‹ Voyage en Terre Sainte [microforme]Chapitre 8 sur 19 · NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOUFFRANT A JÉRUSALEM LE JEUDI SAINT · texte numérisé non relu

NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST SOUFFRANT A JÉRUSALEM LE JEUDI SAINT

Notre Divin Sauveur, durant les trois ans qu'il passa à prêcher l'Evangile, s'était attiré un grand nombre de disciples, surtout par l'effet des miracles opérés en Galilée et en Judée. Il avait préparé la voie à l'établissement de l'Eglise, en choisissant lui-même ses apôtres, et en les instruisant sur la doctrine qu'ils devaient prêcher plus tard. Le peuple était si convaincu qu'il était le Messie promis à Adam et à sa postérité, qu’il l'avait pour ainsi dire porté en triomphe,et proclamé le Fils de David, le Rédempteur promis au genre humain. Ce triomphe de plus avait été tel, que le bruit s’en était répandu dans tout l'univers ; car il ne faut pas oublier qu'il eut lieu durant les fêtes de la Pâäque, et dans cette saison la ville sainte était

remplie de pèlerins accourus de tous les points du globe.

Il y avait toutefois à Jérusalem grand nombre de personnes, qui non-seulement refusaient de croire en lui, mais encore poussaient la malice jusqu'à le hair. C'étaient les premiers des magistrats, les prêtres, les Scribes et les Pharisiens.

Ces gens se seraient bien volontiers attachés à lui, s’il eût fait la promesse de les enrichir ou de les élever en dignité. Mais parce qu'il ne leur promettait que les biens et les faveurs du ciel, parce qu'il avait dénoncé leur avarice, leur corruption et leur hypocrisie, et surtout parce qu'il avait prédit leur ruine prochaine, ils avaient résolu et comploté de le mettre à mort.

L'heure solennelle, l'heure du grand sacrifice avait sonné! Son dessein, en venant à Jérusalem, était de se livrer volontairement entre les mains de ceux qui avaient juré sa mort.

Nous allons maintenant voir ce qu'il daigna souffrir, et dans le cours du récit nous parlerons encore de Jérusalem, théâtre de ses souffrances. L'histoire de la Passion nous montrera quelle émotion s’empara du monde entier quand le Sauveur apparut dans la Terre-Sainte.

Mais, avant de rapporter les souffrances de l'Homme-Dieu à Jérusalem, j'ai deux demandes à adresser au lecteur :

Les

1. Levez les yeux vers le ciel, promenez vos regards sur la terre et sur les eaux, pensez à tous les êtres qui existent sur la surface du globe, et rappelez à votre esprit toutes ces générations écoulées depuis Adam jusqu'à nous:

c’est le Verbe Incarné, le Fils de la vierge Marie, qui, en tant que Dieu, a tout créé et tout dirigé dans le passé. C'est lui qui de nos jours dirige encore le monde. La vie, l'intelligence dont vous jouissez, c'est de lui que vous les avez reçues. : Il est en effet la source de la vie, et la lumière qui éclaire tout homme venant dans ce monde.

2. N'oubliez pas que votre âme est immortelle; vous étiez exposé à une damnation éternelle, vous aviez par conséquent besoin d’un rédempteur ; enfin chacune des actions, chacune des prières offertes par le Fils de Dieu, chacune de ses souffrances avait pour objet votre salut à vous, considéré comme individu.

L'Eglise commence à nous entretenir de la Passion de Jésus-Christ, le jour des Rameaux. Ce ne fut toutefois que le jeudi suivant que commença la passion proprement dite, et je vais raconter, ou plutôt je vais essayer de raconter ce que le Fils de Dieu souffrit le soir et durant la nuit du Jeudi Saint.

Je sens que je suis incapable de faire justice à un si grand sujet. Une chose me console toutefois, c'est que chaque année vingt mille pèlerins se rendent à Jérusalem pour vénérer les

lieux sanctifiés par les souffrances de l’'Homme- Dieu, et que des millions de chrétiens dispersés sur la surface du globe méditent chaque jour sur ces souffrances, et rendent des actions de grâces à Celui qui les a endurées. Le Seigneur institua :4 Saint Sacrement, dans cette partie de Jérusalem qui s'élève sur le Mont Sion, et dans la maison qu'y possédait Joseph d'Arimathie.

Le Mont Sion est célèbre dans les annales du peuple Juif. L'arche d'alliance y avait été déposée pendant quatre ans, et dans l'arche se trouvait une certaine quantité de la manne tombée du ciel pour nourrir les Israélites dans le désert, touchante figure de la nourriture céleste que le Sauveur devait léguer à son Eglise, la veille de sa mort! La salle de la dernière Cène était vaste et bien garnie, mais qui dira jamais l'angoisse ressentie par le Cœur de Notre-Seigneur lorsqu'il yentra? Ilvoit devant lui les douze apôtres, à qui il a prodigué les marques de son affection, et hélas! l’un d'eux va le trahir! Oui, Judas l’a déjà vendu pour trente pièces d'argent, et s'est engagé à le livrer pour cette somme entre les mains de ses ennemis. Notre-Seigneur ressentit jusqu'au fond de l’âme l’ingratitude de ce traître! “ Si c’eût été un ennemi, je l’aurais volontiers enduré.…. mais toi, l'ami de mon cœur, le compagnon de ma vie!” Psaume LIV : 13, 14) Il voyait déjà Judas mettant fin à ses jours, mourant dans le désespoir et se précipitant dans les abîmes éternels.

Il savait aussi à l'avance que Pierre, Pierre le chef futur de son Eglise, allait le renier cette nuit même, il savait que tous ses apôtres l'abandonneraient et le laisseraient seul exposé aux insultes de ses ennemis. Il avait aussi devant l'esprit, toutes les tortures et du corps et de l'âme auxquelles il allait se soumettre. Néanmoins il s’en va avec les onze apôtres au jardin de Gethsémanie. Judas, qui l’a devancé, va, dans un instant, livrer son Maître à ses ennemis. La distance du mont Sion au jardin de Grethsémanie est sûrement d'un mille. La manducation de l'agneau pascal, l'institution de la Sainte Eucharistie, et le discours après la Cène avaient pris un temps considérable, et il était assez tard quand ils partirent pour le Mont des Oliviers.

David, évitant la poursuite d'Absalon, son fils révolté, s'était enfui du Mont Sion, et, accompagné de ses soldats et de ses serviteurs, avait gravi la Montagne des Oliviers. En cette occasion, tous les fuyards avaient, dit-on, la tête couverte, et la honte et la douleur leur arrachaïent des pleurs et des cris. David, lui, vainquit son fils; mais Notre-Seigneur fut réellement et en vérité livré par Judas et abandonné de tous ses apôtres : puis le lendemain il fut mis à mort sur le calvaire.

La tradition ne parle pas du sentier ou de la rue que suivit le Sauveur en se rendant du mont Sion au jardin des Olives. Tout porte à

croire qu'il y avait à cette époque des rues régulières dans ce lieu aujourd’hui désert. Le voyage toutefois dut être pénible, car il leur fallut descendre le mont Sion, passer la colline d'Ophel, et monter ensuite jusqu'au jardin de Gethsémanie.

Gethsémanie était le nom d’une villa ou maison de campagne bien connue par les oliviers qui y croissaient. Les terrains de cette villa s'étendaient à une certaine distance le long du pied de la montagne, 'et un chemin les séparait du torrent du Cédron. Le Sauveur était venu souvent dans ce lieu avec ses disciples, et Judas savait bien qu'il l'y trouverait. Le traître avait pris toutes ses mesures pour s'emparer du Maître, et nous le verrons bientôt arriver avec une bande “ d'hommes et de serviteurs fournis par les prêtres et les pharisiens, et porteurs de flambeaux et d’épées. ”

Entrons avec le Sauveur dans le jardin. Ila laissé huit des apôtres à une petite distance, il est accompagné de trois d’entre eux seulement, Pierre, Jacques et Jean. Du chemin qu'il a suivi le long du torrent, il monte au milieu des oliviers, et dit à ses trois apôtres de s'arrêter pendant qu’il va prier à une petite distance de là. Ces trois apôtres étaient très attachés à leur Maître, mais succombant à la fatigue, à la crainte et aussi à lo douleur, ils s'endormirent bientôt sur un rocher que l’on montre encore au pèlerin, et où ils passèrent une partie de

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