‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 31 sur 85 · M. VICTOR GUÉRIN · texte numérisé non relu

M. VICTOR GUÉRIN

ne pouvoir employer plus fructueusement. Le P. Révérendissime m'a fait demander quand il pourrait me rencontrer, el j'ai répondu qu'à midi je me rendrais au couvent.

Dans la matinée j'ai eu une assez agréable surprise : mon ami, M. Victor Guérin, chargé d'une mission scientifique en Palestine, et dont la vaillante femme a voulu partager les fatigues et les chances, est venu me voir avec elle. Dès mon arrivée à Jaffa j'avais appris que cet intrépide explorateur de la géographie biblique avait été pris de la fièvre intermittente , pour s'être exposé, pendant les affreuses chaleurs du mois de septembre, au milieu d'un marais voisin de Saint-Jean d'Acre. Depuis lors il n'avait plus cessé d'être très -sérieusement malade , et il avait cherché vainement à se débarrasser de la fièvre à la Casa-Nuova de Nazareth , où certes les soins les plus affectueux ne lui avaient pas manqué. Depuis quelques jours les accès étaient devenus moins rudes, et il avait profité de ce répit pour rentrer à Jérusalem, où il comptait s'arrêter pendant quelque temps, avant d'aller prendre la mer à Jaffa, afin de regagner la France. Sachant tout ce que la fièvre de Syrie a de dangers terribles, je l'ai pressé de partir le plus vite possible, en lui affirmant qu'une fois en mer, le changement d'air ferait plus pour lui rendre la santé que les doses de quinine les plus exorbitantes; mais j'ai prêché dans le désert. M. Guérin n'est pas homme à déserter le plan qu'il s'est dressé à l'avance; il a résolu de prendre à Jaffa le bateau qui passera devant cette ville le 20 décembre prochain, et il ne quittera Jérusalem qu'au moment voulu pour remplir ce programme bien arrêté. Dans son intérêt j'en suis désolé, mais dans le mien je m'en réjouis, parce qu'il est impossible de trouver un compagnon plus érudit et plus persévérant à la fois. Son séjour à Jérusalem nous donnera sans doute le temps d'étudier ensemble bien des questions intéressantes , et je ne manquerai h. 20

pas d'en profiter. En attendant il a accepté, pour aujourd'hui même, une invitation à partager notre modeste dîner d'auberge. Tous les deux, le mari et la femme, seront à l'hôtel à six heures précises.

Mohammed m'a prévenu que le cheikh des moghrabins ne pourrait venir aujourd'hui me voir, ayant été obligé de s absenter de Jérusalem ; ce sera pour un autre jour. Comme je vais faire au Révérendissime la visite que je lui ai annoncée, je prie Mohammed de venir me prendre, dans une heure, au couvent , où l'abbé m'accompagne : nous voulons aller explorer ensemble le sommet du mont du Scandale, et les bons habitants de Siloam sont assez mal famés pour que je ne dédaigne pas la compagnie d'un musulman dévoué et énergique comme mon brave ami Mohammed.

Après une bonne heure de causerie charmante, au milieu des bons Pères de la terre sainte, nous nous sommes mis en route, en nous dirigeant sur la porte de Damas ; c'est peutêtre le chemin le plus long, mais, à coup sûr, c'est le plus commode et le moins fatigant. J'ai fait voir au P. Bassi, qui est de la partie, le beau pan de maçonnerie d'Hérode Agrippa que j'ai trouvé hier, et il partage entièrement mon opinion sur cet appareil. J'ai profité de l'occasion pour recueillir quelques bonnes mesures, sans préjudice du lever de détail qui devra être exécuté. J'ai, pour la première fois, remarqué qu'il y avait, vis-à-vis la piscine de la Pèlerine, un mur de contrescarpe qui me paraît fort ancien, et qui enfermait la piscine en question dans le fossé de la place. Comme nous avons suivi le pied des murailles, au fond même du fossé nous avons remarqué dans la maçonnerie deux inscriptions coufiques mutilées, qui ont été certainement placées là par les Turks. Quelque insignifiants que soient ces deux textes, d'ailleurs fort peu développés, comme ils peuvent avoir

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