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cette terrible nuit. À une portée de pierre de cet endroit il y avait un enfoncement, quelquesuns disent une grotte. Dans ce lieu, dans l’obscurité de la nuit, Notre-Seigneur se trouve maintenant seul. Hélas! non-seulement il est laissé sans un ami pour le consoler, mais Dieu même semble l'avoir abandonné. C'est là le temps qu'il a voulu choisir pour sentir le poids des iniquités de l'univers. ‘“ Les frayeurs de la mort l'entourent ; le torrent des iniquités l’accable, les tourments de l'enfer l’environnent de toutes parts.” (P. XVII)
Tout d’un coup il se voit comme écrasé par les péchés du monde passés, présents et futurs. Voyez votre Dieu prosterné sur le sol dans une des grottes de ces montagnes de la Judée, dont la vue même aujourd’hui nous rappelle, d’une manière si frappante, le déluge qui bouleversa la terre! Voyez-le abimé dans son agonie, près de ce lac empoisonné qui couvre, dit-on, les ruines de Sodome et de Gomorrhe! Oh! il lui faut expier non-seulement le péché d'Adam et de ses fils, non-seulement les péchés des habitants de Sodome, mais ‘ Le Seigneur a placé sur lui toutes nos iniquités !” Il a sur lui tous les larcins, les homicides, les adultères, les blasphêmes et les intempérances commis ou à commettre jusqu’à la fin des temps.
Le Sauveur connaît le pouvoir et la sainteté de son Père, il connaît aussi le néant de l’homme et, par conséquent, l'énormité de sa désabéissance ;
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non-seulement il voit tous ces crimes différents, mais c’est comme un poids énorme qui l’écrase, ils semblent pénétrer jusqu’au fond de son âme, cet abîime de pureté et de sainteté. Cette âme est saisie d'horreur à la vue des fautes dont il s’est chargé, et de la bouche du divin Sauveur, qui n'avait rien tant à cœur que de souffrir, sort cette exclamation de douleur: “O mon Père, s’il est possible, que ce calice s'éloigne de moi!” (St. Matt. XXVI: 39.)
Les évangélistes semblent être à court d'expressions pour décrire les souffrances du Seigneur; voici comment ils s'expriment : ‘“ Alors il commença à devenir triste, abattu sous l’empire de la crainte et du dégoût.” O mes amis, cette scène d'angoisse se passa dans une terre éloignée, et alors inconnue ; plus tard nos pères «onstruisirent une église à l'endroit de l’agonie ; mais elle n'existe plus, il n’en reste que le suubassement. Les pèlerins disent la messe ou reçoivent la sainte communion à l'endroit même qui fut arrosé du sang de Jésus-Christ. Si cet auguste privilége n'est accordé qu’à quelquesuns, tous devraient du moins aller à Jésus dans le sacrement de son amour, et lui demander pardon, surtout durant les jours destinés à honorer sa passion et sa mort.
Cet état terrible et désolé, que l’on appelle ordinairement l’agonie de Notre-Seigneur, dura pour le moins une heure de temps. Il se releva trois fois, pour ai. er chercher quelque consola-
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tion auprès de ses amis, mais chaque fois il les trouva endormis ; alors il leur dit : “ Ainsi vous
n'avez pas pu veiller une heure avec moi ?”
L'Evangile rapporte que, durant son agonie, un ange descendit du ciel pour le consoler et le fortifier. Alors, après avoir prié, il se leva tout à coup, marcha vers ses apôtres, disant : “ Levezvous, car celui qui doit me trahir approche. ”
Comme :ïl parlait encore, Judas, l'un des douze, arriva, et avec lui une grande multitude d'hommes, munis de bâtons et de glaives. Il y avait aussi à sa suite une compagnie de soldats romains, envoyés par les prêtres et les Pharisiens.
Les pères Franciscains en Terre-Sainte ont acheté et entouré de murs une grande partie de ce qui était autrefois le jardin de Gethsémanie. Au nord-est, à côté du mur, on peut voir le rocher où les trois apôtres s’endormirent ; à quelques pieds plus loin vers le sud on remarque une colonne peu élevée, tout à fait isolée, dans un lieu étroit, entre deux murs. Ce fut là que Judas trahit son Maître par un lâche baiser. Ce fut aus : à cet endroit que la bande de soldats et de serviteurs députés par les Juifs s'empara de Jésus et le lia. De 1à on l’emmena chez Anne. (St. Jean, XVII, 12) Anne avait rempli l’année précédente la charge de grand-prêtre ; il était le beau-père de Caïphe. Les commentateurs nous disent qu’'Anne et Caïphe occupaient des compartiments distincts
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dans le même édifice, et que ces compartiments: étaient séparés par des cours formant dépendances de l'édifice en question. Cela pouvait bien être. Quoiqu'il en soit, nous savons que le lieu où le Sauveur fut conduit du jardin des Olives était très près de la maison bâtie sur le mont Sion, où le saint sacrement de l’Eucharistie avait été institué. Il dut donc repasser une seconde fois le torrent de Cédron et gravir deux collines avant d'arriver à la maison d'Anne. Une légende rapporte que pendant qu'on lui faisait traverser le pont du Cédron, ses ennemis le poussèrent si violemment qu'ils le firent tomber sur les roches ; leur désir était de le tuer, et de faire croire plus tard que sa mort avait été le résultat d’un accident.
Arrivé en présence d'Anne, le Seigneur fut interrogé au sujet de ses disciples et de la doctrine qu'il prêchait. Ce fut alors qu'après la réponse pleine de sagesse et de dignité qu'il fit au grand prêtre, un des serviteurs le frappa au visage. Le lieu où cette scène se passa se trouve maintenant enclos dans une église occupée par les Arméniens,
Le suprême tribunal des Juifs se rassembla dans le palais de Caïphe, qui était le pontife de cette année. Anne y fit conduire Notre-Seigneur enchaîné comme un criminel. Les membres de ce tribunal s'étaient réunis, non pas dans le dessein de découvrir la vérité, mais bien dans le but avoué de trouver quelque accusation contre
Jui et de le condamner à mort. Les dépositions des témoins ne concordaient pas, et Jésus ne répondit pas un mot à tout ce qu'ils dirent de lui. Le président de cette inique assemblée, Caïphe, quoique représentant de Dieu, en sa qualité de grand-prêtre, était un homme impie qui ne reculait devant rien pour conserver sa position élevée. Aussi, lorsque, s'adressant solennellement à Notre-Seigneur, il lui dit: “Je vous adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si vous êtes le Christ, le Fils de Dieu.” (St. Matt, XXVI, 63.) Jésus répondit :—"* Vous venez de le dire. De plus je vous le dis, plus tard vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de Dieu, et paraissant dans les nuées du ciel.” (ibid) Après que le Sauveur eut ainsi parlé, le grand. prêtre déchira ses vêtements, déclarant qu'il venait de blasphémer, et tout le conseil s’écria d’une voix unanime : “ Il mérite la mort.” Ce jugement, qui n'était qu'une farce,s'était terminé le matin de bonne heure dans la maison de Caïphe. Immédiatement après, les juges iniques s'étaient retirés, mais l’adorable victime était restée entre les mains des soldats et des valets. Ceux-ci de s’en moquer, de le bafouer, de lui bander les yeux et de le frapper au visage en disant : “ Disnous qui t'a frappé?” Ils ne cessèrent de l’insulter et de proférer des blasphèmes contre lui. (St. Luc, XXII, 63, etc) Une pieuse tradition rapporte qu'après ce traitement barbare, ils le renfermèrent, après l’’voir enchainé, dans un <oin obscur et isolé du palais. Nos ancêtres dans
la foi construisirent une église à l'endroit où s'élevait la demeure de Caïphe. Dans cet édifice, qui est encore debout, un autel très petit désigne l'endroit même où le Sauveur passa la.
dernière partie de cette nuit terrible. (1)
Durant cette nuit de tortures et d’ignominies, le Sauveur n'avait personne pour le soutenir. Tous ses apôtres l'avaient abandonné et Pierre lui-même, qui peu d'heures auparavant disait qu'il ne le renierait jamais, venait de déclarer solennellement, à trois reprises différentes et avec serment, qu'il ne le connaissait pas. Les évènements que nous venons de rappeler forment l’histoire de ce que Notre-Seigneur souffrit dans son corps adorable, le Jeudi Saint, la veille de sa passion. Nous disons les souffrances qu'il endura dans son corps, car qui dira jamais les tourments qu'il éprouva dans son âme? La chute de Pierre, la trahison de Judas et sa perte éternelle, les offenses faites à son Père et l’impénitence du grand nombre : tout cela dut briser le cœur de notre Dieu.
Mais ici une pensée se présente à notre esprit, Etait-il bien le Tout-Puissant et le Fils de Dieu, Celui qui souffrit tant d’outrages et d’ignominies de la part de ces méchants ? La réponse est toute simple : il souffrit tout cela dans la nuit
(1) Les Arméniens sont ujourd'hui possesseurs de cette église, Chaque année, le lundi de la Pentecôte, les pères fran-ciscains ont ie droit d'y célébrer pendant six heures de temps.
du jeudi, et il mournt le lendemain, parce que telle était sa volonté sainte. La veille même de sa mort, il fit éclater encore l4 divinité de sa mission par l’accomplissement de ces prodiges dont l’homme est absolument incapable. Retournons en esprit au jardin des Olives. Voyez la foule des soldats et des méchants qui s’avance pour le saisir. Il va lui-même avec une grande majesté au-devant d'eux ; à peine a-t-il dit un mot que tous reculent, ils sont pour ainsi dire jetés à terre par une main invisible. Un moment après, saint Pierre tire son épée pour défendre son Maitre et coupe l'oreille droite de Malchus, le serviteur du grand-prêtre. Le Sauveur commande qu'on lui amène ce malheureux et il remet à sa place l'oreille de Malchus. Il est vrai qu'il ne se défend pas en présence de ses juges, mais quand il est question de la divinité de sa mission, il déclare à la foule qu'il est le Fils de Dieu, et qu’un jour les hommes le verront assis à la droite de Dieu. (St. Marc, XIV, 12)
Un Dieu seul pouvait montrer tant de compassion pour les pécheurs, au milieu des souffrances. Au jardin des Olives, Judas le trahit par un baiser. Que ne commande-t-il à la terre d’engloutir ce malheureux? Oh! ne le pensez pas. À l'instant même où Judas le livre pour une vile somme d'argent (la somme même quon payait pour un esclave), il n'éprouve pour le: traître que des sentiments de compassion :
“ Mon ami, pourquoi êtes-vous venu ? (St. Mat.
XXVI, 30.) Judas, c'est ainsi que vous trahissez le Fils de l’homme par un baiser.” (St. Luc, XXII, 48)
Depuis longtemps Judas était un indigne apôtre. Le Seigneur savait qu'il n'était qu'un hypocrite et un voleur, disposé à commettre même les plus grands crimes pour remplir sa bourse. Mais Pierre, l'ami de son cœur, à qui il avait prodigué les marques de sa grande prédilection, qu'il venait d'annoncer comme le chef futur de son Eglise, Pierre lui-même le renie jusqu'à trois fois dans cette nuit douloureuse. Il le renie à la voix d’une servans: ; il confirme son apostasie par un serment, au moment même où son Maitre avait tant besoin de quelqu'un pour le consoler. Eh bien! sera-t-il pardonné ? Pierre renia son Maître non loin de l'endroit où David avait déshonoré la femme d'Uric. C’est encore dans ce voisinage que le Roi pénitent vint plus tard expier sa faute et exhaler sa douleur dans les psaumes où il invoque la miséricorde de son Dieu. ‘“ Ayez pitié de moi, ô Seigneur, selon votre grande miséricorde, effacez le péché de mon âme, purifiez-la de toutes ses iniquités.” David demeura quelque temps en état de péché, il ne devint pas de suite un grand pénitent.
Mais notre apôtre fut plus prompt à se repentir. Si vous visitiez jamais Jérusalem, et que vous vous rendiez du mont Sion au jardin des Olives, vous trouveriez sur votre chemin
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une caverne connue dans le temps sous le nom
de chapelle “ Sancti Petri in Galli cantu, chapelle
de saint Pierre, au chant du coq.” On dit que
c'est là qu'il s'arrêta, écrasé de honte et de dou-
leur, après avoir renié son Maître. Depuis .ce
jour jusqu'à la dernière heure de son existence,
Pierre ne perdit jamais le souvenir de sa chute,
La tradition rapporte que ses yeux et ses joues
portaient la trace de ses larmes ; dans sa vieil-
lasse il avait presque perdu la vue, et ses joues
étaient pour ainsi dire creusées par les larmes
qu'il n'avait cessé de répandre. Tout le monde
sait comment il fut converti. ‘Le Seigneur
jeta un regard sur Pierre... et Pierre sortit et
pleura amèrement.” (St. Luc, XXII, 61-62.)
Un Dieu seul pouvait payer de tant de charité
une si grande ingratitude. Ayons bien garde
d'oublier que toutes les soulfrances qu’il endura
la veille de sa Passion, il les avait toutes accep-
tées pour le rachat de nos âmes. Dieu, dans sa
divine Providence, a ainsi inspiré l'Eglise pour | que partout et toujours elle nous rappelle la Passion du Fils de Dieu, surtout durant les jours de la Semaine sainte.
Et, retournant en esprit sur la montagne de Sion aujourd'hui même, il me semble voir surgir devant moi les monuments de la colère de Dieu contre le pécheur. De la montagne de
> re- Sion on peut voir le “mont du Mauvais Conseil”. n, et C'est un champ situé sur une colline, au-delà rdin de la vallée du Hinnon, vis-à-vis de la maison
min de Üaiphe. C'était jadis le jardin de cet homme
méchant. Dans ce jardin, où les ennemis dw Sauveur s'étaient rassemblés, Caiphe avait s0lennellement fait la déclaration suivante : “ Vous ne savez rien du tout, ne voyez-vous pas qu'il est avantageux pour vous qu'un seul homme meure pour le peuple, et que la nation ne périsse pas tout entière; et dès lors ils cherchèrent les moyens de faire mourir Jésus.” (St. Jean, XI)
Depuis ce jour, les chrétiens ont toujours re-. gardé avec des sentiments de terreur cette place où ces paroles furent prononcées, et on l’a nommée le mont du Mauvais Conseil.
Si de la montagne de Sion nous portons nos regards vers le Levant, nous distinguons, sur le flanc d'une montagne aride, quelques constructions, basses, irrégulières, impossibles à décrire. C’est le lieu qu'habitent les lépreux ; on dirait un endroit maudit. Or, cette montagne, on l'appelle Ze mont du Scandale, et une histoire bien triste s’y rattache.
Salomon, ie grand Roi, avait passé la plus.
grande partie de sa vie dans la crainte de Dieu : dans l'univers entier, il était fameux par sa sagesse et sa puissance, mais dans sa vieillesse il avait donné toutes les affections de son cœur à des femmes étrangères. Les passions corrompirent son intelligence, et ce fut sur cette montagne que le malheureux éleva des temples aux dieux de ses concubines. (C'était tout auprès et en face du mont Moriah, où il avait, dans des
jours meilleurs, élevé à Dieu le temple si re nommé et si connu de toute la terre,
Plus loin, vers le Sud-Est, se trouve la mer Morte, dont les eaux empoisonnées couvrent les ruines des cinq villes coupables qui périrent. par le feu du ciel.
Plongez maintenant vos regards dans la ravine, aux pieds du mont Sion, au point où se joignent les deux torrents Gehon et Cédron, on vous montrera la place où se trouvait jadis l'arbre auquel Judas se pendit : et, pendant qu'il était suspendu à ces arbres, “ Il creva par le milieu et ses entrailles se répandirent sur le sol.”
À quelques pas plus loin, se trouve l’ ‘“ Haceldama,” le champ du Sang, le champ payé par l'argent que Judas obtint pour prix de sa noire trahison. Il y fut le premier enterré. Là fut déposé son corps objet d'horreur aux yeux du public, tandis que son âme fut ensevelie dans l'enfer. |
Mais laissons-là ces lieux profanés par le crime de l’homme, laissons-là les monuments de la colère de Dieu contre l’homme coupable.
Quand nous pensons à Jérusalem, surtout durant le Jeudi Saint; tout dans son enceinte, ses collines, ses vallées, ses rues, ses jardins, tout nous rappelle Notre-Seigneur Jésus-Christ, Pas un endroit de la ville qui n'ait été sanctifié par sa présence. Voilà Grethsémanie qu’il arrosa de ses larmes et de son sang; voici le temple où il enseigna et opéra tant de miracles.
Voici encore la voie qui conduit du prétoire de Pilate jusqu'au sommet du Calvaire. Demain, Jésus suivra ce chemin, chargé de sa croix, de sa croix si lourde; demain, il mourra sur cette croix pour le rachat du genre humain. Comme nous sommes encore en esprit sur la montagne de Sion, rappelons-nous que c'est là qu'il ordonna les premiers prêtres et leur donna le pouvoir d'offrir le saint sacrifice. Au même endroit, après sa résurrection, il leur dit: ‘“ Comme le Père m'a envoyé, Moi aussi je vous envoie...
Recevez le Saint - Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez.” (St. Jean, XX, 21, 22, 28))
Jérusalem sera toujours chère à tous les cœurs vraiment chrétiens. Si tous ne peuvent aller visiter les Lieux Saints, tous du moins peuvent suivre le Seigneur dans la voie douloureuse, tous peuvent recourir à ses sacrements et aller le visiter äans les tabernables où il a établi sa demeure.