‹ Voyage en terre sainteChapitre 39 sur 53 · Éd. Reinaud, page · texte numérisé non relu

Éd. Reinaud, page

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« Au-dessous d'elle ( Amman ) coule le Nahr-ez-Zerka qui est contre la roule

Nos Adouân lui donnent positivement le nom de Yabôk , ou du moins ils nous ont affirmé que c est cette rivière qui, assez loin au nord, va se jeter, sous le nom de Yabôk, dans le Jourdain même. C'est parfaitement possible; et, comme nous n'avons pas été le vérifier, je donne ce renseignement géographique pour ce qu'il vaut, c'est-à-dire comme je l'ai reçu. Quoi qu'il en soit, le Nahr qui coule au pied du Qalâah d'Amman, est extrêmement poissonneux, et nos domestiques y ont péché, à coups de pierres, d'excellentes fritures qui ont agréablement modifié de temps en temps la monotonie de notre menu.

Nos bagages ne sont pas 'encore arrivés et nous nous installons, comme à la grande halte de nos étapes ordinaires, pour prendre notre déjeuner sur l'herbe. Pendant que nous nous livrions à cette douce occupation, tout notre monde a gagné le gîte, et nos tentes se sont rapidement dressées en face du grand théâtre. On le voit, la journée a été courte, puisque en moins de cinq heures nous sommes arrivés d'Aaraq-el-Emyr à Amman. Ce qui m'avait frappé tout d'abord en entrant dans les ruines de cette ville magnifique, c'était la vue du Qalàah , c'est-à-dire de la belle acropole qui la domine à l'ouest. Une grande muraille construite en blocs considérables et une tour carrée, présentant sur son front deux cercles énormes, m'avaient, vus d'en bas, donné l'espérance de retrouver sur pied des constructions de la Rabbat- Ammon primitive; j'avais donc une hâte extrême de monter là-haut et d'examiner de près ces imposantes constructions, dans lesquelles je comptais rencontrer des parties contemporaines du siège de David. Aussi n'avons-nous pas perdu de

o dos pèlerins de Cham et la ville est à l'occident du Zerka. » Le Darb-el-hàdj passe effectivement assez près d'Amman, sur le plateau qui, à l'est , domine la ville antique.

temps, et aussitôt après le déjeuner, nous avons tous procédé à l'escalade du Qalâah. Tout le flanc de la montagne qu'il couronne a été couvert d'habitations, dont il ne reste que des voûtes effondrées, ayant l'air de pénétrer dans la montagne elle-même. Comme il fait une chaleur atroce, et que la montée est rude, je mets bas paletot et redingote, et je grimpe là-haut en bras de chemise. Il était difficile d'être moins prudent, on en conviendra, et je n'ai pas tardé à être puni par où j'avais péché. Nous avons très-facilement franchi le Yabôk, a l'aide des gros blocs qui gisent dans son lit, et parmi lesquels se trouve couchée, mais sans tête, une statue de femme assise, en marbre blanc, revêtue de draperies d'assez bon goût. Il va sans dire que les musulmans n'ont pas manqué de la décapiter le premier jour qu'ils l'ont rencontrée. En face du point où nous franchissons le Yabôk est un monument curieux , mais d'un goût plus que douteux. Sur le bord même de la rivière, et faisant corps avec le revêtement de la berge de gauche (il faut noter qu'en ce point la rivière était canalisée et voûtée), se montrent les soubassements d'une porte monumentale, qui donnait accès jadis sur un dromos^ placé en avant d'un temple tétrastyle. Celui-ci était précédé d'un perron de quelques marches, ayant toute la largeur du temple lui-même. La muraille du fond du temple est restée en place; elle offrait deux demifrontons en appliques, et supportés par deux colonnes. Ces demi-frontons sont bien conservés, et leur style rococo donne, à juste titre, une assez médiocre idée de la manière dont l'art architectural était compris à l'époque de décadence évidente qui a vu concevoir de pareils motifs d'ornementation. Du reste, cela rappelle Bàalbek, à première vue, mais il se pourrait cependant que Bàalbek fût d'un peu antérieur.

Enfin, à force de suer et de souffler, j'arrive au pied de

la grande tour et du beau pan de muraille qui s'y relie. Là m'attendait une déception. Tout cela est de très-basse époque, probablement même de construction arabe. Les deux grands cercles que, d'en bas, j'avais pris pour des boucliers ronds, représentés en guise d'ornements, sont deux tambours de colonne utilisés symétriquement. Celui de droite offre encore la mortaise de son goujon , et celui de gauche s'appuie contre un bloc qui n'est qu'un fragment de corniche encore orné de deux rangs d'olives.

Une fois que l'on a franchi le mur d'enceinte du Qalàah, on trouve, sur le plateau, plusieurs édifices ruinés. Le premier est un temple, dont les soubassements seuls n'ont pas été dérangés. Deux énormes colonnes, qui en ornaient l'entrée, ont été évidemment renversées par un tremblement de terre, et les tambours gisent sur le sol en formant deux rangées ; il est probable que ce sont deux fragments de ces colonnes qui ont servi à orner la face extérieure de la grande tour carrée. Sur le plat de deux de ces tambours on lit, à proximité de la mortaise du goujon, un mot écrit une fois :

Et une autre fois :

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