‹ Voyage en Turquie et à ConstantinopleChapitre 10 sur 10 · L-.=.l,:sa:,G00gIC · texte numérisé non relu

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ment publiques. Ceux qui appartiennent au gouvernement peuvent errer à leur gté, en s'engageant & ne pas quitter le pays , et à payer une taxe annuelle de quarante piastres pour chaque individu de seize ans. Ils se procurent généralement cette somme en recueillant de Tor dans le lit des rivières. Ceux qui apparlieniient aux boyards sont employés aux fonctions que désignent leurs maitres : ils servent le plus souvent comme domestiques ou vignerons. Un boyard n'est pas iuquiëté pour avoir tué un de ses Bohémiens, et, pour le nidme cas, un étranger n'jest condamné qu'à une amende dequatre-viogt-dixfiorins.Ilscommettent i^rement de grands crimes ; mais ils se rendent souvent coupaUes de délits : pour les plus graves ils reçoivent iin certain nombre de coups de bâton sur la plante des pieds , et pour ceux de peu d'importance on leur met un masque de fur, qu'iU gardent plus ou moins lung-temps. Outre qu'il les gène beaucoup, il les empêche de boire et de manger. 'Pour de petits vols on leur inflige une autre punition : leur cou et leurs bras sont serres dans une planche fendue, qu'ils emportent avec eux. On appelle ce châtiment eri/edh,- c'est évidemment une modification de la fourche romaine , décrite par Denis.

En sortant des montagbcs , j'entrai dans les plaines de la Transylvanie. A droite coulait l'OU, '?■

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etl'on apeiicerait derrière cette rivière quelqjucs ODS des pins hauts moaXs Krapack , très escarpés , et couverte presque entièrement de plusieurs pieds de neige. Au basse trouraient quelques villages ; sar toutes les ëminences qu'offrait le terrain, on avait construit une égUse,coDi me dans leGamhrid- ' geslrîre. En l'espaced'uneheure, nous traversâmes deux villages awez considérables. Ce u'étdrt pins, comme dans la Bulgarie et la Yalachie, quelques maisons éparses ; c'étaient, au contraire,, des rues tpès régidières : les habitations s(mten chai^raites de bois, recouvertes de plâtre et badigeonnées, de sorte qu'elles ont une belle aj^reoce. Les châssis des croisées tout garnis d'une feuille de papier huilé; cftr,'bieo que les habitants parassent opulents sous d'autres rapports, ils n'ont pas encore porté le luxe jusqu'à avoir des vitres. Une grande et belle ferme fait partie de chaque maison. Les voitures ne sont plus tirées par des bœu& . , ou des bufRes, mais par des attelages de six chevaux. Après une demi-heure de marche , nous nous trouvâmes au pied d'une baut« montagne , sur le sommet de laquelle nous vim^ une forte-resse en ruines , d'un effet très pittoresque. On pourrait croire, au premier abord, qu'elle avait été élevée par les Romains pour tenir les Daces en respect; mais elle n'est pas si ancienne : c'est un des nombreux châteaux coostruits'dans ce pays

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par les chevaliers templiers, il y a environ quatre cents ans. Nonsaperçûmes-bientôtleâ tour&d'Hermanstadt , et à minuit bous entrâmes dans cette ville , par ime aTenue bordée de murs très éle^s, et fermée par un viens portique.

' Ce £ttt en. vain que j:e cherchai à me faire comprendre des. gens-de l'auberge oà^je m'arrêtai : ils n'entendaient que' le Hongrws. Après avoir employé tous les moyens sans succès, je me^ fis conduire chez M. Popp , Grec de naissance , pouf qui j'avais des letlrefi : j'en reçus un accueil jdein dé cordialité; il. me présenta à.sa famille, qui, à taon, grand étonnement , parlait anglais trèd eouramnjenl , ce qui est fort rare parmi les Grecs. Après dinar, M. Popp me conduisit dans sa bibliothèqtje. Elle renfermait dès livres de toutesles langues , et surtout de belles éditions, des classiques grecs et latins. Je distinguai , taise autres , un ouvrage , fait par M. Popp lui->méme , sur ks diffîreDts genres de poésies grecques , écrit dans cette langoe. M. Popp.est un des Grecs modernes les plus instruits : il a beaucoup contribué à éclairer ses- concitoyens , et à éveiller en eux le goùt<dela littérature, dans laquelle il est très versé. Il desirait beaucoup avoir une copie de notre lithurgic : je la lui donnai en grec , en français et en anglais. Le soir, la utciUcure compagnie d'Her^ maiistadt se réunit chez lui.

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Le teodeuSm^Uin, je fus réveillé par m boni' mequi viDtdana lu^bambreârant qu'il fit jour. II portait on verre, rkme dit : • f^iêne ifknapét « Z7omtn«?]!>Charméa^eDteadreanlaiigagedaBs lequel je pouvais me fain comprendre, je Ixù demandai : « Quid est aekntKf»? » 11 me répondit : K Sgbnoptt Domine, ttt rks mammè neceafarùt a omnibu» ho^iniiu» ûmnt^ame. i Satisfait de sa définition, je refusai de m'fin aseurer autrement. Je fus tr^ étonné d'entendre parler ainsi tous les gêna de la maison y par qui je n'avais pn me faire comprendre la veille. Ce n'était plus la langue valaqoe, qui est si eorrompue quVlle est presque inintelligiUe , c'était le latin qae ooi» parlons dans les coUégea , prononcé aufisi correcqu'en Irlande. C'est la première langue qu'un enfant apprend à Técole : c'est ea c£Eêt la phis néceosaire.- C'est en latin que sont écrits les actes publics, et c'est aussi c^tte langue qu'on emploie dans les affaires.

' Il y a deux manières de se rendre d'Herman- Btadt à Vienne : l'une parla poste, qui marche jour et nuit , et l'autre dans une chaise , qne l'on achète à cet effist. La première' manière est dangereuse sur de niauvaises roules, et très désagréable , puisqu'on voyage la moitié ^u temps dans l'obscuritë ; quant ji la' seconde , nous oe pâmes noua procurer une voiture convenable : nous £&-

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m^ fk)BC obligés de recourir à un troisième expé-* dient. Les {raiysans 66 «erveiit de grands chariots pour transporter les produits de U Transylvanie, par la Hongrie, jus^'à Vienne ; et , lorsque leur voiture n'est pas pleine, on peut y obtenir une place, à un prix tiès modéré. M. D. en trouva une qui n'était qu'à moitié remplie, et il y loua deux places. C'était un énorme foui^oo , recouvert d'un toit de jonc ou de paille, tiré par dix cfaevanx et conduit par trois paysans valaques. Nos bagages devaient être sur le derrière, et nons sur le devant, où nous avions une espèbe de chambre dans laquelle nous pouvions nous asseoir , BOUS concber on nous tenir debout : cela'ressemblait fort ans imiîsons monvantes dans lesquelles les Scythes, oftaiapm , parcouraient le même pays il y a plus de deux mille ans. Avant de partir, BOUS visitâmes tont ce qu'il y avait de remarquable dans Hernianstadt. En passant devant une boutique de librairie , j'y entrai , et je demandai une cnrte de Hongrie. Après que j'eus choisis ccUe qui me convint, le libraire, qui parlait français, me montra un portrait qu'il venait d'attacher dans sa boutique, et me dit : « C'est sir « Walter-Scoll, l'homme le plus célèbre de tou- « te l'Europe. n-Certes ce ^'était pas une preuve peu ecovaineante de la célébrité de notre romancier qae de voir son- portrait dans une ville obsciffe , .

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sur lés conËDS de l'Europe dvilisëe. Toas ses romans y traduits ea français et eu allemand , se trouvaient dans la boutique.

La ville d'Hermanstadt est appelée, par les an-: . cicQS écrivains, Cihinium, du nom d'noe petite', rivière qui la traverse , et qu'on appelle maintenant Cében. Les modernes loi donnent le nom d'Hcnuanstadt, de celui d'Herman , qui en fat le. fondateur. Cette vUle est située au milieu d'une plaine^ qui â'étend jusqu'à la base des monts Kra* pack , et forme un demi-cercle qui n'est interrompu que par l'ouverture du passage de Bothenthurm , qui est à six milles , qu deux heures de route, ai» sudTest d'Hermanstadt. Gomme de ce côté cette ville servait de rempart contre les Turcs , elle fut fortifiée ^et oitoùrëe d'un double fossé très profond ; et, pour pouvcnr soutenir un long siège sans craindre la famine , on pratiqua des greniers, ou magasins souterrains, qui peuvent contenir des provisions de toute espèce pour plusieurs années, On construisit aussi des moulins , de sorte que les anciennes dironiques . disaient : Ut nulla arte ah hostibua ewriem eivitate molientibus eripi possmt. £lle. abondait aussi eu viviers , et toutes les rues-étaient traversées par un cours d'eau , mais ou n'en trouve {dus de traces. Hermanstadt rei^erme actuellement oiviroii deux mille cinq cenls maisons et environ qua-

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lorze mille habitants, qui soiit, en grande partie. Saxons luthériens. Il y aussi des Yalaques , des Grecs et des catholiques qui jouissent d'une entièl% liberté. Les rues sontlarges et commodes, et vont presque tontes aboutir h une grande place irrégijlière qui se trouve à peu près au centre de la ville. Le principal édifice est la cathédrale, qui tient toute la longueur de 'la place. Elle est consacrée au culte catholique , quoique la majorité des habitants soient protestants, Henuanstadt possède aussi un muséum et une bibliothèque fondée par le baron Brokenthal. Il était fils d'un paysan , mais il eut le bonheur d'attirer l'attention de Marie- Thérèse, qui l'anoblit, et lui fit de nombreux et riches présents, surtout en livres. Avec ces dons il fonda uu musée et une bibliothèque, qu'il alimenta de ses propres deniers pendant sa vie, et qu'il donna à la ville lorsqu'il mourut. La bibliothèque contient environ quinze Btille voluntes. Il est certain que ce nombre se serait rapidement accru, car les ht4>itftnts d'Hermanstadt ont beaucoup de goût pour 'la littérature, si le gouvernement n'eût pas établi une censure de la presse qui a mis les meilleurs ouvrages à l'index. Le musée a été tout récemment enrichi d'objets curieux. En exploitant les mines, -on en a découvert récemment une qui a été travaillée par les Romains et qu'on a appelée jusqu'à

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cejourdu nom de l'emperear CaracalLa. £tte se trouve au nord d'Hcrmanstadt. La premièro maison dans laquelle on est descendu était , à 'Câ qu'on suppose , celle du maître moonoyeur. C'est un édifice romain d'une rare beauté, aossî parfait que ceux d'iïercnlanum. 11 est pavé de pierres de plusieurs couleurs et orné de statues très bien conservera. On a trouvé dans plusieurs eiiambres dès urnra remplies de pi^es de monnaie, dont une graûde partie était à.l'eflSgie des «upereurs romains. A la nouvelle de nette déeouverle , le comte Nemesha , inspecteur de» mines , se rendit sur les lieux ; il fit faire des dessins de tout ceqa'on y trouva , et enlever tous les objets qui parent se transporter.

Les monts Krapach abondent en mioes. Lorsqu'en 1811 les Russes étaient en possession des principautés, ils envoyèrent des minécalogistes de Saint- Pétersbourg, pour foire les fouilles. On découvrit do riches veines d'or, d'argent, de mercure, de &r et<de cuivre ; mais, avant qu'ils pussent recueillir le fruit de leurs travaux , ils furent obligés d'évacuer la Valachie et la Moldavie , d'après le traité de Buf^arest.

Les boutiques d'Hermanstadt ont une agréable apparence ; elles sont, en général, garnies d'objets fabriqués Jans le voisinage, tels que toutes sortes d'outils d'agriculture, du savon , des chandelles re-

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nommées pour leur qualité, et dont il sefaitdes envois considérables Ji Yienne. L'article le plus important est le sel, qu'on tire des mines de Wizagua, autrement appelée^ Saltzborgjprès d'Hermanstadt. Il est d'une qualité aussi supérieure que celui de Valachie ; il se vend de même en gros morceaux» que chacun pile chez soi , sans qu'il soit besoin de le raffiner pour qu'il devienne blanc comme la nrïge.

Outre la cathédrale, il y a deux autres églises, où l'on suit aussi le culte catholique, et une pour les Grecs. L'église réfotmée est celje qui compte le plus de proséljites. Elle a cinq grandes basiliques, qui sont pleines tous les dimanches. Hermanstadt possède aussi une université de treize professeurs , une école élémentaire et un établissement pour les orjJielins, qui peut contenir cinq cents enfants.

Jïous sortîmes d'Hcrmanstadl par la porte du N. E. Elle conserve encore Içs marques des derniers efforts des Turcs et des Tartares dans ce pays. En 1770, les Tartares franchirent le Niester, et s'avancèrent jusqu'à Bude, où ils furent défaits^ En sortant de la Hongrie , ils tentèrent inutilement d'entrer dans Hermanstadt par cette porte. Elle est criblée de boulets, qui étaient d'une trop petite dimension pour être dangereux. Cependant les bourgeois ne permettent pas que

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ces marques soient effacées, et ils les monlrent

avec satisfaction aux étrangers.

Nous entrâmes alors dans un pays riche, bien cultivé et populeux. C'était l'Heptarchie saxonne. Cette partie de la Transylvanie est .occupée par un peuple qui , par son langage , ses manières , et même ses dehors,, diffère beaucoup, de ceux qui l'entourent. Il se distingue aussi par sa. religion, ses privilèges et sa prospérité. Une des circonstances extraordinaires qui se rattachent à la situation des Saxons est le- voile mystérieux qui couvre leur origine et l'époque à laquelle ils sont venus s'établir dans celte partie reculée de l'Europe.

G. Haner prétend que , comme Besa- Gujza était très jeune lorsqu'il monta sur le trône de Hongrie , au treizième siècle , Conrad , empereur des Romains , et Henri, duc d'Autriche , crurent pouvoir envahir son royauoM. Dans cette extrémité, il eut recours aux anciens colons de Transylvanie , appelés Sxaszoneê , qui lui fournirent une armée formée du cinquième de leur population. Avec ce secours il remporta une victoire signalée sur ses ennemis.. .Pleiu de reconnaissance envers les-Szaszqnes, il leur accorda un grand nombre de privilèges dont ils jouissent encore. Bonifius dit que ce.sont les Saxons que Charlemagne exporta du nord dcl' AU

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lotnagne ; ïVautees prétendent qu'ils descendent. AesA'aci ou ancien peuple de la Dacie.

Ce qu'il y a de certain, c'est que toutes ces versions ne rendent pas leur origine moins obscure. Je vais rapporter maintenant ce que m'a dit un Saxon lui-même k Hermanstadt. Dans les premiers temps de la réforme , plusieurs familles qui avaient embrassé les doctrines de cette église furent clinssées de la Saxe, et obligées de chercher nne retraite loin de leurs persécuteurs^ Après avoir erré en Europe , elles se dirigèrent vers les confins de la chrétienté , et on leur permit de s'établir à l'ouverture du grand passage par lequel les Mahométants venaient porter la terreur . et la désolation parmi les chrétiens. On les mit là, avec l'idéesans doute que les iufidèles détruiraient ces hérétiques, dont l'inquisition n'avait pu triompher. Cependant ces hommes avaient conse^é le courage et la fermeté qui leur avaient fait abandonner leur propre pays plutôt que de renoncer à leur religion : ib repoussèrent les attaques des Turcs, et devinrent ainsi le boulevart de la chrétienté. On leilr accorda des privilèges ; ils furent déclarés citoyens libres, et leurs terres furent considérées comme francs-fiefs. Ils eurent leur corps municipal, élurent leurs fonctionnaires publics; ils suivirent librement le culte de leur religion , et choisirent leurs pasteurs et leur

clergé. Ils furent exempts de toutes taxes, ex'cepté celles qu'ils slinposéreat eux-tuémes pour leur propre avantage local. Ils ne furent obligés de prendre les armes que contre les Turcs. Cependant nous voyons souvent les protestants de la Transylvanie soutenus parles Turcs, dans les divisions qui agitèrent le pays sous Ragotêki, et leurs adversaires leur ont reproché d'avoir conclu une alliance dénaturée contre leurs frères les chrétiens.

XiCS privilèges accordés aux Saxons, dans Torigine , ont été étendus et confirmés à différentes époques , particulièrement par Isabelle et Jean Sigismoud ; ce qui fait dire aux historiens de la Transylvanie que : ImmunifatHua et prinilegiie omuet nationes superant. Ils sont très attachés à l'Autriche , à cause des avantages qu'elle leur a conservés.

L'heptarchie saxonne se composait de sept principales villes, entourées d'un grand nombre de villages, que les chroniques saxonnes élèvent jusqu'à cent quatorze. Ces villes composaient les grandes classes politiques du pays, qui n'étaient , d'après leur charte, ni nobles ni sujettes, mais semi-seigneuriales. Outre ces villes et ces villages, qui sont gouvernés par leurs propres lois municipales, et dont presque tous les habitants sont protestants, on trouve encore des Saxons dispersés

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dans 1^ aulres villes de la Transylvanie. La population réformée de cette province s'élève enyiron à cinq cent mille âmes. Ces Saxons ont conservé le caractère distinctif de leurs ancêtres, et di6fèrent peu, par leur air et lenr co&tnme, des

' premiers réformés. Lenr démarche est grave ; ils unt^n général le nez aquilin , le visage sérienx, auquel des moustaches noires donnent un air sombre. Ils sont grands et robustes. Un grand drapeau rond , d'où s'ichappe une épaisse chevelure tombant sur .leurs épaules , un habit court , et de larges culottes composent leur habillement. Leurs maisons indiquent aussi le pays d'où ils sont sortis, hes fenétressont très éhvées au-dessus du sol , comme celles, des ' maisons du nord de l'Allemagne, les toits sont hauts et étroits. Audessus de toutes les portes , on lit une sentence

. morale ou religieuse , tirée de la Bible, et écrite en lettres d'or, oued lettres noires. Lee maisous ont un air d'nniforniité et un certain degré d'opulence qui dénotent 'l'heureuse égalité des conditions. On n^y voit qi chaumière ni palais. Les fermiers sont propriétaires dq terrain qu'ils cultivent ; il n'y a. que de petites hornes pour marquer les limites des propriétés. Le principal, édifice de chaque ville est l'églifié. Partout , ce monument est vaste et décoré d'ornements d'architecture ; Je plus iouvent il est situé

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aya VOYAGE

snr une éminence. NoustrouTâmes Cfatistiana à peu de distance d'Hcrmanstadt. C'est un village très peuple et bâti au milieu d*uiie riche et vaste plaine entre deux chaînes de montagnes. Après une heure de marche nous atteignîmes Salesti , situé au milieu des bois', sur le bord de la rivière et au pied des montagoesi ce village nous parut pittoresque, riche etpopuleux. Dans l'«space de six heures nous comptâmes six grandes villes et villages que nous traversâmes ou laissâmes à droite ou à gauche. C'était plus qiie nous n'en- avions rencontré en autant de jours depuis la mer Méditerranée jusqu'aux montagnes du Balkan. Nous éprouvions un vif sentiment de plaisir à nous trouver au milieu d'hommes dont les ancêtres avaient tout sacrifié pour leur indépendance civile et religieuse , et qui eux-mêmes continuaient à la conserver intacte, dans un des coins les plus reculés de la chrétienté , entourés des peuples les plus méprisés et les plus dégradés de l'Europe.

Cependant , les progrès de la réforme avaient été marqués là, comme ailleurs, par les excès que les passions humaines mêlent toujours aux choses sacrées. Deux ecclésiastiques de la classe appelée pléhani apportèrent dans ces pays des livres qui renfermaient les doctrines et les opinions professées par Luther. Ils fnrent reçus à bras ou-

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verts 'par les Saxons,, et leurs doctrines furent particulièrement propagées dana le pays par Marcua-Penffiinger j comte Saxon, et Mathieu- Colman , pasteur luthérien , qui sont regardés comme les pères de b réforme en Transylvanie. Le mal fît de si rapides progrès , qu'une assemblée fut convoquée en iSaS, à Bude, en Hongrie, et qu'il fut décidé que tous les livres luthériens seraient brûlés , et que l'on confisquerait les propriétés de tous ceux qui seraient convaincus, de les avoir lus. Malgré toutes les mesures que l'on prit , la réforme se répandit rapidement parmi les nations, et les paysans refusèrent de payer la dime au clergé catholique. On vovilut les y forcer par le plus cruel et le plys ' singulier châtiment. On attachait autour du corps du coupable les volailles qui faisaient partie de la dime , et on lançait sur lui des chiens affamés.

Il parait néanmoins qu'une amnistie fut accordée , et que l'harmonie se rétablit entre toutes les sectes du pays. On y trouve encore cent vingt mille . catholiques romains , qui ont un évêque, quatre abbés, trois monastères , et d'autres établissements ; ils sont considérés , ainsi que les protestants , comme membres de la religion de l'état, et jouissent, en cette qualité, de tous les privilèges accordés aux autres habitants.

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Nous atteigalnies bientôt nn obdîsque qui se trouvait sur là route , et portait cette inscription : f^ia Fràneiecf I. Austriae : impétat : eiratà. — 1817. C'était , sans coutredit , là meilleure routé que nous eussions parcourue depuis Constantinople. Nous en sûmes bientôt la Cause. A des intervalles ég^ux , on trouve des piliers de bois qui marquent la distance d'Hermanstadt , et le village qui est chai^gé de réparer la voie publique.

Nous arrivàUes très avant dans la Auit à Mullenbach. Nous j entrâmes par une porte %n ruine, qui avait été autrefois fortifiée ; mais qui maintenant n'est plus d'aucune utilité. On a là coutume , dans ce pays , d'élever de nouvelles portes près de celles qiie le temps détruit , et de laisser celles-ci debout comme un souvenir.

Nous uous logeâmes dans une mauvaise batellerie allemande , où nous ne trouvâmes point de lits. Nous fûmes obligés de passer la nuit enveloppés dans nos manteaux et couchés sur la paille.

La ville de Mullenbach , appelée par les écrivains latins Zaèesuê , était le principal établissement des Saxons. Elle contient près de quinze ' mille habitants. Elle est située dans une plaint et entourée de mura qui n'ont jamais été très fortifiés: comme les Spartiates, les habitants.

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.«nis doate, comptaknt snr leur connigë pour les défendre. Bien que cette ville ait quelques beaux édi&ces , son aspect n'a rien d'agréable. Dans se juridiction sont deux villes, Wiguk et Borborée , qdi appartenaient autrefois aux voî- Todes de Valachie. Tout le sel que l'on retire d'une mine qui est dftns les environs appartient à l'empereur; on le transporte en Hongrie, en descendant la rivière de Maroscb sur des radeaux.

Nous quittâmes la ville de Mullenbach à sept heures du matin, et en sortîmes par une porte en aus^ mauvais état que celle par laquelle nous ' y étions entrés. J'éprouvais un grand mal'de tét«, et je commençais à craindre que la pesante machine dans laquelle je voyageais ne me fût encore plus funest^ que mon petit chariot de la Valachie ; mais cette souffrance diminua par degrés. Nous parcourûmes un pays uni , riche et populeux, habité par les mêmes hommes au regard - fier et grave. Nous arrivâmes à neuf heures sur les bords de la Maroscb , anciennement appelée Marissus. Cette belle rivière, 4^ui , sur ce point ,' est tiès lai^e et navigable , coule lentement au milieu de l'un des pays les plus riches et les mieux cultivés de l'Europe , et va se jeter dans la Teysse. Toutes les denrées arrivent par ces fleuves dans le Danube , et se répandent dans

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font l'empire. Nous suivimes long-temps la rive, et nous arrÎTâmes enfin au village de Seaevarot. Nott6 déjeunSimes dans une hôtellerie très bien tenue. Une chambre était occupée par, deux Hongrois qui jouaient au billard., et dans une autre y deux Bi^émiens exécutaient un duo de clarinettes. Les Hongrois. ne ressemblent ni aux Turcs ni aux Valaques, ni aux Saxons. Ils sont grands , minces , mais rigoureux ; ils ont le front avancé , les yeux petits , les os des joues saillants et le nez plat, ce qui leur donne un air de- ressemblance avec les Tartares, dont ils descendent en effet. Ils parlent une langue tout-à-fait différente de l'allemand. Les Bohémiens avaient le teint brun , les cheveux et les yeux noirs , le 'nez long ; ils étaient silencieux ; leurs manières étaient polies.

Nous quittâmes Szosvaros à deux heures. Nous passâmes sous on petit arc de triomphe nouvellement reparé , sur lequel on lisait ces mots :

Erectaan. 1100. — Reparataan. 1817.

Nous suiviraes les bords de la rivière, et à neuf heures nous entrâmes dans la ville de Deva. Nous logeâmes dans une hôtellerie où il y avait nombreuse compagnie. L'hôte parlait très bien latin; il me recommanda son tabac, qu'il appe-

lait herba nicoHana , \ci son rbam Miaitum non merum. Il nous en serrit en effet dans une large coupe. Je le troÛTai très fort, et lui -dis , qu'on devait le nommer' merum non mixtum, et je lui citai une épigramiiie de Martial :

PerQduB ùnpMuit nupei mihi caupo Devanus RoguTÎ mUtum vcndid il ille menim. ,

Mon hôte connaissait très bien cet auteur. 11 l^aisanta avec esprit sur la sj-llabe mm, et angmeata la surprise où j'étais d'entendre ainsi parier latin dans leâ hôtelleries , et de voir que les cla&r siques 7 étaient connus.

En sortant de Deva le lendemain matin , nous aperçûmes sur une éminence un château-fort, bâti par les templiers. Toute la monts^oe offre l'aspect d'une forteresse ; la base, est entourée de bastions et de retranchements. C'est l'acropoUs de Deva ; elle a souvent résisté aux Turcs.

De Deva nous nous avançâmes dausune riche plaine que nous parcourûmes jusqu'à ce que nous fussions arrêtés par les montagnes, qui nous opposèrent une barrière insurmontable. Nous suivîmes toutefois le cours de la rivière , qui s'était ' ouvert une route à travers ces montagnes, et nous franchîmes le dé&lé avec elle. De l'autre côté nous vîmes un château situé sur le bord opposé de la ri'

aTfi VOYAGE

TÎére rc'étâitl^premirrquejioas eussions aperçus . depuis QÔtreeolréedansla Transyl«aQ)e,uArOTt ae rencontre que des maisons commodeB et agréables. Au-dessous da château, sur Us abords de la rivière , était ta jolie Tiile de Braniska. Il f' avait un aspect de bonheur rural dans la situation de cette ville. Ses maisons, bien bâties, étaieat pbcées dans une beUe prairie ombragée d'arbres nombreux , sur les bords d'une ■ lai^ «ivière dont le cours est lent et tranquille. -Un peu pUiv loin , les rochers , de.notre cAté , s'aTapçaient dans le lit de la rivière , et (iraient à nos Rgards nn précipice profond; La route parrourt ee ppomofi^ toirs sur une plate-fomte de roehers. Pour rappeler le souvenir desdifficultësqui ont été ramcues daqs cette entreprise , l'inscription sujvante a été gnvée sur une pierre ;

Comiti Ladialao, Bethlen viro^ régi patrÙBque aervitiis intenta , viœ operisque isthiue authori.- — 1705.

Après avoir passé ce promontoire , qui ressemble à quelques unes des routes des montagnes d'Ecosse et du pays de Galles , le rocher changeait de nature , et devenait friable et poreux. II y a environ six ans, une petite rivière ayant miné sourdement la base de la montagne, elle s'écroula avec un bruit' terrible , engloutis^Dt dans ses débris les maisons et les voyageurs

qu'elle nnconlra dans sa choie. Lb route était encore eocombrcc de ces ruines. Nopts arrirâives .à dix lieyres à la ville d'Eleu , située sur l'autre t)ord ^e la rivière. Elle a u^ appaceoce aussi agiéable que Brapiska. Mais la rivièie avait beaucoup plus de largeur devant fllfu ^ elle forma^ en cet endroit uçje espèce de lac ; son cour» □ïaje^tucus ç^i favorable à la oavigationj nouç n'iapierçùnies cepen^apt aucun bateau. Noua de$c^ndime^ de notre voiture pour joi)îr 4u plaisir de nous promenât ai) miUe^ d'une contrée dont le spl est pi fertile, esyle de l'aisance et de la libeHé. J^ rivière coiiJe sur ua sjabLe d'or: elle traverse en effet je pays «lonf; les mines ^coudes fi»urQis$ent à la fois m*^ bfsoips ^e l'Autriche et de l'empire turc. Qu9fl4 ma payspn saxoa trouve uo£ mine aur sa propriété, le goaverpement autrichien lui donne quatre-vingt-dix pour ce^t, pour l'epcoHrager à en faire .l'ep(plo)talion- C'est HD d£fi prifiléges accordés à ce peuple. L'or aboode dans les montâgpes M la Valachie ; la rivière 4e TOlt ça foumjt atu^ en grande quaajtit« ; ram au(?iA fin^ouragienient n'est dopné aux g«is de la campagne, et ce juétal n'est recueilli que par de miwrables bQhém^ns. II en résulte (pie k gouvenapmjept turc ï recours , pour ^s monnaies d'or, ^px paysans saxons, tandis qve ses prpyiiu^ ^i en fo^miiTÛent une aese? grande

38o VOYAGE

quantité s'il aixordait une prime à ses sujets pour

la découverte des mines.

Après une heure de marche , nous 'arrivâmes à un point où l'on trouve deux grandes routes qui condoùent également à Tienne. L'une conduisait à cette capitale par le ~ bannat de Temeswar : c'est celle que les voyageurs suivent ordinairement;- l'autre s'éloignait sar la droite , et , menant à la rivière et aux montagnes qui étaient de l'autïe côté, allait à Arad, et évitait un angle ccmsid^rable de la route de Temeswar. Nous la préférâmes parce qu'elle nous parut plus courte , et ensuite parce qu'elle parcourait un pays peu fréquenté, qu'aucun voyageur n'a décrit. Noos suivlmèe la route peu battue qui conduisait à la rivière , que nous traversâmes au moyen d'un grand radeau.

Nous avions depuis quelques jours quitte la Transylvanie et nous étions entrés dans le bannat de TemMwar. Le mot ban', en langue esclavone , signifie chef, et bannat le district soumis à sa juridiction. Ce nom était autrefois commun dans ces pays'; aujourd'hui il n'y a plus que deux districts qui le portent : le bannat de Craïova en Valaehie , et celui de Temeswar en Transylvanie. Le bannat de Temeswar est bomé par la rivière de la Marosch', ta Téisse et le -ïyannbe.

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EN TURQUIE. a8i

Le sol est marécageux , l'air y est humide , le climat malsain, et il y règQe coatiauellement des fièvres intermittentes.

Après avoir passé la rivière , npus npus trouvâmes en Hongrie. Le premier accueil que nous reçûmes en entrant dans cette juridiction fut peu encourageant. A peine étions-nous débarqués , qu'une troupe tumultueuse d'hommes couvert^ d& peaux de mouton et armés de pieux arrêtèrent nos chevaux,êt parurent se disposer à piller notre voiture. Comme nous notis trouvions embarrassés dans une route de' montagnes peu héquentée par les voyageurs , nous crûmes que nous étiomf tombés au pouvoir d'une troupe de maraudenrs. Mais il se trouva que l'on nous demandait seulement une somme peu importante comme un tribut exigé ordinairement des voyageurs pour qu'ils aient la liberté de passer dans ce district. Après quelques discussions avec nos conducteurs , la somme fut payée , et nous fûmes libres. Notre route longeait les montagnes à peu de distance de la rivière. Le chemin était mauvais , et nous étions dans l'obscurité. Après deux heures de marche difficile d'une voiture pesante traînée par dix chevaux, le. long .d'un précipice, nous arrivâmes an petit village de Bourzook, où nous passâmes.la nuit.

' Nous suivîmes ainsi pendant trois jours le bord

a8x VOYAGE

de la Marosch , qui serpentait au milieu d'une tiché plaine de sept à huit milles de ki^eur , rn- ' tre deux ctiaioes de montagnes parallèles. Cette rivière , large de trois cents pieds , proEoode de neuf à dixf dontlecoim n'est distrué par aueun roo ni aucon autre obstacle, est oo ne peut plus feverabLe à la navigation, eteepeqdaot noDsn'avioiw pas encore aperçu un seul bateau. Les habitanl^ du pays préfèrent se servir de voitures pesantes peur transporter les produits de cette rirbe«(mtrée , bien que les routfs MÔent difficiles H es mauvais état. Cela est doutant plus estnDïrdîrnaire «{ue, depuis les temps les ^hâ reculés, la ri-' vièee de la Marosch est vaniés pour sa nàviga ' tioB. Strabon la cite particulièrement conime celle qui servait ,aus Romain^ de la Basie pour porter leurs muniticHis de guerre. On ne s'en sert aujourd'hui que pour ttansptnter le sel des mines de la Transylvanie.

Nous arrîvÀmeâ au village 4e^afauraa , oà Bojis nous «rrétàmes devant la demeure d*nn noble hiHigrois. Cette maiscHiitait tout-à-fail dans le genre ^'une maison de campagne d'Angleterre. Toutaûprèa se trouvait une église avec un dxicher de couleur rouge. Âu^dâvantétalent des gazons bien entretenus , des rputes sablées , et tout avait cet air d'élégance et de propreté qui distingue une habitation aoglajise. Pendant <[ue nous

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EN TDRQBIE. a»

dëjenoioss , le propriétaire du château parut à la pofte. C'ëtait nn homme de hante taille , à. la démarche 6ère; il ^^>' enveloppé d'une pdliase^rme de fourrores. Nous le aaluâmesen passant:;, U oous rendit notre falut d'iin air de sapériorité , fit ^us convainquit q^s uonfi ne nous trouvions plus parmi les paysans saxons, où une hfiureuae égalité &it que chacun a des égards pour son Toisio.

Après avrar suivi une roate qui s'aj^ro^ ehait quelquefois tellement ' du bord de la rivij&ne que noue avions jugé prudent de dits>eendre de noti» voiture , nous vînmes au village d'Odevinà:. Nous gravîmes la côte d'une montagne y et nous fûmes surpris de voir , da Tautre côté , un village beancoup plus con-r aidéiable , qui s'étendait dans la vallée. Ttuit y avait an aspect différent de celui du pays i|ae nous avions parcouru les deux derniers jours. Les juoBtagnes étaient cultivées jusqu'à leur sommet ; les champs étaient divisés aveo «jr* , ^létrie , et, quoique ce fiiit un jour de fSte, les habitants é^ent au travail. Nous na re-> marquàoies point , comme d'ordinaire y de croix élevées à l'entrée du village. Ces circonstances, et l'air d'ordre et de régularité que nous re- . maïquioas dans tou£ ce qui nous «ntourait, nous firent {lenser que noosétionsdans un village habité

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a84 VOYAGE

par des réformés ; en effet nous ne nous trompions point. Ce Tillage, appelé Mctova, a été b&ti par une colonie de tonneliers luthériens. Ib étaient très experts dans l'art de faire des barrUs d'une qualité supérieure , et Sk s'établirent au mibeu d'un bois , pour avoir auprès d'eux les matériaux nécessaires à leur travail. Quand ils eurent exploité les bois du voisinage , ils semèrent du blé sur les flancs de la montagne. £n- Gonragés par les privilèges et les immunités qu'ils partageaient avec les autres habitants de la Transylvanie, ils se multj|dièrent rapidemient, au point que le village compta bientôt cinq cents maisons bien bâties ; et le pays, qui, précédemment, n'offrait que l'aspect d'un désert couvert de bois, fut bientôt enrichi de pâturages,' de jardins et de champs défrichés. Mais la cupidité du gouvernement intervint, et, dansunmoment, toute cette prospérité 6it arrêtée. Un impôt considérable fut mis sur les barrib, qui furent soumis à un timbre. Dans peu d'années, cette, branche de commerce déclina au point que les cinq cents maisons du village fureiit réduites à deux cents, et ce nombre diminue encore chaque jour. r^ous visitâmes ces habiles ouvriers, et vîmes quelques uns de leurs fameux barrils. Ils étaient parfaitement arrondis, et si bien joints, que la différence seule de la couleur du bois pouvait

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EN TURQUIE. aQS

faire rçconnadtre qu'ils n'étaiertt ims faits d'une seule pièce. 11 y avait uu. air d'abattement sur les visages de ces ouvriers , qui tous se plaignaient des entraves; que l'on mettait à leur, industrie , et parlaient de quitter le pays.

Nous quittànies Metova -pir l'une des meilleures routes que nous eussions encore rencontrées , et qoi prouvait l'activité de cette population industrieuse , qui mérite si bien d'être encouragée. Des débris de charbon de terre , dont quelques mines se trouvent dans le voisinage , avaient terré cette roule , comme celles qui se trouvent en Angleterre près des manufactures. Les habitants de Metova , pour économiser le bois nccessaiie à leur industrie , ont eu recours à ces mines pour leur chauffage.

Après avoir franchi plusieurs montagnes , nous revînmes de nouveau dans la plaine arrosée par la Marosch. Sur le haut d'un rocher qui dominait la vallée , était un vaste château qui paraissait inaccessible , et rappelait ceux que l'on croit avoir été bâtis . par les Templiers. Son aspect était lout-à-fait pittoresque. Près de la base de ce rocher se trouvaient plusieurs moulins flottant sur la rivière. Ils étaient construits sur an radeau , retenu au milieu du courant par une forte chaîne. Leurs roues n'avaient que cinq à si^ pieds de diamètre : mais elles en .avaient

a«6 VOTAGE

douze (m qtialoln;é de large t poiir présenter nias plus grande silriàce an ooufant , qui e^ ri Bdble, que , sans cette précaution , la roue ne toftmerait point. PIuq loin était la ville de Badna , <:^ nous, arrivâmes à midi.

Pendant que Pon préparait notte ^er^ nous .allâmes visiter un célèbre couvent de Franciscains, situé sur nne éminence auprès de la ville. L'église de ce couvent est très renommée dans toute la Hongrie k cause d'un tableau de UTi^rge, qui', depuis les temps les plus reculés, à opéré des miracles , et attire un grand nombre de pèlerins de tous les pays. Ce couvent, avec ses clochers, forme, sur la montagne, un point de vue très beau;ildom)netoateIa ville,etestdÀlié^8ainte- . Marie de Radna. Nous y montâmes par un long escalier de pierres. Lorsque'nous y fiiimes arrivés, nous fûmes reçus par un frère de l'ordre, fort ignorant et fort babillard, qui nous promeffa dans tout l'édifice. Les murs des galeries et du cloître du couvent étaient couverts de tableaux , depuis Un bout jusqu'à Tautre et depuis le parquet jusqu'au plafond. Ces tableaux, «igéoéraJ, avaient un pied carré , et avaient été donnés au couvent par des personnes qui avaictit été guéries de quelques maladies , ou préservé'es de quelque malheur par l'intervention de la Vierge de Radna. Ils étaient marqués d'un ex voto,- et dans

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le fait i Ik rappelaient les F'otiva tahétltb des fidniaios. Dans l'un, on voyait nne voilore ren- Tersée et des voyageurs prêts à être écrasés sous les roues^ dans un autre , c'était une chalonpe conlant à fond au milieu d'une rivière , et (tes passagers sUr le point d'être noyés ; là, c'était an cheval fougueux iFaînant son cavE(1ier rertvprsé , et dont le pied ëuit pris dans l'étrier; plus loin, lé tableau Représentait la chambiï^ d'un maittde , et toute une famille en pleurs autour de son lit. Bans tous ces tableaux, la vierge apparaissait dans UD coin, portée sur un nuage, et étendait sa main vers la personne qui se trouvait en peine pour la

~ secourir. Mais une circonstance particidière, c'était qu'un grand nombre de ces tableaux représentaient des personnes attaquéesde vomissement de sang. Nous en conclûmes que cette maladie était commune dans le {uys , et en effet , nous apprîmes que beaucoup de personnes en étaient attaquées. La chapdle du couvent est spacieuse et élégante; la voûte est ornée d'une Assomption , où la Viei^e est représentée foulant aux pieds le croissant. Les murs sont couverts de tableaux représentant les divers événements de la vie dj saint François. Mais ce qui attira

. surtout notre attention , ce Tut le tableau qui représentait la Vierge opérant tant de miracles j et qui ornait le maitre-autel. G'ébûtun ouvrage fort

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a88 VOYAGE

mal fait , d'environ deux pieds caxtis, où la sainte Vierçe était représentée avec une auréole , tenant l'enfant Jésus, aussi avec une auréole. Le tableau était noirci, comme s'il eût été esposé à l& fumée, et, lorsque nous demandâmes des informations à son sujet, on nous dît que les Turcs l'avaient une fois jeté dans le feu , mais qu'à leur grande coftifusibn , les flammes n'avaient pu le détruire. Ce tableau est la source d'un grand revenu pour le couvent. Dans toutes les maladies , la Yierge de Radna est invoquée avec ferveur; et, d'après l'empire qu'elle exerce sur les imaginations , il est probable que cette circonstance opère des guérisons.

Nous demandâmes à voir la bibliothèque ; mais le moine qui nous conduisait nous répondit qii'ils avaient peu de temps à donner à la ,lecture, et qu'un seul livre les occupait. Nous pensions qu'il voulait parler de la Bible; mais il s'agissait d'une légende de tous les miracles opérés par le tableau, et quel'on vendait au couvent, pour l'avantage des fidèles. Nous en achetâmes aussitôt un exemplaire écrit en allemand, et orné de gravures en bois. La préface annonce que ce livre contient : Sacrœ iconis originem locigue ipsius prima initia. Multa insuper et magna Dei bénéficia ope F^irgineœ matris in Radnesi Parthenio expoaitœ. Au nombre des gravures, se trouve celle

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OÙ Ton voit-un Turc s'effoi^ant de btûlier le tableau.

II n'y avaH dans le couvent que cinq religieux; mais, dans un grand nombre de chambres, se trouvaient des personnes venues au monastère pour y être guéries dti blessures ou de maladies.

La vue dont oti jonit des fenêtres du couvent est fort belle. On domine sur une ricbe plaine au milieu de laquelle serpente la belle rivière de Màrosch. Sur l'une de ses rives c«t la ville de Eadna , et sur l'autre celle de Lîppa ou Lippova. Des bateaux passent continuellement de l'une à l'antre ville. Les maisons sont d'une grande propret^, et, en général, entourées de jardins; elles couvrent ainsi une étendue immense de la plaine , et ces deux villes réuniesparaissent aussi grandes que Londres, mais sans en avoir les booes et la fumée. La vue. est bornée à l'horizon par des montagnes couvertes de bois touffus.

Ce lieu a été le théâtre de plusieurs combats entre les Turcs et les Hongrois. En 1594, Lippa se trouvait assiégée par les Turcs, toraqu'une grande lueur, ayant paru subitement dans le ciel, leur fit lever le siège avec précipitation ^ On sut , par la suite , qu'elle provenait de l'ïncendie des fanbourgs de Tcmeswar ; mais le couvent de Hadna

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ago VOYAGE

ne manqua point d*att|-ibuer la ictraite des Tares

à l'interrention de la Yiei^c.

Nous arriv&iues , dans la soirée , à la Usièrede la grande plaine dé Hongrie, qui s'étend jusqu'aux murs de Pest. Nous nous embarrassâmes dans des sables et des marécages ; l'obscurité augmentait » et comme nous commencions à crMre que nous passerions la nuit dans cette position , nous nous préparâmes à veiller tour à tour, attendu que les habitants de ces cantons qui descendent des Tartares . ont conservé le penchant de leurs ancêtres pour le brigandage. Notre conducteur s'étant trouvé quelque - temps auparavant dans le même embarras , s'était endormi sur sa voiture , après avoir placé ses chevaux autour de lui ; mais quand il se réveilla , ses, chevaux lui avaient été enlevés , et il lui fut impossible de les retrouver. EnGn, nous parvînmes à minuit à Araà. C'est une ville opulente , bâtie sur les deux rives de la Marosch; une partie est dans la juridiction de Temeswar, et l'autre dans celle de la Hongrie. Les juifs y sont très nombreux et composent en général la classe la plus riche. Ils sont très protégés par le gouvernement , qui leur a accordé le monopole du tabac , du blé et d'autres denrées. Arad est un entrepôt des marchandises que l'on embarque sur la Marosch , et qui descendent dans différentes parties de la Hongrie

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EN TURQUIE. agi

et de l'Allemagne. Il y avait eu un grand marché dans la ville : les rues étaient encombrées de voitures chargées, qui s'y trouvaient, nous diton, au nombre de sept mille.

rifous partîmes de grand matin. Nous passâmes auprès d'une forteresse placée suriine péninsule. Plusieurs actions ont eu lieu sur ce point , entre les Hongrois et les Turcs, particulièrement en . i685. Sept mille Turcs perdirent la vie , et tous ceux qui échauffèrent au carnage furent faits prisonniers. Cette forteresse est maintenant la Bastille de l'Autriche : c'est Ik que les prisonniers d'état sont enfermés. Le»r sort est inconnu à leurs amis , et ils sont sans espoir de les revoir jamais. Le malheureux Ypsilanti y fut amené de Mullenbach ; il fat ensuite transféré dans la forteresse de Mongatz.

Nous quittâmes les bords de la Marosch, et nous nous avançâmes dans la plaine. Les villages devinrent très nombreux ; ils paraissaient avoir été récemment edostroits. Les maisons étaient ■ en briques et recouvertes de toils de paille; elles étaient placées sur deux lignes parai-' lèles , quelquefois d'un mille d'étendue , et sépa-' rées par un large passage. Le blé , quoique abondant , n'était point renfermé dans- des granges en arrière des maisons; mais il était placé, comme'les '9-

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99» Voyage

maisons» sur de ](Higuee lignes en plein chunp. Ces villages, qui renfermaieut trois à qnatre cents mai- ' sons , éhtient d'une ennuyeuse uniformité , et présentaient le coup d'œil d'une immense étable. Pas uu nrbre, pas nu arbrisseau, pas une fleur, n'indiquaient que leshabitantseussentd'aatres goûta qne ceux de la vie anîmale.IIs étaient^hommeset femmes- vêtus de peaus de moutons, et accompagné» de chjens qui paraissaient aussi sauvages qu'euxmentes. Surpris du contraste que nous trouvions entre cette population et celle que nous venions de quitter, nous en reciierchâmes la cause. Nous apprîmes que ces' villages appartenaient h des nobles qui avaient conservé tous les droits des barons féodaux, et que leurs babitants étaient serfs ou esclaves attachés au sol, et apparteuaient à leurs seigneurs comme des troupeaux. Quand un propriétaire veut coloniser une partie du terrain qu'il possède dans cette vaste plûne , il choisit un certain nombre d'hommes et d'animaux dans une autre partie de ses biens , et les envoie sur ce point : là , il leur bâtit des abris , creuse des puits pour qu'ils puissent se procurer de l'eau, et c'est lut qui jouit du fruit de leurs travaux. Cependant un arrangement existe entre eux etleurseigneur. La semaine estdivisëeen deux parties : trois jours de travail sont pour le seigneur, et

le rtsté lenr appartienl^pour eux e€ leurs fomilles. Mais les dimanches en sont exceptés ainsi que les fêtes, et comme daas leur calendrier il t en a un nombre con^ërafate, pendant lesquelles ils s'abstiennent' scrcrpuleusement de travailleT , il »mve souvent qu^Is n'oBt qu'un jour dans la semaine dont ils putssetit tirer parti poor eujc, et encore doivent-^ls donner un dixième dii produit de lenr travail pour Tentretien d'un prétrfi; lia sont tous catholiques ; maïs on n'aper-^ çoit ni église ni école dans aucun de ces villages. Bien qu'ils aievt une habitation , ils difiërent peu de CES tribus erraoteâ qui parcouraient autrefois ces {daines , si ce n'est qu'ils sont moins libres. Leurs villages ne sont pour eus que des demeôres temporaires: quand le sol est épuisé , la colonie est transportée pluis loin , et les matériaux des maisons sont emportés avec soin. Ân^i ces villages avaient-ils l'air d'être entièrement neufs.

Nousarïivàmesà midi au viUage de Domitia.

L-'faôteHerie était tenue par un juif. Au moment où nous y entrions j nous vîmes arriver dix énormes voitures attelées chacune de dix chevaux : elles étaient chargées de laine , et se rendaient à Arad.

Nous fimes ensuite une longue marche jusqu'à Orsé , où nous trouvâmes une église, li

y a quelques années , un ecclésiastique luthérien étant Tenu, dans ce .village, en ^convertit les habitants par ses prédications. Toute.Ia population est aujourd'hui protestante, à l'esception du barbier. du. village, qui est.julf.< Deux écoles y furent ouvertes aussitôt , et la Bible , tiaduîtç en langue hongroise , y.fnt répandue.

La plaine dans laquelle aons Voyagions devint extréniement aride : on y rencontrait de temps en ti^mps des eaux stagnantes et fangeuses. C'est dans cette contrée que règne la maladie dite morbue hungariust maladie hongroise , espèce de fièvre intermittente qui est très fatale. Elle, fut apportée par l'armée impériale qui campa en Hongrie en i566. Elle détruisit d'abord presque toute la population de YieDue , et de là> se ré' pandit dans toute l'Europe. L'aspect du pays., SUT ce point, indique quç le sol doit exhaler des miasmes dangereux. Nous fûmes obligés de traverser l'un de ces lacs d'eaux donnantes , sur .un pont très long, au bout .duquel nous troi^vàmes Fabian. Les habitants de ce village ne parlent que le hongrois, dialecte tartare, qui n'a aucune affinité avec l'allemand', levalaque , le grec , ni avec aucune des langues que nous connaissions. Les gens de l'hôtellerie ne purent se faire entendre de nous, et nous fûmes réduîls à. nous. faire comprendre par signes. Nous passâmes lar nuit, au

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EN TURQUIE. agS

village de Saiot-Martin, qoi est un peu plus loin.

l^ous fClmes revers le matin par te carillon de la belle ëgHse de ce viHage.' Ce montinlent est orné de coloiines corinthiennes , et d'un style d'architecture qui en aurait fait un bel édifice de grande ville. La population est catholique. Nous partîmes & sept heures de Saint-Martin, et nous arrivâmes bientôt sur les bords 'de la rivière la Krei^ , qui se jette dans laTeisse , beaucoup audessus de la Marosch.

EHe serpentait à travers la plaine , qui" se trouvait, dans cette partie, couverte de moutons, com-. me celle de Salîsbury.Onnous dit que c'étaient de» mérinos récemment importés dans 1ë pays. Ils étaient gardés par des bergers d'an aspect sauvage , vêtus de peaux dé moutons et accompagnés die ' chiens féroces. On m'avait prévenu de m'en défier; mais, oubliant l'avis-, j'étais allé cueillir des plantes dans la plaine , tandis.. que notre ToitorC' voyageait lentement dans un' teminsablonneux. J'entendis tout à coup des cris comme ceux d'une meute de chiens , et je vis que ceux de divers- troupeaux s'étaient réunis, et venaient sur m(» avec d'horribles aboiements. Si j'avais été plus éloigné de notre voiture, j'aurais eu probablement le sort d'Actéon ; mais' heureu-

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Sf^ VOTAGE

Sèment les bergers rappelèrent leurs chiens:, et j'en lus quitte pour la peur. On nous dit que, ^we cette iwmease plaiine, le nombre des troupeaux était si gsand qu'il n' je avait pas moioft de 4oa,ooo moutons. U s'en offirait eu e^fièt ^no^ legante de toue cdtés.

. II y avait si long'temps que nous eniona dkos ce pays plat et uniforme , que nous conunen*: cions à eu être fatigués. Toutes les. fois que Q0U9 avions quitté la route ordinaire > nous bous étionségarésdaosdes marais ou dans des déserts^ aussi désirions-uou^ vivement arxivier.au terme deiws peines. NoUs ne pouvions cep^dant. a voie cette espérance qu'en atteignant la Teisse , qui, çDupe verticalement la route que nous suivions. SluX les dix heures, un 4e nos compagnons , étaat, moQté sur une éotinenc^ de sable , aperçut cette belle rivière , qui , semblable à la mer, se répandait dans la plaine que nous avions (kvaot nous. Aussitôt il s'écria: Thalassa, ThalassaJ (Lara£t\ la mer!)^A ce cri, nous quittâmes notpe fouigon,. et nous couiùntes sur réminence , où nous nous, mîmes àdanser, comme autrefois lesGrecsàla vue de l'Ëuxin. La Teisse est une rivière, magnifique.. Çur le point oùnuus nous trouvions, elle était iiussi l&i^e y et plus belle et plus .lioipid^ que le So,mibe> dans lequel elle se jette. -Nonjs Ijàt^m^: po-

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EN TURQUIE. àgj

tre marche , et bientôt nous entrâmes dans la grande ville de Sibourkatcb, qui estsitBéesor ses bords-

Sibourkatcb est entièrement entourée ds mms de terre çt de haies, comme quelques pettaa dans les Indes orientales. Le sol est sablon^' nett2. L'enceinte de la ^ille renfem^e d'immeases parcs où les juoutons nwrinos des [tkines environnantes sont rentrés en biver, pour les mettire à l'abrï des loups, qui, dans cette saison , parcourent les rives de la Teissc- Le sable, que noua trouTàme^dansla ville, était le premier que noua eussions vu dans le. pays. Il nousannonçait.rappioche du grand désert qui s'étend depuis Sir-r bûurkatch jusqu'aux mors de Pest. 4- l'endroit où nous passâmes la rivière , elle avait près de deux cents toises de large : lorsque nous (àrmes arrivés de l'autre côté, nous en suivîmes le bord , sur un terrain sablonneux , mais fertile. Les rives de la Teisse, dont le courant est très rapide, sont couvertes de moulins. Le pays nous parut très peuplé , et nous vîmes , à l'horizon , un grand cercle de maisons séparées par des champs de blé , des pàftirages , - et de petits bois. Après avoir suivi , pendant quelques milles , la même direction, nous entrâmes dans les terres, et à midi nous atteignîmes une maison is^ce où nous nous arrêtâmes. Le mur qui entourait le

agS VOYAGE

jardin éla\t très épais , et nous sembla , au premier abord, d'une grande solidité, mais qous découvrîmes qu'il était construit avec de la terre durcie que la pluie disBoWait. Devant la maison était une croix de [nerre avec un Christ en relief, très-bien sculpté. Nous avioDS trouvé des croix tout le long de la route , dans la Valachie, la Transylvanie et la Hongrie , depuis les bords du Danube jusqu'à ceux de la Teisse ; mais ce n'était plus le grossier ouvrage des Valaques, c'étaieùt des croix de pierre très bien travaillées. Ce pays lut dévasté par les Turcs , lorsqulls étaient en possession de Bude. Ils avaient détruit tes villes, emmené les habitants, qu'ils avaient établis dans l'intérieur des frontières. Ce fut ainsi qu'ils peuplèrent Kodosto, sur la mer de Marmara , où ceux qui n'ont point apostasie conservent encore leurs coutumes et leur langage. Nous arrivâmes le soir à Czegled , sur la petite rivière de Koros.

Le lendemain nous atteignîmes Berzel.' Il était facile de deviner à la première vue que ce village jouissait de privilèges extraordinaires. Chaque maison avait ffi>n jardin, et était décorée avec goût. On- reconnaissait la main du propriétaire qui avait travaillé pour lui ou pour sa famille Ce qui distinguait encore Berzel des autres villages que nous venions de passer, c'était le nombre

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d'enfants que nous rencontrâmes avec leurs-livres j et se rendant à l'école ; certainement nous aurions cru que nous traversions un vil-' lage réformé , si les «roix plantées en différents endroits ne nous avaient prouvé le contraire. Noos eûmes que c'était un des 'villages éta-' blîs par la congrégation pieuse de Vienne , pour arrêter les progrès de la réforme. Cette ' société fut' instituée pour combattre l'hérésie, et di-' minuer le nombre des prosélytes que la réforme faisait -tous les jours en Allemagne. Toutes les fois , par exemple , qu'une partie des habitants d*an TÏlbgè devenaient protestants, comme dans celui d'Orsé,'la société avait soin de transporter' dans un autre village ceux qui n'étaient pas encore convertis. Pour les, faire consentir à qe déplacement , on leur accordait des exemptions de taxes ou ■- autres privilèges , et on établissait des ëccdes pour les instruire dans leur religion. Il y a environ trente ans que le village de Serzel fut ainsi colonisé. Il renferme trois on qaatre cents maisons , les plus argréables que nous eussions vues depuis que nous avions quitté l'heptarchic saxone.

Nous arrirâmes, sur les neuf heutes, à Mieresch, village habité en grande partie par des serfs et qui formait un contraste bien grand avec celui que nous venions de qiiitter. Ce fut là que,'

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5oo VOYAGE

pour la première fbi& , nous vlnae» ces grande* roues qui font ntarcfacr les moulins et les antres machioes. De cha({ue côté des rues soat de graadB hangars circulaires recouverts d'un tott en forme conique, supporté par des poteaux. Ils Kénfciment chacun une grande roue de cent |àedfr de diamètre. La force motrice est d'un seul chend ; le levier est si long , et le mouT^nent de la rooe si bioQ combiné que toute la machine marche avec facilité. La roue n'est pas à plus de trota pieds du sol. Ces roues sont d'un grand usage dans ce pays, où nous u'aToos vu ni monlis Ji eau ni moulin à vent. Four la première fois aussi nous vîmes une statue sto- un piédestal , au milieu d'une place. C'était saint Jean dan» le dé-' sert i non saint Jeau-fiaptiste , comAïë je l'avaiti supposé , mais saint Jean-Nepomucène, q»i est très révéré en Autriche. 11 était né. à Nepcnnuca, sur la Mnlda, en Bohème; Pour Varoirpas . voulu, en i3'y3, révéler à Vinceelas:, roi des Romains, les secrets de la coufession, il fut précipité; dans la rivière, où il périt. Depuis ce temps, il est regardé comme le patron des rivières , et sa statue se trouve, non seulement sur «tous les ponts , mais encore sur les places, dans les villes où: il n'y a pas dé rivière. Eu sortant de ce village , nous entrâmes dans une plaine .de sable , d'où nous eûmes beaucoup de peine à nous tirer.

EN TORQPIE. 5oi

Noos y prouvâmes un magnifique château , avec " tous le3 accessoires féodaux , ses créneaux et ses tourelles. C'était le premier que .nous eussions ïvncontré dans tout le pays. Il apparteuait au comte Yaoïc-Yaliasky . Son fils, jeune homme très dissolu , impatient de jouir des. biens de son père,, lui proposa de l'accompagner H une lie qui se trouve sur le Danube , et il l'assassina. Mais son crime fut reconnu , et il subit Ife dernier supplice en 1818. De là , nous gagnâmes le village de Vechesch , dont nous avions rem^rqu^ de loin les deux églises., qui étaient fort belles. Nous sûmes que l'une était vouée au culte catholique et l'autre à celai de Luther. A minuit nous arrivâmes à Pest.

On peut dire de cette ville qu'elle est toute nouvelle. U y a quelques années ses murs ne reoièrmaient qu'un petit nombre de maisons à l'est du Danube ; maintenant c'est une grande cité qui compte quarante mille habitants. Les rues «Mit, larges et régulières ; les maisons élégantes et ornées de corniches et de moulures. L'édifice le plus remarquable est une caserne constraite pat- l'empereur Joseph. Elle peut contenir dix-huit miUe hommes. Elle ressemble à une forteresse ; à chaque angle s'élèvent des bastions. £llc est située nu milieu de la ville, comme pour tenir les habitants en respect. Pest renferme en outre huit

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5o2 VOYAGE

églises-catholiques, deux reformées, une valaque et une grecque. L't^lise valaque est très beHe ; elle est sous le patronage de la Vierge,, comme elles le sont presque toutes. A cdté de l'église est une école très bien tenue. Pest est la ville d'où ■ les principautés de la Valachie et de la Moldavie tirent tous leurs livres. C'est là que j'ai va le premier volume du dictionnaire de la langue valaque. Quand cette entreprise sera terminée elle offrira aux savants des recherches curieuses.

La population grecque de Pest s'élève à environ trois cents iadividus , qui forment une partie de la classe commerçante. Avant l'insurrection , il y avait à Conslantinople plus de deux cents cinquante marchands grecs qui faisaient entrer tous les ans dans lagomhrook, ou douane turque, dix millions de piastres. Ayant participé pour la plupart à l'iiisurFection , ils ont été exécutés ou obligés de fuir j et , lorsque j'ai quitté Conslantinople , à peine restait-il quatre ou cinq maisons de commerce grecques qui faisaient leur affaires sous un nom emprunta. Ceux qui ont pu échapper au carnage se sont réfugiés dans différentes villes , où ib ont apporté leur activité avec leur goût pour le commerce et pour les entreprises. On m'a raconté un trait extraordinaire de persévérance de la part de quelques Grecs qui

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. avaient passé par 3ude quelque . temps avant moi.

Au commencement de rinsurrection , un certain nombre de marchands et matelots grecs se trouvaient sur des navires dans la Mer-Noire ; par un sentiment de sympathie , qui , comme Ton sait, est commun aux Grecs, ils earent le désir de retourner en Grèce. Ils ne pouvaient s'y rendre par le Bosphore; ils se rassemblèrent donc, à Odessa , où ils vendirent leurs vaisseaux , et ils résolurent , au nombre de quinze cents, d'imiter leurs ancêtres les dix mille , et de regagner . leur patrie par terre; On concevra toute l'étendae et la difficulté de cette entreprise , lorsqu'on aura considéré qu'ils devaient traverser le centre de l'Europe, et rentrer en Grècepar la Méditerranée. C'était, à ce que je crois, le comte Langeron qui commandait alors à Odessa. Il leur délivra des passe-ports pour vingt à la fois.Ils se réunirent sur la route, et se dirigèrent en corps sur Brody, dans la Galiciè. Là , ils demandèrent la permission de traverser le territoire autrichien jusqu'à Trieste , où ils s'embarqueraient pour U Grèce. On leur répondit qu'ils ne pouvaient pas continuer leur route dans cette direction , et ib furent obligés de s'arrêter. La ville de Brody est principalement habitée par des juifs , et l'on sait qu'il existe une iiiimitié invétérée entre eux et les Grecs. Chaque

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jour ils recevaient de nouvelles insultes de la part

desjDife, et, d'un autre côté, ils voyaient leurs ressources s'épuiser. Le désespoir s'empara d'eus, et ils formèrent le projet de mettre le feu à la Tille si on ne les laissait pas continuer |eur route. On permit seulement a quatre cents d'entre eux de se rendre à Vienne , et le reste se dirigea sur Hambourg, le seul port où ils pussent s'embarquer. Ceux-ci remontèrent le Rhin jusqu'en Suisse , où ils reçurent l'hospitalité ; tons leurs moyens étaient épuisés. On fit en outre une souscription en leur faveur , et ils furent envoyés à Marseille, où ils s^embarquèrent. Les quatre cents qui s'étaient rendus à Vienne y furent retenus si long - temps qu'ils furent réduits à la plus grande détresse. Enfin le nonce du .

pape intervint, et ort leur permit de se diriger sur Ancône. Les Grecs établis à Vienne firent une souscription pour mettre leurs compatriotes à même de faire ce trajet. Ils partirent enfin, et les deux divisions arrivèrent d^s leur patrie presque en même temps , après avoir employé un aii et demi à faire le tdur de la plus grande partie de l'Europe avec le même courage et la même persévérance que leurs ancêtres. Dans leur pénurie, ils avaient conservé assez d'argent pour pouvoir acheter des armes au moment de s*embarquer; et, aussitôt après leur arrivée en Grèce,

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ils s'offrirent pour servir sur la flotte grecque et n'ont pas peu contribué à cette réputation qu'elle s'est acquise dans les derniers temps.

La ville de Bude est située sur les bords escarpés du Danube, vis-à-vis Pest. Le pays a un aspect tout différent de celui qui borde l'autre côté du fleuve; il ofl're des montagnes élevées et des rochers sur l'un desquels se trouve fiude ou Offen. Nous passâmes le Danube sur un pont de soixante-trois grands bateaux , qui forment une largeur de cinq cent trente pas. C'était le premier pont que nous trouvions sur ce fleuve. Nous grimpâmes, par des rues rocailleuses, jusqu'au palais du prince Palatin. Un peu plus loin se trouve l'édifice où se tient la diète de Hongrie. Le fronton est orné de bas-reliefs très bien exécutés qui représentent l'empereur couronné, et ses sujets lui offrant d'un côté des chevaux , et de l'autre «n cerf mort. Les dens palais sont réunis par une terrasse qui domine le Danube et une immense étendue de pays.

Bude était nommée autrefois Sicambri y d'à-' près le peuple de ce nom qu'Antonin-le- Pieux et Sévère y établirent pour servir de garnison el, tenir en respect les autres barbares, On montre encore un quartier situé an-dessous de la ville que l'on dit avoir été habité par eux. On n'y voit plus que des ruines et un aqueduc qui com-

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SoÔ VOYAGE

munique , par un passage souterrain , h la citadelle située au-dessus. Le nom de Budc vient de Buda, frère d'Attila; dans le cinquième siècle^ les Allemands l'appelèrent Offen , ii cause de sa haute position. Elle est toujours désignée ain^ sur les cartes alleliKindeS. C'était la résidence des anciens rois de Ho&grie. Mais ils la transférèrent à Fresboorg , lorsque lés Turcs s'emparèrent de Bude. En 1784, Tempereur Joseph lui rendit sc« droits, et en fit le siège dn Palatinat; mais il fit transporter h Vienne les insignes dei Tois de Hongrie , et entre autres objets précieux une paire de bas qui , dit-on, avait appartenu au grand et saint monarque Etienne. Mais , comme c'était uAe violation manifeste de la loi , le petiple se souleva et l'où lut obligé de les rapporter ; ils sont maintenant renfermés dans un reEquaire.

Parmi les établissements les fdus remarquâmes de Bude , on distingue la bibliothèque et les bains. La bibliothèque Ëit fondée par le célèbre roi hongrois Malhlas Corvinus. Il employa trois cents copistes en Italie hi transcrire les meilleurs auteurs. Il acheta aussi les plus belles éditions de tous les classiques , et ks ouvrages les plus cé- ' lèbres en Italie et à Consfantinopleà cette époque. Il réiHiit ainâ cinquante miUe voIumcs^ dans la tour de Bude , et il employa trente 00- [usles &en augmentercontinneUement le nombre.

EN TURQ01E. Sof

Lorsque Bode fut envahie par les Tores', le cardinal Rosmaoï leur offrit denx cent mille ducats de cette bibliothèque , qui passait pour la plus belle de l'Europe; maïs cette offre fut rejetée , et ct!s ennemis des lumières de l'Ëtiropc^ la détruiâretit. On montre encore quelques uns des volumes que ces barbares ont mis en pièces pour en enlever la reliure et les ornements. Ils ont éU rtmplacés depuis , et l'université de Bude est maintéUant très florissante. Elle a des pro&sseurs d'histoire' naturelle et de botanique ainsi que des autres sciences. Bude possède aussi des instruments de physique , des modèles de mécanique et tin musée qui passe pour l'un des plu» beaux de l'Europe.

Les bains sont aussi justenaent célèbres, et ce sont les seuls monuftients que les Turcs n'aient pas détruits. Comme ils sont eux-mêmes dans l'usage de prendre des bains chauds , ils firent beaucoup de cas de ceux-ci. Les plus beaux édifices de ce genre qu'on puisse voir dans le monde se trouvent à Brousse, l'ancienne capitale de la Turquie d'Asie ; ceux de Bude sont faits sur le méine modèle.

Lorsque le docteur Tounton visita Bude e»

1796 , cette ville contenait vingt mille habitants, qui, avec la population de Pest, faisaient un total de trente-huit mille six cents âmes. On m^ai

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dit que Bude seule renretme actuellement trente mille iodiviclos, et les deux villes ensemble soixante-dix mille. Chaque ville a sa juridiction. Elles ont des théâtres et tous les amusements européens. Les Hongrois cultivent surtout la musique , et, l'on dit qu'ils ne tiennent pas ce goût (Us Allemands , comme on le suppose en général , mais bien de leur infatigable empereur, Mathias Corvinus, qui eut à cœur de mettre cet art au nombre de ceux qu'il possédait. La; musique fut portée à un si haut degré de perfection sous son règne , que les Italiens qui ont visité Bude ont déclaré que les chants qulls avaient entendus dans les chapelles surpassaient tout ce qu'on avait composé dans leur propre pays.

La plus grande partie de la population de Bude et de Pest suit le culte réformé. .La réforme avait fait de si rapides progrès en Hongrie, qu'afin de les arrêter les- prolestants furent restreints en i6di a deux églises , dont chacune servait à plus de cent villes ou villages. Heureusement, ce temps d'intolérance est passé; nous , trouvâmes plus d'églises réformées que d'églises catholiques , et , sur les neuf millions d'habitants qui peuplent la Hongrie , plus de la moitié sont protestatits. .

Comme Bude était le grand bouleyart. des Turcs , et qu'ils l'avaient choisie pour leur poste

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avancé lorsqu'ils avaient formé le projet, de subjuguer l'Europe , ils réussirent , par des efforts toujours soutenus , à en rester possesseurs pendant cent cinquante ans. En i5a5, Soliman i"' ' ayant résolu d'étendre ses conquêtes à l'Occident, comme il l'avait fait à l'Orient , et d'aller planter l'étendard de Mahomet sur les ruines de l'Europe chrétienne , se dirigea sur Bude , et , après avoir passé le Danube , il détruisit le pont qui se trouvait derrière lui. Lee Hongrois s'avancèrent pour repousser Solyman ; mais , lorsqu'ils virent qu'il s'était lui-même coupé la retraite , ils furent alarmés de la détermination qu'il semblait avoir prise de vainere ou de périr. Commandés par le roi Lodosch ou Louis 11 , ils lui livrèrent imc bataille sanglante, dont l'issue fut leur défaite , la mort du roi et la prise de la ville. Bude fut reprise par les Hongrois ; mais trois ans après, Solyman triompha une seconde fois de la résistance des assiégés et rentra dans la ville. La garnison s'était rendue sous condition ; tnaia un soldat allemand, insulté par un janissaire, lui ayant passe son sabre au travers du corps, la garnison fut massacrée sans respect pour la capitulation. Solynàan , maître de la Hongrie et de sa capitale , s'occupa de mettre à exécution le projet qu'il avait conçu de prendre Vienne , et d'en iaii^ la capitale de l'empire d'Occidept. H

5ip VOYAGE

prc^gcait ainsi le iqahomëtisme en Europe cofnme il l'avait fait en Asie. Il quitta donc Bude en iSag, et se dirigea sur Vienne. Après aToir tenu cette ville bloquée pendant quarante jours , il fut forcé , par le mauvais temps, de lever le siège. Les historiens rapportent , an at^et de cette guerre , que le sultan s'étaot mdormi en pensant au sort de son armée , rêva qu'il devait sacrifier quarante mille béliers. Il ordonna sur-le-champ qu'ils fussent rasftemblés; mais on ne put en trouver un si grand nombre dans un pays épuisa, Sur ces entrefaites , il fut obligé de se retirer à Bude , qiï , en faisant le dénombrement de son aimée, il .s'aperçut qu'il avait perdu quarante mille hmumes ; î) pensa qu'en conséquence l'objet de son rêve était accompli. 11 lança un aoathème c6ntre celui de ses successeurs qui voudrait encore assiéger Vienne, et se vengea sur les Hongrois des perles qu'il avait éprouvées, en désolant leur pays ft en envoyant leurs habitants en Turquie.

Quoique contenus par cette malédiction , les Turcs n'abandonnèrent point le projet de subjuguer toute la chrétienté ; ils se maintinrent à Bude dans cette intention. En i683, Mahomet iv renouvela les tentatives de ses prédécesseurs. Son grand- visir Cara-Mustapha marcha sur Vieqnç , l'as^iègça , çt forma le projet d'en faire la capitale

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cl'iio second empire inakomëlaD donl il serait le chef. Les Polonais vinrent au secours des assiégés. Les Tuits se débarrassèrent de lears prisonniers , en ordonnant que tous les chrë- Ueos fussent mis à mort. Ils furent néanmoins mis en déroute , s'enfuirent à Raab , et de U à fiude. Ce fut leur dernier effort. Trois ans après, les impériaux, sous le prince Eugène, attaquèrent, à leur tour, les Turcs dans leurs retranchements. Après une résistance désespérée , dans laquelle le commandant turc fut tué sur la brèche, la ville fut prise, et les Allemands , exaspérés par la perte qu'ils avaient faite dans cette attaque, ainsi que par le souvenir des ifruautés précédentes des Ti}rcs, mirent à mort toat ce qu'ils troorèrent dans b ville de Bade. Les Turcs, après ' avoir perdu cette place forte , dont ils étaient restés maîtres pendant iB"] ans , fat^nt forcés d'abandonner le reste de leurs conquêtes. IlsBelpvtirèrent successivement de la Hongrie et de la*rransjlvanie , traversèrent le Danube , et, au lieu d'être les assaillants, ils ne songèrent plus qu'à se défendre eux-mêmes. On les voit aujourd'hui combattre pour conserver leurs dernières possessions en Europe.

Quel que puisse être le sort que l'avenir réserve à cette nation extraordinaire, soit qu'après s'être aina avancée au centre des pays de la chrétienté,

5ia VOYAGE

et avoir vaioement tenté d'établir la religion du Koran sor les ruines de celle de rEvangile dans l'Occident, comme elle y est parveaue dans l'Orient , il lui faille maintenant retourner dans les contrées d'où elle est sortie ; soit qu'on lui permette de rester en Europe , pour en adopter les ar(s et les sciences , et faire enfin partie de la grande famille européenne ; on n'en doit pas moins nourrir l'espoir de voir assurer l'existence et l'indépendance des Grecs.

On a été lung-temps habitué à mépriser les Gfecs modernes, et à les croire tellement dégénérés , qu'ils étaient à peine dignes d'être regardés coram'e enfants de l'ancienne Grèce ; mais, après les avoir fréquentés pendant plusieurs années , j'ai adopté à leur égard une opinion différente. Leur caractère moral , de même que leur langage fquoique altéré par quelques bar^ barismes moderaes ) , est resté essentiellement le même que celui des anciens Grecs. Aussi stMvInt qu'ils en ont eu l'occasion, ils ont montré la même industrie, la même activité, le "même génie, le même amour des lettres, les njêmes talents, la même intrépidité. Si on les a vus quelquefois enclins à la légèreté, à l'inconstance, aux " jalousies personnelles, à la cruauté, à la mauvaise foi , enfin à tous les défauts de leurs ancêtres , on les a vus aussi rrtanifester autant d'amour qu'eux

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EN TURQUIE. Si5

pour leur patrie et la liberté , et déployer autant de valeur contre les Turcs , que les Grecs d'autrefois contre les Perses. Je serais injuste si je ne rendais pas hommage à leurs vertus domestiques : je n'ai jamais rencontré d'hommes plus affables envers les étrangers , et ' ayant en même temps une affection aussi tendre pour leur propre Ëimille. Noos devons reconnaître les Grecs comme nos maîtres dans les sciences et les arts, et comme la source où BOUS avons puisé tout ce qui leur donne du prix. C'est en leur langue que TErangile est parvenu jusqu'à nous, et, c'est dans leurs villes qu'il fat primitivement prêché ■ et observé. Lorsque le Mahométisme obtint un triomphe temporaire en Europe, aucun avantage, aucune crainte ne purent déterminer les'Grecs modernes à abandonner la cause du christianisme , et , pendant quatre siècles , ils ont conservé le feu sacré au centre de l'empire turc. Tendre une main secourable à un pareil,peuple, en sauver les débris d'une entière extermination , et le placer enfin dans une situation indépendante de toute domination étrangère , c'est l'une des plus belles tâches qu'une grande nation comme l'Angleterre pût entreprendre , et l'un des plus glorieux événements que l'histoire transmettra à la postérité.

Ji4 VOYAGE

De Bude, nousparrlume*, paruD paya montueus, à la ville de Bia. Le jour suivant nou8 Toyageàiues 'dans dq pays fertile et pppoleus. Les villages ëtaieat, eDgéaéral, ha^ bitës par des hommes qui avaient plus d'aisance' et qui paraissaient plus avancés daos.l'agri' cultvire <^ ceux qui habitent l'autre côté du Danube. Nous fûmes informés que quelques unes des grandes terres de ce canton avaient été vendues pour payer les dettes de leurs nobl&s propriétaires. EUes avaient ét9 achetées par des^ commerçants qui avaient fait leur, fortune à Vienne , et dont quelques uns étaient Grecs. Ils , ne pouvaient posséder des serfs ; auw les paysans avaient-ils été émancipés, et les améliorations qui avaient eu lieu dans le pays étaient attribuées à cette circonstance.

Nous passâmes par Biscbî-Banbida, on Weinbid , et nous arrivâmes à Bobaleena , où l'on a construit un haras immense pour la cavalerie de l'empereur. C'est un édifice quadrangulaire élevé dans une vaste plaine ; il a été bâti par Joseph ii. On y entretient cinq cents chevaux et six cents élèves. H s'y trouve dix à douze chevaux arabes , dont l'un était célèbre , comme ayant produit cent vingt descendants. Nous trouvâmes à Bolra- ' leena un Français qui venait d'y arriver avec des chevaux , et qui se rendait à Vienne. Il re-

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vécut de Syrie , et avait acheté à Âlep treize chevaux arabes, au prix de huit cents piastres chacune, et les avait amenés à BobaleetiB poor les j Tendre., Il avait quitté la Turquie peu de temps avant nous, et, plus heureux, il n'avait été retenu aveo ses chevaux et huit domestiques que peu de jours à la quarantaime. j

Nous nous rendîmes de là à flaab, ville située dansuneplainesablonneuseettrèsnnie. Une partie des fortifications subsistent encore ^ les remparts sont couverts de beaux arbres , et forment une très agréable promenade ; le rivière Raab baigne les murs de la ville , et va se jeter dans un bras du Danudb à peu de distance. Les rues se dirigent vers une grande place, où se trouve un immense couvent de capucins.

Après avoir passé par Weissemberg et Thtunsboui^, et avoir laissé Presbourg sur notre droite, nous arrivâmes au bord de la Leitha , qui forme la ligne de frontière , entre 'la Hongrie et ' l'Autriche, fïous traversâmes cette rivière , et entrâmes dans la ville de Brock , en acquittant un droit de péage. Nous fûmes bient6t avertis, par une autre circonstance, que pous avions passé la frontière. Nous fûmes arrêtés, au milieu de la rue, par des douaniers qui nous examinèrent ri' gonrensemcttt. lia nous demandèrent si noua avions des lettre cachetées ; et, voyant par mon

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passeport que j'étais Anglais, ils me dirent qu'ils devaient être sévères sur cet article. Prévenu de la visite que je devais subir , j'avais à regret brisé les cachets de plusieurs lettres qui m'avaient été confiées, lis nous demandèrent aussi si nous avions des almanachs et des cartes à jouer, parce qu'en Hongrie on insère dans des almanachs des anecdotes scandaleuses, et que l'on dessine sur les cartes à jouer des caricatures que l'on n'aime point à Vienne.

A mesure que nous avancions , les routes s'amélioraient. Nous atteignîmes Stickmeisen. Les montagnes que nous apercevions à l'horizon nous indiquaient que nous approchiou^de la capitale. Nous nous arrêtâmes à Scavaget, à quatre milles de Vienne ; c'était uù dimanche. L'hd^ telleiie où nous desceudimes était remplie de personnes qui se livraient à différents amusements. Pes soldais chantaient en chœur avec une si parfaite harmonie , que je fus frappé de cet instinct musical , qui parait être général en Allemagne.

Le premier objet qui s'offrit à nos yeux le lendemain , eu approchantde la capitale, fut le clo* cher de Saint-Etienne, dont on remarque l'étonnante inclinaison. Derrière on aperçoit les montagnes sur le sommet desquelles ou a construit deus monastères, et à la droite , sur les bords du

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Danube, la promenade du Prater, que l'onreconaait à ses épaisses masses d'arbres. -

On trouve sur la route un objet qui rappelle le séjour des Turcs dans la chrétienté. C'est un large enclos carré , situé à deux milles de la ville, défendu par des tours. Il fut construit par les Turcs , qui , pendant le siège de Viennç , y avaient établi leur magasin à poudre. Il sert encore à cet usage.

La ville de Vienne est singolièrËment bâtie.

Elle forme trois cercles concentriques. Le premier est l'ancienne ville , entourée d'un rempart; le second est uïie plaine appelée le glacis, qui renferme des jardins ; et le troisième con-* tient les faubout^ , cercle immense de maisons qui renfcrine les deux antres. Nous les traversâmes par la longue rue de Làndstracbt, et arrivâmes à la petite rivière de Wienne, qui donne son nom à la Tille. Le Danube , dans lequel elle se jette, «st étroit et peu profond dans cet endroit ; ce n'est qu'un bras de ce grand fleuve. Après être resté six heures à la porte de la ville intérieure , pendant lesquelles nous' fûmes soumis à l'esamen lé plus minutieux , on nous permit d'y entrer, et j'allai descendre à. l'excellent hôtdl de la ville de - Londres.

Vienne renferme environ quatre mille Grecs; ils y font un commerce considérable. Ilsont

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quatre églises. Je me troarai aonvent arec pliisieurs d'entre eux; mais noiu ne pariions jamais de leur ^tnatfou politiqœ : quelque vÎTes que fîissentlcuTS inquiétudes à cet égard, ils croyaient prodent de ne pas les faire connaître.

Je partis seul de Yleane^ et allai à Munich, oA j^eus occasion de remarquer combien on prenait intérêt à la cause des Grecs; Me trOuTtmt un soir chez le ministre d'Angleterre sir fi. Tttylor , où se trouTaient la hante so^té de Munich et quelques membres de la lattiille royale', qnelqif un dit que j 'arrivais de Constantinople . On s'empressa alors de me demander des délailâ sur la situation des Grecs , et mon opinion eux le résultat de leurs efforts ; chacun paraissait m'ê-> conter avec un vif intérêt , tandis qu'à Vienne je n'avais janiais entendu parler de (x sujet.

He Munich, je me rendis, en passant pat Àng»bourg , à Francfort ; je fus très chtmné de Taspect, comme de l'esprit de» babilante de Mttè bëUe ville. Sa population est de einquaote mille habitanlB , dont vingt mille août juifs «t eàtho'- Uqtws; le reste &it partie ^ l'église réfomiée; La ejcande cathédrale , toutefois , cotnnte celle d'Hermanstadt, est laissée au. culte eatliolique. Le dimanche , elle est à peu près vide , tuidis que les églises des réformés sont pleines. Mais l« circonstance oui me plut davantage Ait. Vhas-

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tnonie et la bieareiUance réripnoque qui paraissent régner entre toutes les classes de la société. Les dissensions entre les catholiques et les protestants ont cessé depuis long-temps , et ce bon accord s'est étendu même Jusqu'aux juifs, lis étaient autrefois logés dans un quartier séparé de la ville par un mur, et ils étajeut obligés de s'y renfermer la nuit : ce mur n'existe plus maintenant.

Je m'embarquai à Francfort sur un tracks- .

cfanyt, et descendis à Mayeiœe. Je fus frappé de la beauté du Rhin , si différent du Danube. Les eaux de ce.dernier fleuve, qui traversent, pendant des centaines de milles, un terrain bas et argileux, sont troubles et bourbeuses ; en gépéral ses bords sont plats et n'offrent aucun site agréable; tandis que le Rhin , descendant des montagnes, et courant sur un lit de ruchers , roule des eaux d'une transparence admirable, enciissées dans des rives élevées , de l'aspect le plua pittoresque.

Je naviguai pendant trois jours sur ce fleuve magnifique , et débarquai à Coblentz ; je passai successivement à Cologne, Aix-la-Chapelle, Calais , et j'arrivai en Angleterre , après uu voyage de cinq- mois dans quelques unes des parties les plu^ intéressantes de l'Europe.

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EN TDRQUIE.

YAFTA,

Ou écrit placé au-dessus de la tête du pacha de Yanina , exposée dans la cour du ^érail , le 1^ février iSaa.

." La tête exposée ici eSt celle d'un traître envers notre religion, connn sous le nom de Tépédéïenlj- Ali-Pacha.

II est notoire qite, pendant trente ou quarante ans , ce Tëpédelenly - Ali- Pacha a été comblé , des fatcurs de la Porte , qui lui a confié le gouvernement de différentes provinces.

Lui , ses fils et ses parents, ont reçu de nombreux bienfaîlsdu sultan.

IVéanmoins , bien loin d^en témoigner aucune rrcomiaissance, il s'est constamment opposé aux

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5aï VOYAGE

volontés de la SubUme-Porte , et a employé la perfidie et la trahison pour opprimer les petiple^ qu'il gouvernait.

L'histoire ne présente à aqeune époque on exemple de perversité égale à la sienne. On n'a jamais om parler d'actes aosfii cruels et aussi barbares que les siens. Toujours inquiet et factieux , il prenait part à tous les troubles qui avaient lieu y quelquefois ouvertement , d'autres fois secrètement. Dévoré d'ambition , il n'était pas satisfait des provinces qui lui étaient confiées ; il usurpait le gouvernement de celles qui en étaient voisines, et y répandait le désordre.

Il a 6té la vie à un .grand nombre de malbeu^ ' reux Rayas, qui sont un dépôt sacré qui nous ^ été confié par le Dieu tout-puissant; d'autres ont été outnigés dans leur honneur, ou dépouillés de leurs biens. Enfin il ruinait des familles entières, et non-seulement en Albanie, mais dans d'autres districts, où il étendait sa domination) tek que ceux de Yeni-Shori-Larisse, Mouastère, et Saripoel.

Les violences inoiûes , et les outrages d' Ali-Fa-

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cha, ayant forcé les babitanls de l'Albanie et des provinces voisines à émigrer, U Sublime-Poric, infonnçe <k sa tyranuie, lui fit le» plus fortes rcpréseatatioos, à diverses reprises, pour lé déterluiner à changer de couduite ; mais loin d'écouter ces salutaires conse^, Ali-PacIia persévéra dans son insolence, et , ne gardant plus de mesure , il a poussé l'atidace jusqu'à faire tirer dans Constantinoplc , la résidence du calife , le centre de toute sécurité , des coups de feu sur quelques individus qui blâmaient sa conduite, et qui avaient cberché un asile dans la capitale. Cette violation manifeste de toutes les lois divines et humaines ayant rendu indispensable la punition d'Ali-Facha , il fut déposé , et les provinces qu'il gouvernait forent confiées h d'autres visirs. Ce fut alors que, jetant le masque, il leva l'étendard de la révolte, et, dans le dessein de réaliser tous les projets coupables qu'il avait formés , il se retrancha dans la ville de Yanina, qu'il avait fait fortifier depuis long-temps, pensant, dans sa folle témérité, qu'il pourrait résister à la puissance de la Porte, qui l'avait comblé de bienfaits. L'esprit de vengeance qui

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5î4 VOYAGE

animait Alt-Facha s'est montré dans toute son étendue au moment de Finaanection des Grecs:

Il a eoToyé des sommes immenses ans infidèles (le la Morée, ainsi qa'anx SouUote», pour les exciter à se révolter contre les mosntmans. Cette action impie ayant comblé b mesure de ses crimes, les lois sacrées et la sûreté de l'état demandaient sa mort , et Hourchid-Abnied-Paclia le TictoricDX , sérasqnier de la Romanie , qui l'avait fait prisonnier, a exécuté les ordres donnés h cet efièt, en vertu da fetva sacré qui avait prononcé sa sentence.

C'est ainsi qnc le peuple musulman est , pour toujonrs, délivré de la perfidie et de la tyrannie du traître Tépédélenly-Ab'-Pacha.

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