XVI TABLE ANALYTIQUE
ScaTaget, Si/
Clocher de Saint-Etienne, 3i8
Souvenirs dusi^e de Vienne par les Turcs , 5i8
Grecs établis & Vienne , 319
Munich , 319
Sympathie pour les Grecs , Sig
^ Francfort, 319
Le Rhin , beautés de ce flrave , - 520
Coblenlz. — Calais , etc . 33 1
» TABLE ANALÏTKiUÏ.
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A. CONSTANTINOPI/E.
Aprèsun séjour de plusieurs années àConstantinople, où je faisais partie de la suite de S. Esc. lord Strangford, ambassadeur de la Graude-BTetagne, je me décidai à- retourner en Angleterre , en parcourant la Turquie d'Europe. Finsleurs ' amis m'avaient inrité à conserver un journal de mon voyage, et je m'y déterminai d'autant plus volontiers, quele pays que j'allais visiter offre pluâeurs souvenirs très Intéressants des temps an- ciens, de même que des temps modernes. En effet, la route que je vais essayer de décrire est celle que Darius suivit dans sa mémorable expédition contre les Scythes , il y a deux mille trois cents ans, et c'est aussi cette même route
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que les Russes ont déjà.prise , et qu'ils vont probablement suiFK encore aujourd'liuï pour marcher sur CoD9tantÎDopIe. J'ajouterai à cela que ces contrées sauvages , traversées de temps en tempi pir un voyageur enropéçn, ne sont eiKore que peu coanues. Je croirai donc avoir stteint un but utile si le lecteur trouve dans mon récit quelques particularités dont il puisse profiter.
Avec l'idée de voyager s'associe naturellement la pensée de troaver des routes faciles^ des voitures commodes, de. bonnes hôtelleries, des soupers eom/ortablea et un bon lit . Quand on est Ëivorîsé de ces différents objets, toutes les saisons de l'année sont à peu près égales pour le voyageur ; mais ici, il faut se représenter im pays parcouru m hiver, dans lequel , généralem.ent parlant, il n'y a point de routes, point de voitures, point d'hôtelleries, point de soupers, point de lits. Zjes routes ne sont que des sentiers tracés par un cavalier, suivis par un autre , et que chacun ' dirige à son gré ; les voitures sont un assemblage de quelques planches montées sur des roues grossières, tirées avec des cordes par des buffles, que l'on emploie plus ordinairement à porter des fardeaux ; les hôtelleries ne sont que de grandes écuries, oà l'on ne trouve que de la paille hachée ; les soupers se composent de ce que l'on a pu ramasser sur la ro^e , et apporter au gi4e oA l'on
veuf: passer Ja nuit; quant aux lits, ils sont formés àfi la pajUe ie récurie ou bien d'une planche dans un grenier, et fort souvent on ne peut se la procurer. Il y a sans doute quelques exceptions à ce ta'bleau , comme moi-même je l'ai éprouvé ; mais , en général , il est fidèle , et telle est aujourd'hui la situation du voyageur dans l'empire turc, soit en Asie, soit en Europe.
Le compagnon que je me proposai de prendre avec moi fut mon vieil ami Mustapha j Tarlare janissaire, attaché au palais de l'ambassade d'Angleterre. Il était Suisse d'origine, et avait été fort jeune au service d'un négociant de Livoume ; en Élisant un voyage avec lui dans la Méditerranée, U. fut pris par un corsaire africain, et vendu comme esclave an Caire. Après avoir eu diSërents maîtres, il se fit turc : il sortit ainsi de l'esclavage, et acquit tous les privilèges d'un disciple du Prophète, Bien diSërent des autres renégE^s, qui sont ordinairement les ennemis les plus violents de leur. première religion, il avait beaucoup d'attachement pour les chrétiens , et saisissait avec empressement les occasions de les servir. Il parlait un peu la langue anglaise^ et j'ai obtenu par lui la connaissance de beaucoup de ^larticularités locales. Je m'abandonnai entièrement à lui , et dans toutes les occasions il a été pour moi non seulement un serviteur essentiellement utile, mais
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de [dils an compagnon fictèle et affectuenx. Comme, en qaalîté de courrier tartare, il avait traverse la Turquie dans toutes les directions , il était espert dans les arrangements qui étaient nécessaires pour notre voyage ; et', le matin oiV nooS partîmes, je trouvai qu'il avait fait les dispositions suivantes ;
D'abord se-présentait un manteau de janissaire , qui devait servir à tout : cette couverture , singulièrement utile , est' faite de poil de chèvre et de chameau, et est d'un tissu aussi épaiset anssi. peu flexible qu'une planche de sapin. Quand on entre dans ce manteau il se tient autour de vous comme une guérite, et vous protège contre le vent et la pluie. Les Tartares janissaires , en passant les chaînes des montagnes de l'Asie qui sont couvertes de neige , font souvent des courses de quinze et vingt jours à cheval, en galopant jour et nuit, lis ne pourraient rester aussi long-temps sans se livrer au sommeil ; anssi ont-ils contracté l'habitude de dormir sur leurs chevaux renfermés dans cet épais manteau comme s'ils étaient dans un lit , ils dorment profondément pendant la nuit, en se confiant à l'instinct du cheval qui les emporte. Venait ensuite une petite caisse de café moka'. La plus grande partie du café dont on fait usage en Turquie vient des colonies an-' glaisesdes Indes occidentales, et le café moka est
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une rareté aussi précieuse à Constantinople qu'à Londres. Mais ce que surtout Mustapha n'avait point oublié , c'était un sac de tabac de Schiras. . Je ne suis point surpris de ce luxe , devenu indispensable parmi les Turcs : le tabac accompagne toujours le caie , et il y a quelque cbose de si analogue dans leurs propriétés mutuelles , que la nature semble avoir voulu les associer de manière a les rendre inséparables. Lorsqu'on fait usage du tabac à la mode des Turcs, en prenant le café, il est singulièrement agréable ap goût et rafraîchit les esprits ; il combat les effets de la Ëitigue -et du froid , et peut même apaiser la faim, corn- -me je l'ai souvent éprouvé. Dans le Levant on prend toujours le café sans laii ni sucre ; mais comme je n'étais pas entièrement habitué à cet usage , j'invitai Mustapha à joindre un sac de su- . cre à cet assortiment de bonnes choses. Je trouvai à ma porte quatre chevaux : l'un était pour un guide armé , l'autre pour mon bagage , le troisiè- ' me était pour Mustapba et le dernier pour moi. . Ces quatre chevaux me coûtaient quatre piastre turques par heure, ou par trois milles anglais. Je .m'étais procuré une vieille selle anglaise au palais de l'ambassade, ce qui me lit i^happer à l'incommodité insupportable d'une selle turque , comme je L'avais éprouvé dans un voyage en Asie. Après avoir fait l'inspection de tout cet attirail, je me
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mis en marche à neuf heures du matiu, le 38 octobre.
Notre cheimin direct était de traverser le port et Constantinople , et de sortir par la porte Selyvria y mais comme nous avions pris nos chevatix à Péra , nous fûmes obligés de faire un détour de plusieurs milles. Après aroir traversé le Kyat- Kana-Sou , petite rivière dans le haut du port , Dous atteignîmes le faubourg qui est habité par les juifs.
Je crois-dey oir dire , en passant , quelque chMe des débris de ce peuple extraordinaire , qui est venu s'établir à Constantinople , et qui s'est récemment signalé dans l'insurrection des Grecs par son hostilité invétérée contre eux.
On est disposé à penser, comme je l'aii été moimême, queces'juifs sont venus à Constantinople de quelque partie du Levant, et ont apporté avec eux leur langage oriental: mais il n'en est point ainsi. Sons le règne d): Ferdinand et d'Isab^e , la rage de l'inquisition se tourna contre les joi& d'Espagne. Après leiiravolr faitstibir dîfierentes persécutions, on rendit enfin contre eux un édit qui les bannissait en maâse de ce royaume : ils en sortirent «u nombre de huit cent millcj comme autrefois de l'Egypte , n'emportant point les dépouilles de leurs ennemis , mais laissant an contraire après eux tout ce qu'ils possédaient. Les
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mllnes pr^agës esietant contre eux dans tous las pays de la chrétienté , ils ne pouvaienl trouver d'asyle dans l'Occident ; ils se tournèrent donc du côté de l'Orient, et revinrent dans les pays d'où ils étaient originairement sortis. Ils furent reçus avec bienveillance dans différentes parties de l'empire ottoman , et les Turcs leur accordèrent la protection . que les cjirétîens leur refusaient. Ils s'établirent à Salonique , à Smyrne, à Rodosto et, dans d'autres grandes villes , où ils forment aujourd'bui une partie importante de la population ; mais leur principale troupe vint à Gonstantinople , où ou leur assigna un -emplacement pour leur habitation , nommé Basèa-Kui : ils s'y trouvent au nombre de cinquante mille. Les Turcs donnent aux différents peuples qui ré- < sident dans leur empire des noms qui indiquent le degré d'estime qu'ils ont pour eux : les Grecs
-.sont appelés yeskir, ou esclaves, parce qu'ils sont considérés comme ayant perdu le droit de vivre à la prise de Gonstantinople, et comme ne le con-
' servant depuis que par condescendance ; lès Arméniens sont nommés rayaa , ou sujets , parce qu'ilsn'ontjamais été un peuple conquis, et qu'ils se sont mêlés insensiblement dans la population de l'empire; les juifs ont le nom de mousaphir^ ou visiteurs , attendu qu'ils sont venus chercher un asyle che? les Turcs : en conséquence, comme
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visiteurs , ib sont tTaités^avec bonté et hospitiUtë. Toutefois , tous les sujets de b' Turquie qUi ne soat pas Turcs ont la dénominatioQ générale de riiyaa.
La ressemblance qui se trouve dans les opi' nions religieuses et les coutumes des Turcs et des jui& est un nouveau motif de cette bienveil^ lance de la part des Turcs : les deux peuples ont le pur théismi: ; ils pratiquent la circoncision , ils ont horreur de la chair de porc , leur lan^gè écrit va de droite à gauche : toutes ces coïnciden-^ ces leur donnent, jusqu'à un certain degré , oné identité de sentiments qui n'a point lien entre les Turcs et les autres peuples. Les juifs sont donc tme nation favorisée, et qui obtient en Turquie beaucoup plus de coasidération qa'eo aucun .
pays dé la chrétienté.
Dans beaucoup de villes d'Allemagne que j'ai visitées, les juifs ne peuvent passer la nuit hors des murs, et ils n'échappent à cette loi rigoureuse ■ qu'en payant une taxe exorbitante ; ils sont obligés de se soumettre à des conditions qui les avilissent, à des précautions aussi frivoles qu'humiliantes.' Même en Angleterre, il y a une forte ligne de démarcation entre eux et les autres habitants du pays , et à Londres ils ne peuvent exercer certaines professions sans payer à la corpo' cation des amendes exagérées, qui ne sont exigées
que d'eux seuls. Ces préjugés, qui ont amené si souvent des persécutions et des cruautés , se di»sipcnt , il est vrai , avec la libéralité toujours ' croissante de notre temps ; mais ils existent encore avec des formes plus douces , et il y a toujours un mur de séparation «otre les juifs et les cbrétiens. En Turquie cela n'existe point : les juifs exercent Ubrement les professions les plus lucratives; ce sont eux généralement qui font les affaires des négociants ; ils sont les aarafs ou banquic»^ «^ez lesquels les Turcs déposent leurs fortunes. Les femmes juives entrent dans tous les harems avec difierentes marchandises : elles sont les agents de beaucoup d'intrigues , et acquièrent une influence extraordinaire dans les maisons ^turques.
Sur nne montagne , derrière le quartier des juifs, est leur vaste cimetierre, orné de tombeaux en marbre , dont quelques uns sont construits avec magnificence. Les maisons des juifs^ opulents ont tout le luxe oriental. Quant aux classes inférieures,'cUe& sont marquées de cette particularité qui les fait distinguer dans tous les autres pl^iyS : leurs vêtements sont nïalpropres , leurs maisons mal tenues , leurs mœurs très relâchées , et ils sont toujours prêts à entreprendre des affaires abjectes, qui répugnent aux hommes délicats. Ils ont un habillement particulier, comme cela a lieu
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pour tontee les classes en Turquie : ils portent le turban , mais moins haut que les Turca ; et , au lieu de Fentourer d'un riche schall, ils y mettent généralement un simple mouchoir^ Leurs sandales sont bleues; celte couleur <st particulièrement prescrite pour tous les sujets turcs. Les fà^tades de leurs maisons sont peintes en gris. Ils sont très attachés à leur religion , quoique plusieurs d'entre eux se conforment en apparence au mafaométisme. La circoncision des enfants turcs a lieu à l'âge de cinq ou six ans : c'est une époque de grande fête. Les juifs accomplissent toujours cette cérémonie le huitième jour après la naissance de Fenfant , et secrètement ; leurs rabbins les visitent mystérieusement , et maintiennent l'observance des anciens rites.
S'il arrive qu'un juif embrasse le christianisme, il devient immédiatement l'objet de la persécution du peuple auquel il appartient, et sa vie est en danger : leur répugnance pour les chrétiens , et particulièrement pour les Grecs, se montre en toute occasion. Lorsque le vénérable patriarche dés $rec8 fut pendu par les Turcs, les juifs offrirent volontairement leurs services pour jeter son corps dans la mer. Quelques misérables vinrent d'Hassa-Km pour cet objet , 'et traînèrent dans les rues de Constantinopie le corps du patriarche, avec la corde qui avait servi à son su[^ice.
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Cette circonstance, et quelques autres (lu mémfe genre , ont tellement accru l'antipathie des Grecs pour les juifs , que dans le commeucenient de leur insurrection ils ont esercé sur tous ceux qu'ils ont rencontrés les plus terribles re{tré-sailles.
Les préjugés mutuels des.Grecset des juifs sont si violents qu'ils donnent lieu à une foule fl'accusations réciproques. Les juifs , dans les premiers temps de la chrétienté , accusaient les chrétiens de manger leurs propres enfants, accusation sanctionnée ^ar les pratiques impures et secrètes de quelques sectes des Gnostiques. Les chrétiens de Constantinople prétendent qlie les juifô volent des en&nts , et les sacrifient à Pâques •, en guise d'agneau pascal. Je fus témoin un jour, à GaJata, faubourg de Péra , d'une grande agitation parmi les habitants. L'enfant d'un marchand grec aVftit disparu, sans .qu'on pût le retrouver : c'était un garçon d'une grande beauté , et l'on croyait géné- ralement qu'il avait été enlevé poijr être vendu comme esclave. Quelques jours après, le corps de cet enfant fut trouvé dans le Bosphore : ses bras et ses jambes avaient été liés, et quelques blessures qu'il avait sur le côté indiquaient qu'on lui avait donné la mort d'une manière extraordinaire. Les «oupçons se dirigèrent immédiatement sur les joifsj et comme c'était quelque» jours après leur
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fête de Pàqnes , le peuple grec regarda ces soupçons conime une cerlilude.
Cette prévention a été beaucoup accrue par un livre d'on rabbin juif, converti au christianisme, et qui est très curieux : il est intitulé Réfutation de fa religion juive f par Néophylus, moine grec, ci-devant rabbin juif. Z^'onvrage original est en langue moldave, et a été imprimé en i8o3; mais on dit que les juifs, à cette époque , donnèrent une forte somme à l'hospodar, et que le livre fut supprimé et détruit. Une copie , toutefois , a échappé : elle a été traduite en grec moderne , et a été imprimée à Yassi en 1818. J'en ai eu une copie à Constantinople. Le premier chapitre est intitulé MvTTiipiot xEnpoufUVoi vou it anoxexa^fiftevoi ( ha Mystères cachée rendus publics ) ; le sujet est : Du sang que les juifs prennent aux chrétiens ^ et de l'usage qu'ils en font. Après avoir détaillé les particularités les plus extraordinaires, l'auteur termine en ces mots : a Quand j'eus atteint « l'âge de treize ans, mon père me révéla le mysa tère du sang , et me menaça de me maudire « par tous les éléments du ciel çt de la terre si « jamais je divulguais ce secret, même à mes « frères. Si je venais à me marier et à avoir dis « enfants , je ne devais le découvrir qu'à un seul , « qui me paraîtrait le plus prudent, le plus éclaiis. ré et en même temps le plus ferme dans sa foi.
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« Que le sein de la terre ne te reçoÎTe jamais , « me dit mon père ,-sî*lu rëvélais ces mystères ! « Ainsi parla mon père . li) aïs , depuis que Jésus- « Christ m'a adpiis au nombre de ses enfants , je « proclamerai la-Tërité en tout lieu ; et , comme' « le dît le sage Sirac, jusqu'à la mort je combat-- « trai pour la vérité. « On doit attribuer beau- , coup de ces idées à d'injustes préventions; mais ce qu'il y a de certain , c'est que les juifs de Gonstanttnople sont une race féroce et fanatique : les persécutions} les souffrances ne leur ont point enseigné la modération , et ils poursuivent jusqu'à la mort tout apostat qui renonce à leurs opinions religieuses.
Ils ont un langage et un caractère d'écriture qui leurs sont particuliers : le premier est un mélange d'espagnol , d'hébreu et de mots étrangers dont ils font ce qu'ils appellent la langue franque ; le second est le caractère d'écriture rabbinique , avec un changement de quelques lettres.
Après avoir passé cette colonie d'Hébreux, oA les yeus, les oreilles et même l'odorat ne rencontraient rien d'agréable , nous arrivâmes au pont qui traverse le haut du port à Kyat-Kana. Ce nomsignlBe littéralement la maison de papier, et les circonstances qui s'y rapportent lui donnent de l'intérêt. C'était originairement un kiosk impérial, résidence d'été de la famille des sultans;
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mais Le bienveillant, l'excellent Séiim, oncle etprëdécesseurdu monarque actuel^ enfitrabandonpour qu'on y établit des manufactures au moyen desquelles il se proposait d'introduire dans l'empire turc les arts H les scieoces de l'Europe occidentale. L'imprimerie et la circulation des livres étaient au nombre des améliorations qu'il désirait le plus établir. Par ce motif il fonda une magnifique imprimerie à Scutari, de l'autre côté du Bosphore, et donna ce kiosk, ainsi qu'un autre, situé vis-à-vis Buyukdéré, pour y établir des fabriques de papier qui devaient eu approvisionner l'imprimerie. On a supposé que le sultan Sélim avait le premier introduit l'art de l'imprimerie dans la Turquie ; mais cela n'est pas exact. Des presses grecques et arméniennes étaient employées depuis long-temps dans la demeure des patriarches à Constantinopie. Lespremières furent connues dès l'an i53o.et les secondes en iGgj; l'établissement ponr imprimer des livres turcs et une papeterie à Kyat-Kana furent formés par un renégat nommé Ibrîdum, sous le règne d'Acbmed ui , en l'an 1727 j fl &t encouragé par le grand-visir et le Auipbti Abdàlla-Efîèndi. Le muphti déclara par un fetwa que l'entreprise était grandement Utile : et, dans un hatti-schérif, le sultan se félicita de ce que la ' Providence eût réservé un aussi grand bienfait pour son règne. Les ulémas manifestèrent la
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tnéme opinion , mais ils déclarèrent espressément que le koran et ks livres contenant la doctrine de Mahomet devaient être exceptés de ceux qae l'on voulait imprimer. Ils dirent que ce serait une impiélé que de fouler et d,e mettre ainsi en presse l'ouvrage de Dieu. Mais la vérité étsifc qu'ils retiraient un grand profit eu faisant des copies de cesUvres,etqu'ils craignaient d'en être totalement frustrés si l'on prenait le parti de les imprimer. Comme les Turcs, en général, n'ont aucun goût pour d'autres livres , l'imprimerie cessa bientôt d'être occupée du moment où il. lui fut défendu d'imprimer les seuls livres qui soient lus par les Turcs. Celte entreprise paraissait être entièrement abandonjiée , quand le sultan Sêlim lui redonna une nouvelle vie.
Lorsque je vins pour la première fois à Constantinople, en 183] , je visitai ces établissements : ils étaient dignes de leur généreux fondateur. La manufacture de papier était disposée avec magnificence. Les réservoirs étaient des bassins de marbre, et tout avait l'aspect d'un palais du sultan. L'établissement de Scutari était dans le même genre ; c'était un édifice txès ^cieux ; quatre presses étaieot.en activité quand je le visitai. Des compositeurs , assis -les jambes croisées -sur un coussin, avaient devant eux des casses qui formairaitundemi-ccccle, et pouvaient travailler
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fort'à leur aise. Les presses étaient disposées de manièxe à demander très peu d'efforts de la part des oavriers.J*achetaiquelqueslivrcs,qai me parurent fort nettement et fort correctement imprimés. Mais, après la mort de leur protecteur, ces établissenAiits languirent et déclinèrent, et avant mon départ de Gonstantinople il ne restait pins des moulins à papieret de rimprimerie que le nom de Kyat-Khana, pour indiquer le lien où l'un de ces édifices avait été construit.
Je pouTrais donner quelques détails de la mort du sultan Sëlim, qui devint la victime de la rage des janissaires parce qu'il voulait les tirer de leur ignorance. Mais je crois devoir renvoyerle lecteur à l'excellent ouvrage qu'un Français, M. Juchereaude Saint- Denis, qui était à Gonstantinople à l'époque de cette catastrophe, a écrit sur ce sujet . Le sultan actuel apresqueréuâsidanBl'entreprise qui a coûté la-vie au sultati Sélim, et-c^, patve qu'il est doué d'un caractère énergique et inflexible que n'avait point le faible et doux Sélim. Toutefois ,, les efforts dusnitan actuel sont plutôt dirigés vers l'art de la guerre que versles arts qui embSllissent la paix. Si Sélim eût réussi dans ses projets, il au- ' rait civilisé et éclairé les Turcs, et aurait fait de Gonstantinople une ville européenne. Son successcor ne parait point avoir le même goût ; ses firmans tendent à ranimer les anciennes babitu-
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des militaires (les Turcs et à les rendre p^i}s Turcs que jamais.
Le poQt sur lequel nous passâmes lest près (le la jonction des 4syx ruisseaux qiii se jettent dajif le baat du ^ras de mer qui forme le port, que Ies> SDcieDs af^laieiU M^/eidum mare^jd cause de sa mBl|iiropre|té. Ces rpisseaux étaient nommés par les anciens le fJyd^ris et le Barbysea : qq les appdle aujourd'hui udli-Bey-Sou et Ky.atr JfcaoriS'oMj-ce.dernier faisait tourner le mojiliA h pftpier. Ce sont les deux seuls ruisseaux qui coulent prèsde la yille. Leurcourant d'eau est faible, eten été ils «pot presque à sec, vu quelesol delà ville n'a q«e peu d'eaux de source. Jl aurait été impossible d'établir u^e grande eitésur ce point, si paf quelques moyens artj^ciels on n'eût pas cherché à suppliéer à ce quela p^i^t^i'e Iuray:ait refusé. Le premier de ces moyens consista d^P^ des citernes et des puits construits au .centre des majLsons, pour cooserrer l'eau <le pluie qui tombe en hiver;maispour les Turcs, auxquels l'eau eçtnécessaixe autant d'après les usages ^ leur religion que pour Le«iT existence, et qui en consot^mont auta<nt eu ablution qu'en breuvage, il était nécessaire d'imaginer des n^ oyens de secours plus âbooftants, -et ce sontles réservoirs qu'iront construits dans les montagnes avoisioant les rivja^s de la
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Mer-Noire, Ces montagnes sont la région des pluies et des ruisseaux. Partout, où les Turcs ont rencontré un cours d'eau se dirigeantrers une vallée ils ont élevé une digue à sa rencontre ; l'eau, ainsi contenue, s'accumule jusqu'à ce qu'elle forme un lac profond d'une forme triangulaire. Cette digue est ordinairement revêtue de marbre, ornée de sculptures dans le goût oriental, et a un grand et magnifique aspect. Des tuyaux de tuiles arrondies transportant l'eau le long des montagnes; ei, quand ane vallée se présente , elle est traversée au moyen d'im aqueduc. Quelques uns de ces derniers édifices fottnent un beau point de vue. Les Turcs ont montré récemment dads ces constructions quelques connaissances de la science hydraulique. Au lieu de construire des ponts coûteux pour transporter Feau sur un niveau élevé , ils dirigent leurs tuyaux jusqu'à une élévation 9Ù se trouve un pilier creux et.carré formant un réservoir qu'ils nomment sou-teraei. L'eau s'élève dans ce pilier et retombe ensuite dans d'autres tuyaux qui la conduisent dans un second pilier ou réservoir placé à un niveau moins élevé de six ponces ; cela forme ainsi successiveâient un plan incliné au moyen duquel l'eau parvient des montagnes à la ville , où elle arrive avec tant de force qu'elle forme quelquefois un fort jet d'eau et se répand à une distance considérable. Ces pi-
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~ liçrs présentent à la vue des objets singuliers dont on ne peut se rendre compte quand on ne sait pas à quel usage ils sont employés; ils sont répandas dans tous les environs de Constantinopie , jusqu'aaprès de la Mer-Noire. Dans un siècie les Turcs découTriront que l'on peutse d^tenser de ce moyen , et Teau trouvera son niveau dans des tubes qui traverseront les vallées , sans l'assistance de ces constructions.
Les réservoirs dans les montagnes ont été construits , dans Torigine , par les empereurs grecs , . lorsque la capitale de l'empire romain lut transportée à fiyzance , %t que l'accroissement de la population demanda une plus grande abondance d'eau : ces réservoirs étaient, nommés ucl/XKJlta. Leur conservation était regardée comme une chose si importante , que plusieurs édits des empereurs furent rendus uniquement pour cet objet, , .et dans lesquels cm entrait dans les plus grands détails qui s'y rapportaient : on prescrivait de planter des arbres auprès des réservoirs ; on défendait expressément de détourner l'eau pour son usage particulier; et, dans un édit de 4^4 1 tine amende d'une livre d'or est imposée pour une once d'eau ainsi détournée. Ces lois ont été remises en vigueur par les Turcs , pour lesquels l'eau est encore plus nécessaire que pour les Grecs. Des ariirts entourent les réservoirs afin qu'ils soient
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plus^lides et plus abrités; il est défendu express sèment d'y prendre de l'eau et de couper ou arracher un arbre sur leurs bords. On peut juger combien cette sévérité est nécessaire par le fait suivant. Je passai l'automne de 1822 au village de JBeJgiiade , auprès duquel est situé l'un des plus grands et des plus importants de ces réservoirs. L'été avait été d'une extrême sécheresse ; il n'était pas toinbé de pluie depuis le 4 avril jus- <pi'au 2 novembre. L'eau des réservoirs commença à baisser et à devenir fangeuse. Les Turcs prirent l'alarme : ils mesurèrent la quantité d'eau , , et ils reconnurent qu'il n'en restait plus que cq qui était nécessaire pour les besoins de la ville pendant quinze jours. On se représente la consternation d'une population de sept cent .mille personnes .subitement menacée d'être privée -d'un élément ausâ néoesEaire à mn existence qu'a ses rites religieux , et n'ayant aucun moyen de sis le procurer. Des prières eurent lieu dans les mosquées, et chacun b« mit à observer l'état du ciel. L'immHiabilité des choses dans l'Orient , et le mérite que cela donné aujï écrits des ancieos temps, contribuant beaucoup au plaisir 'que l'on trouve à habiter ces pays. L'a^^roche de la pluie est toujours indiquée à Conetantinople , comme cela était en Syrie, par l'apparition d'ua petit nuage obscur, épais, arrondi, suepeudu sur
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EN TURQUIE. si
le Fout-ËusiQ on stir la PropoDtide. Un deirielie , dans les temps de sëcherease , se place sur le sommet du Jouchi-Daghi, la montagne du géant et quand il aperçoit Un nuage , il en annonce rapproche, comme ËUe sur le sommet du mont Carmel. Je montai un joursur le Joucbi-Daghî, etje ris-le derviche aux aguets -.je regardai ver» la mer, je vis un petit nuage gui e'en élevait eoiHme la main d'un homme, et Je descendit pour n^ être pas arrêté par la pin ie. En effet, la pluie . tomba immédiatementj et hs. Turcs furent tirés d'une inquiétude très sérieuse.
Pour se précautionner contre une pareille pri> ration , soit par la température , soit -de la part d'un ennemi, les erapereura grecs firent des excarations dans la rlUe , et formèrent des citernes immenses dans .diSerents quartiers. Les aqueducs amenaient les eaux des réservoirs dans ces citernes, qui étaient tenues toujours remplies. L'objet le plus frappant à Constantînople est l'aqueduc de l'empereur Valens, qui s'étend d'une montagne à l'autre, au milieu de la ville, et qui sert à remplir les citernes : e'cst le seul qui reste de pln^ sieurs antres qui ont été décrits par les historiens. L'empereur Yalens ,. irrité de la conduite dés habitants de la ville de Calcédoine , qui avaient favorisé le parti de Frocope , ordonna que leurs murailles fussent rasées. Parmi les pierres on eu