‹ Voyage en terre sainteChapitre 42 sur 53 · THÉÂTRE D'AMMAN · texte numérisé non relu

THÉÂTRE D'AMMAN

du théâtre, j'entre dans celui-ci par le dernier, c'est-à-dire le plus élevé, de ses gradins. Je ne connais rien de plus beau ni de mieux conservé en ce genre. Là- haut, on se sent presque pris de vertige. Une galerie est au niveau de ce dernier gradin, et, au centre même de cette galerie, s'ouvre une loge carrée avec fronton, flanquée de deux grandes et belles niches. Là était sans doute la loge impériale. Trois zones de gradins dans un état de conservation parfait sont superposées et séparées par des chemins ou galeries auxquels aboutissent des rampes d*escalier donnant un accès facile à tous les rangs. Les trois zones comportent, la première quatorze, la seconde seize, et la troisième dix-huit gradins. Tout cela est d'une simplicité qui est loin d'exclure la magnificence, et de tous les points de l'amphithéâtre, ainsi que j'en ai fait l'expérience, on entend à merveille les paroles prononcées, sans trop forcer la voix, à l'endroit où était la scène. Celle-ci, je l'ai déjà dit, est ruinée, et ne se manifeste plus que par quelques arasements sans importance. Parmi les blocs enterrés sur l'alignement de l'orchestre, j'ai vu un fragment de frise déterré par Salzmann et qui, une fois bien lavé et dégagé de la terre qui le recouvrait , m'a présenté les tracete d'inscription suivantes, que je ne me charge pas d'expliquer :

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A droite, en faisant face aux gradins, s'ouvre une chambre encombrée de pierres de taille éboulées, et qui était peut-être le vestibule d'un grand vomitoire inférieur. Pour se rendre un compte exact des dispositions générales d'un édifice de cette importance, des fouilles seraient indispensables, et nous n'avons ni le temps ni le moyen de les entreprendre. Je l'ai

déjà dit, pour tout bien connaître à Amman, il y faudrait passer des mois entiers.

Du théâtre, où l'abbé est venu me rejoindre, nous poussons sur la rive droite du Nahr-ez-Zerka une reconnaissance générale des ruines, en marchant vers le point par lequel nous sommes arrivés à Amman.

A petite distance du lieu où nous avons établi notre camp, la rivière est dominée de fort près par un banc de rochers se rattachant à la montagne à laquelle le théâtre est adossé. Sur une étendue de près de trois cents mètres, cette rivière a ses bords revêtus de belles murailles romaines, qui évidemment étaient reliées d'un bord à l'autre par une voûte dont les amorces paraissent souvent, et dont un beau tronçon d'ailleurs est resté entier. Ceci nous rappelle à première vue le canal Saint-Martin, que l'on a transformé en promenade établie sur les voûtes qui le recouvrent. L'édilité parisienne n'a droit qu'à un brevet de perfectionnement; le brevet d'invention reviendrait en toute justice à celui qui avait couvert de cette longue et belle voûte le cours du Nahr-ez-Zerka ou Yabôk, dans l'intérieur de Philadelpliia.

Bientôt nous apparaissent les hautes murailles de l'édifice qu'en passant hier devant lui nous avions pris pour une basilique. La rivière est en ce point extrêmement resserrée entre les rochers , et la ruine est placée sur la rive gauche ; aussi , pour étudier un peu mieux celle-ci, nous hâtons-nous de franchir le Yabôk, à l'aide des blocs taillés dont son lit est parsemé , et autour desquels se jouent par dizaines les beaux poissons dont j'ai fait mention.

En cherchant le moyen de remonter vers le terre-plein actuel de cette ruine, nous passons en face d'une voûte étroite qui recouvre le lit d'un ruisseau maintenant à sec, et qui descendait de la montagne opposée, sur laquelle est le Qalâah.

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