‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 50 sur 85 · DÉBRIS DE LA DEUXIÈME ENCEINTE · texte numérisé non relu

DÉBRIS DE LA DEUXIÈME ENCEINTE

enceinte, laquelle commençait à la porte Djennat en s'appuyant sur la muraille primitive. Le second fragment est placé à une cinquantaine de mètres au nord de l'angle dont je vieos de parler, et à très-peu près sur l'alignement de sa face orientale. Les blocs de parement en sont très-beaux, mais affreusement rongés par le temps. Ils recouvrent un blocage grossier. Au ras du sol et à la face nord de ce débris, se voit la naissance d'une arcature. Peut-être y a-t-il eu là une porte percée dans la seconde enceinte. Deux blocs , relativement modernes, ont été encastrés dans ce fragment

antique. Rien n'est plus aisé 'que de discerner, au premier coup d'oeil, leur Age relatif. L'un d'eux porte un signe lapidaire, et ce signe est un A de l'époque des croisades. L'autre bloc est de plus grandes dimensions et il a été certainement destiné dans le principe à un autre usage, car il porte, à sa

partie inférieure , deux entailles qui n'ont plus aucune raison d'être lorsqu'il s'agit d'une pierre de parement.

Quoi qu'il en soit, ce fragment est important, puisqu'il nous donne un jalon certain à planter sur le trajet suivi par la seconde muraille. Après avoir examiné soigneusement ces vénérables débris, nous avons achevé notre journée en faisant une dernière promenade au sommet du mont des Oliviers. J'avais à cœur de jeter un regard d'adieu à la vallée du Jourdain, à la mer Morte et aux belles montagnes d'Arabie. Hélas ! il est bien probable que ce regard sera le dernier. Pourquoi ne l'avouerais- je pas? cette course est pour moi pleine de tristesse. Sans doute, je suis heureux de penser que dès demain je vais me rapprocher de tous ceux que j'aime; mais j'ai un véritable amour aussi pour cette sainte terre que j'ai eu tant de plaisir à visiter , et ce n'est pas sans un amer regret que je me dis au fond du cœur qu'en la quittant cette fois, il est bien probable que je la quitte pour toujours.

Nous avons d'abord été au sanctuaire en plein air que l'on appelle ici les Viri Galilœi; c'est une petite plate-forme pavée de dalles , supportant deux tronçons de colonnes et un petit bloc sur la surface desquels on a entaillé des croix fleuronnées. De là nous sommes allés nous reposer auprès de l'oualy qui couronne le mont des Oliviers-, et qu'entoure un petit cimetière musulman. C'est de ce point qu'on a la vue splendide dont je tenais à repaître encore une fois mes yeux, avant de m'éloigner de Jérusalem.

Après une halte assez longue , Gélis et moi nous sommes redescendus dans la vallée du Gédron, pendant que l'abbé et Gaillardot allaient visiter l'église de l'Ascension. Dix fois nous nous sommes arrêtés pour contempler le Haram-ech-Chérif, dont on juge merveilleusement l'ensemble de tous les points de la descente que nous suivons.

Rentrés par la porte de Saint-Etienne ou de Setty- Maryam, nous sommes allés voir l'habitation de Mauss, qui s'est logé dans une ravissante petite maison de Bezetha. Gaillardot est venu nous y rejoindre, et nous sommes rentrés à l'hôtel, moins gais que d'habitude, je n'hésite pas à le déclarer.

Le soir, nous sommes tous allés prendre congé de Barrère, et là aussi ce n'a pas été sans un serrement de cœur que nous avons reçu et donné la dernière accolade. Avant neuf heures, nous étions rentrés, non sans mésaventures ; car l'abbé et Gaillardot, ayant un peu ralenti le pas, se sont trouvés éloignés de notre fanous, et ont failli être mis au violon. 11 eût été assez drôle d'y passer la dernière nuit de leur séjour à Jérusalem* Mais ils en ont été quittes pour la peur.

Èî décembre.

Ce matin nous étions tous levés au point du jour , comptant, ô candides que nous étions! sur un prompt départ.

Et d'abord le cheikh Mahmoud d'Abou-Dis et le cheikh Ismaël ont demandé à me faire leurs adieux; j'ai refusé de les recevoir. Assez de bakhchichs comme cela ! Puis a paru l'un des propriétaires des Qbour-el-Molouk, à qui j'ai donné trois napoléons de surérogation, tant j'étais heureux de tenir en6n mon sarcophage qui , dès la veille au matin , avait pris la route de Jaffa , sous la protection de Botros.

Pierre et Ferdinand sont venus, à leur tour, m'apportant un beau fragment de sculpture déterré la veille au pied même de la grande porte percée dans la muraille de rocher aux Qbour-el-Molouk. Le travail en est très-curieux, et il est évi-

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