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sœur; il me répondit : non aoror, domine, esti uxor (ce n'est point ma sœur,' c'est ma femme).' Je liii fis offrir par Mustapha quelques friandises pJus agréables que le café, et son mari me dit de nouveau : ^go tibi grattas , Domine (je tous remercie, Mousiéiir ). Je me préparai à partir; et, ne trouvant point qu'il y eût assez de foin dans mon petit chariot , je fis un signe ; aus- 'sitôt le maître de poste dit à ses gens : Pone/en ( mettez du foin ) , et son ordre fut aussitôt exécuté.
La langue italienne a été répandue généralement dans l'Orient par les Yéoitiens et les Génois. On la parle plus communément à Péra que toute autre langue. Mais elle s'est bornée aux villes maritimes, avec lesquelles les habitants de la Transylvanie n'ont jamais eu de communications. II faut donc croire qKe les termes dont ils se servent, ayant de l'affinité avec la langue italienne, ne sont point dérivés de cet idiome moderne, mais qu'ib appartiennent aux restes du langage que les Romains laissèrent parmi les Daces, ilyaseizecenlsans.Lesnjots:Z?o»i»«e, Vxor ne sont point italiens , et les peuples de l'Orient , dont le langage dérive des langues modernes , rçndent ces expressions par Seigneur et Mogiie. L'habillement de ces hahitahts est un autre indice de leur origine. Il se compose d'une tunique, çjui
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descend jiuqu'au genou , serrée autour des reins par une ceinture de cuir. Le pied est enfermé dans une sandale liée sur le coude-pied et audessus de la cheville avec des courroies; un pallium ou manteau est porté sur l'épaule , et , quand le temps est ÎTQÎd ou hunùde^ il est drapé autour du corps.
Je pris congé de ces descendants des Komaîos, en leur disant, VaUte (adieu), ce qu'ils répétèrent , ei nous continuâmes notre route dans les montagnes. Après une heure àff marche, nous arrivâmes à une contrée plus ouverte : nous fûmes instruits que nous nous trouvions encore en Talachîe par les crois de^is que nous rencontrâmes sur la route. Ces monuments commencent au Danube et se continuent jusqu'à Textrémité des monts Krapach. Ils ressemblent exactement à ceux du même genre gue l'on voit en Irlande, mais qui sont construîtsen pierre. Cescroixontde dix à douze pieds de haut , et sont couvertes d'in scriptions gravées en relief en grec esclavon, avec le monogramme du Christ et de la Yierge, et des figures de saints. On en trouve quelquefois dix à douze sur une ligne, le long de la route, et quelquefois une seule dans un petit temple en bois.Il ; en a qui portent une dat^, très ancienne. Toutes les fois qu'un Yalaque se trouve dans une position fâcheuse , il feil vœu d'ériger, avant sa mort , un*
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pont, une fontaine o.u une croix. Il paraît que ce dernier- vœu est plus fréquent que les autres, (l'iiprés le grand nombre de ces monuments qui «e trouvent le long de la route. Lorsqu'un homme a fini ses jours d'une manière violente , on érige une croix au lieu où Jl a péri , afin que le mort ne devienne point un vampire.
A deux bèùres , nous arrivâmes sur les bords d'une grande rivière : c'était l'Oulta-Ap, l'ancienne Aluta-Aqoa, qui, prenant sa source dans la Tranf sylvanie, traveise les vallées des monts Krapach, et va se jeter dans le Danube , après avoir par-; couru la Yalachie. On la traverse dans un bac pareil à ceus.de la Hollande. Nous atteignîmes, un quart d'heure après, Kimeni, la dernière poste de la Yalachie. On nous avait dit que la peste j était et s'étendajt jusques près des murs des bâtimeats où l'on fait quaraataine , mais, il n'en était rien.
De là, pendant deus heures, on suit les boids de l'Oulta, en remontant vers âa source. La route est, presque partout , un précipice suspendu aut
- dessus de la rivière. Nous arrivâmes à quatre heures sur lœ bords d'une autre petite rivière qui se jetait dans l'Oulta, en sortant d'une vallée étroite. Nous la traversâmes et parvii^mes alors sur le territoire autrichien. Nous trouvâmes sur *ce point une garde de soldats et quelques mat-
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sons dans lesquelles on subit la quarantaine. Nous fûmes invités h nous arrêter pendant quelque temps pour que l'on prit les dispositions qui nous couccmaient.
En quittant la Valachie , je ferai une courte esquisse de cette proTince.
Loslimites de la Tlirace correspondaient exactement à celles de la Bomanie, c'est-à-dire que cette première contpée s'étendait depuis la Pro- ^ntide et la mer de RJarmara jusqu'aux monts Hœmus, ou Balkans. Celles de la Mœsie inférieure, se rapportaient à celles de la Bulgarie, c'est-à-dire depuis les Balkans jusqu'au Danube. Mais les anciens n'avaient point donné à la Dacie des boroes aussi déterminées. Cette province s'étendait au-delà des monts Krapach, à une distance in6nie,du Danube, et renfermait la Transylvanie, une partie de la Hongrie, de même que les provinces de la Valachie et de la Moldavie , qui , plus tard , furent limitées par des frontières naturelles de fleuves et de montagnes Les Bomains bornèrent leurs conquêtes au Danube, jusqu'après le règne d'Auguste. Les Daces , alors sous les ordres de leur formidable roi Deeebalua, firent des incursions dans les provinces roniaines de b Mœsie. Ils furent repoussés, et l'empereur Trajnn les poursuivit au-delà du Danube , sur lenr propre territoire. Les restes du pont qu'il
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construisit indiquent encore le lieu oà il franchit ce 0euTe , en remontant beaucoup .son coure.
Quand l'eau est basse , quelques-unes des plleà de ce pont s'élèvent de trois pieds au-dessus de la surface, et nuisent à la navigation. Les Romains établirent dans la Dacie trente mille colons, et restèrent en possession de ce pays pendant trois siècles ; mais, quand ils fuient pressés par les invasions' des Barbares, ils furent obliges de retirer leurs légions, comme ils l'avaient fait dans la. Grande-firetagne , et laissèrent les Daces se défendre euxTmêmes.
L'origine du nom de la partie de la Dacie qui. est appelée aujourd'hui Yalachie est contestiée. Les uns a£Brment que ce nom vient de Yalach, berger esclavon ; d'autres, avec pins de probabilité, font dérivée ce nom de Flaccus, célèbre propréteur , qui gouverna ce pays , que l'on nomma après lui Flaccia , comme cela fut rapporté par Ovide, quand il résida dans le voisinage de ce pays : .
Pncfuit hii, Grtecine, lociamodofZaccoi, et ilto
Bipa ferocK hri rab duce tuta fuit :
Hic tenuit loiewii gtntt» in pace fideli.
Hic aicu flsos terruit ense Gxtai.
( EpUl. FOnl. , lib. IV. )
La partie la plus éclairée du peuple , en Yalachie^ tient à son origine romaine. Les habitants '
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s'appelleot Romunit et ils nommenl leur pays Txara-Romaneêka, outerre.rcMiiaine.Le langage et l'habillement attestent cette extraction ■■, mais les habitants n'ont rien conservé dçs traits de leurs ' illustres ancêtres. Leur visage porte l'empreinte . de la douceur et de la simplicité, et les dispositions de leur caractère sont portées à la modération et à la timidité.
Après le départ des B-oniains^ le pays fut inondé de ces hordes successives de Barbares qui envahirent le reste de l'Europe, et particulièrement par les Scythes.Parmi ceux-ci, les Pazinaces sont distingués comme ayant été^ long-tempS' après, employés comme mercenaires dans les armées du Bas-Ëmpire. Le Chef qui ait.rendu son notj[i le plus fameux a été Rhaddo-Negro, ou Bodolphele-Noir. Il fonda la ville de Kimpelong, corruption de •'Oampug-'Longuê , dans la Haute- Valachie, qui fut d'abord regardée comme la capitale du pays. Il bâtit aussi la ville de Corté, sur la rivière d'Argish, si renommée encore aujourd'hui à cause de sa belle chapelle. Le nom dé Rhaddo se lit encore sur l'un des tombeaux dont elle est ornée. Ce fut lui qui prit le premieï le titre de Bet&i&x, Voivode, ou prince. Du temps de Mahomet II , les Valaques tentèrent vainement de se dégager du voisinage et de la dépendance des Turcs , qui, à cette époque, inondaient tous ,lês
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pays de l'est de l'Europe ; après avoir 'pris Coostantinople. Les Valaques traversèrent le Danube, et battirent les Turcs', qu'ib trouvèrent dans la Bulgarie, de l'autre côté ; mais ils furent défaits à leur tour par le victorieux Mahoiœt, qui entra dans la Yalachie, déposa le voÏTode, et mit en sa place son frère Blaclus , aveclequel il fit le traite fameux dont les principaux articles sont encore observés aujourd'hui , comme la base de Tindépendance de ces provinces. Les Valaques consentirent à payer un tribut annuel de dix mille pastres à Giurgewo sur le Danube. Il fut stipulé de plus qu'Eiucun Turc n'entrerait en Y alacbie ; que les Valaques seraient gouvernés par leurs propres lois f que leur voiVode serait élu par les évêques et par les boyards ; que les Valaques passeraient en Turquie sans être considérés comme Rayas on sujets de la Porte, et que tous chréti*ïi8 qui se seraient faits musulmans, et qui retourneraient au christianisme, pourraient se réfugier en Valachie sans être réclamés par les Xurcs^ce privilège est le plus important, parce qu'en Turquie ces apostatssontsur-le-champ punis de niort. Aucune mosquée turque ne pouvait être bâtie en Yalachie , el tous les négociants turcs qui s'y reudi^ient pour commercer devaienrt en partir aussitôt que leurs affaires seraient terminée». Ce traité est encore observé en grande partie aujourd'hui. Les
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seules forteresses que les Turcs possèdent au nord du Danube sont Giurgeieo, Bratioto et Toumo, sur le boni du fleuve , et qui leur ont été cédées par la suite.
Les Valaques continuèrent d'élire leurs toîtodes jusqu'à Constantin fiessarabba , dont le sort apporta un changement dans le gouTeroement de cette province. Lorsque Pierre-le-Grand s'avançaavec une armée jusqu'à Yassi, en 1711, cevoï- Tode était convenu de se joindre à lui avec trente mille hommes , et de lui fournir abondamment des moyens de subsistance. Mais , épouvanté des ap{H^ts que faisaient les Turos , il négligea d'accomplir son engagement , et les Russes, ainsi privés des ressources sur lesquelles ils avaient comp- .té , ne se tirèrent du~ mauvais pas où ils s'étaient engagés que par .l'adresse de Catherine, femme de Pierre , qui gagna le grand- visir ea lui donnant tous les objets précieux qui se trouvèrent dans le camp des Busses : au moyeu de quoi ceux-ci effectuèrent leur retrdite. Bessambba espérait que la part qu'il avait prise dans cette afiàire resterait toujours un profond secret; mais l'année suivante, pendant la semaine de la Passion, lorsque chacun était occupé de aes dévotions , un capidgibashi, ou envoyé de la Porte, arriva à Bucharest avec une escorte de cent hommes ; il informa le ïoïvode qu'il était très pressé, et qu'il ne devait
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lai demander qu'un moment d'eotrevae. Il fut
immÂliatenient inlrodmt chez le voïvode ; et , quand £elui-ci vint au devant de lui pour le recevoir, le capidgi-bashi lui plaça sur l'épaule un < mouchoir noir, cérémonie qui indiquait qu'il était déposé. Il fut ensuite arrêté avec sa famille, et amené à Constantin ople , où il fut enfermé au château des Sept-Tours. Ses biens particuliers furent confisqués ; et , comme ils ne se trouvèrent pas aussi considérables qu'on l'avait présumé , ses quatre 6I3 furent mis à la torture sous les yeux' de leur père : ils furent ensuite tous décapités en présence du sultan. Leurs cinq têtes furent portées siir des pieux dans les rues , et leurs corps furent jetés dans la mer : ils furent recueillis par des matelots grecs , et enterrés dans Itle de Ghalki , dans l'un des couvents de cette île. Cet homme' malheureux fut le dernier boyard élu d'après la constitution de la province. Le gouvernement turc, à dater de cette époque, détermina que celte place serait donnée à des princes grecs du quartier du Fanal. Le nom de Bessarabba est encore chéri dans la Valachie. Une ëpée qui lui avait appartenu me fut offerte pour en feire l'achat. Elle portait sur la lame son nom en lettres d'or, avec cette inscription en caractères grecs :
a Mère de Dieu, souveraine protectrice, ga- « rantis de ses ennemis le très pieux, très ma-
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n i-nifique, très illustre prinw, fils de Jean, Con- « stantin Bessarabba, le Toïvode. »
Los Grecs du Fanal, à qui la charge de toïvo- , de Çut conférée , et qui , en consëquence , portèrent le titre de princes, consistaient en plusieurs familles, celles de Mavrocordato . Morousi , Ypsilanti, Calimachî, Stizzo , Caradja, Han~ tcberll et Mavroycni ; mais , par l'iofluence d'Halet-Effendi, ce choix s'était, dans les derniers temps, borné aux femilles Morousi, Calîmachiet Suzzo. Lorsqu'un Grec avait rempli les fonctions de drognian, il pouvait être élu hospodar, et prenait alors le titre de prince. Sa femme preniiit le titre de damna, et ses filles celui de dontnizta. Les termes de voïvode et hospodar sont indifféremment donnés aux gouverneurs de la Valachie et de b Moldavie : le premier appartient plus particulièrement au pays, et signifie un chef civil ou militaire j le second est un mot russe , et vient de gospodin, qui veut dire seigneur.
Pendant mon séjour à Constantinople , j'ai amnu beaucoup de personnes appartenant à ces femilles distinguées , et quelques détails' à leur sujet ne seront peut-être pas sans intérêt.
Le premier de ces princes qui fut appelé à gouverner la Valachie fiit Mavrocorda(o. Cette famille tirait son origine de négociants de Scio , très estimés parmi leurs compatriotes, et fort
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distingués par leur esprit. L'un d'eux , qui étail médecin, fut nommé (Irogman, ou interprète, de la Porte , et se conduisit dans cette place arec tant de talent et d'intégrité, que le goarernement turc , à la mort de Bessarabba , fit choisL de sod fils Nicolas pour être gouverneur des provinces de la Yalachie «t de la Moldavie , et se proposa même d'accorder, par la suite , celte dignité aux interprètes de la Porte qui justifieraient sa confiance. Nicolas Mavrocordato iutnommé a cette place en 1716 , et proclamé par un capidgi-basM turc. Parnd les descendants de cette famille, dont la mémoire est chère en Yalachie, se trouva Constantin, nommé en 1735. 11 abolit l'esclavage et améliora beaui:oup le sort des habitants ; ses lois et ses institutions attestent encore sa sagesse et sa libéralité. Il fut deux fois rappelé par la Forte , qui n'approuvait pas ses principes ;, mais il y persévéra, au péril de sa vie, avec la même intégrité. Ses descendants ont le même caractère : ce sont des hommes généreux et. éclairés , occupés dans la retraite à acquérir (les connaissances utiles , ou se dévouant au service le plus actif et le plus périlleux pour la cause de leurs compatriotes. I^'un d'eux, l'hatman Alexandre Mavrocordato, a épousé la princesse Smaragda Morousi , dont il a eu plusieurs enfants. C'était un homme instruit et spirituel, aimant la retraite.
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littéraire. Il demeurait ii Thérapia , au milieu de sa nombreuse famille , dont il dirigeait l'éducation, quai^d l'insurrectiou grecque commeuça-Il ne parut pas y avoir pris la moindre part-j cependant il fut arrêté, et tous ses biens furent confisqués. Il fut exilé à Angora , en Asie ; sa femme et ses filles furent livrées à la brutalité des soldats qui entouraient sa maison *. l'une de ses filles , la plus belle des Grecques modernes , mourut de désespoir. Je connaissais cette intéressante famille, et je puis attester combien elle possédait de qualités excellentes, ainsi que le courage avec lequel elle a soutenu son adversité. Lorsque j'ai quitté Constantinople , le chef de la famille était encore en exil , tandis que les autres personnes qui en faisaient partie luttaient contre la pauvreté et les humiliations , dans une obscure maisob
■du quartier du Fanal. Alexandre Mavrocordato, qui s'est si éminemment distingué comme chef de la révolution grecque , appartient à cette famille. 11 est fils d'une princesse , mais il n'a jamais été gouverneur de la Yalachie. Il était fiancé et prêt à se marier, lorsqu'il partit pour la Yalachie avec le prince Caradja, et fut obligé de s'enfuir de cette province avec lui. 11 résidait en Italie quand l'insurrection commença : il se rendit alors dans
' la .Morée, où il a pris une partactive aux évéoeinenis qui ont eu lieu dans ce pays. La personne '
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qu'il (lovait épuuser se sauva à Odessa. 11 avait alors trente-cinq ans , et était très estimé de ses ' coiii patriotes.
La famille de Moroasi , liée par des mariages avec celle de Mavrocordato , s'est aussi très distïoguée par les hommes éclairés qu'elle a produits. On cite parmi eux D^étrius Morotisi. Il possédait les qualités des anciens Grecs , l'intelligence, l'activité, riotrépidiléj et un aident amour pour son pays; son esprit et son courage étaient tels que les Turcs à la fois le respectaient et le redoutaient. Il fut le premier qui imagina un système d'éducation pour les Grecs inodemes ; et , par son in0uence sur la Popte , il le fît mettre à exécution. 11 fonda l'académie de Koorou-Chermé, sur le Bosphore : il lui donna une bibliothèque, des instruments de physique; il y attacha des professeurs , et la vit fréquenter par un grand nombre d'étudiants. Il contribua aussi à établir les collèges de Scio et d'Ay vali. Parmi les ouvrages littéraires dont les Grecs lui sont redevables est le K&utoï, dictionnaire grec, enrichi de citations , le plus complet qui ait jamais été pubUé. Un volume de cet ouvtage était imprimé par les presses du patriarche, quand les troubles commencèrent , et il offre une preuve du talent , de l'industrie et de l'intelligence des Grecs inodemes. Les compatriotes de Démétrius Morousi , vou-
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ïant reconnaître les services dont ils lui étaient redevables, lui donnèrent Tancienne ëpithète d'Euepyem, bienfaisant, qu'il naérilait si bien. Il fut le premier qui dirigea leurs esprits vers des objets dignes de leur attention : il les tira de l'ignorance dans laquelle ils étaient plongés, et réveilla parmi eus l'amour de la patrie , si puissant chez leurs ancêtres. Il se pro^bsait d'effectuer aussi une réforme dans le culte religieux , en supprimant un grand nombre de jours de fêtes inutiles ; mais il ne vécut pas assez pour accomplir ses projets; Le genre de sa mort fat celui qu'un bomme de son rang, dans le quartier du Fanal, devait attendre. Il accompagna Galeb-Ëffendi au congrès de Bukarest , en 1813 , en qualité de drogman , et fut employé à la négociation à la suite de laquelle unegrande partie de la Moldavic,jusqu'au Frutb, fut cédée à la Russie. On le représenta, en conséquence, comme un agent de la Russie, et sa mort fut résolue. Ses amis de Constantinople le prévinrent des mauvaises dispositions du gouvernement turc, et il lui fut offert un asyle en Russie ; mais rien ne put ébranler sa résolution de revenir en Turquie, et de répondre ù l'accusation. Le grand-.visir était alors à Schuuda avec son armée; et, lorsque Morousi eut traversé le Danube à Rutscbuk , il fut invité à se rendre auprès de lui pour une conférence. Il se sépara de Galeb*
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Ëffendi , qui lui fit les assurances les plus arnica-* les de son attachement, en le remen-iant des services qu'il lui avait rendus pendant la négocia* tion. Une garde d'honneur l'escorta jusqu'à Schunila; et aussitôt qu'il eut passé la porte de la résidence du visir , cette niéme garde se jeta sur lui et le tua. Sa tête fut séparée de son coips , et envoyée à Constantinople , où elle fut exposée , avec celle de son frère Panayotti , sur la porte du Sérail.
Lorsque je passai à Schumla, on me montra le lien où cet assassinat avait été commis. Deux de ses neveux étaient employés par leâ Turcs, <l'un comme drogman de la Forte, et l'autre à l'arsenal quand l'insurrection grecque commença. Tous deux furent mis à mort. L'un , Constantin-Moroosi, drogman de la Porte , revenait un jour à cheval, de Constantinople à sa maison de Thérapia , qoand un étranger lui présenta uoe lettie, et disparut. Cette lettre, était d'Ypsilanli , qui lui faisait connaître les projets d'insurrection des Grecs, et qui Pinyitait à les seconder- Se trouvant dangereusement compromis p^tr la réception seule de cette communication , et croyant qu'il était de son devoir, d'après la place de confiance qu'il occupait, de ne point en faire un mystère , il revint aussitôt chez lereis-effendi, et lui fit connaître cette circonstance. Le reis-effendi le char-
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gea de traduire cette, lettre en langue turque , et lui en donna une copie. Morousi fît cetle tradaction , mais il omit un passage , où il était dit que tous les Grecs étaient dans le complot , parce qu'il craignait de faire planer ainsi des soupçons sur des- innocents. Lorsque cette traduction fut envoyée au sultan, celui-ci la conapara avec l'otiginal; et, trouvant qu'un passage avait été supprimé, il ordonna que Morousi ffit mis à mort ,' et l'on dit qu'il fut témoin de son esécution au Kios-Yali , dans le sérail. La femme et les neuf eniànts de Morousi habitaient alors Thérapia. Son palais était à côté de celui de l'ambas8a(!c de France. Aussitôt que le père eut été mis à mort , des ordres furent donnés pour que l'on saisit ses trois fils aînés ; mais leur mère , qui fut avertie , les cacha dans une citerne, où ils restèrent pendant deux joars.ïls se sauvèrent ensuite, avec plusieurs autres personnes de leur famille , à Galata , où ils s'embarquèrentsecrè tement sur un bâtiment ragusais , et en se cachant sous des voiles dans une
. làussecalledunavire.llsarriTèrentenfin àOdessa, où l'empereur Alexandre leur accorda une pension dedouze cents roublesparmois. Sa veuve est douée d'autant de courage que d'amabilité. Leur palais magnifique sur le Bosphore a été brûlé et entièrement saccagé. Une bibliothèque considérable
. fut pillée par tous ceux qui voulurent en profites,
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et vendue par les juifsdans les rues de-Péra, coin-
me àa papier inutile.
L'interprète de l'arsenal fiit , pendant qiielque temps après la mort de son Erère, traité arec une confiance appa rente ; mais à la fin il fut arrêté , et on lui signifia qu'il devait s'apprêter à mourir. Son courage l'abandonna, et il proposa, dit-oa, de racheter sa vie en quittant sa religion ; mais on lui donna h entendre que cette démarche upéme ne le sauverait pas : alors il se désista de son offre, et se résigna à mourir en vrai chrétien. Il n'était point marié et ne laissa piùnt. d'enfimls.
La lamiUe Ypsilanti a été de même distinguée parmi les princes grecs, tant par son rang que par ses infi)rt\iDes. L'un d'eux était hospodar de la Valachie en 1806, et fat soupçonné de s'être concerté avec Dzerni-Georçe et d'exciter les Serviens à la révolte. Son père, avancé en âge, fut arrêté à Constantinople , mis à la torture et décapité , à cause du délit imputé à son fils, qui se saura en Russie , où il mourut. Son fils Âlexan- . dre, né à Constantinople en 1795 , fut élevé en Russie. Il entra dans l'armée russe, et l'accompagna dans l'expédition de France. Il y fut blessé , perdit un bras, et fut nommé général. Au commencement de 1821, il résidait à Odessa. U traversalePruth,entraà Yassi, etleva l'étendard 4e la révolution. Après sa défaite et son empri'
sonnement en Autriche , son frère Démëtfius se sauva en Morée, oi\ il prît une part active aux efforts des Grecs , et où il se trouve encore. . La Ëiuiille Calimachi était en grande faveur auprès delà Porte. £n 1812, Charles Calimachi fut nommé hospodar de la Valachie , par Hofluence d'Halet-Effendi , qui avait ëté secrétaire de son père , quand il avait occupé celle place. Il y resta pendant sept années. Il revint en^ suite à Constantinople , et fut employé par la Forte dans des missions confidentielles ; il assista comme ministre aux conférences de Beybec, sur k Bosphore. En 1831, il fut de nouveau nommé hospodar, et il se rendait \y son gouvernement, quand l'insurrection commença. Il continua néanmoins à jouir de la confiance du gôuveniement turc , même après la proscription de ses amis ; mais enfin les soupçons de la Porte l'atteignirent , et il reçut l'ordre de se retirer à Boli, dans l'Asie-Mineure. On annonça qu'il y était mort subitement d'apople&ie ^ mais on a cru généralement que sa mort avait été ordonuée par la Porte. Il avait cinquante ans. Il laissa ' une famille nombreuse, qui fut enfermée dans un caravenserail comme dans une prison , privée de tout appui , et lutta contre la pauvreté et la maladie. L'une de ses filles y mourut.
Yanko-CaUmachi était frère du précédent;
ît était drogman àe la Porte en tSai. Il fbt privé de son emploi, et envoyé en exil avec sa famille, où il resta quelques mois sans être ioqqiété, après quoi sa tête fnt envoyée. à Coostanlinople, et exposée an Sérail. II avait quarante ans et nn grand «ombre d'enfants, qni furent enfermés avec ceux de son fière, et réduits à la méiûe détresse. Il était distingué parmi les Grecs par b splendeur de sa maison. Aussitôt après sa mort, on détmisit l'habitation élégante qu'il avait sur les bords du Bosphore. Ordinairement, l'extérieur des maisons des Rayas est extrêmement simple , afin de ne point exciter la cupidité ' des Turcs. Quand on entra dans celle de Yenko- Calimachi pour exécuter les ordres du sultan, nn futsurprisdesamagnificence.Les rideaux des fenêtres étaientformés de schalls de Cachemire et tout était dans le même style ; parmi les décorations quis'y trouvaient, on trouva des armoiries quirappclaien t celles de l'empire grec, et l'on supposa que Calimacluavaiteuleprojetdechercheràlerétablir. La famille Suzzo a aussi éprouvé les vicissitudes de la vie humaine dans l'Orient, et l'instabilité de la fortune. Alexandre Suzzo était drogman de la Porte en 1868. Une négociation secrète, h laquelle il avait été employé, ayant transpiré, on le soupçonna de l'avoir divulguée : il fut dénoncé comme un traître au sultan Musta-
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pha , et , le matin suivant , un hatti-schéiif fut adressé aju caïmacan pour qu'Alexandre Suzzo, drogman de la Forte , lût mis à mort. Il n'avait pas le moindre indice de son danger. L'interprète de la Forte est ordinairement placé dans ime pe-^ tite chambre écartée, dans le palais du grand Tisir. 11 s'y trouTait'paiôblemeDt occupé de son travail ordinaire , quand le reis-effendi le fit appeler : il se rendit aussitôt auprès de ce ministre , qui loi dit, d'un air doux, de le suivre chez le caïmacan. Dès qu'il y fut arrivé , les exécuteurs s'empare- , rent de lui : il demanda vainement à connaître l'accusation portée contre lui , et le temps nëce»sainê pour y répondre ; il fiit traîné devant la grande porte du Sérail , et décapité.
Un autre membre de cette famille , 3 Siizzo, était hospodar de la Moldavie quan surr^tion commença. Il prit aussitôt un active à ces troubles j et , lorsque l'entrepri échoué, il s'enfuit en Russie, où il est encore.
Après la mort d'Alexandre Suzzo , Yaoko Caradja fut nommé drogman, et ensuite, par l'influence d'Halet-Effendi, hospodar de la Valachic, en 181 3, quand les principautés lurent évacuées par les Russes. Le terme des fonctions d'hospodar était de sept ans. 11 en avait passé six paisi-' blement, amassant de fortes sommes d'argent : il devint alors un objet de soupçon ou de cupidité j
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mais il fat secrètement informé de ces dispositions de la Porteà son égard. Il se hâta de fJBiire passer, safortuneenltalieetdansd'autrespajs; et, après avoir iidt en secret cet arrangement, ilcoDToqaa tous les boyards en iSiS , le'iooctobre , et leur confia les renés du gouvernement. Il se retira en-, suite, rejoignit sa famille, qni l'attendait h quelque distancede Bucfaarest , dans des voitures disposées d'avance, et vint, à travers les monts Kra-. pach , à £roDstadt en Transylvanie. Il se rendit de là à Genève , 'et ensuite à Fise , où il réside maintenant.
La . famille Mayvroyeni était distinguée par ses richesses et son élégance. L'u» desmembres^ de celte famille a été hospodar de la Moldavie , il uelques années , et décapité. Il avait une n splendide à Thérapia. On croit que c'est i a servi de modèle à l'auteur de l'ouvrage s intitulé j^nastasia. Trois de ses fils étaient à Thérapia quand l'insurrection a commencé : ils ont été envoyés dans l'Âsie'^Mioeure. On ne connaît point leur sort.-
Constantin Changeri a été hospodar , ou bien caïmacau, de l'une des principautés , et, décapité d'après nn soupçon de trahison. SbnTrère Alexandre résidait sur le Bosphore , à Basta-Liman , quand lés derniers troubles commencèrent en 1821. L'ordre de l'arrêter fut donné; mais. il
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s'ëchappa par la Mer-Noire, et vînt à Qdessa avec ses deux jils , où il réside.
GonataDtio Negri était caîmacan de la Yalachie. Il fut accu9#d'avoir répandu des exemplaires de la constitution desinsiii^és, et décapité dan» le q\iartier du Fanal, le 8 novembre 1822. Jjc yafïa placé sur son corpscommeaf ait ainsi : «Voi- « ci l'odieux fcadavïe<le Constantin Negli, caï- « macan de Valachie. » Il a été le dernieir GWc exécuté ^ Constantinople.
Beaucoup d'autres -familles , telles que celle» des Argyropoli , Mano et autres , se distinguèrent par leur goût pour les sciences. Toutes ont eu k peu près le même sort : à la seule exception de Caradja , tous ces Grecs ont été condamnés à la mort ou à l'exil , avec là confiscation de leurs hiens. Ceux qui ont conservé la vie laogtiissent dans l'humiliation, dans différentes parties de l'empire turc , ou bien luttent , dans les pays étrangers , contre la pauvreté et l'affliction.
Il y a dix ans , les Grecs du Fanal formaient une population florissante , jouissant en général de la confiance du gouvernement turc, sur lequel ils acquéraient par leurs talents une influence extraordinaire ; ils étaient choisis pour être seuls les organes des communications avec tontes les puissances de l'Europe ; ils étaient goarerhenrs des plus riches provinces dé l'empire turc : ils ôBt-
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perdu poar jamais ces avantages. Ik sont maintenant exclus par la loi des chaînes d*hospodar et de drogman ; et, quelle que puisse être la situation de leurs compatriotes di«s la Grèce , les Grecs de la capitale sont condamnés pour toujours , sous le gouvernement turc , à la pauvreté et à lliumilialion. Je ne dirai point slls l'ont mérité par leur imprudence ou par leur mauvaise conduite ; mais ils ont laissé après eus, dans cette ville orientale, tant de tnices d'intelligence et tant d'améliorations , que Fon ne peut que les y regretter vivement. Ils conservaient , au milieu de la capitale de la Turquie, les habitudes et les sentiments des villes européennes ; ils cultivaient la littérature et les bcaux-arfs, embellissaient par des communications sociale^ et hospitalières, dont leurs femmes Ëiisaïent l'ornement, le cours de leur existence ; pratiquaient toutes les vertus domestiques dans leur intérieur , et l'urbanité la plus parfaite au dehors. Ce n'était que dans leurs aimables familles qu'un étranger n'était point 'un hôte importun. Le beau village de Tbérapia, sur le Bosphore , était aussi distingué par la salubrité de sa situation, que son nom indique, que plr les moeurs de ses habitants. Ils étaient tous Grecs ■; et la gaieté, l'enjouement, la vivacité de cçs habitants, la musique, la danse, les plaisirs de la socictéj formaient le contraste le plus frappant avec
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l'aspect monie et repoussant de tout autre.yiUage des environs. Ce lieu si brillant a subi la destinée commune : ses habitants sont morts ou en fuite; leurs kiosks élégants sont abattus ou abandonnés. L'un d'eux , celui du prince Vpsilanti , a été donné aux Français, et est maintenant la résidence d'été de l'ambassade ; un autre fut également offert à l'ambassade d'-Angleterre , mais S. Exe. lord Strangford crut devbir le refuser.
Comni^ gouverneurs des deux principautés de la Valachie et de la Moldavie , les princes grecs ' qui ont occupé cette charge , à peu d'exceptions près , ont peu de droits à noire compassion : ils obtenaient leurs places en avançant de fortes sommes d'argent à la Porte , et s'en remboursaient par des impôts arbitraires sur les habitants du pays. La province de la Valachie est divisée en TÎngtrdeux districts, appelés ipêravnicatee, principalement pour faciliter la perception des impôts. Dans chaque district il y avait un délégué du gouTemeur, de sorte qu'à chaque changement d'iiospodar il y avait aussi vingt-deux nouveaux délégués, généralement Grecs, qui accompagnaient le nouveau prince. Chacun de ces gouverneurs cherchait à faire sa fortune dans son district ; et ce système était devenu si intolérable , que , lors de la fiiîte de Caradja, les boyards demandèrent an sultan de ne plus leur envoyer de Grecs pour
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ies gDDrptiwi' , «ffnot de payer iinttié«batnnem -ffU divan le tribut qn'on Toudràit kar imposer. Cette deoiende iie fat point accueillie dans le temps ; uais , depuis , les Grecs se sont extdos vux-méBKB de nés goaTemements.
Malgté l'état de Calamité dftns lequel «ont plosgés mainteDant 1« Grecs qui restent eocore de ces familles, il y a dans leur caractère quel^ie chose de si léger et eu même temps de si ardent, qu'flttoe sont jamais réduits an désespoir ^'ils'espérept e«rore le retour de leur prospérité et delenr ■•dépendance : aussi ttiperstitîeDs que les Tnrcs, ils attendent l'accomplissement diine ancienne prophétie , qui annonce que des hommes 4 cheveux blonds chasseront les Turrs de Gonstantino pie.
La nécesâté avait forcé les Turcs à se serrirdes Grecs pour être leurs interprètes, attend» qu'eux seuls étaient assez instruits pour cela. Pour ob- TÎer à cette circonstance , et feire perdre cet em- . ploi ans Grecs, le gouvernement a &it dotmer ide rinstrocticm à quelques jeuûes Turcs , qui sont maintenant en ^t at de le servir comme drogmaM. Il a de même remis en usage Tancienne charte de ia Yalackic, et choisi parmi les boyards lesnoQ- TCBos gouverneurs dis principautés, pour exclure les-Grecs de ces fonctions. Dans l'an iSaS , cette dynastip -a été renouvelée. J'étais |rfésent dafw
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EN TURQUIE. aaj
réglise pslriarcale lorsque INîc<^s Gbika fut consacré voïvode de Valachie. C'est un hooune d'un extérieur siiujde H peu imposant , mais ayant toutefois de l'Intelligence et de rintégrité , et qui « donné une satislation générale aux Turcs , de ntâme qu'aux Yalaques, qui ont vu dans sa no- 'mination Je succès de leur pétition.
Les provinces de la Valachie et de k Moldavie, telles que leurs limites sont aujourd'hui sitnws , se tiTOUTtnt entre la rire septentrionale du Danur be et les monts Krapach, ayant en longueur, depuis le Fruth jusqu'à Orsova , environ trois cent soixante milles, et en largeur cent cinquante milles, depuis les monlagnesjusqu'auâeuve. Bansla partie supérienie contiguç aux montagnes , le pays a un bel aspect ; le long du Danube, et à une ^grande distance do ce fleuve , ce ne sont que des marécages. Il en est de même en Moldavie , où les eaux qui tombent delà chaîne des monts Krapacb rendent le terrain très humide, et forment unegrande quantité d'étangs. Le climat e^ aussi variable que les aspects du pays sont difiërents : pendant six moisdel'anDée, c'est une succession continuelle de pluie ou de froid. Bien que placés sous le quarante- troisième degré de latitude , le Danube et les rivières qui se jettent d^os ce fleuve sont gelés pendant six semaines de l'année , et peuvent alors porter les fardeaux les plus lourds, i5.
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et même âe la grosse artillerie. La variation et b rigueur da climat influent sur la vie des habitants. heS bois taillis qui couvrent les monts Krâpach dans leur partie inférieure , dans la Haute- Valachie , sont remplis d'ours et de loups ; mais ils sont timides : les animaux domestiques même sont plus privés dans ce pays que. dans d'autres contrées.
La population des deux province» est estimée à quinze cent mille àoies. Les habitants paraissent^ ressentir de lamaavaise nature du soi et du climat. Les hommes de la campagne sont d'une petite stature , paraissent peu vigoureux , et ont des cheveux blonds et doux comme de la soie ; ils sont indolents et se pieovent lentement : tel est leur caractère général , depuis -les boyards , qui reposent nouchalamment dans leurs voitures do-: rées, jusqu'aux postillons, qui conduisent les petits chariots de poste. Leurs qualités morales sont modifiées par leur tempérament physique : les grands crimes sont inconnus parmi un peuple qui manque de la hardiesse nécessaire pour les commettre. Ceux qui ont lieu dans le pays sont cxér cutéspar des Pandours, des Arnautes et autres étrangers, qui ont été introduits pour prot^r les habitants plus timides. Ces étrangers attaquent souvent les voyageurs, soit seuls, soit en troupes, dans les déBlés des montagnes. Ils composaient
eh graude partie , avec des Grecs , l'anliée d'Ypsilaati. Les habitants du pays, quoique bien disposés pour sa cause , n'osèrent pas se joindre k lui. .
Avec des dispositions si pen actires, le travail 6t Tindustrie ne peuTent faire de grands progrès; Le blé est le principal produit du pays; mais la quantité que l'on en récolte n'est nullement en rapport arec la fertilité du sol. Les Turcs fixent le maximum du prix auquel ils veulent acheter le blé en Valachie , et ils le revendent ensuite à Constantipople , avec un gi^iid bénéfice. Si un Valaque ose entreprendre cette spéculation, il est puni de la bastonnade, et son graia est confisqué. On ne sème point le long des routes; et le Toyageur, en traversant le pays, peut croire que le laboarage y est totalement négligé. Les herbages conviennent mieux à leurs mœurs et à leurs dispositions : aussi fournissent-ils ans pays voisins de deux h trois cent mille moutons par aunée , et envoient-ils de trois à quatre mille chevaux par an à Constantinople.llDe immense quantité de porcs et de bétes à cornes entrent dans là Transylvanie et dans la Hongrie par les différents défilés des monts EJ-apach. On ne consomme que peu d'objets de manufactures dans ce pays , dont tous les habitants portent des peaux de moutons ; tout ce dont ils se servent en ce genre leur vient d'Alle-
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magne , et particulièreHient les spleadides mais
fragiles voitures des boyards.
L'babillemeDt des bomoies des classes suipi-* rieurcs est tout-à-fait dans le genre oriental ,8t. reskemble à celai des Grecs «t dos Arméniens de ConstaDtiiiople et de Saiyrnc Un calpac , ou gi*08 bonnet ayant la forme d'an pain de 'sqcarè TenTersé,'lear couvre la tète; ib portent unepe" tisse bordée de foarmre , une ceinture formée d'an riche schall , de laides pantalons , des bottines de cuir de couleur, et des pantoufles dont le bout est relevé. L'habillement des gène de la campagne est plus caractéristiqae , et il est re» gardé généralement comme une preuve de leur descendance des Bcmiaîns ; leur chaussore ressemble exactement à celle d'une statue romaine ; ils portent des culottes très courtes ; leur chemise, qui est d'une toile grossière, n'y est point renfermée ; elle descend par-dessus jusqu'aux genoux , et est liée autour des reins aveo une ceinture ; sur la chemise est upe veste étroite. Bans tous les temps, chauds ou froids, ils ont un grantt manteau de peau de moaton qut pend sur leurs épaules, et sur leur tête ils ont un bonnet ou lin chapeau d'Allemagne.
L'habillement des femmes est remarquable pai la manière dont elles s'enferment étroitement dans une longue robe d'étoffe de coton, depuis le
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meatoD jusqu'uux pieds , qui soat nus; sur leur tête tWes portent an mouchoir oroé de partis ou d'autres pièces de monnaie.
JUeuvs babitatlona sont construites on terre et cauvertea de paille , avec une profonde excavation, comme une caiye : dfins l'ëlé ils occupent le partje supérieure^, et pendant l'hiver ils vivent dans, cette cave. Ils oe sont pas, comniç autrvr ibis, attachés au sol : ils peuvent le quitter et aller s'établir ailleurs , depuis que Mavrocordalo Jeur a donné leur émancipation; mais, en générai , ils y restent, soit par habitude soit par indo-' lence. Tout homme de la campagne, iVgé de seize ansf est eonmis à la taxe d^ la capitation.
La religion du pays es* celle de l'église grecque. Le clergé est extrêmement ignorant; beaucoup de prêtres ne savent ni lire ni écrire. Ils portent une longue bailie. Le seul impôt qu'ils paient se monte à quinze piastres qu'ils donnent à leur ëvéque. C^qne village a une église. Tout le clergé est gouverné par un métropolitain qui réside à Bucharest, et a plusieurs évêques sous ses ordres. Il est noituné par le prince, et est entiè- ' reucut indépendant du patriarche de Constentinopl^, envers lequel, cependant, il reconnaît son infériorité. La Yalachie et la Moldavie ont un grattd nombre de monastères, dont quelques-uns sont très-riches, attendu que tous les hommes du
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pays qui se trouvent fevorisés par la fortoile se font UD devoir de leur faire un legs. Ils possèdent toute sorte de biens , même des boutiques dans les villes et daos les Villages. La bîUe était à peine connue lorsque Mavrocordato en fit r^wndre des copies^ et ordonna qu'on en fit la lecture dans les élises. Lft Mligioa des catholiques a fait quelques progièS' -dans ces -pays. Ils ont on évéque à fiodiarest, et un autre à Yassi. Dans chacune de ces deux villes ils ont une grande église. Us se . composent prîncipatenient ^l'AUemands établis dans le. pays. Charles xu , pendant son séjour à Bender, fonda, aussi dans les principautés deux églises luthériennes, qui forment à présent une congrégation de mille personnes. Cesont des Allemands. Néanmoins, commepreuve de leur origine, les pasteurs de ces églises sont encore nommés et payés par Tarchevéque de Stockholm.
La langue du pays est certainement d'une origine latine, quoiqu'elle ait été très corrompue par un mélange de mots grets et turcs. Avant Ma* vrocordatu c'était une langue orale. Cet homme infatigable en fît rédiger une grammaire et composer un caractère d'écriture , mélange de lettres grecques et esclavones. Il fit tous se» efforts pour la répandre , et il employa son influence sur les boyards pour les engager à l'étudier, et à l'écrire. C'est à ce Grec éclairé que les Valaques sont re-
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devables de ce comDienceiueDt d'instruction dam leur pays. J'ai tu un dictionnaire de cette langue , que l'on imprimait à £ude. Outre l'explication du mot , on en donne l'étymol^e , en indiquant les changements qu'il a éprouT^.;Lesracinesde8 mots soi^t presque toutes latines.
Le pràmier poste aatricbiea auqnel nous arrivâmes était la quarantaine des troupeaux ; des moutons , des clièvres , des vaches , des porcs , ayant l'aspect de sangliers d'une petite taille, couvraient les bords de la ririère. Dès le matin , les paysans de la Transylvanie et des environsd'Hermanstadt étaient arrivés dans ce lieu , où, deux fois la semaine , ceux de la Yalachie amèneotleurstroupeauxetétablissentainsi un marché. Un grand bâtiment est élevé snr la ligne de la frontière. Une partie de ce bâtiment est en Antriche, et l'autre sur le territoire appartenant h la Turquie. L'intérieur est séparé par une grande table ; d'un câté sont les vendeurs , de l'antre les acheteurs. Le bétail est rassemblé en gToi4>e8 dans une prairie fermée par une claire- voie. Les acbeteurs font leur cboix , et, quand le prix est convenu , l'argent est compté sur la table. Celui qui provient des paysans Valaques est trempé dans du vinaigre placé sur la table à cet effet. Le bétail acheté est ensuite conduit dans un étang qu'il traverse, et, après ce lavage, il est emmené
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par les aobeteun. Au moyen de ces précautiooa,' daq il six cents pajauis ae reuïontrcDt Aaax fois 1» smiaine dans un marche ourert, dans un pays oit la peste exerce ses ravages , et foot uo échange de leurs denrées , sans contact j ni danger de k contagion . Toatet les fois que je tooIus m'approcber des troupeaux , après qu'ils euieat été lavés, j« fus immédiatement rappelé, et fon m me per-. mi^ point dq me placer sur leur route , de iieor. qneje ne leseosse touchés après leur purilicalion,. et que je ne leur eusse communtqoé la peste.
En remontant la vallée , nous arrivâmes à une batterie de hait pièces de canon, qui formait le poste avancé des Autrichiens du oôté de la Vala- cbie. Ce fut là que le malheureux Yp^lanti' tomba en leur pouvoir. Une demi-heure après , Boos arrivâmes à la seconde quarantaine.
. Cette station de qnaranlainp fait partie de l'immense cordon sanitaire que les nations de l'Europe ont tiré autour de l'empire turc , par terre et par men Les montagnes qui séparait l'Autriche de la Valachie et delà Moldavie forment nnc barrière naturelle que l'on ne peut franehirquedaifô trois endnùts.L'unestlc défilé deVolkan, allant de Tergoschie à Deva ; l'antre , le défila de Timosk, allant de Tergovist à K.ron&[adt^ et le troisième, ledéBlé de Roth^rThurm, allant, d« Corté-d'Ai^h à Hermanstadt, par lequel nôt^
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paasimpd. Ce dernier est appelé Bothen-Thurnl ou Tour-Bouge , à cause d'uo fort qui a cettq coalenr, et qui est situé à environ quatre millet âe 1« frontière , et dans lequel on sappose par errear que. l'on passe la quarantaine.
L'ëtabliseeittent de la quarantaine est eitud dans un Vallon mr les bords de l'OU. Il s'y tron- Te une vingtaine de maisons , une chapelle , une faôt^erie, ce qui compose un village, eintourë de ■BOBtagQea cwirertes de bois, restemblant à quelques uns des hameaux du pays de Qalles. Siac malsons sont destinées à l'inrarcération des voya* genre qui reviennent de Turquie; les autres sont occupées par les personnes 'attachas à cet établissement, et qui sont un directeur, un médecin, deux secrétaires , un contrôleur,- un inspecteur, douze domestiques et quarante soldats. Les maisons destinées à la quarantaine sont séparées dea autres. Elles sont en bois , garnies de plâtre , et peintes en blatw. Chacune d'elles est au milieu d*nne petite enceinte formée par des pieux de huit à oeuf pieds de haut. Bien n'est plus révol-i tant pour un voyageur que la manière dmit il est reçu dans res lieux , comme rien n'est plus tdste que la chambre où il est enfonné. Le chariot où j'étais s'arrêta devant la porte d'rme de ces maisons. Planeurs personnes s'approchèrent, mais en se tenant à une certaine distance de moi. Je
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voulus m'aVancer vers un homme qui tenait un paquet de clefe , et qui paraissait avoir de Tauto rite sur les antres. Il me fit signe aussitôt de m*éloiguer et recula comme saisi d'effk'oi. Je vis que l'on me considérait comme étant infecté de la peste, et que l'on me trailiût ea conséquence. On me lit «gae d'eatrer dans la maison et la porte fu iiit .aussitôt fermée sur moi< J*eus alors le loiair d'esaminer ma prison. C'était une chambre de dix h douze pieds, carrés , qui n'avait paa été nettoyée probablement depuis qu'elle avait été bàlie : les murs étaient couverts de toiles d'araignée, le plancher était empreint d'humidité. Les meubles se composaient d'une longue table de cui^ne et d'an lit de camp comme celui d'ud corps-de-garde. Dans un coin était un petit poêle rempli de cendres. Je me trouvais si oppressé par la mauvaise odeur de cette chambre que je voulus aussitôt ouvrir la petite fenêtre grillée qui s'y trouvait ; mais je n'en pus venir à bout, tant la rouille couvrait les verrous. Mustapha entra en ce moment avec mon bagage et mon porte-manteau; il était accompagné de l'on des domestiques, qui avait un grand manteau blanc , un chapeau d'une circoufëi^uce immense , et qui tenait à la main un paquet de clefs comme un geô- ~ lier de la prison de New-Gate. Il se tenait à la porte et n'osait pas entrer. Il indiquait à Musla-
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pba ce qu'il devait làire, et m'informa , en mauvais italien, que je ne devais m'approcber de personne aussi loQg-temps que je resterais en quarantaine. On apporla ensuite un lit que l'on plaça sur le lit de camp , après quoi te mëdecln se présenta. Ce pauvre homqie, le plus ignorant peut-être dé sa profession , ne savait parler que rallemand. J'essayai de me faire comprendre par lai, en français, en italien, et enfin en latin, mais il ne put me répomh^ ^uïi seul mot. Il resta auprès de la porte , lâ^samina pendant quelques minutes', et se retira , me laissant à mes méditations. Tout homme ainsi reaferctié est disposé h se croire attaqué de la makudie qui le rend , pour les autres, uA objet de terreur; et, si son imagination était frappée de cette idée , l'aspect d'un lieu si triste, si mal tenu, ne pourrait que contribuer à développer en lui les gc'rmes de cette maladie.
Pour dëdonimager le voyageur de la perte d^ sa liberté , ces établissements devraient avoir toute la propreté, tous les agréments qu'il se- ' mit possible de leur, .donner ; tandis qu'au contraire ils rappellentià sa vue le-plus triste bôpital.
Les secours de Mustapha ne m'étant plus utiles , je le congédiai. Quand il fut parti , il me sembla que je venais de perdre mon dernier ami. Je fis nioi-m£mc mon lit, et me jetai des-
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Mw , avec im profoed seatimcnt de tmteaK et
d'abattement.
Le kodemaîa niatîa, de boone heure, ma poiv te s'ourrit, et j« vie entrer un AUeiuand, la p^ it la bouche. Après s'être long - temps promeiié dan« la chambre, fatnaot et crachant ^ il se mit à faire son lit auprès du mien, et me dît, en mauvais italien, qu'il était venu pour me reiller, de Id part dei êiynor il dinttotr. le fuft donc prisonnier, et gardé à vue sans ponroir jouir d'un moment de soUtode. Le docleiïr reviat une 8ec(HMle fois, aTec un secrétaire, et, se tenant prudemment il la porte, il fit faire soias ma dictée l'inTcatairo ' de mon linge et de mes halnla, me déclarant qu'ils ne pourraient être ni lavéa ni portés an dehors avant la fia de ma quarantaine. Assurément c'est le plus cdr moyen de conserver le geime de la contagion que d'empêcher que le linge ne seît glorifié par l'eau ; et si mes habits eussent été infecbés dans les pays que j'avaie parcourus , ils auraient certainement conservé le venin eu restant ainsi «itassés les ans sur les autres.
Je demandai si j'avais des compagnons d'infortune , et où ils étaient : j'aj^ris que , dans la maisoD qui était près de celle que j'habitais , il y avait un courrier russe an lit ; près de lui était M. D. marchand Suisse de Fera , qui
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avait fait ' partie d'one société franquÊ Âdnt jV raisauEsiétéineinbre ; et avec Itti un jeune boyard 'de Valadiie. Je m'informai s'il m'ëtoit per~ mis de manger; mon garde me i^ondit avec gTaviië : Ytne, 11 eortit ^ et rapporta du café et du pain , qu'il laissa sur une table fort sale , sbju la couvrir d'une oapp«. Le s(4r, on me servit., de k même maaière , un morceau de pore très dur, du TJD aigre et du mauvais. raki. Je cbercfaaî à corriger le vin avec un peu de raki ; mais, as. lîe^ de cet esprit par et aromatiqoe que ibut les Greics en Turquie , f e n'était qu'une liqueur faibte et désagréable an goût , qui , à ce qu'on m'a dit , est iàite aveb des prunes. Je ne pus bcHre que de l'eau , encore n'ëtait-elle pas beaucoup meilleure que te reste ; c'était de la neige fondue. 11 n'y a point de sources dans ce pays j l'eau de l'Oit est impure et bourbeuse ; celle que l'on boit provient de la fonte des neiges, qui forme un torrent dans les montagnes au-dessus du lieu-de la quarantaine.
Je ne dminerai point le détail de tous les désagréments que j'eus à supporter chaque jour dans cette sombre prison. Après avoir éprouvé un grand abattement d'esprit , quelques uns de ceux qui y étaient renfermés tombèrent sérieusement malades , ce qui arrive presque toujours aux étrangers que l'on condamne à retirer l'air iin-
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pur qnî circule dans ce long et profcmd rallon, Quelc[aefoiB de violentes tempêtes venaient ébranler nos huttes , comme si elles allaient les renverser ; d'antres fois les vallées étaient obscnrcies par d'épaia brotiillards, qnî prennent une apparence extraordinaire et de mauvais augure. Ils entrent dans le vallon , en envahissent tous les (létours , et enfin l'enveloppent entièrement d'un voile impénétrable, lis descendent rarement aus- . ri bas que le village - mais , se répandant de côté et d'antre sur le sommet des montagnes , ils.l^ment un toit épais qui intercepte la lum^^ j ,et , tout en laissant librement circuler Fair dans la vallée, ils l'enveloppent en plein jonr de ténèbres épaisses. De temps en -temps un rayon de soleil perce ce voile et éclaire les objets, qu'il frappe d'une lueur pâle , scQiblable à celle d'une torche dans un vaste tombeau. Ajoutez à cela une humidité froide , nu air malsain , une mauvaise nourriture , le dé&ut d'exercice , des cellules malpropres , et il sera facile àcroire que l'esprit et la santé ont beaucoup à soufirir dans un pareil séjour. Voici pour preuve le bulletin d'une de nos journées : Mes compagnons se plaignaient ; je souffrais cruellement de la fièvre et du mal de tête ; le courrier russe avait été laissé sur son lit, où l'on disait qu'il était mourant , et l'enfant du docteur , qui logeait vis-à-vis de moi , venait de
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molirir : la vallée était couverte d'un voile si épais , que les seuls objets visibles en plein midi étaient les bougies qui brûlaient près du corps de l'enfant. C'était le quatrième que différentes maladies enlevaient au docteur ; toute la journée les cloches sonnèrent pour sa mort : ainsi , tout ce qui peut'affecter l'esprit etattaquer la santé se trouvait réuni dans cet horrible lieu. Un établis^ sèment sanitaire, élevé pour préserver la vie hu- ~ naine, renièrmait tout ce qui pouvait lui être nuiable.
Je pensai que nous devions observer la fête du dimanche, en priant, avec M. D. et quelques Allemands , qui , à ce que j'appris , étaient protestants ; mais il nous fut espressément défendu d'entrer les uns chez les autres. Lorsgu'enfin on nous permit de nous voir, ce fut sur un banc de sable sur le bord de l'Oit, où nous fûmes conduits par un homme portant un grand chapeau , un manteau et un long bâton, et qui se tenait à trois ou quatre pas de nous. Lorsque nous approchions les uns des autres il ouvrait des yeux hagards, mettait son bâton entre nous, et nous faisait de longs reproches en allemand. Un jour il arriva qu'un coup de vent mit son manteau en contact avec le mien : aussitôt, plein de terreur, il le purifia dans la rivière , en l'y plongeant au bout de son bâton.
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xi* VOYAGE
Le mointlre ineiéent qui vieaA-romprc ia monotonie d'une pareille shuatien suffit ponr occuper pétrit. Quoiqu'il me fût défendu de communiquer aVeo personne , je reços cependant un joipr une Visite inattendue. J'étais à déjeuner , lorsqu'on oiseau entra par ma fenêtre , que j'étais obligé de tenir ouverte , malgré le froid. C'était une espèce de grjmpere«i, de ia grosseur d'u^c grive ; il était de couleur brun-clair, et tacfceté de noir près âa bec. Il entra avec la familiarité d'un vieil ami , vola sur la table, et se mit à manger les miettes de paiii.et des mouches. IlaTaitappartenti^ TeB^tntdu docteur qui Tenait de mourir; et, par un instibct singulier^ ilavait quitté la maison de son ancien maître pour venir dans ma chambre. Ses habitudes étaient curieuses et familières : il grimpait au rouf pour uianger les mouches ; quelquefois il se posait snr mon pie4, de là sautait sur ma jambe-, mov bras, venait sur mon épaule, et sur la tabkj qu'il frappait de son bec avec un bruit aussi fort que celui d'un marteau ; il en faisait de même sur tous les morceaux de hoia qui étaient dans ma chambre, et semblait chercher en même temps s!il voyait quelque insecte s'envoler. Les uaturaliâtes disent qu'il &it ce bruit pour efCrayer les - . insectes qui peuvent être cachésautouv deJm ,.et les gober lorsqu'il les aperçoit : cela paraît- très
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probt^le. Les bois qui entotmiat celte tjllc eh sont reniplis. Je trouvai eucore ufle disthictios bien' agréable danfi k lecture des livres que mon bon Euni M. D. me prétait. Un homaïc me k& faisoit parvenir dans une boite qu'il plaçait au bout d'une perche. C'étaient quelques romans de Walter-Scott traduits en français^ Ils avaient £tit les déHoes des boyards de' Bucharest qui aiTsient pa les lire , et maintenant ils charmaient l'cnQÙi de la quaranUâoe dans les monts Kràpàch. La plus grande preuve du mérite d'ut ouvrage est ie succès qu^il obtient dans un pays si éïoi^é : il faut que les détails soient fondés sur une grande connaissance du c«eur humaio pour avoir nn succès universel , et surtout dans un pays dont les coutumes et la manière de penser diffèrent tant des nôtres. Les rouans les plus estimés étaient le Pirate et Ke~ niUcorth.
La quarantaine de mes compagnons expira , et ilsae rendirent à Uermanstadt , me laissant seul prisonnier dftns les montagnes. Cepandant, cdnime nous étions convenus de nous rendre ensemble à Vienne, M. D. s'adressa personnellement augoilvemeur d'Hermanstadt ponr obtenir qu'il me Aîl permis de mejoindre à eux, puisqu'on n'avait pas lieu de craindre la pmte, et que, lors ni^me qu'elle existe, (Abiteeparlir Iesvdy%eQrs4prèd tioc'qoà-
Tantaine de qaelqaes jours ; le • gonTernéor ce'-pendant fut inexorable. Je fus donc obligé de me résigner, mais je résolus d'étendre leslimiiesdenta prison, et le lendemain matin, je me dirigeai rers la montagne. Mon gardien, qui. était un brave homme, me»iiTil, après mWoir adressé des remontrances inutiles.
On ne peut rien roir de plus imposant et de plus pittoresque que la route que nous parcourûmes. Celait un large sentier sur lès plus hautes montagnes ; de chaque côté nous voyions des précipices bordés de bois , et une quantité infinie de vallées profondes , divisées par de petites rivières qui se faisaient jour à travers les montagnes. De leur sommet la vue s'étendait sur presque toute la vallée de Rothen-Thurm , qui réunit k Yalacbie à la Transylvanie, et l'on apercevait au loin les plaines de ce dernier pays. Les collines étaient recouvertes de hêtres, de bouleaux et de peupliers. On trouve sur les bords de l'Oit quelques uns de ces arbres déracinés par les tempêtes. Lorsqu'ils se pourrissent il se foro^ au centre , autour de la partie moelleuse, une substance très inflammable , qu'on ■ recueille et qu'on envoie à Constantinople : on l'appelle amadkoo , et les Turcs en font une grande consommation pour allumer leurs pipes. On se sert aussi poiir le même objet d'une autre substance que produit la pulpe
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sëchée da champignon ; mais je n'ai pu en trouver flans ces tiiCMitagnes. Les ronces et les ëglantieis ibri&aient les taillis. On ne trouve plus audelà du D&nnbe le smitax (liseron) et le rhamous (Nointrun), qui poussent sur les montagnes de U Turquie : c'était encore une preuve que Bous n'é- . tloosploB sur le territoire maboi&ëtan. La végétation, seule indiquait que nous parcourions un pajs chrétien. Le roc est un schiste stratifié;, des' veines de quartz apparaissent çà et là, et du mica très brillant est dispersé sur le sol : il en tombé' c<mtinuellement des morceaux dans la rivière qui' est au-dessous ; ils piennent une forme sphériquc en roulant avec le courant, et semblent aussi éclatants que des globules d'argent. Je pense que c'est pour cela que l'on croit que l'Oit charrie de l'ar-' gent, comme il est certain que cette rivière roule de l'or. Nous suivîmes celte belle route jusqu'à une très grande distance , tantôt sur le sommet d'une montagne , dont les flancs à peu près pbppendicnlaires descendaient presque aussi rapide-' ment que le toit d'une maison, d'un côté en Turquie, de l'autre en Allemagne, et me rappelaient le rocher de Gibraltar, sur la pointe duquel on peut se mettre à cheval , une jambe dans l'Océan at~ lantique , l'autre dans la Méditerranée. Tantôt nous traversions de vertes prairies entourées de bois , qui , même dans ces hantes et froides ré-
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gîpf^ , éxaâ^fit, p^neaiéfs de peUte» i vaDt «l'asf le aux, bergers dvns les , mois A'été , Xfif^ qai , ^ cette époque , w InmTaknt presque toutes i^aq^onoi^ p*r ican babitaots. Cepeo- 44n,t» malgré 1» cais^ , j'aperçtu eocom quelque^ bergers aT«c ko», troupeans. Le aoiw ils fî^saj^^t dit feQ 9t /enveloppa daaa leurs peaux 4^ mtjiutpo ils paseùent la oitit cj^iosda aux ta- ^iqpéile^ dp Tair. Il arrivait quelquefois qu'an. ifurs ov up loup venait attaquer kuis bestiaux , et Dygias eiitendipqs diatiflptemeat tes cris îles boDO". ift^ et Iw limflçjKients des chiens qm les obassaiient-
r^OUfi Fencopti^mes deux jeunes paysans q«i gardaient des fDoutoïw et des chèrres, et nue jeune $lle portant une groa^e gourde remplie de lait. li^ étfiieAt tous ti^is tirés petit8,,ct la femme était 4'une laideur remarquable ; elle avait une casaque de drap hxw qni lui descendait jusqu'aux ge* nqu? , f}t dessous une cbemise de toile qni ne IttJ catj^qiit que la moitié deajtunbea. Les hommes et les femmes portent Lenra tuniqueâ plus loognes qm leurs autres vM^wenta qu'ils mettent dessous owdçssus ; ils estortlUenl de flanellp leiirsjambes^ et n'ont d'autre cUaussui^ que df 6 sandales de cuir, simplepient attachées, avec des courroies, à Ibn-'teil et sur le coude- pied» Un des hommes otaU trè^ pâte, et avait une longue et ^oiase cÏKvelure
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noire qui tdtnlaeit sdr ea' Bgiire et bës épabicb; Takitre avait un goitre énocuoe au cou. Leiiiâ bvliei étaient sur le arahiuei de la MontaguË : Us les babitatent en été; mais ils étaient descendus dans la vallée 1, parce qile la neige avait couvert leur dem^l^. Ils parlaient tous trois une espace de dialeitte latin, ht: gaidien avec lequel j'étais leur dit : f Qai4ut iapri et ove* havet»? u CoUabien âvei - tous de chèrrte et de .mou> Mms?. ils répondirent icSW» tmiUmtrahiH. }> Il6 > sont InaotnbrablesL /Un d'eux, prit alord ioa ohaluniêaii Irès grosslètsQàeat fàit> percé es quatre tfioua, et aj^alit au bout an roseau placé transverealement et un antre perpendicw^iretnelit : U en tir* un son très aigu , qui fut entendu dw bestiaux , qui levèrent la tête et le .suivirent. Je lai achetai cet instrument pour quelques kreutzers, et nous partîmes. Ils nous souhaitèrent une bona nopte, Il était nuit lorsque nous rentrâmes.
■ ; Des groupes d* cespaysans, venant ducôtédela Valachie, furcnteourent renfermés dans de grandes cabanes pour subir une quarantaine, pendant lé temps àe nbtre détention, ils pendaient autour 4e learshuttes la viande qu'ils avaient apportée pour leur nourriture, de sorte qu'elles ressemblaient à d«8 bmicfaeries. Quoique très pauvres , ils SCQtUrèsgait, et luraqu'ils se rendaient par bande
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s48 VOYAGE
à larivière, pour chercher de l'eau, il s'en jetaient les uns uns aux autres comme des enfants, et taiti sàient retentir la vatlée de lears cris- de joie. Ils avaient cependant quelquefois de grands sujets de chagrin. Il en arriva une troupe de deux cents y compris les femmes et les enfants , qaine put trouver d'asyle. Ils furent 'obligés de blvcoaquer sur les rives dei'Olt; et, après avoir souffîirt pendant dix- jours toutes les intempéries de l^ir, on les laissa partir en se contentant dé kuT faire passer leuns vêtements dans l'eau. CepAldant'ils venaient, à ce qu'on disait, d'un pays oùïly avàit'lapeste, et ils étaient vêtus de peaux de' mouton, recouvertes de leur poil, habillement le plus propre à conserver l'inlèction. Trop heureux si on nous eût laissé libres an bout' de si peu de temps- et après les mêmes précau-r tions.
Enfin, le dernier jour de trois sraaaines de détention arriva, et je fus informé que' le len* demain je pourrais partir. Le docteur vint le matin. Un homme qui l'accompagnait portait un fourneau de charbon de bois sur lequel il jeta quelques pincées de nitre , et , apr^ qu'il eut fait plusieurs tours autour de moi comme un magicien , je fus déclaré purifié. L'inspecy teur vint', et examfna mes vêlenienta, qui étaient entassés dans un coin de la chambne ;
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tels que je les avais apportés des Uenx infectés que j'avais traversés , ils furent mis dans mon porte-manteau sans avoir été purifiés ni par l'air ni par l'eau. Si, comme on l'avait pensé, mon linge eût été «mprdcit d'exhalaisons coiromjpaes, je devais les comoraidquer à la première viUe d'Allemagne oà j'entrerais , puisqu'il me iôrçait -de l'epiportn* avec tons les germes de oontagien qu'il pouvait renfenaer. Anivèrent ensuite 4eux individus avec des comptes effrayants : . l'un me demandait un pris esotbitant pour la mauvaise nourriture et le vin qutl m'avait fournis; et l'autre quatre florins de papier, on prés ^uoe pi^re -par nuit, pour un mauvais lit de paille ou de bourre qui avait été jeté s^r les planches du lit de camp. Je menaçai de me plaindre au gouverneur d'Herraimstadt , mais .on se moqua de moi.
J'avais demandé une voiture pour me transporter avec mon porte -manteau hors du village ! je vis arriver un chariot qui aurait pu contenir les bagages d'une compagnie de soldats. Comme il felbit choisir entre cette immense voiture et la petite machine ronlante qui m'avait amené , je fias forcé de me servir de la pronière. Tout étant prêt , l'homme qui m'avait servi prit congé de moi. Il pa- ^t f^é de me quitter. 11 avait fait partie
»$o VOYAGE
des aaméei autrichiennes envoyées oonlre Mapb^ lëon, et avait été à ^agram, à AaaieriiO H k toutes les grandes batailles de; cette époque. Ao* çoutamé à un service dang^KujL, il «'offtii pour me servir , et fut Le seul qui osa &ire mon Ut H iowh^T BOX ehosesqui avuent pané parme* «naios. Dons le &it il éWt )k la quaraotatoe pOnr eKéoutercequelesAUtresa'asrajent pas osé tenter, et il m'a «e^nb^é que ^ detooseeilK qui laisaieat partiede cet établissement ^ il ^tâit le Mal qui eùA le sens comuuin. U reœpliasaft bott dévoûr aveè exactitude, et ne négligeait de prendre auoiutt des mesures que lui diottit la -|HiidEmcè j maia^ ^oiqv'il fût obligé de feiadie d'avoir peur de la pesle et 4e prÈodre oatoisibleincfitdeÉ précautions ridiculep, il se moquait des terreurs absiirde* des autres employés, lorsqu'il était «eol avec. mon. Toutefois, lorsque je partis, il me fit part de ses craintes au sujet d'une personne qui venait d'Arriver. On l'avait mise dans la chambre qu'a'vait occupée le courrier rtssé; et, jselon Fustige, elle n'avait été ni nettoyée , ni aérée. Cette personne fut obligée de coucher dans le inéste Ht , et , à ce qu'on supposait -, dans ks mêmes draps où un homme avait été-, pendaift trois semaines , si malade, -dé! la fièvre , qu^nn jour, on l'avait crujnioirt. Ainsi, pdari eBapé*cfaer cpl'un voyageur . communiquât !«' peste ',
«n le iikis»it cowher dads des .d{a^ infecté» d^e eontagfon JUb^gU. II est vraiment ini- ^OBsiMe d^ rien concevoir -i de telles inoofteé' queuces.
' J9.tTaversaîpotiTlapiS^i^rofois-uii pe|^j>oat * jelé sur un ruisseau qui se perd dans les montagnes,' aucoimnencamfntda village, et où il ii« mWaîC jamais été permisd'-alter , quoique oe f^ tout ata . plttsà troia cents pa&dema hutte. Berattrecmë ^tait.la petite et 8al« avbexgp qui fovrBÎftealtausi pij^nnîers de la quarantaine les plrmi6i6ns*doixt iitaniKitt besoin , et je m'étonnai) en fojran.t eéi iiubcneoE misérable, ||ae la nourriture ne ftlt pas' plus- mauvaise. Mon cbariot s'étant errit^ k cet endroit, uae jenne paysanne , avec un enfant atr sein, vint me demander de lui permettre d'entrer ' dans maToitarejojqu'àla ville prochaine. Je ne ^ pus hii refuser ce l%er ^rvke. E^e était petite etbrune,etavaitle6 jéox et les cheveux.très noirs. Elle était vêtue d'une jaquette de peau de mouton^ont le poil ^tatt en dedans. Ses pieds étaient renfermés dans dej^rges et grosses bottes; un petit tablier noh- lui desoendtât ^peine jusqu'aux genaux,. tit dessous était ane tuniqu»quiallaitjusqu'j) mi-jambe. £llo n^ava^t point' d'autre réte.^' mfnt ma)g^ la rigueuv dii froid. Sock'enfiinl' était enveloppé dans «les )ange^& latuc, si serrés eft si fbrt«iDeat attaches, avec d«s Co-rdons, (fâ^l'
' aSa . . • . * ■ VOYAOE ♦ ■
re8senij^[ait È^uae balle'de coton, et qûç je ne ^its mettre mon doigt entre les ^fens qui l'entouraient. Un*joar que je -vacciBai un enfant gi:ec ', jVvais* ^të surpris du nomtire de bandages qu'il avait * fiillu défaire -pour retir^ son* bras; mais j'euâ ici bien plus sujet d'être étonné : il était en efifet. miraculeux qiu; l'enfant ne fût pas étouffé . par ^ la. pression des laages. Il paraissait au contraire!, tf^ à s«n aisç , et , comme. la tête ^it la seule partie qu'il pût renouer, elle était jierpétuéUeinent. en' mouvement. La mère ^adressa à ttafA,
• avec Taiaenuie -et la familiarité d'une .aBciennè ConuaÎ98aQce,.et nous eûous une longue conversation en latin barbare , dont plus, de la
. ^çitié fut inintelligible pour l'mt et pour Tau- tre.
Au bout d'une beure , no\is arrivâmes , près ' d'un cbâteau ^ ruines , ^^nt quelqu'es pans de murailles .qui longeaient la rivière, allaient finir, au pied de la montagne. Il avait été construit autrelbis pour empêcber les Turcs de palter fOlt. II nous fallut encorf^ une heure et demie: pour atteindre l^xtrémité de la vallée. C'est là. que se trouve^Ia fameuse forteresse appelée Ro- . tben-Tburmpar les Altemandâ'et Tour-Rouge par les Fraltçais. Elle est construite sur un point tr^ élevé de la montagàe, et protège la vallée et la rivière dû côté' de la Turquip. Là se trouve une
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EN TURQUIE. s53
tbar carr^ peinte en ronge. Notre chariot fut arrête par une sentinelle , et l'on vint mè dire 'qu'H fallaife que je payasse vingt kreQtzer»^ non pour les répara tionsâe la route,' ainsi que je l'avais cru, mais comme uipdroit de douaae. On m'in- .TÎIa aussi là suivre la sentinele jusqu'à la forteresse, où l'on monte par un escalî» de pierre tr^ rapide et très fatigant. Je fus introduit auprès du gouveraenr, pour être examine ainsi que mes passeports. Je n'eus qu'à me loiler de la manière civile et amicale dont il me reçut. Après m'avoir demandé des nouvelles de ma santé, comme, si . j'eusse eu réellement b peste , il m'exprima ses «regrets de ce qn'il m'avait fallu subir une si longue quarantaine. Il me questionna aussi avec beaucoup fllntérêt snrce qui se passait en Grèce< Pendant qu'il Visitait mes passeports, je fis le -tour de la forteresse. D'un côté elle présente une pointe de roc immense , hérissée de canons qui défendent Tétroite vallée qui se trouve à ses pieds. De l'autre côté elle ^mine un village considérable et les plaines de la Transylvanie, qui commencent où finissent les montagnes. Le p«ssage qui conduit de Selatruck en Valachie à Rothen-Thurm en Transylvanie a environ ti^nte m'illes de long. C'est à peu près la largetfr de la grande chaîne desnionts Krapach. Cependant, quoique ce soit un point très important et où il
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a54 YOTAGE . .
Boitfecileiâepasatr de la THr^ole dans le caur de VS^rofCy il n'cïit défend qoe p«r une seukf ïortercsse dn cAii de l'Autiicbei II n'y 6h a pa» du* côté de la YftlatUie, ce qui ïerait supposer que , inalgré leur aoeicàne inialitié , les deux piËssancea ont abandounëft^proquemettt tiiute crainte, d*hostilitéft daas les traipa modernes. Cette for* teresse At célèbre par une défaiite mémamble qu'éprouTèieot les Tufcs. Ayant été classés de la Transylvanie* par Matbias Corvinus, roi de' Hongne,'âs eSèctuèreut teur retraite par ce pas- . 6f^e , où ils iuKOt poutsuiris avec acharnement. ' L'entrée de la vallëe fut enconkbrée pa r ks fuyards, dcuKt une grande partie monta stis la plale^fofipift où se trouve maintenant la Tour-Rouge. Trop cha^ée par le poids immense diës faofti-mes , de&^ cjievaux et des munitions de gUerie, elle s'éci^oula, et dans sa chute vers l'Oit, die écrasa toifeceuis qui défendaient le pas^ge au pied de la tuonta' gne. JL'historieD ajoule qu'il en fut fait un grAiid carnage.
Lorsque nous fiimes remontés dans mon cbarii^, nous cheminâmes, .par un sentier étroit et raboteux , jusqu'au village qui était au bas de la viUt. Après l'avoir passé , nous trouvâmes un grand nombre de huttes ti^s basses, dont'la partie inférieure était creusée 4ans la terre , et qui formaient une espèce de faubourg : eUes
EN- TUftQCnE. 25S
élalmt. hftUtées par des Bohémiens, ifcCi^ l^ de.BMaeruDe vie errante, ëtaienl tcAus i^ita^ t>fii' dans cet endroit. Ce fht là qne ma eompagne de rodage «I son enfant ute quittèrent. Poer ist première fois âe ma vie , je venais de voyage iLvec ime. jeune Bofaénûesme , et je peneai qu'elle aimait. Jïiea.pa exercer «nr ce qui et se- TaêA tfouvé sous sa .tanin le» tâlests -qui dMUn^ gueftt sa caste : mais c'était une- lieDxike*fiUe et imfi boone mère. Avant que je partisse , , ell^ yini,, avec pluskors de ses patents, tue renieideT' et poeàdire congé de moi.
J'étais alocs dan^ k pays oà c«s êtres «xtraor-^ diofticesiafflat ea pins grand nombre, et oà ifeflx^ rettt vus pour la première fois. Ce fot envinm vers l'anoéa 1408 «{u'ilsse moBIrèrent en -Hon-^ grieet en Bobôme. On les appela Ziyuerier ou C^Dingariea ; mais, lorsqu'ils quittèrent ce pays pour se répandre dans les parties plus occidentales de l'Europe , on leur donna le nom dé Bohé^ miens , parce qu'on supposa qu'ils étaient originaires de la Bohême. Bien qu'il y ea ait une très grande quantité au'centre de l'Europe, ils attirent peu l'attention, parce qu'ils sont divisés en- petites compagnies : les uns habitent les faubourgs- de quelques villes , et les autres , errant sans cesse , dressent leurs tentes dans les lieux qni leur plai- ' sent k plus. On en compte actuellement deux
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cent tiogtrdecix ndille dans la Vdachle , k Moldavie et la Transylvanie. On les appelle ^ëralement Czingaries ; mais dans quelques endroits OD les nomme DfaroDes , ou sujets de Pharaon i et dans d'autres Egyptiens parce qu'on pense . qu'ils sont d'origine égyptienne. Comase les}ui&« ils ont, des marques distinctires indétâ>ile8 : les yeux ajtux « le teint brun et les chereus noirs ; une graade horreur du trarail, et beaucoup de propension & commettre de petits larcins. Ib ne reconnaissent aucune religion pour la leur ^ mais ils suivent en général le rit grec, dent ils u'ont Etendant qu'une idée très imparfaite : ik baptisent généralement knts en&nts eux-mêmes, dans une maiscm publique, au milieu de scènes profanes et indécentes. Ils forment des liaisons avant d'être en àgc de mariage , et les rompent quand il leur plalt : il n'est pas rare de voir des mères < entourées d'fiofants de différents pères. A un , certain âge, on laisse les garçons courir tout nus dans ks temps les plus rigoureux. Lorsque plusieurs Ëtmilles veuknt mener une vie sédeu'taire , elles construisent une cabane , où elles se logent, avec différents animaux. L'air qu'ils y respirent est très malsain , à cause de leur malpropreté. "'•
Les Bohémiens sont très irascibles , leurs emportements vont souvent jusqu'à la fureur ; ik
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EN TURQtriE. jS?
sont bavards et iiicateurs. Us sont presque toujours en discorde.: ce qui donne lieu surtouLà cette désunion , c'est leur goût pour les liqueurs fortes. Malgré le rang abject qu'ils occupent dans la société ,. ils sont remplis de vanité. Us professent le plus grand respect pour certaines familles d'entre eux, qu'ils appellent TOÏTodes, et parmi l^uelles ils choisissent anindividn à qui ils donnent lé nom de chef : ils le {lortent trois fois autour de leurs huttes, en; jetant des ms épouvantables . : c'est la cérëi^onie d'inauguration. Ces chefs sont gardiens de quelques privilèges, qui leur cmt été accordés eu lêeo par la famille Bathqrienne. Les Czingaiws de Transylvanie soijt trèS' Ëers de ces privilèges. .
Outre leur dépravation générale , ils ont des degrés d'infamie j il y en a qui sont si pervers qu'ils sont ' généralement repoussés. C'est parmi eux qu'on choisit les bourreaux : ils remplissent leur lâche avec délices ; ils inventent des instruments de torture, et prennent un plaisir féroce à faire aux victimes le détail du supplice qu'elles doivent éprouver.
En général, ils gagnent leur vie à fabriquer des outils de fer, des couverts de corne , des paniers et JMtlres articles. On les emploie aussi , dans la T atachie , à recueillir l'or dans l'Oit , la Dobriesa, etc. ; d'autres servent de m^mitons, ce qui
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«H la cduse principale de la> saleté des cuisines de la Valachie. Qudqaes uns cependant ont de plus agréables occupations : dooés par la natnre d'une oreille fine et délicate , ils sont très propres à Fart de la musique , qu'ils aiment beaucoup. Fresque tous les musiciens -de ces '- pays sont fiohémiens; ils excellent surtout sur les instruments à vent. Je les ai souvent eatendus , et toujours avec le plus grand plaisir. Cependant on m'a dit qu'ils ignoraient les premières règles de l'art.
Leur langage est un mélange de mots bulgares, hongrois , arabes , et d'autres dialectes de l'0> rient ; de sorte que lorsqu'on est yersé dans les langues orientales on pent comprendre leurjargon. Ils apprennent avec faciUté et ils adoptent celui du peuple près duquel ils ont l'ûtitention de s'ér tablir. Ils n'ont point d'écoles, et sont incapables de discipline et d'instruction.
Leur situation civile en Transylvanie est mrans ignoble que dans la Valachie et la Moldavie. Là ils jouissent de quelques privilèges qui les élèvent , jusqu'à un certain point , au rang de citoyens; tandis qu'en Valachie et en Moldavie ils sont esclaves. Une partie de cette caste appartient au gouvernement , et l'antre aux. individus :, ils . sont acbetés et v^idus ordinairement de cintj à six cents piastres. Cependant les ventwsonl rare-