se prosternait trois fois, après avoir fait, avant chaque génuflexion, trois signes de croix à la grecque. La messe terminée, j'ai, à travers la foule toujours grossissante, essayé de visiter quelques parties de l'église, et, ne pouvant le faire à mon aise, je me suis hâté de regagner l'hôtel Hauser, où j'ai attendu l'heure du déjeuner en feuilletant mon Josèphe.
Après midi, l'abbé et moi, nous sommes allés étudier le Qasr- Djaloud , qui est bien certainement ce qui reste de la tour Psephina. Cette ruine, les Latins l'appellent Château de Tancrède. Il est fort possible que la tradition soit vraie, et que Tancrède, après la prise de Jérusalem, ait profité de ces décombres , qui alors étaient en état un peu meilleur, pour s'y
créer une habitation. Ce qui est certain, c'est que, sous la masse des ruines actuelles, il existe une grande salle voûtée, où la présence d'arceaux en ogive et d'appareil moderne dénote que cette salle a été appropriée à un service quelconque, à l'époque des croisades.
Voyons maintenant ce qu'était la tour Psephina et ce qu'il en reste aujourd'hui. Voici ce qu'en dit Josèphe (Bell, jud., V, iv 9 3) : « Si la troisième muraille était admirable, ce qui « était plus admirable encore c'était la tour Psephina (6 Wifyi- « vo; TCupyoç), qui s'élevait à l'angle placé à la fois au septen- « trion et à l'occident *, et devant laquelle Titus était venu « asseoir son camp. Comme elle élait haute de soixante-dix « coudées, on pouvait du sommet apercevoir, au lever du « soleil, l'Arabie et les limites de la terre judaïque jusqu'à la « mer. Elle était octogone. » Analysons ce passage.
Le mot -Psephinos, W7f(ptvo;, signifie fait de cailloux; la tour Psephina n'était donc pas construite de gros blocs. Elle était à l'angle nord-ouest de la muraille d' Agrippa. Le Qasr- Djaloud est effectivement à l'angle nord-ouest, h l'intérieur, mais tout contre l'enceinte actuelle qui s'est substituée à celle d' Agrippa. Elle avait soixante-dix coudées de hauteur; s'il s'agit de coudées de ,n ,525, Psephina avait 36 m ,75 de hauteur, ce qui semble bien considérable. Peut-être, et j'avoue que je le crois, faut-il encore supposer ici remploi du djamed, et admettre que la tour en question était haute de 18 ,n ,38, ce qui est déjà fort raisonnable et suffisant, à coup sûr, pour apercevoir les montagnes d'Arabie, et peut-être aussi pour permettre de distinguer les côtes de la Méditerranée. Enfin, Psephina était octogone.
4 . Nous retrouvons la même indication topographique en un autre passage, où il est dit de Psephina (Dell, jud., V, ni, 5) : ïlpo; ©v 6 xwXoç t«î t»xguç, irpo; dcpxrov xafaixuv, àvatxàptirrit rcpo; $ûaiv.
QASR-DJALOUD, 139
Voyons maintenant ce que nous présentent les ruines du Qasr-Djaloud. C'est un monticule élevé d'environ 6 à 8 mètres, fait de blocage et présentant une forme polygonale à angles
successivement saillants et rentrants. Ce qui est assez singulier, c'est que la figure de ce polygone offre précisément huit angles en A, B, C, D, E, F, G et H. Elle a un développement de 33 mètres à sa partie antérieure, où se trouve une sorte de rampe (en M), que longent à gauche quelques gros blocs restés en place. Des blocs de même nature se présentent également à l'angle B et sur la ligne P placée en arrière d'un blocage de trois mètres d'épafcseur. Dans l'autre sens, la plus
grande longueur du monticule de ruines est de 31 mètres. La fece intérieure du rempart moderne se projette en ZXYW. À l'angle H est appliqué un appendice de maçonnerie en blocage HTS, qui est probablement plus moderne. Sur la face AH, s'ouvre en R une porte, ou plutôt un couloir de 3 m ,75 de longueur et de i m ,25 de largeur, donnant accès dans une salle basse, certainement remaniée à l'époque des croisades. Sur le sommet du tertre sont percés deux jours dont l'un, carré, I, donne de la lumière dans la salle dont je viens de parler, et l'autre, rond, L, dans une salle close aujourd'hui, et dont l'entrée se trouve, m'a-t-on assuré, au fond de la brèche K.
Cette forme générale est très-étrange, et je la donne comme suffisamment fidèle, bien que je n'aie pu consacrer que peu de temps à l'étude et au levé de ces débris. Le vent avait tourné au sud , et une chaleur terrible nous a trop vite forcés de battre en retraite ; ce n'a pas été cependant sans avoir pris ,, toutes les mesures dont j'avais besoin, et avant d'avoir retrouvé les fragments judaïques photographiés il y a quelques années par mon ami Salzmann, dans le voisinage de la tour Psephina. Ces débris sont des fragments d'une frise intérieure garnie de belles feuilles d'eau et surmontée d'une ligne de petites volutes accouplées, du goût et de l'effet le plus étrange. Ces morceau* de sculpture sont encastrés dans le rempart moderne. Derrière le Qasr-Djaloud, ce rempart fait un coude dans lequel se trouve une petite mosquée, aujourd'hui tout à fait abandonnée, et qui passe à Jérusalem pour avoir été construite au point même où Selah-ed-Dyn a pénétré dans la place, lorsqu'il l'enleva au\ chrétiens. Je me contente de rapporter cette tradition, sans l'affirmer. Cette mosquée, en effet, est d'une extrême simplicité et ne ressemble guère à un monument érigé en souvenir d'une pareille victoire. Quoi qu'il
TOMBEAU DE JEAN. 43t
en soit, c'est contre la mosquée que se trouvent, dans la muraille du rempart, les quatre fragments dont il vient d'être question. Je ne sais pourquoi ni comment je me suis laissé aller à voir dans ces quatre pierres étranges des débris du fameux, tombeau du grand -prêtre Jean, qui devait être bien près de ce point, et dont il est plusieurs fois question dans le récit du siège de Titus.
Titus, après avoir quitté son premier camp du Scopus, vint s'établir à environ deux stades de la place, auprès de la tour Psephina, vers laquelle la partie de la muraille, s'avançant vers le nord, s'infléchit à l'occident. ( npôç ôv ô xûxio; Toù Teïjftwç, xpôç txpx-rov xofafxcuv, âvœwtjurrct irpo; jrïmv. ) Une
autre partie de l'année romaine, également éloignée de deux stades de la ville, était campée auprès de la tour Hippicus.
Quant à la x* légion, elle était restée établie sur le mont des Oliviers (Bell, jud., V, vu, 5). Une fois posté là, Titus chercha le point de la muraille qui était le plus facile à attaquer.
« Après avoir longuement hésité, parce que partout où « l'enceinte était couverte par des vallées, les approches
« étaient impossibles, et que, d'un autre côté, le premier mur « paraissait trop solide pour que les machines pussent Tenta- « mer, il se décida à prendre son point d'attaque à proximité « du monument du grand-prêtre Jean. Là, en effet, la pre- « mière muraille était moins élevée, et elle ne se reliait pas « à la seconde, par la raison qu'on n'avait pas eu de souci « de construire des défenses dans la partie de la nouvelle ville <J& a qui était le moins habitée : à partir de là, il était facile
« de marcher sur la troisième muraille , à travers laquelle il « pensait prendre la ville haute , de même qu'il prendrait le « Hiéron en passant par Antonia. » (Bell, jud., V, vi, 2.) Ce passage est des plus importants, en ce qu'il nous fixe bien le point d'attaque. Si en effet nous considérons la portion de muraille qui s'étend du Qasr- Djaloud vers le Babel- A âmoud, comme étant celle choisie par Titus pour attaquer la place, tous les détails donnés par Josèphe sont parfaitement exacts. De ce côté, en effet, la deuxième enceinte ne couvrait ni la muraille antique, ni celle qu'il s'agissait d'attaquer d'abord. Celle-ci forcée, Titus était maître de toute la .» ville nouvelle , et il se trouvait immédiatement, et à la fois, devant l'enceinte antique qui garnissait le flanc septentrional du mont Sion, et devant Antonia ; ce qui confirme pleinement cette hypothèse , c'est la présence des aggeres de Titus que nous trouvons encore en place, le long de cette branche de muraille, depuis le saillant du Qasr-Djaloud jusqu'au Bab-el- Aâmoud.
Le monument du grand -prêtre Jean devait donc être dans le voisinage immédiat de la tour Psephina; au reste nous en avons une preuve de plus dans la description que nous donne Josèphe des attaques qui furent plus tard dirigées contre l'enceinte de la ville haute, c'est-à-dire contre la muraille antique. Nous lisons en effet (Bell, jud., V, xi, 4)
que la x* légion était employée au nord de l'enceinte et auprès de l'étang nommé Amygdalon. L'Amygdalon est le Birket- Hammam-el-Batrak, qui est bien placé en avant de la longue branche septentrionale de l'enceinte primitive. A trente coudées des ouvrages entrepris par la x e légion, la xv e construisait un agger près du monument du grand-prêtre (Jean, sans doute) , tultol to tou àp/tcpécoç [/.v7][/£ibv. L'agger de la x e légion ne pouvait évidemment être placé entre l'Amygdalon et le mur de la seconde enceinte ; car il eût été dans un rentrant prononcé, et conséquemment trop exposé aux coups de l'ennemi. Il était donc forcément sur le flanc occidental de la Piscine. En tenant compte de l'étendue de cet agger, et des trente coudées qui le séparaient de celui de la xv e légion, nous sommes ramenés vers l'emplacement de la tour Psephina , à proximité immédiate de laquelle devait être le tombeau du grand-prêtre Jean.
Ce fut pendant cette même période du siège qu'un certain homme du peuple, nommé Jonathas, s'avançant vers le monument du grand -prêtre Jean, vint insulter les Romains et provoquer en combat singulier le plus brave d'entre eu% (Bell, jud.j VI, n, 10). On se demande d'où venait ce Jonathas , comment et par où il était sorti de la place , comment il était parvenu au pied des murailles. A toutes ces questions je ne saurais que répondre , et j'ai bien peur que cet épisode ne soit une petite invention dramatique à effet, rien de plus.
Maintenant, quel est le grand-prêtre Jean, dont il est question dans les trois passages que je viens de rapporter? Josèphe va nous l'apprendre 1 .
1. Ce nom de Jean est fautif, aussi bien que celui de son père Judas; les versets 10 et 41 du chapitre xii du livre de Néhémie nous apprennent que ces deux personnages se nommaient en réalité Joïada et Jonathan. .
Le grand- prêtre Jean était fils de Judas, et petit-fils d'Eliasib, qui fut le troisième grand-prêtre après le retour de la captivité. Jean fut donc le cinquième grand-prêtre, et il eut pour fils Jaddoua, qui reçut Alexandre le Grand à Jérusalem. Le grand-prêtre avait un frère nommé Jésus, qu'il tua de sa propre main, dans le temple même. Ce fut cet atroce fratricide qui servit de prétexte à Bagosès, général des armées d'Artaxerxès II, pour profaner le sanctuaire où il entra de force, en criant aux prêtres qui voulaient l'empêcher d'en franchir le seuil : Ne suis-je donc pas plus pur que celui qui a commis un meurtre dans votre temple? Le monument du grand-prêtre Jean était donc un monument antérieur de quatre siècles à l'ère chrétienne, et si, comme je le crois fermement, les débris de sculpture dont il est question lui ont appartenu, ils ont pour nous le [dus haut intérêt.
Ainsi que je l'ai dit déjà , depuis le matin le vent avait tourné au sud; la chaleur était intense, et l'air tellement lourd qu'on avait peine à respirer ; il a donc fallu battre en retraite et rentrer à l'hôtel , où le P. Bassi est venu me tenir compagnie.
23 novembre.
Le lendemain matin, de gros nuages avaient fait leur apparition, et* l'air était beaucoup plus frais que la veille; il était donc convenable d'utiliser ma matinée, pendant que tous mes amis étaient à la besogne. Nous sommes partis d'assez bonne heure, mon fidèle abbé et moi, pour aller étudier en détail la piscine de Siloé et les excavations dans
MURAILLE DOPHEL. 135
le rocher que nous avions aperçues la veille, et que nous pensions pouvoir identifier avec les pressoirs du roi.
Nous avions sur notre chemin la muraille d'Ophel, et nous avons profité de l'occasion pour l'examiner avec soin. Les assises inférieures sont évidemment d'une antiquité reculée; elles sont formées de blocs très-considérables avec encadrement, et à bossages grossiers pour la plupart. La taille était beaucoup plus soignée pour les blocs placés aux angles, comme à celui, par exemple, qui relie la longue face se dirigeant vers le Bab-el-Morharbeh et la face perpendiculaire à la muraille sud du Haram-ech-Chérif. A cet angle le bloc de la seconde assise a 2 m ,85 de longueur sur la face sud, et i m ,30 en retour sur la face est; il a l m ,20 de hauteur, ce qui nous donne une masse de 4 in c ,446. Le bloc placé dessus n'a sur la face sud que l m ,35 de longueur sur i m ,30 de hauteur, et 2 m ,45 sur la face est. Celui-là cube donc A", 399. On voit que ces dimensions sont fort respectables.
A l'angle même, toutes les arêtes sont verticales, et là, comme à l'angle sud-est du Haram-ech-Chérif, les assises sont en retraite les unes sur les autres. On a prétendu que cette construction avait été remaniée et qu'elle était probablement moderne , arabe même. Véritablement , en ce cas , il faudrait admettre que ces pauvres Arabes étaient de piètres constructeurs, car en remaniant des blocs pareils, dont ils pouvaient disposer à leur gré et qu'il était tout naturel de rendre jointifs, ils ont eu l'idée saugrenue de laisser, par-ci ? par-là, dans ces immenses assises , des places vides qu'ils <$8t rebouchées avec de la maçonnerie de petit appareil, ce dont il leur était si facile de se dispenser, en poussant un peu plus à droite ou à gauche deux des blocs qu'ils voulaient utiliser. Au reste, c'est là, hâtons-nous de le dire, une hypothèse dont le bon
sens fait immédiatement justice ; ces assises sont moins anciennes, je le veux bien, que celles du Haram-ech-Chérif, mais à coup sûr elles sont de l'empire judaïque ; et comme nous savons que c'est Mariasses qui a construit la muraille d'Ophel , je me permets, sans l'ombre d'un scrupule, d'affirmer de nouveau que ces assises gigantesques sont l'œuvre de M a nasses, et cela quoi qu'on dise.
De là nous sommes allés à ce que j'appelais à l'avance les pressoirs du roi ; et la vue de ces caves taillées dans le roc, si elle a pu me laisser encore quelques doutes sur la noble origine du monument auquel elles appartiennent, ne m'en a laissé aucun sur leur destination première : c'était bien un pressoir, cela est certain.
Tout n'est pas rose dans la vie de l'antiquaire, ou, pour parler plus exactement, tout ce qu'il visite n'embaume pas et ne sent pas la rose. Ces excavations constituent aujourd'hui l'officine d'un tanneur, dont les affreux produits macèrent dans le fond des chambres , et empestent à cent pas à la ronde. 11 fallait bien affronter cet inconvénient pour se rendre compte de la disposition intérieure, et c'est ce à quoi nous nous sommes résignés sans sourciller, niais en nous bouchant le nez. Il y a trois salles juxtaposées, dont le sol est assez profondément excavé au-dessous du niveau du seuil, de façon que deux de ces chambres sont transformées en véritables cuves à tanner. Certes ce ne sont pas les industriels de notre époque qui se sont avisés de creuser dans le roc vif des cuves de cette espèce. C'est parce qu'il les a trouvées toutes faites, qu'un tanneur s'est installé là ; ceci, je n'en saurais douter un seul instant. Ce qui le prouve d'ailleurs, c'est un détail doqt je vais parler. L'entrée primitive de ces chambres a été détruite et démolie à coups de niasse, Dieu sait quand, et par qui. A droite de cette entrée ainsi élargie, on voit, dans le