‹ Voyage en terre sainte (volume 2)Chapitre 70 sur 85 · ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ALEXANDRIE

l'avant-port, où le Labourdonnais est cloué dans la vase. Le pauvre navire a fait tous les efforts imaginables pour se renflouer, mais sans l'ombre du succès. Enûn nous arrivons, et les dispositions sont prises rapidement pour arracher le Labourdonnais à sa souille. Un énorme grelin est envoyé a bord ; dès qu'il est bien amarré , notre machine est lancée à toute vapeur , et , en un clin d'œil , le grelin se casse comme une ficelle d'un sou. Et d'un ! On le remplace immédiatement et on recommence. Même succès; et de deux! Aurions-nous un jettator à bord? Un troisième grelin subit le même sort, mais avec perfectionnement cette fois; car, avant de se rompre, il enlève un fort joli morceau du bordage du Labourdonnais, en disloquant tant soit peu le nôtre. Et de trois ! Aux grands maux les grands remèdes! Deux grelins sont envoyés au navire échoué et amarrés en croix ; probablement, l'effort de traction étant ainsi dédoublé, nous allons arriver au résultat désiré, sans plus faire d'avaries. Le reste du bordage de l'arrière du Labourdonnais y passe du coup , le nôtre le suit en partie, et les deux grelins rompent aussi lestement que les trois premiers. Et de cinq! Le navire échoué n'a pas plus bougé qu'une roche; la chose devient donc sérieuse. Il est déjà quatre heures et demie, et nous voilà condamnés à recommencer demain matin.

Je renonce à dépeindre notre désolation. Le temps est superbe, et Dieu sait ce que ce retard peut nous valoir en route! Comme on doit sagement se résigner à ce qu'on, ne peut pas empêcher, il a bien fallu en prendre notre parti, dîner et coucher à bord, comme si nous étions à cent lieues de la terre.

- Du tO au 23 janvier.

Le lendemain matin, au point du jour, l'opération a recommencé, mais sans à-coup cette fois, c'est-à-dire avec un effort continu et sans secousse. A sept heures et demie un cri de joie part des deux bords à !a fois : le Ijibourdonnais a fini par bouger; en quelques minutes il est remis à flot, et nous voilà en liberté. Dieu soit loué!

Nous n'avions plus de temps à perdre, et avant neuf heures nous étions hors des passes, faisant route sur Messine. Tout a d'abord été au mieux; nous avions le vent pour nous, et [>endant toute la journée, la nuit et le jour suivant, nous avons marché très -convenablement. Nous étions pleins de joie et d'espoir, et nous avions depuis deux heures gagné nos couchettes , lorsqu'après avoir doublé la pointe de Candie et l'île de Gozzo, que nous avions eues constamment en vue pendant la soirée, nous avons été pris, un peu avant minuit, par un grain de grêle formidable. En moins d'une demiheure le vent est devenu des plus violents de la partie de l'est , et la mer a été promptement démontée. Tant que nous sommes restés en route, nous avons été secoués de la plus horrible façon, et, vers quatre heures du matin, nous avons embarqué un énorme paquet de mer qui a défoncé les clairesvoies de la machine, et rempli d'eau la cage de celle-ci. Notre mût de charge est tombe sur le pont, qu'il a failli défoncer en se cassant lui-même ; quelques matelots ont fait d'affreuses chutes, et l'un d'eux a reçu sur la tête une poulie qui l'a assommé, ou peu s'en faut.

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