COUP DE MER
Tout est disloqué à bord, et les passagers sont dans la consternation , se croyant arrivés à leur dernière heure.
Il est de fait que la situation n'était pas riante. Nos braves officiers, après avoir lutté avec la plus admirable énergie tant * qu'ils l'ont pu, renoncent à tenir tête à la mer , et , pour éviter de recevoir un second paquet de mer qui pourrait bien nous envoyer par le fond , le commandant met à la cape ; il était temps, je crois, si nous ne voulions pas coiirir la même chance que Y Atlas s dont la triste histoire était déjà connue en Syrie et en Egypte au moment de notre départ.
Rien de plus étrange et de plus invincible que la démoralisation de tous ceux dont la navigation n'est pas le métier. Rien de noble et d'admirable comme la contenance des officiers. J'avoue très-humblement que j'ai eu une effroyable peur. J'avais vu dans ma vie de bien mauvaises mers, mais rien d'aussi complet, je le déclare, même dans les parages du Groenland. A midi nous avons quitté la cape et fait route tant bien que mal. Vers deux heures, la mer et le vent ont sensiblement molli , et nous avons pu faire un peu de toile , afin d'appuyer notre pauvre Euphrate, qui a péniblement cheminé vers la Sicile. Le soir, ceux dont l'estomac avait résisté à cette dure épreuve ont essayé de dîner, et, à huit heures, chacun a gagné sa chambrette comme il a pu. J'étais exténué de fatigue physique et morale; j'ai donc si bien dormi, qu'en entendant piquer le quart de quatre heures du matin, je me suis éveillé pensant entendre le quart de minuit. *
il. 39
13 jlBfier,
- Pendant foute la journée suivante, non* avons été s par une forte houle venant de l'Adriatique, devant l'ouverture dé laquelle nous avons passé dans la matinée. Vers deux heures après midi, nous étions encore à une centaine de milles de Messine.
Il nous a fallu tout le reste de cette journée et toute la nuit suivante pour atteindre ce port si ardemment désire. An petit jour nous y étions mouillés, oubliant déjà toutes I misères des journées précédentes. Nous y avons trouvé arriv gavant nous deux navires qui ont essuyé la même bourrasque; -*t'un est un paquebot russe qui a eu presque tous ses bastingages rases par un coup de mer qui lui a emporté plusieurs hommes; l'autre ne se porte guère mieux : c'est V Assyrien, de la compagnie Bazin de Marseille; il transportait une cinquantaine de chevaux à Alexandrie, et tous ont été enlevés ! Décidément, nous devons nous estimer heureux, d'être encore les moins maltraités des trois.
Nous n'avons séjourné que deux heures à Messine, juste ce qu'il fallait de temps pour déposer et ramasser les dépêches; puis nous avons immédiatement repris la mer. La majeure partie des passagers a jugé prudent de débarquer à Messine. Espérons que notre jeltator est du nombre.
El de fait, à partir de Messine, nous avons eu très-belle mer jusqu'à Marseille; nous redoutions le mistral, et il nous a fait grâce. Je ne veux pas oublier un fait qui doit être assez rare : toute la Galabre, toute la Sicile, et le Stromboli luimême, étaient couverts d'un immense linceul de neige.
Dans la nuit du '26 au 27 janvier nous entrions dans le port