C'est ce môme fragment que Buckingham a copié ainsi
i e e n n e x a i CAin
Si le voyageur déchiffre mal les inscriptions grecques, en revanche il décrit parfaitement bien les ruines qu'il visite. Tout ce qu'il dit d'Amman est à peu près irréprochable. Cuique suum. Notons en passant que Seetzen, Burckardt, Buckingham, Wolcott et Tipping sont les hardis voyageurs qui m'ont précédé à Amman.
ment où le temple fut construit, un des premiers empereurs du nom de Constantin l'ayant transformé en église chrétienne, que les sectateurs de l'islamisme auront plus tard renversée.
Un peu à droite de ce temple, se voit une citerne ronde parfaitement conservée. Sur tout le plateau de l'acropole, on rencontre des citernes, et, entre autres, un second réservoir rond de très-grande dimension, et de construction au moins aussi soignée que celui qui avoisine le temple. Au delà de celui-ci est un édifice, probablement arabe, nommé El-Qasr, « le palais, » et dont rien à l'extérieur ne dénote la magnificence. Une fois qu'on a pénétré, pour ainsi dire en rampant , dans cette enceinte si grossière au dehors , on se trouve dans une vaste salle carrée, sur laquelle s'appuient, en formant les bras d'une croix grecque, quatre salles, où donnent entrée de hautes arcades ogivales. Toutes les parois intérieures de la salle centrale et des quatre autres sont couvertes de ciselures d'une élégance rare, si l'exécution laisse à désirer. Des rangées d'arcades superposées et en plein cintre régnent sur tout le pourtour, et forment ainsi une décoration continue d'un goût exquis. Les colonnettes qui séparent les arcades juxtaposées n'ont pas de chapiteau. L'ornementation est purement végétale, et les ceps de vigne y abondent. Pas de mihrab, pas de trace d'inscription religieuse arabe, ce n'est donc pas une mosquée ; la forme générale de croix que présente le plan de ce curieux édifice semble en désaccord flagrant avec les idées de l'islamisme. Je m'y perds, et je laisse à de plus habiles le soin de deviner l'origine de ce Qasr, de ce palais, auquel, très- probablement, les Adouân ont bien fait de conserver ce nom. Si c'eût été un monument religieux de leur foi , k coup sûr le nom de mosquée lui serait appliqué. Quant à l'époque de sa construction, elle ne saurait
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être que de très-peu postérieure à l'invasion de l'islamisme, si même elle lui est postérieure. Pour ma part, je suis bien tenté d'y voir un petit palais chrétien-arabe, construit vers l'époque de la conquête musulmane. Voilà un bijou dont il faudra rapporter en Europe un bon plan, et une photographie, si faire se peut1.
A défaut d'un tarikh arabe, ou inscription datée, nous retrouvons au Qasr l'inscription moderne qui nous avait si fort ébouriffés à Beït-el-Kerm dans la Moabitide, entre Schihan et Er-Rabbah. Heyde 1822!!! Décidément ce M. Heyde était enragé ; il s'est faufilé partout, et, après avoir vu des monuments de cette importance, il a gardé ses notes pour lui seul, sans jamais, que je sache, souffler mot de ses voyages. Nous pensions être, après Seetzen, Burckardt, Buckingham, Irbyet Mangles, les premiers Européens venus à Amman ! Encore une illusion d'amour-propre qui s'en va à vau-l'eau, grâce à ce diable de Heyde. Depuis mon retour, j'ai eu le plaisir de voir un autre intrépide voyageur anglais, M. Tipping, l'heureux et premier explorateur de Massada. Lui aussi était allé déjà à Amman, en compagnie de M. Wolcott, et son riche portefeuille contient de beaux souvenirs de la capitale des Ammonites.
A tout seigneur, tout honneur ! Je regretterais fort de n'avoir visité que le cinquième les ruines de cette ville illustre, si M. Tipping n'était un homme des plus aimables, avec lequel je suis heureux d'avoir noué des relations qui, je l'espère, deviendront des liens d'amitié. Gloire donc aux hommes de goût et de cœur qui frayent des routes semblables, et à la modestie charmante desquels il faut, pour ainsi dire, faire
4 . Buckingam donne une assez bonne description de cette intéressante ruine.
violence, afin d'apprendre au public qu'ils ont accompli de belles et difficiles découvertes.
On n'a pas oublié que j'ai eu l'adresse d'escalader le Qalâah d'Amman en manches de chemise. Une fois dans l'intérieur du Qasr, une demi-heure se passe si rapidement à étudier de tous mes yeux, les ravissants détails de ce bijou, que tout d'un coup je me sens glacé. Diable ! diable ! cela ne fait pas mon affaire ! Je me hâte de franchir le trou qui sert de porte, espérant que le soleil va promptement me rôtir de plus belle, et je continue ma visite du plateau . Derrière le Qasr s'étend une grande et belle muraille romaine, ornée de niches à fronton. Au delà se voit tout un quartier de ville, où les habitations ruinées sont accumulées les unes sur les autres. Au milieu d'elles s'élève un joli petit édicule , garni d'une grande niche à voûte en coquille. Certainement il y a eu la quelque statue que les Arabes auront brisée , et dont les fragments sont peut-être cachés sous les décombres. La face postérieure de la muraille romaine dont j'ai parlé tout à l'heure est également garnie de niches ; mais celles-ci sont plus petites, ornementées dans le goût arabe, et présentent, au lieu de la voûte en coquille habituelle, un évidement taillé en fer de lance triangulaire. Au delà des ruines d'habitation dont je viens de parler, est le mur de l'acropole, dominant un ravin profond et escarpé, au bas duquel on aperçoit des grottes servant en ce moment d'habitation à quelques familles arabes. Aux extrémités delà longue branche de la muraille d'enceinte qui revêt de ce côté l'escarpement du Qalâah, sont les restes de deux grandes tours carrées.
Pendant que je me promène ainsi à travers les ruines, je sens que, malgré sa bonne volonté évidente, le soleil ne me réchauffe pas du tout ; les plus courtes sottises me paraissant les meilleures, je me hâte d'envoyer mon ami Abou'1-Aïd, qui
m'a accompagné , chercher à ma tente redingote et paletot. En attendant qu'il soit revenu, ce qui doit prendre au moins vingt minutes, je vais m'étendre au soleil, comme un lézard, au-dessous de la grande tour arabe faisant face à la ville basse. De là j'embrasse à merveille l'ensemble des ruines qui couvrent les deux rives du Nahr-ez-Zerka, et je profite de ce moment de repos forcé pour jeter sur mon calepin un croquis cavalier de tout cet ensemble. Cela me servira, en attendant le plan, auquel Gélis travaille déjà depuis quelques heures, à avoir une idée nette et précise de la position relative de tous les monuments antiques d'Amman ou Philadelphia.
Enfin j'ai pu rentrer dans mes habits, et je continue mon exploration de l'acropole, revoyant tout ce que j'ai déjà vu une première fois , afin de le bien graver dans mon souvenir. Il était cinq heures du soir quand je suis redescendu au camp, et certes je n'avais plus froid en y arrivant. J'étais en nage, et il a fallu me changer des pieds à la tête. Je me croyais affranchi des suites de mon refroidissement du Qasr ; malheureusement il n'en a rien été, car des le soir j'ai commencé à ressentir les premières atteintes du vilain mal qui s'appelle lumbago.
Avant lediner, j'ai été derrière Yodeum, sur les bords du Yabôk, faire une chasse aux insectes d'eau, et je n'en ai pas trouvé un seul. Bientôt dégoûté d'une recherche aussi infructueuse, je suis venu m'étendre sur mon lit, et fumer force tchibouks, en attendant le retour de tous mes amis et l'heure du dîner. Comme nous étions tous assez fatigués, la soirée ne s'est pas prolongée tard, et chacun est allé reprendre dans le sommeil des forces pour le travail du lendemain.
H novembre.
. Au point du jour, nous étions tous debout , et après la soupe matinale, que j'ai imposée, en vrai soldat, à tous mes compagnons, chacun a pris sa volée vers le point où il a affaire. Il faisait un froid très-vif, mais le ciel était pur comme d'habitude, et il était bien clair que cette température sibérienne ferait rapidement place à celle du Sénégal , dont nous jouissions journellement.
C'est contre ces alternatives si tranchées que les vêtements de laine sont de la plus indispensable nécessité. Dieu sait ce que deviendrait, en pareil pays, un touriste qui négligerait de se prémunir contre ces réactions continuelles. C'est du moins ce que je persiste à croire , malgré les plaisanteries de de Behr, qui n'a pas un centimètre carré de flanelle sur toute sa personne , qui a l'impertinence de ne s'en porter que mieux, et, en outre, de se moquer de mes précautions. Il faut que celui-là soit bâti à chaux et à sable ! Pendant que nous admirions les antiquités d'Amman, de Behr a fait hier une découverte au bord du Yabôk ; il a déniché un superbe plant de cresson, et nous a cueilli la salade la plus réjouissante. Pour sa part, il préfère sa découverte à celle de l'inscription la plus antique du monde. Horreur !!! Vraiment sa salade était excellente. Mais revenons aux promenades de ce matin ; à chaque jour sulïit sa peine. Comme je ine sens les reins singulièrement raides, je me décide, pour visiter le grand théâtre, à y grimper par l'extérieur ; je gravis donc tout uniment la côte qui commence derrière Yodeum, et après avoir passé devant une petite porte romaine sans aucun ornement, placée isolément à gauche