‹ Voyage en Turquie et à ConstantinopleChapitre 7 sur 10 · C.=.l,:sa:,G00gIC · texte numérisé non relu

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trouva une sur laquelle était une inscription venant d'un oracle annonçant que les mursde Calcédoine foumiraîent beaucoup d*eau à la ville. Valens , pour accomplir la prophétie , bâtit son aqueduc avec les pierres provenant des murs de Calcédoine. J'ai souvent cherché à découvrir celle qui portait cette inscription , mais je n'ai pu la trouver. Dans quelques endroits cet aqueduc traverse les rues, dans d'autres elles suivent sa direction. Des vignes et une foule de plantes rampantes se sont placées entre les pierres ; et , comme leurs racines sont rafraîchies par Teau qui s'échappe des tuyaux de l'aqueduc, elles pendent en festods verdoyants , qui ont une grande beauté.

Les citernes qui sont alimentées par cet aqueduc et quelques autres existent encore, mais non plus comme citernes. Quelques unes qui ont été exposées à l'air se' sont graduelleinent remplies de terre, et formentdes jardins ; celles qui sont re&r tées couvertes sont employées à d'autres usages : l'une d'elles , appelée ifû^eUvoç ( l'yimi de ^étranger), comme étant un réservoir public, est un vaste édîËce souterrain , soutenu par des piliers de marbre que les Turps ,' à cause de leur grand nombre, appellent bin bis derek, les mille et une colonnes : cette citerne est en partie remplie de terre, mais elle a encore une grande profondeur; son toit , en arcade , est soutenu par six cent soi-

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:£ante-douze colonnes de marbre , dont chacune est formée de trois colonnes placées l'une aiidessus def l'autre. Toute la cavité peut contenir un million deux cent trente-sept mille neuf cent - vingt-neuf pieds cubes d'eau ; et , comme la consommation actuelle est de deux cent soixante-sept mille six cent soixante-dix-huit pieds cubes en vingt-quatre heures, cette citerne aurait pu fournir de l'eau h toute la ville pendant soixante jours. Elle est maintenant à sec , et un grand nombre de tordeurs de soie s'en sont emparés e* y exercent leur industrie presque dans l'obscurité.

Il y en a une autre que le docteur Clarke a vainement cherchée , et il suppose que Gillius , qui l'a décrite , l'a confondue avec celle dont je viens de parler ; mais , ayant eu plus de temps que le docteur Clarke , je l'ai découverte après une longue recherche , et je l'ai trouvée telle que GiUius la représente. J'entrai dans une maison particulière, je descendis un assez grand nombre de marches , et me trouvai sur les bords d'u» lac souterrain qui s'étend sous^ différentes rues : la voûte était en arcade, et soutenue par trois cent trentesix magnifiques piliers de marbre; un grand nombre de tuyaux descendaient dans ce lac , et fournissaient de l'eau dans les rues au-desjSus, dont les habitants , comme l'observe Gillius ,

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jgrïurcat comment cette eau l6nr est prociffée ; Jncolas ignorare cistemam infra œdea suas positarn. De (6us les réservoirs que les priitleates précatitioDs des empereurs grecs avaient établis, eeliii-lh est le seul qui existe aujourd'hui comme citerne; et telle est' l'apathie ainsi que l'igaoraiice des Turcs , qu'en général ils n'en Oirt point coçnaîssaftce aujourd'hui. Le Tare dans la maison duquel j'étais entré atec quelques amis pour faire cette recherche nous dit q;ie ses voisins ne sa- Taient rien au sujet de cette citerûe , qnll nommait le palais souterrain. L'élat de dégradation des murs annonçait qu'eUe n'avait pas été réparée depuis l'entrée des Turcs à Constantinople. Si les Russes s'approchent et assiègent la ville , les habitants devront songer à s'approvisionner d'eau. Dans l'état actuel des choses , si les assiégeants coupent les comiûunicatioûs avec les ré^ servoirs, et ils le feront sans doute, la ville ne pourrait pas tenir plus d'une semaine. Il paraît que le sultan a pris des mesures pour la fournir de blé : on doit présumer qu'il fera nettoyer les citernes pour que l'eau ne panque point.

Après avoir passé le pont , nous nous avancions le long du ruisseau , quand nous, entendîmes l'esplosion d'an canon à peu de dislance de nous , et le sifReraent d'un boulet. Nous reconnûmes bientôt que celd provenait d'iinc

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«ompRgnie d'artilleurs. qui s'exerçaient dans nue battiTÎe placée de l'autre côté de la rivière : ils avaieut mis un but au-dessns du seotier que nous -suivions; et, sans donner le moindre avis, sans attendre que nous fussions passés , ils déchargé^ rent toute la batterie, qui était de huit ou dix. pièces de canon , tandis que nous étions directement placés entre eux et le but qu'ils voulaient frapper. Notre position était vraiment périlleuse, en nous trouvant ainsi exposés, à leur brutale insouciance : quelques pouces de moins dans l'élévation de leurs canons auraient rendu notre situation fatale. C'était une nouvelle preuve, ajoutée à beaucoup d'autres que j'avais eues, du peu de cas que les Turcs fout de la vie des autres bomtnes ; il n'y a aucune autre nation cbez laquelle un -homme soit tué avec aussi peu de regret ; si cela arrive par accident, ils en accusent la destinée , et non point leur propre négligence. C'était la première fois que j'entendais le sifflement des boulets , et je fis ainsi connaissance , mais sans l'aimer beaucoup , avec la musique de Charles XII. Nous nous hâtâmes de franchir ce. passage dangereux, en baissant la tète à chaque coup de canon, quoique le bouletarrivât près de nous plus vite que le bruit de la détonation.

Notre route pour nous rendre à la porte Sely- Tfria suivait directement les murs de Coostanti-

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nople , et je fus bien aîse d'avoir encore une fois l'occasion de contempler ces ruines magnifiques. La ville de Gonstantinople est bâtie sur un promontoire triangulaire qui s'avance dans la mer de Marmara ; deux côtés sont baignés parla mer, et le troisième est celui qui se joint avec le continent y et forme la base de ce triangle. Toute l'enceinte est bien fortifiée au moyen de miirs qui existent encore , quoique dans plusieurs endroits ils soient tellement en ruines qu'ils ne pourraient servir de défense sans de grandes réjtarations. Tout le circuit est d'un peu plus de douze milles. Le côté baigné par le port a trois milles de longueur, celui qui est bordé par la mer de Marmara en a quatre , et celui de la base du triangle, près duquel nous passions, en a cinq ; il s'étend de l'extrémité du porta la mer de Marmara, etest terminé parle château des Sept-Tours. Nous nous approchâmes de cette muraille, en traversant les fauboul^s de Blacheme, où le mur est auprès du port, et a une belle apparence : il a une hauteur extraordinaire, et domine sur la plaine comtne une montagne perpendiculaire ; sa base est formée de masses de rochers , dans ce genre d'architecture que l'on sfencontre souvent dans les antiques constructions qui.se trouvent en différentes parties de la Grèce , et que l'on nomme cyclopéen , à cause des pierres gigantesques qui s'y trouvent employées ,

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et parce <[ue la fable attribue à Polyphême et à ses frères le renom d'en avoir été les architectes. Ils ne peuvent toutefois avoir aucune prétention à la construction des murs de -Gonstantinople , qui est postérieure aux temps de la fable, et exacr tement connue.

La ville primitive de Byzance liât bâtie par une ' colonie de Lacédémoniens dans Tan 660 avant Jésus-Christ. Elle était placée sur la pointe du triangle et occupait t'espace qui forme maintenant l'enceinte du sérail. Une partie des murs de cette très ancienne] cité existe encore et sépare les jardins du sérail des rues adjacentes. La mu- . raille de Gonstantinople au pied de laquelle nous passions- fut bâtie 97S ans après, par Constantin. Elle fut réparée par Théodose et d'autres empereurs dont les noms sont inscrits sur différentes parties de ces murs. Devant nous , sur ime éminence, était un palais nommé palais de Constantin. Je n'ai pu apprendre à quel empereur de ce nom il a appartenu. Il parait avoir été bâti en même temps que les murs, et l'état de raines où il se trouve fait supposer qu'il a la même vétosté. C'est un point de vue très pittoresque. Dans cette p^irtie de l'enceinte de Gonstantinople la muraille est d'une perfection étonnante. Malgré sa hauteur, il ne s'y trouve aucune dégradation. Gommec'est le côté de la ville le plus inaccessible, il n'a

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jamak été atta(jiié. Les seules injures que ce atur ait ëprouTées TÎeanent de la maia du temps , et elles se trouveat cooipenséee par les vastes masses de lierre qui eo couvrent toute la surface jusqu'au sommet avec le feuillage le plus abondant. Cet immense rempart a uae étendue d'un demimille , il se ti-ouve ensuite flanqué par des tours pctogoaes. La partie qui suîtétant moins élevée , on y a ajouté dautres moyens de défense.

Différentes brèches se trouvaient alot» dans cette partie de l'enceinte^ j'en profitai pour esaminer quelle en avait été la construction. Elle se composait d'un tr^le mur et d'un doub^ fossé , qui commençait à la porte Rodosto et s'étendait jusqu'aux Sept-Tours sur la, mer de Marmara.

Comme la rille est bâtie sur sept collines, la fondation des murs se ressent de l'irrégularité de la surface, et sur ce point le terrain s'élève et s'abaisse si considérablement, que, du debors de la place, on domine le mur, et on a une rue de l'intërieur de la ville. Ce fut pour cette raison que MaUomet II choisit ce point pour y diriger son attaque ^ et, l'ayant combinée avec un assaut donné d'un autre côté, lesuccès montra. que son choix avait été judicieux;

Xes Turcs étaient sur le point d'abandonner le siégedcConstantinople quand Mahomet.elit l'idée d'ime entreprise extraordinaire dana laquelle il

réussit comp)èt«meQt. Le mqr, du ct^té du port, était défendu par l'eau du golfe; les Grecs avaient tendu à son entrée , depuis la pointe du sérail jusqu'à Galata, une chaîne de fer, protégée par un grand nombre de navires, ce qui fornaait une barrière que les Tores ne pouvaient fmnclijr. Ils résolurentde traîner des barques depuis le BospljQi^ jusqu'au port, au travers de la péninsule de Fera, et d'arriver ainsi par terre dans le port, ce qu^ilsne pwivaient faire par mer. Cela futexécuté avec un entier succès. Fendant la nuit, la flotte turque fut traînée le long des nombreuses vallées qui setropr vent de ce côté, et passa ainsi aumiljeu des moij'' tagnes qui séparent le Bosphore et le golfe. Le matin suivant, les Grecs aperçurent avec terreur les navires turcs flottant dans le port auprès de la muraille, dans la partie appelée aujourd'hgi le. &■ nal. On dit que les Grecs qui $e trouvaient sur ce point , Boât par effroi soit par séduction, ne ^rent aucune résistance et livrèrent aux Turcs une porte distinguée par un fanal , et qu?en récomptçps^ ce quartier leur fut accordé par les Turcs pour s'y établir. Xj^s Grecs en ejgFet ont toi^ours depuis occupé ce quartier, qui est «mtwe désigné, par 1« nom de Fanal.

Le lieu où se £it ce passage estraordinaire, qui diîeida du sort de Constantinople, est nn sujet.de discussion, Le^owt que l'on indique le plufc^i,^

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munément est celni de Balta-Limen, environ &. la moitié du Bosphore du côté de la Mer-Noire. Balta était le nom de Famiral Turc qui commandait dans cette occasion , et le petit port de Balla- Limen ayant consenrë son nom, ou regarde cette . circonstance comme une preare dëcîsive.-De là an port, la distanceTst de dix à onze milles , ce qui a porté Gibbon à dire,ausujetde la probabilité de ce iait, qu*il voudrait resserrer la distance de dix milles et prolonger le terme d'noe nuit. Si Gibbon avaitTisité le terrain, il seserait dispensé d'exprimer ce désir et aurait admis la probabilité de cet événement. Le lieu où les navires furent tirés à terre n'est pas Balta - Liment mais Dolma - Bactehe, OÙ une vallée profonde part du Bosphore pour aller joindre celle du port; la séparation consiste dans une côte de peu d'étendue. Cette vallée est dans le voisinage immédiat de Galata. Les matelot3 Génois qui habitaient ce point aidèrent les Turcs dans ce transport, dont Fétendae n'avaitpas plusde deux milles, et qui a pu étite facilement exécuté pendant une seule nuit, comme le disent les historiens- On pourrait ajouter que Balta-Limen ne provient peut-être point du nom . de l'amiral Turc, mais du mot turc bafia^ qui signifie hache. La vallée de Balta-Limen était autrefois couverte de bois que des ouvriers allaient couper avec des haches. Je fais mention de ces

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faits pour montrer combien rinspcction des lieux est nécessaire pour l'exactitude des détails historiques.

Nous arrivâmes à la porte dite Top-Kapouai^ porte du canon , par laquelle Mahomet ii entra dans la ville. EUe est ainsi appelée parce que les Turcs ont placé sur cette porte quelques-ims de ces globes de granit dont ils se servent en guise de boulets dans leurs énormes pièces d'artillerie. Ils les ont ainsi placés pour rappeler le lieu de leur entrée et de la prise de possession dé cette capitale' du monde chrétien. A quelque distance est une montagne artificielle nommée Mattepe; de son sommet on a une vue magnifique de la ville, de la mer de Marmara et de tous le pays à une grande distance. Ce fut là que Mahomet déploya l'étendard du Prophète lorsqu'il dirigea l'attaque de ce côté.

Lorsque l'on se rappelle la vaste étendue ainsi que la puissance de l'empire romain, dont Constantinople était la capitale', et les progrès qui avaient été faits dans les sciences et les arts ' nécessaires pour son embellissement et sa conservation , on est étonné de la facilité avec laquelle cette ville fut conquise par des barbares récemment sortis des montagnes de l'Asie, ne se distinguant que par leur ignorance et leur fanatisme ; mais, si l'on considère les forces nombreuses avec

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lesquelles ils vinrent assiéger Coastantûiople , tandis qiie ses liabitiaitts n'arment .que de faibles moyens de défeose ; si l'on observe que les Tqrcs. avaient .une anaée de plus de deux cent mille h<viimes, avec laquelle ils pressaient la ville de tons les côtés, par terre et par mer, tandis que le nombre des combattants qui défendaient sa vaste enceinte n'était que de huit mille; qu'ils étaient excités. par cette confîaitç£ que le fatalisme et la cause de leur Prophète leur inspirent toujours, ainsi que par les^succèsqui avaient constamment couronné leurs eutr^rises, tandis que les Grecs, au contraiiVi étaient abattus , non seulement par cette faible superstition qui faisait alors l'esy aence de leur religion, mais aussi par unesuite.de désastres qui les avaient accable^ et réduits à se\ renfermer dans leur ville comme dans leur dernier refuge , alorâ on admire la défeo^ vigiDurense qu'ils opposèrent à leurs ennemis , et à laquelle ils furent surtout animés par le génie et le patriotisme d'un seul homme :

«'était leur empereur, c'était Constantin Faléçlpgne. -,

Le nom de CpHStaDlin se présente plus fréquemment qu'a(Uc»n autre dans l'bi^oîre du Bas? Ënapire : jl fut porté par quatorze empereurs ; mais tous i^anqnèrçpt d'énergie , à l!exception du preuiîef , oelui qni foft^a. l'empire, et du deniier.

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celai qui le vit s'écrouler. Les détails de cette catastropbe, et le tableau que font les historiens du caractère et des efforts du dernier des Constaolins pour l'empêcher ou la retarder, ont le plus vif intérât. Il se dévoua tout entier à la cause de son pays ; et , lorsqu'il la vit perdue sans retour, il chercha la mort au milieu des ennemis, en rap~ p<;lant les plus belles époques delà Grèce et de Rome. Auprès de cette portç subsistent «More des brèches immenses, que les Turcs n'ont point réparées , et qui attestent la résistance vigoureuse qui leur fut faite , de même que Timpossibilité d'arrêter les torrents de Barbares qui se précipitèrent alors dans la ville conquise. Le corps de Constantin fut trouvé sur l'une de ces brèches, où il s'était placé comme le dernier obstacle opposé au vainqueur.

Un arbre magnifique élève ses rameaux audessus de cette ruine , comme pour marquer, dit Clarke , le lieu sacré oA succomba le dernier des Paléologues : cet arbre est de l'espèce appelée piêtacia terehinthus. Il était alors couvert de graines rouges : j'en recueillis quelques unes pour les apporter en Angleterre , afin d'y propager le souvenir d'un héros véritablement dévoué à sa patrie.

C'est aujourd'hui le seul souvenir qui reste de lui : il ne se- trouve pas une statue , une inscrip-

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tîon, une monnaie, une médaille du dernier des Constantins. 11 est bien remarquable que, tandis que les cabinets des curieur sont remplis des monnaies des faibles empereurs de son nom , et de ses prédécesseurs , il n'y en ait pas une de ce digne souverain , quoique le temps où il a vécu soit 'comparativement récent. Il existe cependant one médaille d'or avec la légende TLeatavrivoç ev ^û autoxparoî Ilalaioioj'Oï (^ Constantin Paléologue , empereur en Jésus-Christ ) ; mais Mionnet la croit supposée. Dans toutes les recherchés que j'ai faites dans l'Orient , je n'ai jamais entendu dire que quelqu'un eût une médaille de lui. Il fut tué en i453 , après avoir régfié cinq ans : les médailles de Jovieq , qui a régné mille ans avant lui, et seulement pendant six mois, sont au contraire assez communes.

Comme c'est de ce côté que les Russes menacent de s'approcher de Constanlinople, il est très probable qu'ils y entreront par cette porte ; et le même passage qui a reçu le Croissant s'ouvrira de nouveau pour la Croix. On sait que les Turcs s'attendent à cet événemeol; et dans leur prévision ils ne se bornent pas à des préparatifs militaires. Leur grand cimetierre est situé sur le rivage de l'Asie : oq le remarque par la grande quantité de cyprès qui , dajis une étendue consi'dérable , s'élèvent auprès -de Scutari. C'est peut-

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• être le plus vaste cimetierre qu'il y ait an monde : il a trois milles de longueur , et il s'accroît continuellement , à cause de la prédilection que les Turcs de Constantinople ont pour ce deiTiier asyle. Ils sont persuadés qu'ils seront forcés de se retirer en Asie, d'où ils sont venus, et ils veulent ' que leurs coips reposent dans un lieu où les infidèles chrétiens ne viennent point les troubler : en conséquence , la plus grande partie des Turcs qui meurent à Constantinople sont transpoilés par leurs amis de l'autre côté du Bosphore ; et le lieu où ils s'embarquent ordinairement est appe- . lé , h cause de cela : Meit-IskelU ( l'échelle de la mort ).

•> HPette impression dans leur esprit «st conBrmée par d'anciennes prophéties , et par d'autres circonstances fiitîles qui ont néanmoins une grande influence sar l'imagination faible et superstitieuse des Turcs. Il y a dans l'histoire de Constantinople des coïncidences de noms qui sont assez curieuses; cette ville a été conquise et perdue différentes fois par des personnes portant le mémenom. Les Latins s'en emparèrent sous un Baudouin, et ils en furent chassés sous un autre Baudouin ; elle fut rebâtie et choisie pour être le siège de l'empire grec par un Constantin fils d'Hélène, sous le patriarcat d'un Grégoire : elle fiH prise , et l'empire des Grecs fut détruit sons un Constantin fils

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d'Hâèoe, et pendant le patriarcal d'un Grcgo!^ Te; les Turca s'en emparèrent 60U3 un Mahomet j et ils sont fermement persuadés qu'ils la perdront BOUS un MaluHuet , qui est le nom du sultan actuellement régnant ; et , pour compléfer cette chaîne de noms , h Tépoqué où rinsurrection des Gkcs éclata, un Consfantio était l'héritier appa* rent du tnine de Bnsàe , et le patriarche de Constanlioople se nommait Grégoire : les Turcs ont p^ndace dernier, et Constantin a depuis abdiqué b couronne. Les Turcs sont persuadés que les événements arriveront comme ils ont été décrétés, et qne la fetale combinaison des noms de Mahomet, Grégoire et Constantin , détruira leur puissance en Europe.

~Non8 suivîmes, notre route en nous dirigeai^t vers la porte de Selyvria, d'où nous d^ions corn-' mencer à nous lancer dans la plaine. Vis-àrvis de celte porte , sur un mur de parapet élevé le limg de la route , étaient cinq pierres tûmulaires rangées sur une ligne, et qui formaient un objet frappant dans un petit cimetierre qui se trouvait là : elles étaient en marbre blanc, et surmontées de turbans, ce qui indiquait des personnes d'un rang élevé ; je reconnus que c'étaient les tombeau^ d'Ali-Pacha , de ses trois fils et de son petit-fils. La mort d'Âli #été racontée de diverses manières, qui, ponr la plupart, sont incorrectes. Les de-

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laile suivants de cet événement sont d'autant plus exacts, qu'ils ont été obtenus du Teis-effendi et de témoins oculaires pefsonneUement instruits dés faits.

Ali avait placé à Constântinople un Tore albanais , qui était son agent secret , pour arranger MS affiiires avec la Forte, et pour l'informer secrètement de tout ce qui se passait ; mais , soupçonnant que ce Turc s'était servi de son influence pour lui nuire , et qull avait trahi sa conHance , il résolut de s'en débarrasser. Les premières persoan» qu'il dépêcha à Constantin<^le eurent l'ordre de lui donner la mort avant de quitter la ville ; deux Albanais se chargèrent de cette commission. A leur arrivée, ils se rendirent d'abord chez le reifreffendi- avec kure dépêches d'Ali , et réparent les réponses qu'ils devaient lui porter ; ils allèrent ensuite à la maison de son agent. Comme les envoyés d'Ali en agissaient toujours ainsi , il n'y avait rien d'extraordinaire dans leur conduite. Toutefois , cet agent , devenu défiant , soit d'après la conscience de ses tOTts envers Ali , soit d'après quelques renseignements , au lieu de venir à sa porte , comme il le faisait ordinairement, se plaça à une fenêtre, d'où il leur demanda les lettres qu'ib avaient pour lui : ils feignirent de les chercher ; mais , au lieu de lettres , ib prirent laurs pistolets, et firent feu sur lài en même

temps : il fut blessé , mais ne perdit pas la vie. Les de^x Albanais partirent aussitôt au galop ; et, comme les Tartares porteurs de dépêches vont toujours ainsi, on les laissa sortir de la TÎUe sans obstacle. Cependant le blessé envoya à la Forte un détaU de ce qui avait eu lieu , et aussitôt on. fit partir de la cavalerie dans toutes les directions pour s'emparer des' fugitifs : ils furent atteints à Rodosto, à quatre-vingt-^x milles de Coostantî- Dople. L'un d'eux fut saisi , ramené et exécuté ; l'autre, après une vigoureuse résistance, s'échappa , et rejoignit Ali , auquel il resta fidèle jusqu'à la fin.

Cette circonstance fut la cause de la déposition d'Ali : la Porte exprima sou indignation de cette tentative d'assassinat sur un homme qui était placé sous sa protection, et dans la résidence même du calife des vrais croyants. Le firman par lequel AH était déposé, et son eangiac ou gouvernement donne à son ennemi, fut publié. Il refusa d'y obéir, et on délibéra pendant quelque temps à la Porte sur les mesures que l'on adopterait contre lui : sur l'avis d'Halet-Effendi, qui était alors au plus haut point de sa faveur, une armée fut envoyée contre Ali, Après difiérentes vicissitudes , il fut tellement prefâé par Hourchid- Pacha , qui commandait les forces envoyées contre lui , qu'il fut obligé de chercher un refuge dans la citadelle

de JaiHDa, arec environ cinquante hommes qai lui restèrent fidèles. Le lieu qu'il cboieit pour son dernier asyle était un bâtiment à trois étages : il occupait le plus élevé , avec les personnes ijui le servaient; ses trésors, que l'on croyait être immenses, étaient placés au-dessous, et le premier étage était rempUÉle poudre it canon et de matières, combustibles, disposées de manière à faire explosicui au premier signal.

Hoorchid , qui connaissait les localités de la forteresse et les dispositions qui avaient été faites, envoya vers AU son secrétaire, pour lui proposer de se rendre à discrétion, et de remettre la citadelle et son trésor en son pouvoir ; ee qui, d'après l'estrémilé oii il se trouvait réduit , était la seule détermination à adopter. Hourchïd lui fit dire en même temps qu'il était informé des préparatife qu'il avait faits poUr se faire sauter en l'air avec ses trésors ; mais qu&ce projet était inutile, parce que, s'il ne se décidait pas immédiatement à Ëiire ce que lui demandait Hourchid , celui-ci viendrait lai-même mettre le feu aux poudres. Cette communication , faite en termes précis , terrifia le vieux Ali , qui jusqu'alors n'avait voulu écouter aucune proposition : l'amour de la vie prévalut en lui , au moment où elle ne pouvait plus lui être d'aucun prix ; et il répondit que , prenant en considération l'état désespéré oi\

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il se trouvait , il se rendrait avec sa fortereaiie et ses trésors , pourvu qoË la vie lui fut assurée. Hoorchid répondit que cette condition ne pouvait dépendre que du sultan en personne ; qu'il enploiierait tous ses bons offices pour le servir en cette circonstance ; mais que , pour ûbtenir cette demande , il &llait qu'Ali se ]^àt de remettre sa forteresse et ses trésors au pouvoir d'Honrchid , et que , pour le moment , il pourrait se retirer dans unepelite lie du kc, auprès de la ville, pour y attendre la réponse da sultan. Ali demanda quelque temps pour réâécliir sur cette proposition j et) après plusieurs Conférences, il fut convenu que , suivi de sa petite troupe , il évacuerait la forteresse , et se retirerait dans l'Ile que l'on avait désignée ; mais qu'il laisserait dans la forteresse un homme en qui il avait confiance , et qui agirait solvant les circonstances. Si, au retour du coniTÎer envoyé à la Porte , Ali et ses compagnons avaient la vie sauve , la forteresse et ce qu'elle contenait seraient remis à Hourchid ; e'U en était autrement , tout devait sauter en l'air. L'homme à qui AU confia cette coinmission ex-^ traordinaire était connu par son intrépidité : OD l'appelait le petit Aehmet ; il avait été blessé i une jambe , et était devenu boiteux : il n'aundt pas hésité à accomplir la mission qui lui était confiée.

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Âii était le plus soupçooneax des hommes , parce qu'il en était en même temps le plus artiiicieos et le plus perfide ; il savait de plus qu'il traitait avec un ennemi dont la mauvaise foi égalait la sienne ; cependant , démentant le caractère qu'il avait montré jusqu'alors, se confiant dans une vague pr^jwsse , il se rendit; et dans sa vieillesse il nût u^ris extrême à une vie qu'il avait exposée mille fois avec la plus audacieuse indifiérence; Il fut reçu dans l'Ue par le lieutenant d'Hourchid, avec un nombre d'hommes égal à celui de la petite troupe d'Âli : on lui rendit les honneurs dus à son rang de pacha et de gouverneur. Plusieurs jours se passèrent, pendant lesquels on l'entoura de tant de soins, d'honneurs et de prévenances , que tous ses soupçons s'évanouirent, et il finit par donneri'ordre de remettre à Hourchid sa forteresse et ses trésors : celuici s'en empara aussitôt.

Ali craignit ensuite d'avoir commis une imprudence , et il demanda qu'un petit corps d'environ cent hommes , commandé par un de ses capital- ' nés, eût la faculté de venir le joindre : Hourchid y consentit; mais il fit entrer, de son côté , dans 111e, autant d'hommes qu'Âli en recevait.

Pifiérents pachas d'un rang inférieur venaient chaque jour rendre visite à Ali. Le 5 février, le gouverneur de la Morée , Mohamed-Pacha , vint

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aussi pour le saluer : ils enneat une longue cou- Tersalioa secrète, et une mutuelle aotitië parut s'établir entre eux. Mohamed invita Ali à lui faire connaître quels seraient les objets qui pourraient lui plaire pour sa table , a£u qu'il les lui procurât : le vieillard , après avoir parié de ses scrupules religieux , demand|bcependant une espèce de viu, qui lui fut promise aussitôt.

Après quelques autres paroles amicales, le pacha de la Morée se leva pour prendre congé d'Ali, et l'un et l'autre s'adressèrent des expressions affectueuses. Comme ils étaient du même rang , ils se levèrent en même temps du sopha sur lequel ils étaient assis. Le pacha de la Morée , en se retirant,. fit un salut cérémonieux en s'incliaant très bas; le pacha de Janina lelulrendit ens'inclînant de même ; mais , avant qu'il pût se redresser, Mohamed , tirant sou cimeterre , le plongea dansle corps d'Ali avec tant de force, qu'il le traversa et lui perça le cœur : Ali tomba mort à ses pieds. Son assassin sortit aussitôt tenant sou glaive couvert de sang , et annonça qu'Ali avait cesséde vivre. Quelques soldats de la suite de Mohamed seprécipitèrentaussitôtdansrappartement; et, après avoir séparé la tête d'Ali de son corps, ils la présentèrent à leurs camarades et aux soldats d'Ali coname étant celle d'un traître. Ces derniers, animés par Achmet le boiteux, attaquèrent

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aussitôt leurs adversaires, maisils furent Talocus; Acfaôict fut tué, et ceux des soldats d'Âli qui écbappèreat au carnage se joigiiireut aux vainqueurs , en criant F'ive le sultan et son visir Bourehid-Pacha! Telle a été exactement la fin d'AU-Pacha ; ce même homme qui avait si souvent trompé les autres, fut trompé à son tour, et justifia le mot latin relatif à la justice rétribulive : Vt necia artifices arte périrent sud.

Ce qai rendit celte circonstance remarquable, ce fut qu'elle eut lieu non seulement avec IVpprobationdu gouvernement turc, mais au moyen de ses instructions. Il s» vanta de cet acte de duplicité , et récompense des plus grands honneurs l'homme qui avait ainsi exécuté la volonté de son souverain.

On croyait généralement à Constantinople qu'Ali était amené dans cette ville; et on avait fait partir effectivement un tartàravem, sorte de voiture suspendue entre quatre mules , pour l'y transporter. Mais elle ne ramena que sa tête soigneusement enfermée dans une petite caisse. Le 24 février elle fut exposée dans la cour du sérail, où le public fut admis à la voir. Je pris un janissaire avec moi, et je me rendis au sérail pour être témoin d'un usage qui date des temps les plus reculés.

Comme Ali avait été pacha, sa tète était traitée

arec le rcepccl dû à son ancien/rang. Au lieu d'être mise à la'porte du sérail , coninie cela a lieu ordinairement, elle était pbcée dans un bas- . ain sur un pilier de marbre peu ëlevé, oi^ elle ressemblait, eiactement à la léïe de i^aiot J$an-£apr liste. Au-dessus, était placé un écrit contrant son accusation. Un boslandgi était à côté ^ triant une baguette hk la main : lorsque j'^rivai on me fit place pour que je puase conteiûplei' ce . spectacle- .

Les Turcs Sont fort experts dans L'art de pré» parer les tâ«B qu'ils -esposent ainsi. La forme extérieure, les traits T L'expTwsion.dn visage, sont conservés comme si la tête if aTait pas été déta-^ chéc du corps. La figure d'Âli était replète ; et , loin de porter les traces d'un âge avancé , elle avait tme expression de majesté et d'énergie : ses traits étaiant grands , agréables ,. et aiuiôuçaient un bommâ dont ra^)eGt avait dû êlre intposant. Oa.y remarquait l'apparence de la franchise et de l'enjouement , souis lesquelles , cependant, il cachait un cœur féroce et sans foi. Son front chauve était d'une laigenr remarquable; SUT le sommet de la tête était Une touffe de cheveux suivant la coutume des Albanais modernes et des anciens Grecs du même pays, x<¥«x<uf^««^c kXMM. Sa barbe, d'un gris argenté, était d'une longueur médiocre. Beaucoup de personnes

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HsaieDlavec une grande altenlion l'éciiteau placé au-dessus de la télé d'Alî ; je dis au janissaire qui ni'accompagnait que je serais fort aise de l'avoir quand on n'en aurait plus ^soin ; et, comme les Turcs font tout pour de l'argent, je lui promis une bonne récompense. Il fit part de mon désir au boatandgi^et, quelques jpursaprèS) , il m'apporta cet écrit, dont je joins ici le^c4foit/« avec sa traduction littérale.

Ali-Pacha avaitoccupé l'attention de toute l'Europe, etsurtoul celle de l'Angleterre; un marchand deConstantinoplecrut faire une bonnespéculation en achetant sa tête et le bassin dans lequel oli l'avait montrée , et en envoyant l'un et l'autre à Londres pour les exposer à la curiosité publique. Il nie dit qu'il en avait offert une somme considérable ; mais telle n'était pas la destinée dès restes d'Ali-Pacha. Soliman- Derviche , un de ses anciens collègues , qui lui avait servi d'agent confidentiel dans plusieurs négociations importantes, conçut un projet plus noble , bien que ce brave musulman eût eu à se plaindre du pacha de Janina. Des querelles d'opinions s'étant élevées entre eux , il fut obligé de se séparer d'Ali, et se retira dans un couvent où il se fit derviche. A la nouvelle de la mort de son vieil ami , Soliman éprouva le plus vif chagrin et acheta ,. de l'exécuteur public chaîné de la faire cxpoew,

la lête d'Aii, pour laquelle il donna un prixbeaucoup plus élevë que celui qu'offrait le marchand. Il obtint ensuite celles des trois fil^ et du petjt-fils du pacha de Janina,qiii furent décapités après lui sous divers prétextes; il les déposa vis-à-vis de la porte de Selyvria, et les recouvrît de pierres tumulaires. Les voyageurs qui entrent dans Constaotinople par cette porte peuvent voir " cesnionamenlset apprendre quelle fut la destinée de' ceux qu'ils renferment.

Soliman fit graver sur ces pierres les inscriptions suivantes. Sur la première : « Ci-gît la tête « du très célèbre Tépédelenly-Ali-Pacha, gou- <c verueur du sangiac de JaniDa;qui, pendant <i plus decinquante ans, travailla à l'indépendance « dèl'Albanie». Sur la deuxième : «Ci-gltlatéle ' « de Véli-Pacha gouverneur de Tirhala, fils « d'Ali-Pacha, gouverneur de Janina, qol fut « condamné à avoir la tète tranchée ». Sur la troisième : « Ci-gît la tête de Muhtar-Pacha à « deux queues , commandant d'Arlonia , fils « d'Ali-Pacha, gouverneur de Janina , qui fut «condamné à avoir la tête tranchée ». Sur la quatrième : « Ci-git la tête de Saalih-Pacha à « deux queues , commandant de Lepante , fils > « d'Ali-Pacha , gouverneur de Janina , qui fut « condamné à avoirla tèle tranchée. Sur la cinquième : « Ci-git la tête de Mejiemet-Pacha à

n denx queues, commandant de Detvina, fils de « Véli-Pacba gouverneur de Tirhala , qui fut « condamné à avoir la tête tranchée ». Toutes ces pierres portent la date de Gemazeel-^heer laS^, qui correspond à notre mois de ievrier

Véli-Pacha avait, comme son père, amassé des richesses immenses, qu'il confia à une maison de banque anglaisede Sainte-Maure , lorsqu'il fut obli- * gé de quitter l'Albanie. Après être resié quelque temps dans ce pays , Téli craignit une insurrection de la part des Grecs. £n effet , ils pouvaient apprendre que ses trésors étaient déposés à Sainte- Maure , ville défendue par une faible garnison , y faire une descente , et les enlever sans peine. Il eut donc la précaution de les envoyer à Malte, sur uu vaisseau deguerre. Depuis ce temps on ignore ce qu'ils sont devenus.

Quant aux trésors d'Ali, qu'on disait si consirables, ils trompèrent l'avidité de ceux qui avaient voulu s'en emparer. On suppose , du ' moins c'est ce qu^a prétendu la femme d'Ali , qu'une grande partie de ses richesses fut envoyée aux Grecs insurgés, avec lesquels il avait des in-' tcUigences , pour les .mettre à même de venir à son secours et de faire lever le siège de Janina.

Laf^ume d'Ali, nommée Vasilissa {'Baaiki.'rax), était fille d'un prêtre grec de Janina. Son époux

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Taimait éperduement . Le bruit courut qu'elle Pavait trahi,. et qu'elle devait recevoir poar récompense trois ehifliea , certaine étendue de terrain. 11 est constant qu'elle employa tous les moyens pour le dissuader de mettre à exécution le projet désespéré qu'il avait formé de se faire sauter avec elle et ses trésors. On sait aussi que ce fût elle qui favorisa les conféreocesqu'îleut avec Hourchid ; mais il ne parait pas que les soupçons dont elle a été l'objet fussent fondés. Le 19 mars , peu de temps après l'exposition de la tête d'Ali-Pacha , elle arriva à Constantinople dans un aruba, ou voilure turque tifée par des buffles. Elle fut envoyée à la résidence du patriarche , et mise scms sa responsabilité ; c'est là que je la vis. Yasiliss^i est une belle femme , d'environ trentecinqans.ËUeestremarquable par l'élégance desformes. Jamais elle .ne sort de son appartement, si ce n'estpouTserendre à l'église patriarcale, qui n'en est séparée que par une cour. Alors méme^ elle est couverte d'un long voile. Elle est dans un état de dénûment si complet , qu'il fut proposé d'ouvrir en sa faveur une souscription que je fus chargé de recueillir. La situation de son frère , enfermé dans la prison de Bostangee-Bashee , est encore plus déplorable. Je ne prétends pas conclure de là qu'elle soit innocente; car, en Turquie, 11 arrive souvent que l'on ne reçoit pas une récom-

EN ttJRQUIE. 4g

peDSc qui a. été promise et mérita ; mais ceux qui l'ont connue se plaisent à dire qu'elle iiit toujours bonne et affable. AU trouva en elle une compagne fidèle , malgré la disproportion de leur Sige ; ses charmes lui avaient donné une grande in- 0uencesarlui, mais elle n'en usa jamais qaepour . servir ceux qui s'adressèrent à elle.

On lira sans doute ici avec intérêt quelques détails SUT Halet-Effendi , l'ennemi acharné d'Ali. Il fut l'instigateur de la guerre qui causa la raine du pacha de Janina. La mort de cet homme si puissant, dont les circonstances'n'ont été racontées avec exactitude par aucun écrivain, se rattache à la destruction du corps des janissaires.

Halet-Effendi avait été ambassadeur en France. Après être resté quelques années dans cette cour, il retourna en Turquie avec une teinture de la littérature européenne. Le sultan , satisfait des connaissances qu'il avait acquises , le nomma Nizandgi, ou gardien de son cachet. L'ambition d'Hatet fut peu flattée d'un poste qui ne donnait ni autorité ni patronage. Il sut acquérir un ' tel ascendant sur l'esprit du sultan, et une si grande prépondérance dans les décisions du cabinet turc , que , pendant plusieurs années, ce fut lui qui tint , pour ainsi dire, les rênes du gouvernement. Cette secrète influence , quoique non reconnue ouvertement, était sue de

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So VOYACE

tout le monde. Comme il était fecile de le prévoir, elle devint importune à ceux qui exerçaient des fonctions officielles, et elle déplut particulièrement aux janissaires, qui ne pouvaient voir, sans jalousie , dicter au sultau d'autres lois que celles qu'ils prétendaient lui prescrire. Le mécontentement s'accrut et devint général ; les vivres étaient, à cette époque, rares et chers; le peuple se plaignait hautement de toutes parts, et quelques troubles eurent lieu. On sait que . c'est aux derviches que les janissaires doivent leur institution ; aussi, remarquait-on parmi ceux qui avaient le plus d'empire sur eux un des membres de cet ordre, nonnné Hadgé-Bectash. Dans l'année de l'hégire ^63, Mouradalgase, troisième successeur d'Othman, institua un nouvel ordre militaire. 11 prit un cinquième des prisonniers faits sur les Grecs pour instruire ces troupes dans l'art de la guerre; et, aBn d'eu assurer la sta^ bilité , il voulut la fonder sur les préjugés religieux du peuple. Il les envoya vers un derviche , nommé Âl-Hadgé-Beclash , qui jouissait de la plus grande réputation de sainteté. Cet homme coupa une manche de sa tunîqne, la mit sur la tète de l'aga, et, bénissant les troupes, il les nomma Yeni-teri, ou nouveaux soldais. Elles avaient conservé ce nom, quin'avait éprouvé qu'une légère altération ; et lorsque l'aga.des janissaires étaitcn

EN TURQUIE. Si

Uoifornie, it portait la manche du derviche. Les janissaires inanifestaient le plus profond res^ pect pour celui qui leur avait fait ce don ': aussi le derviche Hadgé-Bectash possédait-il toute leur confiance, comme descendant de leur patron; et c'est lui qu'ils chaînèrent de tracer à Halet-Efièndi un tableau des misères publiques. Il le fit avec trop d'énergie : Halet s'en offensa ; et , le 38 février 1833, Hadgé-fiectash fut banni de Constantinople. On fit courir le bruit qu'il s'était rendu en Perse , où les affaires de son couvent l'appelaient fréquemment ; cependant il ne reparut pas , et on eut lieu de croire qu'il avait , été étJanglé.

Les janissaires, indignés d'un pareil traitement, tinrent de fréquentes assemblées ; et le résultat de leurs délibérations fut qu'on demanderait au sultan le renvoi de sept de ses ministres qui s'étaient montrés les plus mal disposes à leur égard. La pétition qui renfermait l'objet de leurs désirs fut présentée au sultan , dans la forme accoutumée , le vendredi 1" novembre 1822, au moment oi\ il allaita ta mosquée.TousIes vendredis, qui, chez les Turcs, sont les jours du sabbat, le sultan se rend^ à cheval, à une des mosquées de la ville, autant pour donner à ses sujets un exemple de piété que pour se montrer à leurs yeux. La mosquée qu'il doit visiter est désignée d'avance-, et quiconque

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5a VOYAGE

veut lui présenter un placet peat profiter de cette occasioti. Le jour de la présentation de celui des janissaires, jevisnn homme qui s'était placé dans la rue, de manière à être aperçu , et qui, lorsque le sultan passa , agita une grande feuille de papier , qu'il mit sur sa tête en ' la tenant des deux mains. Le sultan le remarqua , et fit un signe à quelqu'un de sa suite , qui prit la'feuille , la mit dans un sac , et le cortège poursuivit sa marche.

Les janissaires attendaient une réponse avec anxiété; mais leur espoir fut trompé. Ils chargèrent leur aga de demander une explication au grand-seigneur le vendredi suivant. L'aga s'adressa au sultan au moment où il lui tenait l'étrier pour descendre de cheval à h porte de la mos- 4|uée. Mahmoud exprima ^ surprise, et répondit qu'il ignorait qu'une pétition eût été présentée. L'aga exposa avec force, et en peu de mots, l'état des choses , et fit comprendre au sultan combien il était nécessaire de faire droit immédiatement aux plaintes des janissaires. Alarmé de ce qu'il venait d'apprendre, le sultan parcoanit incognito pendant plusieurs jours les rues et les cafés de Gonstantinople, comme l'avait fait son prédécesseur Haroun-Alraschild. A la faveur de son déguisement il fut bientôt convaincu de la vérité des paroles de l'aga : le lo noTËrabre, le mi-

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nistère fut dissous , et quatre des membres qui le composaient furent exilés dans l'Âsie-M ineurc.

On publia qu'Halet-Effendl , le plus détesté de tous, avait été étranglé sur-k-champ, pour calmer le ressentiment des janissaires. Maisc'étaitun faux bruit : il devait fournir un nouvel exemple de la mauvaise foi des Turcs dans leurs transactioDS. Le sultan , qui était personnellement attaché à Haict, l'assura de sa protection lorsqu'il fat obligé de le renvoyer du ministère ; et, pour confirmer sa parole , il lui donna un sauf - conduit écrit de sa propre main. Il lui promit, en outre, de le rappeler aussitôt que l'effervescence serait apaisée, et il lui ordonna de se rendre à Brousse, comme le lieu d'exil le plus agréable. Halet partit, plein de confiance , escorté de quarante cavaliers qu'on lui avait donnés comme garde d'honneur, et portant son sanf-conduit dans son sein. Fendant la route , il reçut l'ordre de se diriger sur Konia, et ce changement lui parut une nouvelle preuve de la bienveillance du sultan. Four rentrer en grâce auprès des janissaires , il se fit membre d'un collège de derviches. Il y en avait mi considérable à Konia , et c'est parmi eux qu'il avait l'intention de se retirer pour vivre dans une parfaite sécurité, protégé par leur renom de sainteté. Il marchait h petites journées, et recevait , comme au temps de sa grandeur, les mar-

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qu» de respect que lui prodiguaient les autorité^

des TÏlles qu'il traversait..

Près d'arriver à Bola-Ya^ee , village où il voulait s'arrêter , il vît passer avec rapidité un ehouash à la télé de vingt cavaliers.. C'était vers Halet lui-même qu'il était dépéché, et il était porteur d'un firmau du sultau qui lui ordonnait de trancher la tête de son ancien ministre. Il instruisit le muxxellim, ou gouverneur, de Bola-r y ashee AjS l'objet de sa fission , et lui apprit que sa victime le suivait de près. Ils convinrent que l'ordre serait exécuté sur-le-champ, -et qu'on ne permettrait pas à Halct de continuer sa marche jusqu'à Konia, de peur que les derviches ne s'opposassent à l'accomplissement de l'ordre du sultan.' Tout étant prévu, le oiuzzeUim, accompagné de sa suite, alla recevoir Halet à la porte de la ville, avec toutes les démonstrations de respect d'usage, te fit entrer dans sa nqaison , et, après avoir pris le café, ils se placèrent sur un divan, fumant leurs pipes, et conversant amicalement ; l'un sans, défiance, et l'autre s'étudiant à ne laisser rien échapper qui put éveiller les soupçons d'Halet.

L'csécnteur entra alors dans la chambre , et montra le firman du sultan qui ordonnait 1» mort d'Halet. Celui-ci , pour toute réponse , présenta froidement le sauf-conduit qu'il portait. Mais le rauzzellim , les ayant examinés tous les deux ,

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déclara que la date de l'arrêt de mort était la plus récente. Halet proposa alors de continuer sa roule jusqu'à Konia, et d'adresser au sultan une lettre pour le prier de rectifier ce qu'il assurait élre ' une erreur ; mais l'exécuteur ne voulut consentir à aucun délai , et, pour mettre fin à toute discussion, il étrangla le malheureux Halet svr le dÎTan où il était couché. Il lui trancha la tête , et la rapporta à Constantinuple avec autant de célérité qu'il en avait mis à venir la chercher. Elle fiit exposée, comme c'était l'usage , dans la courdu Sérail , sur le même pilier qui avait reçu , peu de mois auparavant , celle de son ennemi Ali-Pacha. Elle ne fut pas traitée avec le même respect par ceux qui furent chargés de l'embaumer , car ils ta défigurèrent effroyablemeol. Un grand concours de peuple se rendit au Sérail pour la voir; et, si l'on considère l'apathie ordinaire aux Turcs , on trouvera dans cette affluence uoe preuve irrécusable de l'impopularité d'Halet-Effendi. Cet événement me rappela le sort de SéjaB , et je m'écriai , en voyant cette foule :

....... Ducitur uuco

Spectf ndiu. Gaudent omnes. — Quae tabral -^ quis jUi Vdlu8 «rat! — ouaquam, li qatdpihicredU, anuvi. HuQC bomiuBm

Parmi les actes de la munificence d'Haiet , on remarque le projet que Ini avaient inspiré- les

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idées qu'il avait adoptées peodànt son séjour en France. Il fit construire une superbe bibliothèque au collège des derviches dansants , à Kiontonpkane , dans le faubourg de Fera ; et, imitant Vesemple de Eachûb , visir d'Osman m , il fit élerer, dans une des cours de cet édifice , un magnifique mausolée où son corps devait être déposé après sa mort. Sa £»nme, avec qui il n'avait pas vécu en bonne intelligence , conçut une si grande joie à lâ nouvelle de l'exécution de son mari, qu'elle sacrifia deux moutons et qu'elle vint voir exposer sa tête'. Cependant elle fut épouvantée à cet horrible aspect; et, revenant h deg sentiments moins cruels, elle l'acheta 3,000 piastres, et la déposa dans un superbe tombeau. La mort d'Halet ne suffît pas pour apaiser la fureur des janissaires. Ils demandèrent que sa tète fût jetée à là mer; et, malgré ceux qui s'opposèrent à ce projet, elle fut exhumée, portée à la pointe du Sérail et précipitée dans le Bosphore. Les richesses qu'Halet avait amassées étaientimmenses. Comme les biens de ceux qui meurent par le dernier supplice, et principalement des homme3 qui occupent des places dans le gouvernement , rentrent dans le trésor public , ils ont soin , pour conserver une partie de leur fortune à leur famille, de la déposer entre les mainsd'un saraf;ou banquier, qui, le plus souvent, est un juif ou un Arménien. Ce dépûtest

fait de confiance, et sur l'honneur de celui qui le reçoit : car rien ne prouve qu'il ai t ëté fait, et rien ne peut empêcher le dépositaire de se l'approprier ; ma is il s'expose aux plus horribles dangers en retenant ce qui a été remis entre ses mains. La première chose que l'on fait lorsqu'on exécute un homme ■ revêtu d'une charge publique est 'de mettre les scellés dans sa maison ; la seconde est de s'assurer de la personne de son banquier , et, si l'on a le moindre soupçon sur la fidélité de celui-ci, on lui jait souffrir la torture pour lui arracher l'aveu de sa fourberie. Le baron de Tott rapporte que tel fut le sort du banquier arménien de Rhagib ; tel fut aussi celui du banquier juif d'Idalet-Effendi. 11 s'appelait Hazekiel , et n'avait pas une bonne réputation. On le vit parmi ceux qui vinrent voir exposer la tête d'Halet, et il riait, ou affectait de rire du sort de son bienfaiteur. Sa maison , qui était sur les bords du fios^hore, à Kourou-Cbes- . mé , frit visitée , et l'on y découvrit plusieurs grands coffres remplis d'or et de pierreries. Un habitant de Kourou-Chesmé m'a dit qu'Hazekiel avait employé huit hummals, ou porte-fàix , pour . transporter plusieurs caisses sur un bâtiment qui devait faire voile pour Constantinople ; mais, lorsqu'on les y eut déposées , le bâtiment fut coulé à fond. Il remit au gouveroemeot cinq millions de piastres ; cette somme ne pau^pas suffisante , et

le malheureux juif fîit mis h, la torture -jusqu'à ce qu'il eut encore dooué trois otilUons : ainsi l'éiat recueillit , après la mort d'Halét , huit millions de piastres , ou 3oo,ooo hv. st.

La. mort d'Halet n'a pas été la cause immédiate de la destruction des .janissaires , mais elle y a contribué .essentiellement. Le sultaa actuel ressemble , sons plusieurs rapports , à Pierrc-le- Grand. C'est la même détermination dans les choses entreprises , la même éoei^ie dans l'exécution , et la même sévérité dans Paccomplissement de ses arrêts. Gomme Pierre-Ie-Grand , il u'a pu souffrir l'arrogance de sa garde prétorienne -: Pierre se délirra de ses strelitzs, et Mahmoud a brisé le joug que lui imposaient les' janissaires. Depuis long-temps le gouvernement formait le projet d'introduire Ta discipline européwtne dans l'armée turque. Sélim, prédécesseur de Mahmoud, avait tenté de le mettre à exécution j mais le temps n'était pas venu : il périt victime de la rage des janissaires. Cependant la guerre contre les Grecs convainquit les plus opiniâtres de la nécessité de ce changement. On vit quels avantages les troupes égyptiennes, quoique bien inférieures aux troupes turques , en avaient retirés dans les affaires de Morëe. Le sultan résolut de £iire une nouvelle tentative. Si les janissaires restaient ptià^les dans le commeuceivent ,

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EN TURQUIE. Sg

il était sûr de les ternir en respect à l'avenir avec ses troupes dteciplinées; s'ils se montraient contraires à ses vœujE, il était résolu à les exterminer jusqu'au ideroier.

Il sut amener la majorité des oflEciers janissaires à prendre part à son projet : il gagna les uns avec de l'argent et des promesses , . il efEraja les plus mutins par des menaces et des exemples terribles. Pour s'assurer de leurs bras, et leur ôter tout moyen de ae rétracter , il exigea d'eux une déclaration écrite, par laquelle ils approuvaient son plau , et s'engageaient à en favoriser l'exécution. Ils convinrent de fouinir cent cinquante ' Jiommes de Cbsuple otia, ou régiment^ et des officiers égyptiens qtti étaient déjà au fait de la ta«- Uque européenne forent envoyés pour dresser et discipliner ces nouvelles troupes. Les Turcs , comme tous les peuples ignorants , ajoutent plus d'importance aux mots qu'aux choses : aussi étaitil nécessaire de les ménager sur ce point. Les premiers régiments que Sélim avait essayé de ' discipliner avaient été appelés Nizam-Dgedit,on nouvelle régie , cl rien que ce nom, qui établissait une innovation au détriment des anciens usages, avait suis pour indisposer l'armée. Mahmoud rejeta ce nom de mauvais augure ; il employa , au contraire , celui de Nizam-Attick , ou vieille règle : les troupes furent satisfaites. Il fut

6o VOYAGE

déclaré, 'en outre, que o'élail purement le rëtablissement d'âne ancieDue institution de Soliman I. Ce subterfuge réussit, et les soldats comiliencèrcnt à être soumis à une disc^line régulière.

Ils firent de si rapides progrès, que l'ordre d'une revue générale à VElmeidam * fut donné pour le i5 juin. Lesultan, les ulémas et les ministresdeTaieDtjassîster.L'Etmeidam est unegrande place au centre de la ville , dont la jouissance était réservée aux janissaires. On y entre par une superbe grille qui fait face à an édifice qui porte, en gros caractères turcs, l'inscription suivante : « C'est ici le lieu où l'on distribue la nourriture « aux janissaires ». On l'agrandit, et oo y fit certains changements pour la revue qui devait avoir lieu le i5.

La veille , les difiérenls corps reçurent l'ordre de se réunir sur cette place pour ^(udiér les évolutions qu'ils devaient exécuter le lendemain devant le sultan. Ce fut alors , pour la première fois, qu'ils s'aperçurent qu'on leur faisait faire ce qu'ils a paient juré de ne jamais apprendre. Un bairaciar ou porte^tendard , s'écria aussitôt qu'il fut firappë de cette idée : « Mais cela ressemble

" Etmeidam veut dire littéralement place de U nourriture.

EN TURQUIE. 6i

« aux manœuvres des Russes. » Uti autre répondit : « C'est pis encore ». Ces mots excitèrent an murmure général. L'aga des janissaires , h qui l!on rapporta les paroles du porte-étendard , lui adressa une sévère' réprimande , et' un olBcier égyptien eut l'imprudence de frapper au visage «elui qui avait répondu. Ce fut le signal de la ré- - Tolte. La disciplinefut abandonnée, et le trouble bientôt h Son comble. Les troupes se dispersèrent dans les rues, volant et insultant tous ceux qu'elles rencontraient. Le mécontentement paraissait si général , que la police ne prit aucuns moyens pour mettre un frein à leur fureur- L'aga des ja- Bissaires s'était surtout attiré leur courroux, par le soin qu'il avait mis à favoriser le nouveau plan de discipline. Une partie dosrévoltésenvaliirentsa • maison pour l'assassiner, mais il avait eu le temps de fuir. Ils immolèrent à sa place son kia^ , ou lieutenant , brisèrent tout ce qu'ils purent trouver dans la maison ; et, dans leur rage, ils'sepor- tèrcnt au dernier excès que puisse commettre.nn musulman : ils enfoncèrent les portes de son harem , et violèrent ses femmes. Le sultan était dans ce moment à Beshiktash-Kiosk , situé h quelques milles, dans le haut du Bosphore. L'aga des janissaires, le grand-visir et les autres ministres allèrent sur-le-champ l'informer de ce qui se passait.

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éi VOYAGE

A péiticavaienl-iU qaitté le Palais de la Porte ) qti'il fut entouré par les rëvoUis. La populace s'était jointe à eux. Cette multitude effrénée offrait l'aspect le pins dégoûtant. Les janissaireft avaient foolé ans pieds leur uniforme, et le reste de leurs vêtements était délabré. Il commencé* rentpàr démolir le palais, qu'ils pillèrent, en emportant tout ce qui leur parut avoir quelque valeur. Ils détruisirent aussi les archives, dont ils supposaient qu'on avait tiré lenr nouvelle organisation. ' ,

Les janissaires déployèrent, dans cette occasion , un esprit de résolution qu'ils n'avaient jamais manifesté que dans les circonstances extrêmes. Etant venu à la ville , la première chose qui frappa mes regards , et qu'il me semblait singulier de voir dans les rues de Constantinople , fut un homme extraordinairemcnt gros , ayant une veste de cuir avec des ornements d'étain , et agitant" un fouet fait avec des lanières de cuir. Il était suivi de deux hommes aussi bizarrement flccoutrés, et qui portaient, suspendue à un bî^lon, une grande chaudi^ de cuivre. Ils parcouraient les principales rues avec un air d'autorité, et chacun s'empressait de se ranger pour leur laisser un libre passage. J'appris que c'était la marmite d'un corps de janissaires, pour laquelle on' conservait toujours le plus grand respect. En effet, la soupe

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EN ttiRQUiE. 6S

était ifn caractère si distiDclif de cette troupe > que leur colonel s'apeilait TchorBadgé, ou dislri- , buteur de soupe. Leur marmite était leur étendard ; et , lorsqu'ils la sortaient de leur caserne , c'était le signe d'un projet désespéré. Les marmites des différents cotps furent donc -portées à r£tmeiâatn, renversées au milieu de b place , ef, . dans un court espace de temps, vingt mille hommes furent rassemblés dans ce lieu- La crise que le sultan redoutait et souhaitait tout à la fois allait donc éclater. Il mit aussitôt en œuvre toutes les ressources qu'il avait préparées d'avance pour cet événement. Il ordonna d'abord secrètement à l*aga-pacha de Yenikui et au tapgéi-bashi , ou commandant de Tartillerie^de se tenir prêts à marcher avec toutes leurs forces, s'ilétait nécessaire; et il convoqua un conseil nombrcos. Il esposa la conduite des janissaires, leur esprit de révolte, et l'impossibilité où il était de les soumettre à une discipline, etil déclara qu'il était dans l'intention de ne pas souffrir leur arrogance , ou de passer en Asie , et de laisser à leur merciConstantinople et ïa Turquie européenne. Il proposa, comme une mesure urgente , de sortir le Sand- Jdeksckérijf^ .Celte idée futadoptée à l'unanimité',

* LMtenddrd de Mahomet, pour lequel. les nuisulmans ont la plus grande vénération.

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et des ordres furent donnés sur-lenrhamp à ce sujet , On ne sort cette relique sacrée, qai, dit-on, est faite arec ua Tétcment de Mabomet , que dans les occasions les plus solennelles ; il y avait cinquante ans qu'on ne l'avait vue à Constantinople. On la prit an trésor impérial , et on la porta à la mosquée impériale du sultan Achmet.Lesulemas et les softas marcliaient devant, et Iç sultan, accompagné de sa cour, suivait derrière récitant le coran. Les/e^ox ou crieurs publics furentenvoyés de toutes parts pour annoncer cette nonvelle, et, en peu de temps, elle fut connue de toute la ville. Ce fut un grand acte de politique de la part de Mahmouçl , car il mit en jeu par ce moyen et les préjugés et le fanatisme de toute la.nation. Aus- , sitôt que le peuple fut instruit de cet événement , des milliers d'hommes accoururent se ranger sous - l'étendard en donnant des marques du plus vif enthousiasme. Le muphti planta le sandjàckshérïffsur la chaire de la magnifique mosquée d'Achnaet, et le sultan prononça un anathème contre ceux qui refuseraient de s'y rallier.

Les troupes d'Aga- Pacha arrivèrent bientôt du Bosphore, et le topgee-bashi fit parquer son artillerie h Jali-KJosk,sou5 les murs du Sérail. Les galiondgisy ou marins , et les bostandgis , ou employés, des jardins, avaient été aussi mis sous les armes, de sorte que les moyens d'exécution paru-

EN tURQOlE. 65

rent aussi bien calculés que le plaa. Quelques rebelles qui s'étaient réunis aux janissaires se re- tirèrent dans le port ; mais ils n'étaient qu'une poignée, et sentaient déjà que leur cause était dés-' espérée. .

Quatre officicrasupérieurs furent envoyés à !'£ t* mcidam pouroffrir aus janissaires leur pardon de la part da sultan, s'ils consentaient & se désister de leurs demandes, à reconnaître leur erreur, et à se disperser sur-le-«bamp. IlsrejetèrentcesiJropositions arec mépris. L'expérience de plusieurs siècles leur avait appris qu'ils n'avaient qu'à persister dans leur exigence pour obtenii* ce qu'ils voulaient. Dans cette conviction, ils donnèrent la mort à ceux qui avaient oeé leur proposer de se soumettre. Ils demandèrent pe'remptoirement que le sultan renonçât pour toujours à ses projets d'innovation , et que le grand-visir, l'agapacha , leur aga et Nègib Efièndi , l'agent égyptien, fussent remis entre leurs mains pour être punis comme coupables d'avoir voulu changer les anciens usages de l'empire. Le sultan s'adressa alors au sheik-islam, et lui demanda s'il pouvait réduire par la force ses sujets rebelles. Sur la réponse affirmative du sheik , le sultan répliqua : c Donnez-moi un fetva qui m'autorise à les ex- « terminer s'ils résistent. » Il obtint ce qu'i| demandait, et le sort des janissaires fut décidé.

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66 VOr AGE

L'aga-pacha, à I» télé de aot&ante mille hommes sur lesquels il pouvait compter, chargea-les janissaires d'après l'ordre qu'il em avait reçu. Ceroés de. toutes parts dans TElmeidam, où ils étaient rassemblés confusément et sans nul soupçon du sort qui les menaçait , ils ne purent rédster Le carnage fut terrible. Il ed resta la moitié sur la place ; les autres purent à peine se réfi^ier dans^ leurs kislas , ou casernes. Après le refus de se rendre à quelque condition qbe ce fôt, l'aga fit mettre le feu aux kislas. On peut jugei: quelle fut alors leur »tuatioa : ceux qui échappaient au fea périssaient par le fer^ Cependant leur dësespwr fut fatal à l'aga-pacha , qui perdit un nombre considéraiile d'hommes, eut quatre chevaux turâ sous lui, et reçut plusieurs blessures. Enfin la résistance cessa avec le dernier des janissaires , qui s'étaient retirés dans ks casernes. La fiainme s'apaisa , et le soleil du lendemain vint éclairer un tableau épouvantable : des ruines incendiées « éteintes dans le sang , et des monceaux de corps ensevelis sous la cendre fumante.

Fendant les deux jours qui suivirent , les portes de Constantinople restèrent fermées, à Vexception d'une seule, par où purent entrer lesifidèles musublians de la campagne qui vinrent en foule, guidés par l'imaum , ou prêtre de la paroisse, pour voir le .Sandjak-^ériff. Ceux des ja-

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EN fORQÛIE. 67

nisSâires qui araient pu échapper au carnage de l'Etmeidan furent immolés sans quartier : de sorte que le6 rues comme les caseraes étaient jonchées de aiort. Pendant toat, ce temps , amnin chrétien ne put entrer dans Constantinople, sous quelque prétexte que ce fÙt ; et , quoique Péra ne soit séparé de la ville que par un canal-, il y régna la -plus parfaite tranquillité. Chacuu raqua sans interruption à ses occupations journalières ; et peut-être n'y aurait-on rien su de ce qui se passait à Constantinople si ce n'eût été par la vue des flammes et !e bruit du canon.

L'exposition du Sandjakrshériff attira beaucoup de monde à Constantinople : c'était pour les musulmans une chose aussi rare que sainte , et beaucoup d'entre eux regardaient cette visite comme un pèlerinage au tombeaii du Prophète . Le sultan parut alors avec l'uniforme des nouvelles troupes, et se rendit à la mosquée , escorté des grands dignitaires, des Topghees et des Cromboradgees, qui remplaçaient les janissaires. Les étendards de ces derniers, qui flottaient à la porte d'un grand nombre de maisons et de corps-de-gardes de la ville , et qui indiquaient le pouvoir et l'influence dec corps auxquels ils appartenaient , furent arrachés et mis en pièces. Le lendemain, le sultan nnathématisa publiquement tout le corps des janissaires, défendît que leur noïn fût jamais pro-

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es VOYAGE

nonce, etdonna aux nouvelles troupes celui d'As-sakiri-Mohasmoodich , ou forces, de Mahomet.

Le soir même les fellas proclamèrent partout que la tranquillité était rétablie^

On n'est pas d'accord sur le nombre des janissaires qui ont péri dans cette joarnée. Outre ceux qui trouvèrent la mort à l'Ëtmeidam , dans les casernes et dans les rues, une grande quantité furent étranglés dans les maisons où ils s'étaient réfugia. On croit qu'il n'est pas échappé à la mort un seul membre de ce corps immense. Tous les officiers , à l'exception de quelques uns d'un baut-iang qui prirent parti pour le sultan, périrent les armes h la main : on pense généralement tpi'il en a été extermina vingt mille ! Des arubas et autres voitures furent employées pentUint plusieurs jours à transporter les corps morts , qu'on jeta dans le port et dans le Bosphore.

On les voyait flotter sur la mer de Marmara ; souvent même les vents les jetaient sur le rivage.

La surface des eaux était recouverte de ces débris , qui entravaient la marche des bâtiments , et l'on a pu répéter avec vérité ce qu'un poète a dit du vaisseau de Xersès , que les corps de ses soldats empêchaient d'avancer :

Fluctitmg, ac tarda pérdensa cadavera prora.

Depuis la destruction des jiiDÎssaires, on a rc-

hiarqué à Conslanlinople une inoriïe Iranquil-

■ lité , que rien n'a pu troubler. Si , à l'époque des premières nouTelLes du combat de NaTarin, l'esprit public eût été aussi facile à irriter qu'au moment' de la rérolle des Grecs, il est très probable qu'aucun Franc n'eût échappé à la

.fureur d'une populace que 'rien n'aurait pu arrêter; mais les esprit^ étaient subjugués et le courage abattu.

Il reste à éprouver maintenant si la discipline des nouveaux corps pourra remplacer cette énergie indomptée que les janissaires portaient dans les combats. Si la nouvelle organisation était établie , si le tempsai-^it habitué le Turc à. la discipline , et si la pratique l'avait rendu habile , certainement cette innovation ne ferait que retrem per un système qui commençait à perdre de sa force et de sa vigueur; mais l'empire lurc est actuellement dans un état de faiblesse alarmant : la vieille milice est détruite , la nouvelle n'est pas encore organisée , l'ardeur du peuple est refroidie, l'attachement au souverain est aliéné. £t quand se troove-t-il privé de ces avantages ? C'est au moment le plus critique, au moment où il a à lutter contre des forces plus considérables que celles qu'il ait jamais eues à combattre dans le teijips de ?a plus grande puissance.

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Le saltan actœl , qai vient d'effectuer oe que [daûeuTsde ses prëdéeesseurs avaient laiitilement tenté de faire , est ud homme dans la vigueur de rage. Il succéda en i8od à son frère Mustapha : , ainsi il y a vingt ans qu'il est sur Iç trône. Je crois qu'il est le seui qui existe encore de trente en&iits que son père a laissés, quinze garçons et quinze filles ; c'est aussi le seul descendant de la race mâle de Mahomet en état de r^;ner. On dit que c'est à cette circonstance que Mahmoud doit d'être encore sur le trône; car, s'il s'en f&t trouvé un de 'la race sacrée en âge d'être mis k sa place, depuis long-temps Les janissaires l'auraient déposé, U avait deux fik, dqnt un âgé de dix ans , sur lequel ils avaient jeté les yeux pour en faire son successeur. II savait lui-même combien il leur était facile d'esécuter oe prcjet : car deux de ses prédécesseurs , dpnt uo était son propre frère , avaient perdu là vie par leurs mains. Soii fils mourut prématurément, et le bruit courut qu'il avait reçu la mort par ordre de son père; mais il a été reconnu qu'il avait été enlevé parla petite vérole, et Mahmoud a donné dans cette occasion un exemple extraordinaire â ses sujets, «p -/aisant vacciner ses autres en&nts : il a montré par là qu'il était disposé à ' emprunter aux Européens d'autres améliorations que celles qui se rattachent purement à l'art militaire.

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Le sultan «st très versé daqs la littérature orientale; il écrit et comprend fort bien l'arabe, âes hatta-shériffs , qu'il dicte toujours, et qu'il écrit souvent de sa propre main , sofit remarquables par le style et réloquemce. Il 6st bon et affable dans son intérieur; il a plusieurs filles de différentes mères, ausquellesil porte une égale aflectipa. Dass sa conduite publique il a donné, aucontraîa», des exemples fréquents d'une sévérité et d'une dureté exirémes, non seukrnimt avec les rajas, mais encoire envers les Tum eux-mêmes ; et en cela il a monitré de l'impartiorlitéti mais peu d'bumanité.Gepeadant, quelle qm'ait été sa conduite envers ses propres sujets, il a toujours accordé sa protection à ceux des autres nations : il a rejeté la coutume barbare de ses purédécesseure, d'envoyer les ambassadeurs aux Sept- Tours. Lorsqu'il a quelque» différents avec eux , et qu'ils désirent quitter Gonstantùaople , il leur en dofine toutes les facilités , et les individus âe leur nation qui veulent rester ea Turquie sont assurés d'une parfaite tranquillité.. Au moment où l'insurrection grecque éclata, la populace .étendit sa haine et ses préjugés sqr tous les chrétiens; néanmoins les Francs furent toujours respectés , Candis que les Grecs éprouvaient toutes sortes de vexations. Dans des occasions plus récentes , où il avait des motifs réels de plainte, ^t même de

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7a VOYAGE

colère, c'est Une justice à rendre au sultan que de dire quHl a donné des exemples de modération et de bonne foi que les nations chrétiennes de l'Europe se feraient gloire d'imiter.

Nous quittâmes alors 1^ murs de Gonstiuitinople, e( nous suivîmes U route ^qui conduit à Selyvrii. A un quart de mille, nous trouvâmes le Bahiklî , ou IVglise des poissons. Ce nom lui vient d'une Ëible qui l'n rendue très célèbre parmi les. Grecs. Lorsque IVIabouiet faisait le siège de Constantinople , il y avait dans cet endroit un petit monastère de Grecs caloyers. Le jour de l'attaque décisive , un moine faisait frire des poissons , lorsqu'on vint dire au couvent que les Turcs étaient entrés dans la ville. « Bah ! « retondit le moine, je croirais plutôt que ces <c poissons vont ressusciter et sortir de la poêle. » A ces mots, pour confondre le moine iacrédulc, les poissons se mirent h sauter dans im baquet d'eau qui était près de là. En commémoration de ce miracle , on éleva sur cet emplacement une église , dans laquelle se trouvait un réservoir où on a déposé ces poissons , qui , à ce qu'on assure, vivent encore : leur fête a été fixée au ajp avril dans le calendrier grec , et tous les ans , à cette époque, le peuple vient les voir dans leur bassin .

. Cet édifice est regardé comme l'im de^ plus re-

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EN TUBQ0IE. yî

marqnable» de la religion ^«cque : ce fut uif des premiers qui portèrent les marquesde la fureur des Turcs lorsqu'ils apprirent que les Grecs s'étaient insultés. Ils détruisirent l'église d£ fopd en comble ; et , lorsque nous passâmes , nous ne TÎmes qn'unamasde raines. Les Grecs disent cependant que leurs ennemis n'ont pu tueries poissons , qui sont immortels. Je fus curieux de voir le miracle de mes propres yeus. Il n'y avait au milieu dési débris qu'un pauvre caloyer, revêtu d'une robe de coton bleue déguenillé , et qui comptait les grains de son rosaire. Lorsi^'il vit que je cherchais quelque chose , il me saisit par le bras , et m'entraina vers un petit bassin , sous une arche brisée , et s'écria avec vivacité :

Idhoa psari > aj^ndi. a Yoici les poissons , « monsieur. »

Je vis en effet du fretin s'agiter dans Teaii , qui, semblait venir d'un ruisseau qui était près de là , et qui communiquait avec le bassin. Je lui donnai deos piastres ; et , s'il fui content de recevoir de l'argent , il le fut plus encore de ce que j'avais vu le miracle. Je le laissai dans l'agréable conviction qu'un visiteur au moins n'était pas sorti incrér duie de l'église.

£n me dirigeant vers l'est , je me berçais de l'idée que j'allais trouver le christianisme dans toute sa pureté primitive , là où il avait été prêché

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74 VOYACX

par les apàtna. Ce fot avec autaat Ae jegret qne de dë8a|^înteo3£Ot que je ris que T^Uae grec* que était encore plus ëI(Hgaée de la simjdicîté de l'ËTaogile que l'églàK latiae. Ses cérémonies sont plus fastoenses et ses BuperstùUons ^os puériles. Dans l'église latine ^ l'arcliiteeture , la muùque et la peinture ont été- appelées au secoure des impressions religieuses, et ses écarts sont disujunlés. avec tant d'art qu'ils sont presque cachés par des accessoires d'une rare beauté. L'église grecque n'a pas ces xessources : ses édifices sont petits et mal-' propres, ses tableaux sont d'une médiocrité désolante , sa musique insupportaUc .: cf^ndantj eu remarque, au milieu de tout cela, une grande envie de briller. Les murs intérieurs sont tapM^ de taldeaux. cfui laissent à uriner le sujet qn'ils représentent ; mais on y trouve du clinquant en profusion. Toutefois, il est vrai «pie lès Grèce ont fait,à d^érentesrepri^Sjdelongs et utiles efforti pour se rapprocher de la pure doctrine, et de la discipline adoptée par l'église latine, à l'époque de la réforme. Entre autres choses, ils ont excla de leur culte les images , et l'esprit des ieimodastes est en ee moment aussi actif dans l'église grecque que du temps de Léon d'isaurie. U est aremarquer que ceux qui regardent avec horieur une figure de pierre ou de bois ae prosternent avec dév-oUon devant un tableau. Parmi les hautes

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EN TORQUtE. f5

classes des Grecs An/anal, Ips cëréinonies pa^ri> les du culte sont aœsi peu goùlëes que dans l'^gUse réformée , et je p»ue que oe cfauigemeat peut être attribué aus éeriturefi traduites eu grec moderne i par mon exceUent ami le révérend M- Leeres , pour la société de la fiible. Cependant ces idées nouvelles ont été adoptéespar le petit nom- bre , et le peuple de ce pays est encore plos faible et plus superstitieiii: qvs les habitants des autres contrées.

Nous entt&mes dans la plaine qui environiie Constantinople : elle présente la solitude la plus affreuse. Nous étions à peine à quelques centaines de pas des murs d^ne immense métropole qui jreaferme sept cent mille hommes , et d nous eussions été à la même distance des ruines de Falmyre, nous n'aurions pas vu de lieu qui offrit le ^ctacle d'une plus grande désolation. On ne voit aucune 4es maisons de campagne qui ordinairement sont & la porte des grandes villes; {Seulement, çà et là, un attelage de buffles tirant un aruba, ou bien on homme à cheval , voilà les seuls objets qu'cm rencontrait dans ce désert. Bien peut-être i^indique mieux l'indolence et la paresse du caractère turc que cette solitude. Les bords du Bosphore sont très peuplés^ et, de Constantinople à ta Mer-Noire , l'on peut dire que ce n'est qu'un grand village. Le mouvement sui et

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point est extraordinaire. La met est couverte de bateaux qui passent et repassent. Cette manière de se faire transporter est particulièrement favorable à l'indolence orientale. On se couche sur un cous sin, on fume, et on arrive où lesaffiaires vous appellent aanséprouver la moindre fatigue^ tandis qu'on serait obligé de se rendre à pied ou à cbcval dans les maisons qiii auraient été constroites dans les plaines de-Sélyvria; car il n'y a point de routes pour les voitures. Aussi, à Tesception de quelques ièrmes délfibrées , c'est, iin véritable désert.

Après quatre heures de marche, nous atteignîmes San-Stephano, qui se trouve sur le bord de la mer. C'est la résidence habituelle des Francs, . et surtout des Anglais pendant l'automne. Ce petit village est bâti sur une pointe de terre qui s'avance dans la mer. Il.seit de refuge aux cailles^ qui viennents'y arrêter à l'époque de leur passage. On a toujours été étonné du nombre immense qui s'en trouve dans l'Orient. L^e d'Ortygia, dans la mer Egée, enaprisson nom. Elles sont en si grand nombre dans ce pays , qu'elles sont regardées à Gonstantinople comme une nourriture comjnmne, et que tout le monde en est fatigué. Elles arrivent d'abord sur un promontoire près de Derkon, dans la Mer-Noire, et ensuite sur celui de San-Stephano, su* la mer de Marmara. Il paraît qu'elles viennent

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EN TtIRQtlE. 57

de Russie, et qu'elles se dirigent Vers l'Afrique. Lorsqu'elles s'abattent , la terre en est couverte, et, à chaque pas, on en Voit leVerde nombreuses compagnies. Une chose bizarre , c'est que , quoique ce phénomène se renouvelle chaque année sous les yeux de tout un peuple, et toujours dans le même lieu, personne ne puisse dire précisément . de quel point elles viennent, et si elles s'en vont par terre ou par mer. On dit qu'elles partent la nuit; mais si elles traversent la Mer- Noire*, il bjil qu'elles volent pendant tout le jour, car elles ne peuvent s'arrêter qu'à Derkon.

Il y a aussi beaucoup de sauterelles en Orient. En 1823 j'ai traversé une plaide trè$ étendue, près de Brousse', dans l'Âsie-Mincure, qui en était couverte & plusieurs pouces de hauteur. Leurs larves avaient été déposées l'année précédente par des compagniesqui avaient passé. Lorsque jelesvis,elles n'étaient pas assez fortes pour voler. Environ deux mois après, elles se dirigèrent vers ie nordest. Elles étaient si nombreuses qu'elles formaient une masse visible dans l'air, à une grande distance, et qu'il semblait qu'un voile épais fût étendu sur Constant! nople. Il en tomba ime telle quantité dans Fera, que les rues et les jardins en furent infectés , et qu'en peu de temps elles eurent tout dévoré. Un beau matin elles reprirent leur vol , et disparurent en se dirigent

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78 VOVAGE

Ters U Mer-Noire. Une boutàsqoe qiû s'âera quelques minutes après leur départ les fit tontes périr k l'embouchure du Bosphore.

On trouve dans ce pays un oiseaa qui a souvent excité 'ma surprise et ma curiosité, et qui, je crois, ne se rencontre qu*ea Orient. Il a k dos noir et le rentre blanc. Il pbne continudlemeat sur le fiosphore, qoll traverse avec ra^ndilé. Lorsqu'une compagnie d'oiseaux de cfette es~ pèce arrive , soit à la Mer-Noire, soit à celle

, de Marmara , e]^ fait volte-face et revient an Bosphore, et de même pendant toute la jonrnéc. On .ne les vtnt ni s'arrêter ni prendre de nourriture. Les Français les appellent àme»

damnées. Ils sont très nombreux^ et une particularité à remarquer, c'est qu'ils ne font pas le moindre bruit en volant. J'ai eu souvent envie d'en tuer un pour l'examioer de près ; mais ieé

~ Turcs ont une ai grande tendresn pour tous les êtres animés, excepté l'homme, qu'il n'est permis à personne d'attenter àla vie d'un (ôseau sur le Bo^hore , sans s'exposer au mécontentement de ceux qui le verraient. Le seul ouvrage dans lequel j'aie vu des détails sur cet oiseau est celui de M. Andrëossy, sur le .Bosphore. Il l'appelle Valcyon voyageur pour le distinguer de VtUeyon des anciens, qui, à ce qn'on croyait , faisait son nicl sur la mer. Il est certain qu'il est de l'espèce

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EPr TORQCriE. 7igr

des aieifMiS, mua je n'ai pu décoaTiir à laquelle U apfmrlieBt particiilièrement.

Le tempa, qui avait étë très beau josqAe là, eommença à s'i^iscureir. Mustapha; avait prërn dès lé matin qu'il pleuvrait, avant la wiit , parce que le v«at avait tourné au sud ; c'est on présage plus certain en Orient que dans nos climats. Il ne s'était pas. trompé, la phiie tomba par torrents.

La rareté des rivières dans la Thrace esf nne paPtici^rité remarquable. Elle a été notée par Pomponius-Mela , et les anciens géographes. De fembonchure du Danube jusqu'à la Maritza, ce qui forme une cMe de cinq cents milles d'étendue, il n'y a pas un cours d'eau qu'on puisse , à proprement parler, appeler rivière, et qui ttHube dans l-'Etucin,' le Bosphore, la Frgpontide ou l'HellespoDt. Cependant, les hauts sommets du mont Hennis s'étendent parallèlement à la côte, et divisent le paysj ils devraient être la source de plurâeurs fleuves. Nous arrivâmes alors à un des petits ruisseaux qui t^^yersent cette immense plaine et vont se jeter dam la mer. I^es anciens l'appelaient fiathyas; ilétait à cent deux stades de Byzance. Les TurcS ont jeté un pont dessus, et le nomment Kutchûk-Tchekmadge , ou le petit pont, poux le distinguer d'un autre qui est un peu plus loin. Nous parvinipes à celui-ci après une heure de marche. C'est le pont le plus extraordi-

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8o VOYAGE

naire qui existe en Enrope. Il est fait sur un petit ruisseau appelé par les anciens Athyras, et par les Turcs, Buyûk-Tchekmadgé-Soo , ou la rivière du gjrand-pont, à cause de sa longueur es." traordinaire. Ce ruisseau s'élai^t, et forme une baie lorsqu'il se jette dans la mer ; c'est là que le pont a été. construit. C'est , à proprement parler^ une suite de quatre ponts, ayant vingt-sis arches.

Nous trouvâmes de chaque côté du pûnt des bateaux de pêcheurs. Buyûk-Tchekmadgé abonde en excellents poissons. Mustaphaeut la précaution d'acheter deux énormes kalkans , qui lui coûtèrent une piastre. Le kalkan est une espèce de iurbot; il ressemble à un bouclier : c'est de là que lui vient le nom turc de kalkan. Son dos est recouvert d'arêtes dures et cartilagineuses : on dirait un bouclier garni de 'grosses tètes de clous. C'est la seule espèce de turbot que l'on trouve dans ces mers; et, quoiqu'il ait beaucoup d'arêtesj il est très-bon à manger. Â l'extrémité de ce pont si remarquable, on trouve , sur une ëminence qui domine la mer, une autre ville habitée par les Grecs. Elle est très agréablement située sur le penchant d'une colline, et offre un aspect pittoresque ; c'est peut-être pour cela qu'on l'appelle maintenant KoJlwpan ; c'était autrefois Malentias, station navale.

La pluie tomba algrs par torrent , et le jour

EN TURQUIE. 8t

baissa. A chaque instant notre route frayée nous échappait ; nous perdîmes plusieurs fois notre chemin : hetirensement nous arrivâmes au bord de la mer. Nous suivîmes le rivage jusqu'à Koum-fiurgaz , ou Bui^az dans le sable , pour le distinguer de deux autres lieux qui por^ tent le même nom : à partir de là , nous marchâmes pendant deux heures atec la neige , la pluie et le vent , et dans l'obscurité. Nous arrivâmes enfin à Bvados , à neuf heures , mouillés , transis et couverts de boue : c'était , dès le premier jour de mon voyage, ufa essai de 'ce que je devais constamment éprouver dans cette saison pendant une route longue et mauvaise , de CovBtantinople à Vienne ; j'appris bientôt à sentir toute l'utilité de mon manteau de janissaire.

Cependant nous trouvâmes dans ce village un khan escellent, tenu par un Grec ; ils'y trouvait beaucoup de monde. Quatre chambres au premier étage , arrangées avec un goâtque je n'avais jamais vu dans les autres khans , étaient rempiles de Tares qui allaient à Salonique. Nous nous trouvâmes heureux d'être logés dans le café audessous. Les murs étaient peints avec autant de propreté et de fraîcheur que l'auraient été cens d'un café anglais. Cela nous étonna , car d'ordinaire ces sortes d'endroits sont fort «aies. Notre

8ï VOYAGE

hôte était un Grec de bonne mine, qui oons ser- TÎt arec un soin et Une politesse qu'on n'aurait dfi attendre ni d'un Turc ni d'un Grec. Outre le riz , ou pilau , que nous avions toujours , Mustapha avait des kalkaus bouillis, et, avec du raki, nous fîmes ùo souper qui nous réconforta. Je ne sais , paâ si le mot raki a quelque analogie avec l'arrack indien : le raki est un esprit très fort qu'on dis- ■ tille de la peau du raisin , lorsque le jus en a été extrait pour le Tin ; on lui donne un parfum avec de.l'angéliquè et une certaine quantité de gomme. Quoiqu'il soit très clair et transparent lorsqa'il n'est pas mélangé, aussitôt qu'on y verse de l'eau il devient d'abord couleur d'azur, ensuite trouble , et blanc comme du lait i cela tient à Id gomme qui se dissout dans l'alcool et non dans l'eau. C'est une liqueur très agréable , qui est à bon marché ; .cependant les Grecs de la première classe préfèrent le mauvais rhum et l'eaude-vie.

Il plat beaucoup pendant b nuit , et le vent souffla avec violence ; mais les nuages s'ëtant enfin élevés , et le ' vent ayant tourné au nord le ciel devint pur et serein. A cinq heures nous sortîmes de Bvados. Après avoir marché environ une heure , nous arrivâmes à un petit pont , dans une vallée où fut assassiné un courrier allemand , il y a sis ans , h l'époque appelée le

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temps des voleurs. Lorsque les janissaires s'oppdsèrènt à la formatioa des Nizam - dgedit , .dés troupes de maraudeurs s'établirent dans la Thracé et dgios la Rom^ie , et pillèrent différentes Tilles. Les routes étaient devenues impraticables, à moins qu'on ne fftt un certain nombre de personnes bien armées. Ce courrier, accompagné d'un Tartare janissaire, l'avait dépassé de quelques toises : lorsqu'il arriva sur le pont , il fut attaqué par quatre brigands qui étaient cachés dessous , et tomba percé de sis halles. Ils tirèrent aussi sur le janissaire j mais celui-ci s'enfuit à fivados, et revint avec du renfort avant que leg voleurs eussent pu enlever les bagages et même le corps du courrier , qui avait encore sa montre :' on ne put atteindre les brigands. On a élevé près du pont un tombeau au malheureux courrier.

' A huit heures nous arrivâmes à Selyvria , où nous déjeunâmes. Un Anglais qui voyage dans ces contrées doit s'attendre à manqncrlc plus souvent de beurre et de sucre ; il est même de pauvres villages où il ne trouvera ni café, ni pain, ni œufs. On s'étounc de ce qu'une chose aussi utile que le beurre ne se fabrique pas cncûîre d^hs ce pays. On croit généralement que le mot Bwzvpov que nous traduisons par beurre dans l'Ecriture , ne veut Jias dire ce que nous entendons par \h. Homère ni

même Théocrite ne le comptent point parmi les articles de nourriture qu'on fabriqaait dans les campagnes. C'est une substance qui a éié inventée par les Scythes. Il est aussi à remarquer que. les Turcs, qui possèdent de nombretu. troupeaux , qui vivent sous un climat tempéré , et qui font journellement du fromage , du lait caillé et autres mels arec du lait , ne savent pas metft^ la crème à part , et la battre pour en faire du beurre. Celui qu'ils mangent vient dé la Scythie et de la Russie , d'où on le leur envoie dans des peaux de buffle , de sorte qu'il sent toujours Je rance. -

De quelque côté qu'on entre dans l'antique ville de Selyvria , par mer ou par terre , on voit sur une éminence des ruines majestueuses. Je les avais déjà traversées ; mais elles étaient alors presque ensevelies sous la neige , et, tout-à-fait étranger en Turquie , je n'avais eu ni le temps ni les pioyens de m'y arrêter. Je résolus de les examiner avec soin : je sortis donc pour cela, et j'emmenai avec rooî un pauvre Bulgare du khan pour me servir de guide. La ville de Selyvria est très ancienne : il en est question dans Hérodote, qui l'appelle XtiXvêpia : Bput veut dire ville dans la langue de l'ancienne Tbrace. On l'appela plus tard Selymbria , mais on lui a rendu maintenant son ortographe originaire : on écrit Selyvria, le B

grec se prononçant comme an v. Elle était entourée de vignes comme elle Test encore aujourd'hui, et l'an'dienuÊ ville était construite comme toutes les villes grecques , dans un acropolis au sommet d'une montagne. Les murs extérieurs sont encore entiers; ib forment trois côtés d'un très grand quadrangle ; le quatrième est un précipice très profond qui .communique avec la mer , et offre une moi^Ue perpendiculaire et inaccessible, dont l'aspect est aussi effrayant que celui du rocher de Douvres. Ce côté de la ville forme une esplanade magnifique, d'où l'on découvre une étendue de mer immense , et l'on peut dire qu'aucune ville du monde ne possède une plus belle plate-forme , ni une fortification plus sûre. Elle renferme des maisons sales, et quelques rues boueuses habitées principalement par des juifs et par des Grecs. Les murs sont construits de pierres grossières , entremêlées de briques romaines grandes comme des carreaux à carreler les appartements. La ville a cinq portes, qu'on ferme à la chute du jour ; une d'elles porte une inscription grecque , exécutée avec beaucoup d'art : eHe est taillée en relief sur plusieurs blocs de pierre qui font partie du mur, et le tout forme une ligne placée très haut au-dessus de la voûte de la porte, et se prolonge de chaque côté. L'inscription était' placée si haut , et elle était si cou-

verte de lichen, que je oe pus la lire , quoiqu'elle parût fort bien conservée : deux pierres seulement étaient visibles y et j'y déchiffrai le nom de eEOAOPA.

On trouve trois femmes de ce nom dans l'his- . toirc du Bas-Empire. L'une était femme de Copstantius Chlorus, et belle-mère de Constantinle-Grand : il est certain , pour plusieurs raispqs, indépendamment de l'inscription qui, à cette éppque , eût été écrite en caractères romains , que ce n'est pas d'elle qu'il est question dans cette inscription. Il y a une autre Théodora qui partagea le trône avec sa sœqr Zoé, dont le nom s'écrit 6E0AÛPA , avec un oméga. La troisième est Thçodora , femme de Théophile et mè^ de Michel ^ dont le nom se trouve écrit dans toutes les inscriptions avec un omicron , et qui , selon toutç» les probabilités , est celle dont il s'agit. Lorsque Théophile voulut faire choix d'une épouse , son intention fut annoncée publiquement, et plusieurs dames de condition, remarquables par leur beauté , se présentèrent comme aspirantes à cette faveur. Au jour marqué, elles se rangèrent daps une salle du palais ; et l'empereur , une ponpme d'or à la main, parcourut leur rang qvant de faire son choix. Il dit tout haut, en passant au puljça d'elles, que les femmes avaient souvent été cause de bien des maux dans le monde ; une jeune da^

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me, espérant attirer l'attenlion de l'empereur par SOQ esprit, répondit que sa majesté devait avouer aussi qu'elles avaient été souvent la cause de beancoupdebîen. L'emperenr, mécontent, s'éloigna d'elle ; et , tournant ses regards sur une antre dame qui lui parut plus modeste , il lui' donna la pomme d'or, et la choisit pour épouse : c'était Thëodora. Elle ne trompa point çon espoir, car elle se rendit célèbre par la sagesse de sa conduite. A la mort de Théophile elle fut nommée régente pendant la minorité de son fils Michel , et durant onze ans elle tint les rênes de l'empire. Elle se fit aussi remarqner par sa piëté^ tt mit tous ses soins à faire rétablir dans les églises les images qui en avaient été arrachées par les iconoclastes. Il existe encore à Selyvria une antique église grecque qui était en grande vénératjon dans ce temps. Mon guide me dit qu'elle avait été construite par celle dont le nom était inscrit au-dessuâ de la porte. Théodora était régente en 84a ; et si c'est à cette époque que cet édifice fut élevé, le culte chrétien y a été suivi sans interruption pendant près de mille ans.

A la suite de la ville supérieure est une autre ville plus moderne sur le bord de la mer. Elle est habitée en grande partie par les Turcs ; elle a un petit port qui renferme quelques barques. Un

grand nombre d^habitants de la ville inférieure parlent italien. Plus d'une fois, lorsque je passais devant les boutiques, on m'a adresse ces paroles : Ben venuto , capitanif d'onde bastimento? On supposait que j'avais dû venir sur un des bâti-' menls qui se trouvaient dans le port. Le seul langage' de l'Europe occidentale que parlent les Turcs est l'italien. Les Vénitiens , - et surtout les habitants de Geia'S||V fondèrent des établissements à Galata , sons les empereurs grecs , et ils firent adopter leur langue à tous les peuples avec qui ils eurent des relations commerciales : leurs descendants la palpent encore. On est surpris de yoir le fracfiùs, qui est la langue générale de l'Occident,' remplacé par l'italien dans l'Orient. Autrefois les boutiques et les khans étaient tenus par des Grecsj mais les uns ont pris la fuite , les autres ont été tués, et I^ Turcs ont tout envahi. Il y a quelques années , le maitre était Grec et te commis était Turc ; maintenant c'est partout le contraire. Cette ville contient environ huit mille hommes. Constautinople co tire de l'huile et du vin.

Seljvria est située sur un promontoire qui forme l'extrémité d'une baie : notre route était de suivre cette baie et le promontoire qui forme l'autre extrémité. Lorsque nous l'eûmes passé , nous entrâmes dans dey plaines magnifiques , sembla-

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bles à celles de Snssex , au bout desquelles nous trouvâmes Erekli sur une éminence.

Ërekli , l'aDcienne Hëraclée , est une des nombireuses villes qui ont reçu leur nom du cëlèbre navigateur phénicies qui pénétra j usqu'aux extrémités les plus reculées du monde alors connu , à l'oUést dans la Méditerranée, et- à l'est dans l'Euxin. Diodore de Sicile dit -que cette ville s'appelait aussi Perinthus;' quelle était située sur une terre élevée, d'environ un stade de long; que les maisons étaient nombreuses , très hautes , et semblaient placées les unes au-dessus des autres, en forme d'amphithéâtre. C'est en efièt l'aspect qu'elle offre aujourd'hui ; et on peut citer ce passage de Diodore comme un des nombreux exemples du soin extraordinaire des descriptions des anciens géographes. Quoique le port soit magnifique , il parait aussi peu fréquenté que celui de Sei^Vria. De toutes les villes maritimes qui se trouvent sur cette côte, autrefois si commerçante, il ne reste que quelques hameaux, qui ne sont plus que des villages de pêcheurs. Bodosto est la seule qui soit digne encore du nom de ville commerçante , et elle doit sa prospérité aux descendants des Francs. Les Turcs, dans leurs diverses incursions en Hongrie et en Autriche , ont emmené avec eux un gi^nd nombre d'habitants qu'ils ont colonisés à fiodosto : ilà

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ont apporté avec eux les babimdes et les mœurs européennes , et ils oat cpuimuniqué leur inclustri& et leur activité aax Asiatiques indolents qu'ils ont trouvés dans ces coptrées.

Après avoir pf^ssë le prom{>ntoire d'Ërekli , nous quittâmes le bord de la mer , et nous vilaines traTçrser les rçmpa^ d'Auastase- On sait qu'il y avait en Tbrace deux remparts appelés par les ancieqs fayj^ Tcix<a » ou les longs remparts, {''ifn fl*enx se prolonge à travers la Cbçraoaèse : il fat Mti p^r Miltiade , pour se mettre à l'abri d«s incursions des Barbares , lorsque les Athéniens vinrent y fonder des colonies. Il com' meace à l'Hellespont, et s'étend jusqu'au golfe de. Saros. En 5o5) l'empereur Anastase 6t élever un a^tre rempart. Les Gotbs de la Dacie ayant envahi le territoire de l'empire , il envoya contre eux un de ses généraux, sommé Sabinianus : les Gqtbs, alarmés, appelèrent à leur secours Théodoric, le redoutable roi de l'Italie. Anastase, pour se mettre à l'abri de leurs armes., Qt construire qn ^jimpart depuis Héraclée sur la Propontide , jnsqn'ii Derkon sur l'£uxin : il embrassait un espace triangulaire de cent quarante milles ; il a toiyourti été connu t^cpui^ sous le nom du Delta de la Tfirace. Les -timides Grecs du Bas-£mpire n?.^ croyaieJfit en sûreté que dans l'enceinte de ce rem-, part, et osaient à peine en sortir. A l'époqucoft

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les Turcs attaquèrent Constantinople , ils étaient maîtres. de presque tout le territoire qui entoure le Delta. On n'aperçoit plus aucun vestige de ces murailles.

Kien n'égale la beauté et Tappareote fertilité des plaines dans lesquelles nous entrâmes ; mais elles sont tout-5-fait négligées. I>ans quelques endroits où la terre çst Jabowée on reconnaît un sol riche : m^s ceg endroits sont fort rares , et il e^t facile de voir qu'il y a long-temps qu'ils n'ont produit. Ce territoire est divisé en chijlicka, qui appartiennent à de riches Turcs qui résident à Constantjoople. Les propriétaires. de ces terres se trouvent soMvent impliqués dans les troubles qui ont. lieu, et, la plupart du temps, ils sont étranglés ou bannis. A la première nouvelle de leur défaveur, leurs fermiers prennent la fuite, en emportant tout ce qu'ils peuvent, dans la crainte bien fondée de partager le sort de leurs maîtres. Cet état d'inquiétude continuelle a fait abandonner ce pays- Un Turc éclairé, nommé Osmyn-Âga et qui avait un emploi dans le gouvernement , en sacrifia les revenus à faire des améliorations d^DS cette contrée : il obtint un grand cbiflick dans le district entre Constantinople et Belgrade , et s'appliqua à le cultivera l'européennf. Il y construisit un beau château , et divisa le terroir ça plusieurs portions, de sorte

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qu'en peu de teAips il convertit iin pays inculte en un beau domaioe entoure de riches fermes.

On dit que sa prospérité excita la cupidité de ceux qui avaient le pouvoir. Sous un léger prétexte , on Texila et on confisqua ses biens ; ses fermes devinrent inbabitées , et les améliorations qu'il avait commencées fureat'eati&rement abandonnées. Le pays est aujourd'hui désert et sauvage ; cependant les ruines des maisons et les divers enclos qu'on y voit encore montrent aux voyageurs ce qu'il a été et ce qu'il pourrait être.

La roule qui. traverse ces plaines n'est autre chose qu'un sentier frayé dans l'herbe : en été il est d'une largeur convenable ; mais en hiver, lorsque la pluie est tombée en abondance, le chemin ordinaire est impraticable ; chaque voyageur en trace un nouveau à côté du principal , de sorte que, dans certains endroits, la route a deux cents t<»ses de ^t%e. Toutefois , on est guidé par certains indices. A de longs intervalles on voit deux petites éminences, qui ne sont pas tout-à-fait aussi âevées que des meules de foin , entre lesquelles le, chemin pçfsse; on les appelle sandjak-sherifftepe^ ou les éminences de l'étendard sacré. Dans les expéditions contre les infidèles en Europe , toutes, les fois que l'armée campait pendant la nuit , on élevait deux éminences , sur l'une desquelles on plantait l'étendard de Mahomet , qui

formait le centre du camp. Il n'y a point d'émînences plus hautes et de plus ancieDDe date daos le Toisinage ; et, comme elles sont à des distances très élo^nées , elles ne suffisent point pour indi" quer la roule. En janvier et février, un veut froid venant de la Scjtliie souffle sur ces plaines , et apporte avec lui d'immenses quantités de neige qui font perdre la trace de toutes les routes ; les voyageurs s'écartent de leur chemin, et on les trouve souvent ensevelis dans la neige. Il y a environ dis ans qu'un salictar, chargé de porter, de Schumla à Cousttantinople, des nouvelles très importantes ,' s'égara dans les neiges pondant plusieurs jours, et faillit périr avec toute sa suite. Il fit élever à ses frais, sur toute la ligue, des bornes placées à des distances convenables : il en reste encore quelques unes ; mais le plus grand nombre a été brisé ou abattu , et certainement les Turcs ne les rétabliront jamais. C'étaientdanstout iVmpire turc les seules bornes qui ressemblassent à celles qui marquent les milles en Angleterre.

Les seuls êtres vivants que nous rencontrâmes dans ces plaines furent des soldats qui revenaient d'Ipsara. La flotte du capitan-pachn les avait débarqués près d'£nos, et ils retournaient par terre à Constantinople. Plusieurs détachements avaient des chevaux, avec des paniers remplis d'enfants qu'ils menaient h Yeser-Bazar,ou marchédeses-

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. claves, à GonstantiDopIc. Les pauvres petits ressemblaient à des agneaux qu'on porte au marché ; ils paraissaient avoir de trois h dix ans. Le cortège était fermé par des groupes de soldats mala-

' des ; les ans étaient dans des arubas, et d'autres, que les voitures ne pouvaient contenir , étaient laissés sur l'herbe , pour j mourir s'ils ue pouvaient continuer leur route. Beaucoup d'entre eus étaient personnellement connus de notre guide, et faisaient partie des belles troupes que j'avais vues h CoDStantinople cinq ou six mois auparavant. Le climat de la Grèce, en été, est particulièrement fatal aux Turcs de Constantinople , et il en est peu qui résistent aur fatigues d'une campagne dans ce pays. H y a quelques années que quatorze courriers furent dépéchés de Constantinople en même temps; Mustapha était du notnbre. Ils voyagèrent ensemble pendant plusieurs jours , après lesquels ils se séparèrent , les uns ayant des missions en Grèce , d'autres en Morée. Sut les quatorze , douze moururent an bout de quelques mois , deux revinrent seulement avei; Icuis dépèches : Mustapha fut l'un des deux.

A deux heures , nous arrivâmes à KinJft.Ii : c'était une ville grande et florissante il y a vingt ans; il n'y reste plus maintenant que quelques misérables maisons. Elle fut malheureusement le théâtre de la guerre pendant la révolution de

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1807 et 1808. Quelques retranchements renversés auprès des tuines dé la ville apprennent au voyageur que là fiit un champ de bataille , que là fut une grande viUe. C'est une des nombreuses preuves qui attestent la décadence rapide de l'empire et l'extinction de Sa population ; vingt années oilt sdffi pour détruire iine ville superbe, et faijre disparaître, pour ainsi dire, les traces de ses habitants.

Nous y reUcontrâmes quelques Arabes qui apportaient des marchandises dé Constantinople. Les seules bêtes de somme que possède ce pays sont des. buffles et une certaine race de bœuls blancs. Le buffle est un animal très grand et d'une force prodigieuse. Ses membres grossiers, son poil épais , ses cornes renversées , ses yeus ternes et sa démarche stupide , montrent qu'il est bien inférieur au bœuf. La nature semble l'avoir fait pour s'essayer à former un animal plus parfait. Les Turcs ont la plus grande répugnance à le tuer, et ils ne.mangent de sa chair que dans une seule occasion. Lorsque la grossesse d'une fejnme dure plus de neuf mois , la sage-femme prend un morceau de la chair d'un jeune buffle; après l'a- ' voir fait bouillir dans du lait, elle le donne' à la patiente , qui , dit-on , ne manque jamais d'être délivrée peu de jours après. Les Turcs mettent un soin particulier à orner cet animal grossier et

infortue. Le poil du buffle est noir, h l'exception il'uoe touSè blanche qui se trouTe placée entre les deux cornes ; on lui teint cette toufiè de diverses couleurs , mais le plus souvent en brunrouge ^ avec de la poudre de khenna , dont les ' Turcs se teignent eux-mêmes les ongles. En outre , ils lui passent autour des cornes ou du cou un collier de graines bleues , appelées houchûk > non seulement pour lui servir d'ornement , mais encore pour le préserver du mauvait œil. Les Turcs attachent une vertu particulière au bleu ^ parce qu'ils pensent quf cette couleur détruit les eflèts du sortilège : cette idée a été partagée par les nations de tous les âges , les Romains , les Grecs , les juifs et les anciens chrétiens.

Les Turcs paraissent en être frappés plus que tout autre peuple. Nous rencontrâmes un homiue qui portait une gourde pendue au cou et un b&ton à la main : c'était le messager de la poste. La gourde était pour faire provision d'eau avant de s'engager dans les plaines où il n'y en avait point, et le b^ton pour porter un chapelet de graines bleues qui y était attaché , afin de préserver de tous maux ceux dont il portait la correspondance : ainsi , les lettres, ceux qui les avaient écrites et ceux à qui elles étaient adressées, se trouvaient sous la protection de cette amulette. Dans toutes les boutiques on vend de petites boites de graines

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bleues, qui ont la forme de maJDS; on en achète pour les enfants, et on leur en attache autoor de la tête. Les Turcs entourent de leurs soins et de leur sollicitude jusqu'aux choses inanimées ; ils couvrent les mâts , la proue et la poupe de leurs navires de guirlandes d'amulettes ; et ils attachent au devant de leurs maisons des talismans de diverses formes pour attirer le premier regard de ce mauvais œil , et détruire ainsi sa malignité. Cette superstition est aussi commune parmi les rayas. Les Grecs, les Arméniens et les juifs attri- ' buent la mort de leurs enfants aux mêmes causes, et se servent du même préservatif.

Le pouvoir de l'imagination sur ceux qui se croient ensorcelés produit quelquefois des efiCets extraordinaires : un des plus fréquents se fait ressentir le jour de leurs noces.La fille de Mustapha, mon Tartare, très jolie personne de dix-buit ajis, avait été mariée , il y a quelques années^ à UD jeune janissaire de vingt-cinq ans, attaché au consulat anglais. Le jour de ses noces il fut persuadé qu'il était sous l'influence d'un sortilég^^ et il resta dans cette conviction. Quatre jours après, la vieille femme qui , dans les familles turques , fait le mariage et sert d'agent confidentiel, vi^t trouver Mustapha , lui déclara ce qui était i^rriré , et lui dit qu'il (allait que le mari de sa fille fîilitdésenchanté.Ën conséquence, on donna trente

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Jiidëtreé » tih célèbre ^brviche , iqtii pHt les habïfs de nob(>s dés jeunes mariés , \ts enccDSà xvét âës paHiilus , fit quelques autres cërémonitps , et les rendit ensuite. Lé jeûne homme , persuadé ^ue rèncbantement était détruit, tëthjtita toute sa lilisdii'. Le lefademaia , on et part de c«t h^reux éTëiicment à Mustapha ^ et, au bout du temps ordinaire, sa fille mit au nlonde ixh bel eiifiint , mais elle mourut en lui donnant le jour , accident qui fut attribué h Timp'ression ineffaça- I>Ie du niauvaïs œil.

A cinq heures nous arrivâmes à Tchouriou.

Cette ville, comme celle que nous veniotiS de tra- Ver^r, avait étë tout récemment le tttéàtre de combats sanglants dont cité portail les marques dévastatrices. On y Voyait les restes d'uùe mosquée d'une beauté remarquable , ornée de tout ce que la sculpture orientale avait pu ptoduirt de plus paVfait : uJae portion ëtaft éa ruines, les dénies et les minarets étaient percés de balles. Xhi des partis s'y était Réfugié , et l'enneiAi avait été obligé d'employer le canon pour l'en fîùre ^orfil'. Dans ces occasions, lés Tùrcfs montrent aiïssi 'pén de répugnance que les chrétiens àdétroire un édifice sacré. Comme nous étions arrivés de bonâe heure à Tchouriou , et avec Tirilentibn d'y doucher, je parcourus la ville, dont presque toute la population est torque. Lés habitants Sont gén&a-

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Içuoit employés à la fabrique d'un m'ete composé de noix et d'mie ftabstancc douce et gélatineuse faite avec du jus de raisin : oa en forme des rouleau^i qu'on vend comme le pudding , et qu'on traDsporte à Constantinople, où il s'en fait une gcaade consommaUon. Nous vlm^ sortir de la ville plusieuiE voitures qui en étaient chargées. N'ayant rien trouvé à manger à notre auberge, ;aou8 commandâmes uil souper dans la boutique .d'un traiteur turc. On nous apporta des côtelettes de mûuton grillées, des dolmas ou jeunes citrouillea bouillies et farcies de viande « des pieds de 'moQtoa à l'étuvée , et enfin un plat de choux aigres et de toncombres. Nous fûmes fort contents •ile la mani&re dont tous ces mets étalent accommodes; et poar sdisante-dix paras, environ dix ^Bcé sterling, nous edmes un souper abondant f«ar trois personnes.

J'eus la fièvre pendant la nuit , parce que nous CDuchàines sur un plancher dans un misérable Jchen , où des g»is du peuple fumèrent toute la ' rnuH. Les Turcs de cette classe sont fort grossiers^ .S^ ne ^gênent nullement lore même qu'ils savent -qu'ils peuvent incommoder leurs voisins. Ils vin- ^ maki se coucher auprès de nous, et toute la nuit je tfus froissé par eux , sans Iç moindre égard. J'a- TÙs , «a outre , {très de moi le brasier oà ils allumaient leurs pipes et faisaient chauffer leur ea-

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fé, de Sorte qne j'étais plonge dans une atmosp&é^. Te de lîimée. Je me trouvais si fatigaë le leade' main matin, que je crus que je ne pourrais continuer mim voyage Cependant il m'était insuppoTtable de Tester dans an pareil gîte. Je fis donc un effort : je montai ou platôt on me hissa sur mon cheval, et je cheminai Aa mieux qu'il me StA possible.

.Nous partîmes à cinq heures d» matin. Nous nous attendions à un jour de pUie ; mais, à mesure que nous avançâmes , le vent passa à l'ouest , et, à huit heures, im beau jour et une brise rafra^ chissante dissipèrent les effets de la nuit et me rendirent mes forces.

Nous nous trouvâmes alors dans le désert de Tchourloa : c'était une plaine ondoyante, d'une étendue sans bornes , et dans laquelle on n'aper^ cevait aucune trace de la vie humaine ; elle re&semblait, à quelques égards, à la plaine de Salisbury , à l'exception qu'elle n'était point animée par des troupeaux et des bergers. Le terrain paraissait être d'une excellente qualité j l'aspect da pays était agréablement diversifié par de petites éminences : le climat pour cette saison ëtait dîél|cieux, et tout semblait se rétmir en ces lieux pour fournir abondamment aux besoins de la vie et pour l'embellir ; cependant on n'y apercerait aucun vestige humain. Nous découvrîmes enfin ,

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à ~ travers ' la plaiae , quelques hommes dans l'èloignemcnt. Les regards perçants et inquiets dé notre guide lui' firent reconnaitre qu'ils paraissaient vouloir se cacher dans les cavitcs'du terrain, ce qui nous donna Talarme. Cette vue de quelques uns de nos semblables , qui aurait dû nous plaire , produisit sur nous un effet différent dan» ces lieux déserts. Le souvenir de pluàeurs vois et assassinats qui avaient été commis il j arait peu de temps dans ces solitudes avait rendu les guides des voyageurs fort inquiets. Ordinairement, les voyageurs ne courent point de . risques en Turquie , et on y jouit d'une sécurité justifiée par l'expérience. L'honnêteté naturelle des habitants, le peu d'étendue de leurs besoins, leur abstinence des Uqueurs fortes , qui parmi nous occasionent tant de désordres, les punitions terribles qui suivent un crime , sont autant de motifs pour être rassuré. Le vol domestique est presque inconnu parmi les Turcs. Si un homme est surpris commettant un larcin dans un lieu où il y ait un feu allumé , on le jette aussitôt dans les flammes ; si le vol est commis sur une route publique, le coupable est empalé. Ces circonstances font que la Turquie , dans les temps ordinaires , est un pays où l'on peut habiter et voyager en toute sûreté; mais quand le peuple est excité par des commotions générales , et que tous les

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liens moraux et eiTÎls Tiennent à se briser, il n*j a plus d*égards pour la propriété d'autrui , et la vie du Toyageur n'est plus respectée. Cela éUp£ arrivé dans cette contrée quelque temps anpara- Tafit, comme j'eus lieu de m'en assurer earojant la tombe d'un malheureux voyageur anglais.

Dans cette conjoncture , le guide et le janissaire apprêtèrent leurs pistolets, et m'ea donnèrent lin. Ils marchèrent avec précaution , ^irveillant lé point d'od ils présniBaieut que ces marandeacs allaient s'élancer sur nous. En effet, ib sortirent . tout à coup d'un ravin auprès de nous; mais il se trouva que c'étaient des feuconniers et noa pas des voleurs : ils tenaient sur le poing des faucons, et poursuivaient des lièvres que ces oiseaux sont dressés à chasser, hn plaine était couverte d'alouettes d'une grande espèce , qui de tons câtés étaient poursuivies par Us faucons. A chaque instant nous apercevions un de ces pauvres (naeaux saisi par leurs serres, Ces Sincons étaient, tous de la même espèce ; et ils étaient si bien apprivoisés , qu'ils ne paraissaient pas avoir b moindre disposition à reprendre leurs habitudes sauvages, et & s'envoler pour ne plus revepir.

Nous arrivâmes à une fontaine placée sur le bord de la route. Un arbre solitaire était à quelque distance, dans un enfcMicement : c'était dans ce lieu qu'un voyageur anglais, noi&mé Wood,

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avait été as^a^ioë il y avait <)aelqi)e$ années. Ce- ' lait k l'époque où plnsiturs villes ét^je^t occupées par âe$ pacbtis qui s'en étaient emparés , el qui entretenaiest des troupes auprès d'eux , en leur permettant de vivrie aus dépens des liabil^nts, el de parcourir le pays p^ur cet objet. L'un de ces pachas, Dem-Kbatri , 3*était emparé de Butgbaa, avec quatre mille paar^udeurs, qui cornmettaieat chaque jour d'horribles excès. Persoxi' ne n'osait voyager , à moins que ce ne fôt es tmupe nombreuse, ou aT«o de fortes portes, «composées 4e ces mêmes brigands , qui daqs ce p»$ se faisaient payer poor cette assistance. M. Wood retournait par terre de Goi^stantinople en Angleteire; il arriva àTcbpurlou, avec un janisâaire , un guide et un dojuestique : il y trouva quelques caravanes qui se réunissaient pour faire route ensemble sous peu de jours. Son janissaire el son guide s'efforcèrent de lui peVsuader de voyager avec elles ; mai& il avait une volonté prononcée , et , voyant qu'ils reftisaient de l'accompagner , il saisit son cheval et se mit tout seul en route : le janissaire et le guide, craignant qu'il ne s'égarât, le rejoignirent.

Lorsqu'ils arrivèrent à la fontaine qui est à peu de distance de la ville de Caristrem, ils s'y arrêtèrent pour s'y désaltérer, et furent presque aussitôt entourés par cinq Arnautes armés. Ces bri-

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gands redoutables se faisaient rcconnaitre par leur turban rouge. Le guide^ qui les avait aperçus, prit la' fuite et s'échappa ; les autres furent saisis et conduits dans le ravin : M. Wood et le janissaire furent liés à l'arbre qui se trouve là , et dépouillés de ce qu'ils possédaient. Dans cette position, M. Wood, qui parlait la langue turque, dit aux voleurs qu'il les connaissait , et qu'il se plaindrait de leur conduite à leur maître Delhi-Khatri quand il arriverait à Burghaz :

aussitôt l'un des Ajnautes se précipita sur lui , armé de son jatigan , ou cimeterre , et lui coupa la gorge ; li^ janissaire eut le même sort. Le domestique , qui n'avait pas été lié , prit la fuite : les brigands firent feu sur lui , et il se jeta à terre , feignant d'être tué ; ils lui tirèrent plusieurs coups de pistolet , et , croyant l'avoir atteint , ib s'éloignèrent après s'être emparés des bagages', laissant liés à l'arbre les corps mutilés de M. Wood et de son janissaire. Le domestique, qui n'avait pas reçu une seule blessure , parvint en rampant jusqu'à une éminence , de l'autra côté de laauclle était Caristrem, et, il y donna l'alarme. XJne troupe de soldats se mit en marche , mais elle ne put atteindre les brigands. Les corps de M . Wood et du janissaire furent enterrés auprès d'un petit pont près de là : une pierre grossière indique leur tombeau. Le domestique ,

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qui existe encore à Çonstantinople, m'a Inï-même raeoDtë ces particularités.

Nous arrivâmes, à rnirli, au pont de Cari»* trem. Cette ville est placée à quelque distance de la grande route sur la droite. Nous trouvâmes sur ee pont une hutte où un vieux Bulgare vendait du yowirtei du café. Le youartesl une préparation de laitage épais et aigri, qui est très rafraicbissante, et dont les Tiïrcs font généralement usage. Une- natte fut placée pour nous sur un tertre de gazon , et nous y fimes un agréable déjeuner. Je mêlai du sucre avec ce youart , et je trouvai que cela composait un meU agréable.

En quittant ce Ijeu nous vîmes devant nous h l'horizon un immense tumulus, à la base duquel nous arrivâmes après une heure de marche. Ce vaste monticnle de terre est plus grand que celui que l*on suppose être la tombe àiOEsiteSy dans la plaine de Troie. C'est peut-être la montagne artificielle la plus considérable que des hommes aient jamais élevée. Elle est cependant d'une structure moderne. Lorsque SCtliman i, en i538, partit de Çonstantinople pour reprendre Bude, il campa dans cette vaste plaine, suivantVhistorien Cantémir, pour y rassembler toutes ses forces earopéennes ; afin, d'y laisser un souvenir de son . expédition , il fit élever celte montagne par les soldats de sou armée. Quand elle fut achevée , il

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plauta sur son sommet le drapeau de Mahomet , et c'est pourquoi ce tumulus est appelé , par les Turcs, Buyttk'Sandjfik'Tepej la grande montagne du drapeau. À quelque distance, on apercevait deus autres émioenees du même genre, qui ont eu sans doWte une pareille origine, et, en cobtibuant notre route , nous eu rimee un grand nombre d'autres à l'horizon.

Le mot tape que l'on donne à ces cônes de terre est une convption de celui de to^oï, par lequel Homère a désigné les tombes élerées à ses héros. On en voit plusieurs dans la plaine de Troie, et la tradition les a assignés à différents guerriers mentionnés dans l'Iliade et l'Odyssée. Mais dans les plaines de la Thrace , sur la côte opposée , ces monticules se trouvent m grand nombre , et j'en ai compté quelqueftHS huit ou dix visibks à la foU. Quelle qu'ait été l'origine de ces montagnes artificidles, ainsi généralement ' r^>andues sur la surface de ces pays, il est certain que 'quelques unes d'elles, dans les temps anciens, comme dans les temps modernes, ont été élevées , non commedest(Hubeanx,maispoard'auti^oI>- ' jets. Hérodote, qui décrit plusieurs particularités de l'expédititm de Darius contre les Scythes, dit qa'en traversant le pays, après avur passé le Bosphore , il ordonna à chacun de ses soldats de jeter Qncpierresurunpointqu*!! avait désigné : au

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inoTen de quoi ilsékvèrentanc émioencc comidérable. NousncfleTi^B pas être éloignés de l'endroit où cela avait euneu, et probablement cette âévation était Tnae de celles que l'on apercevait du sommet, de la montagne du drape ao. A vec le temps ellee se sont courertes de t^pe ^^KÊf^^^"^ ctoat pri&l'aspeetde montagnes naturelles. Celles où lés Turcs oKt arbcvé à différentes fois Tétendaird de leur prophète appartknnent aux temps modernes , et il n'y a point de doute (pie la plupart des autres ont été élevées pour d'autKs mottla que ceux de servir à déragner des tombeaux. Elles dtmnent toutefois i> ces riions un caractère particùU», et l'idée, que ce sont des sépolercs ajoute encore à l'effet que produisent ces vas» tes soUtjadas.

£u apftrocbant de b ville de Btirghaz, nons trouvâmes des débris de roules pavées avec de '"grandes pierres plates. Les routes romaines et turques sont tellemenl semblables qu'il est difficile d« distinguer, à cet égard, le ^ure ancien du moderne. Tous deux sont également incommodes et périlleux. Une partie de cette cbausaéc est couverte dlieibeel-de mousse, et est évidemment d'uuedate reculée; le resleest l'ouvrage des Turcs. Toutesdeux ne sont p«int fréquentées^ Les Turcs n'établissent une route que dans quelque portion de terrain mairéeageux : c'est une chaussée com-

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posée de grandes pierres inégales , disposées avec si peu de soin qu'il se t^j^e entre elles de grands intervalles , dans lesqneo leâ pieds dés che- Tàus s'engagent à'chaque instant^ce. qui les force de marcher lentement, avec précaution, et avecle éùifÊ^^tûjti^X de se briser les jambes et de romprële cou de leur cavalier. Les voyageurs, en conséquence , préfèrent passer à côté de la chaussée en ayant de l'eau jusqu'aux sangles. Tous Les restes des anciennes /ontes dans ce pays sont de la mém£ constructilôn.

A quatre heures nous entrâmes dans ^SurjrAas; par l'une de ces mauvaises chaussées qui sont les mêmes dans toutes les rues, fiurghaz est on nom de ville fort commun en Turquie. Il paraît d'après Cantémir que ce mot vient de «i^tjws,- une tour, ce qui indiquait du temps des Grecs un chà • leau fort. La ville de Burgbàz a un aspect de propreté et d'aisance dont elle est redevable à ses fa-*" briques de poterie. On trouve, dans les environs, une terre ai^leuse très fine avec laquelle on fabrique des coupes, des tasses et autres ustensiles. ' Ils ne sont pas vernis , naais ils sont polja avec soin et ornés de dorures. On les expose en vente dans les boutiques du bazar qui forme U principale rue de la ville, et, comme ces boutiques sont ornées de tapis et bien tenues, elles offrent un, très beau coup d'œil. Les habitants sont fiers de leur

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EN TURQUIE. log

industrie, et ils en vendent les produits en consë~ quence. Tous les Toyagetirs qui passent par cette , Tille font quelques emplettes. J'achetai pour I3 piastres quelques tasses que j'aurais eues ii Constantinople pour la moitié de ce pris.

Pendant que je me promenaîsdihistlaqifts, une troupe de Tartares arriva arec rapidité, escortant huit chevaux qui portaûnt le produit de la tax« de la capitation; ib venaient d'ÂndriQople. La somme était renfermée dans des sacs de toile lecoitvcrtsd'un filet en grosse corde. Unsac ayaiti son esirémité nn morceau de Irais ; un aatrp sae avait , an contraire, un anneau. Le moreeau de bois étant passé dans cet anneau, les deux saes étaient dineà placés sur un cheval, et se contrebalançaient. Ghaqne sac paraissait peser cent livrea. Dès qu'ils fbrent déchargés, ils furent placés dans lai eoùr du caravensèrail, et on jets dessus ttiie grande quantité d'eau pour empêcher les effiets.xhi frottement qui avait tellement échauffé le Dkétal>, qu'il semblait que l'eau totnbtit sur un. fer nn^è. LeXartareqoi ccHumandeit le détachemcnt'étnt nn homme robuste et de haute taille. Il doilaa aee ordres à quelques Grecs d'un ton d'autorhélqifi les fit trembler. 11 s'afSit ensuite dass Ib.cafÀ^ur y ^umer sa pipe, mfis en vue 'ijs son tvésor et ayant ses pistolets cbai^S'Acvant lui; '

■ On :eBsaié de temps en temps d'enlever qn'dr

iiD VOYAGE..

qtRB bBB de ces sacs tendis qa^ eotit aittà Aé~ , larges. Il y amit pen de temps qae quatre Tartans étaient de même arriTëseecortant l'argent ^e la capjtation j lorsqu'âs ronlaroit repartir , Vaa des sacs se tronra avoir été pris. AusaitM le goa- TeroeiM^at gsrier toutes les avenaes de la ville; OD arrêta toutes les perscmBe» du caraTenseraH , et Ja bastMinaée fut donntfe i un grand nondne d'eotee eUps. Le guide des Tartares y fat compris, . quoiqu'il fît observer qu'il était impossible de prendre «■ sac de dessas son cheval sans ea même temps «olever l'autre, et q«e , ai c'eût ^é lui qui téi &it le v<^, il Elirait dérobé les deux sacs , ott Iiien il n'aurait riai pris. Cepeadant on ne pouvait découvrir aiKune trace de l'argent perdu , locsqu'une- jeune fille , qui revenait de la rivtôre, dît qu'elle avMt va quelqu'un jetardaiM r«au on t)bjet imant. On lui fit désiguer k lien où cette circoastanct avait été aperçue- par elle. Le cdkts 4e k rivière fat promptsmËiii détourné, et k sac (l'idgent fut en efi^ retrouvé au lieu indiqué. On ualbeareux Cnrde qtû se tmuna resseanUer au signalement -que dtHuuitl'aofant foi saisi'et- empalé Vivant dans le lit de la rivière < '

Le lendéioain , à trois .^ures du matin , nous <quiUèues,Burgfaax; le tnfps était'obKar et pluvieux. Nous nous enlbarrassàmeB dansdes jaidins «t de vieilles maisons, et fûmes assez Ung-^easaps à

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EN TimQUlE. iTi

pOBToir retrouver noire chemin. £n6n, l'horizon s'ëtantëdairci, nous nous dégageâmes de cesembamst Nous étions alo'rs arrivés au point qui Tat le limite desftrogrès des fiasses en 1810. Le corps priii£i{>al de léaf armée ne dépasaa pas Schumla ; mais des flaécs d« colAque* pass^at les Balkans et s'avancèrent jusqu'aux ftiuboergs de fiarghinE , & quatre-vingt-quatre imllee (36 Ittues) cte Con- Btantînople, après avoir pillé partost. Le pays ëbak toujours cette même plaine dépouillée de tout embl^ge qne nous avions traversée 1» jours préeédents, e1<!e8habitaat«de la Tartuie durent se croire cbciE eux-. Sur les neitf iveruree nous arrivâmes enfin à un bois. Les arbres qui le composaient étaient les premiers que nous trouvions depuis que nons avions quitté CtnslaDtinoplB, ■àa/ofi une -distance de cent milles. Ce fîitpoar noàs une variété fort agréable: pendant tV6is heures de aaarche nous voyageâmes 'dans cette fuiSt^ <qui s'étend jusqu'auprès de X^tni/Mt, oiï'lfOBSiarrivfrmes à midi.

Le nom de Kiriclesi se compose d'un mot lare qui signifie quarante et d'un mot grec qui 'rout dire ■égltM; et toutes le^ nations franques appellent ce lieadaos leurs dlfi^r^tes langues la TàUedès quaramte église8;'mais je n'ai- pu découvrir pour 'qudle nlsrai. En Irlande, e'était on acte de religion que de bfttit sept églises dans le même lieu ,

lia VOYAGE

' en comnu^moratiob des sept ^[lises de l'apocalyp' se , et dans les villes ainsi nommées , les église» se'trouTent encore debout pour justifier leur nom; mais il n'y a aucune trace ni tradition de cette sorte dans la ville actuelle de Kirkletâ. Les Turcs disent que U véritalde orthographe de ce nom est. Kirk-Kemsi , quasante personnes, parce qu'autrefois cette vîUe fut la résidence de ce nombre de saints personn^es, auxquels on a dédié une petite mosquée. Kirklesi est une ville étendue, malpropre^ruinéejcontenant environ quatremille maisons habitées par des Turcs dont les manières ont .beancoi^ de rudesse. Il s'y trouve, en outre, unepopulation de quibze cents familles grecques. Lorsque le pays fut ravagé par des bandes de brigands militaires, les habitants de plusieuts petites villes élevèileot des retranchements popr se garantir d'uile attaque subite ; on en voit en- : core des: traces àaias plusieurs vUlages, D'autres villes forent abandonnées et totalement détruites. Les habitants qui les occupaient se sauvèrent dans les villes fias considérables, et c'est.ainsi .que le8Grcos-qui'Soot,aojoU]C<d'hui& Kirklesi s'y sont - rûiBÎset y forraesit.une population importante. Ils ont établi' unË école, d'après le système de l'enseignement mutuel. On y montre le grec ancien; et le nséme système était sur le point d'étse adopté dans une autre école ofi. l'on enseigne le

EN TURQUIE. n5

latÏD (Romal9}. Cette amélioration dans l'càucation est d'autant plus remarquable dans cetfe ville, qu'il n'y a «i Turquie qu'un autre lieu où re système soit pratiqué. Le nom de Kirklesi , quaramte églises j est si peu justifié par l'état des' choses actuelles , que , bien que la population grecque y soit nombreuse, elle n'a point d'église ; et , malgré des suppliques répétées , elle n'a pu rëuanr ^ obtenir la pernùssion d'en bâtir une.' Lors de la conquête de Constantinople par les Turcs, Mahomet ii fit un' partage des églises : il eu réserra pour les Turcs une moitié, en y comj»enant Sainte-Sophie , qu'il conrertit en mosquée , et il permit aux Grecs de posséder les autres. Mais , depuis ce temps ,' il leur a été presque impossible d'en accn^tre le nombre en en bâtissant de nouvelles , ou même de le maintenir en réparant les anciennes. La permission de faire ces réparations n'est obtenue qu'en payant aux autorités turques de grandes sommes d'ai^ent; et, depuis le cominencement de l'insurrection , elle a été tout-à-fait refusée. Les Grecs, néanmoins, vivement attachés à leur religion, continuent, mé> me en s'exposant à de fortes punitions , à réparer secrètement leurs églises et à raffermir ces viens édifices chancelants.

Cette défense ne se borne pas aux églises, niaû elle s'étend à tous les édifices qui s'y rapportent.

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■ ■4 VOlTAfiE

Je pBttais ordiosirei»ent Vèté dans f^ de- CKhI^ chi , dans la mer, de Marmara , et je logeais dans un grand coavent, ati[Hrès duquel ^it le; tombeau de sÎT £d. Bartmi , le preiuàer ambassiadear anglais à GoQStaatinople qui y soit mort pendant sa noiasion ^ ce tombeau , 'par la suite des temps , . avait été dilapidé , et la pi^re sur laqueUje se trouvait son épitaphe avait été placée sue la grande porte du couTcot. Lord Strangford voulut que ce tombeau de Van de ses prédécesseurs fàt rétabli, et il me chargea de ce soin Je m'occupai d'accom^r ses ordres ; mais , dés que je m'adressai axa. caloyers, ou uioincs de ce courent, je reconnus que je rencontrerais de grands obstacles. Gomme la pierre dont je viens de paiier avait été placé» dans le mur, elle faisait alors partie de Védifice , et ne. pouvait plus en être âtée saiM une permission expresse , ou sans s'esposer k. une amenda considéraMe. Cette permission ne m'aqrait pas été refusée; mais. son eiwellence ayant qniltéConstantinopIe sur cesentreiiâtes, la pierre tumulaire de notre ambassadeur est restée andessus de la porte d'un couvent grec.

A travers on grand nombre de rues boueuses et en mauvais état , nOus vînmes âi la maisoa de poste , d'aussi mauvaise apparence , où noos devions prendre de nquvfaus chevaux : c'était là que se terminait l'eogagcment du guide qœ j'a-

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EN TLFKQUIE. iiS

i'ais pris îtCooàtautiiJbple. A partir de Kiriclesi ' les rtiâîsoriâ de poste sont placées à une distance de dijc'ou douze heures de marche; les chevanx sont changés, et lé voyageur va ailssi rapidement (jull le désire. 1! paie 20 paras , ou une demijliàstre , par' heure , par chaque cheval ; c'est- àdîre que Ton a quatre chevaux et un guide armé, pour aller aussi vite que l'oa veut , pour eavïroa 4 ptnce par mille, ce qui fait 1 -penny par mille .paï'chaqne cheval. La maison de poste était une misérable chaumière , avec des fenêtres garnies de papier au lieu de verre. Bans llntérieur , cependant , se troutait un café , où le maître de po^é et quelques Turcs de bonne apparence fumaient leurs pipes , eh buvant du café. Mon porte-manteau fflt placé dans un coin , et je m'*assis dessus OU' attendant le d^euner. Mustapha étant entré, je \(A as quelques demandes en anglais ; 11 ne me répondit poitit , ce qui me mit dans le cas de Im . pafler plus haut : il fut alors saisi d'une vive agitation , et sortit aussitôt de la chambre. J^allai le rajoîadré tïn moment après , et je le trouvai fai> saitt tous nos préparatifs de départ , et se bâtant de donner quelques paras ans hommes qui nous setraleut. 11 me pressa de monter à cheval; et, aprètfàvôir achevé à la hâte nos préparatife de départ, il se mit eu route, me laissant b suivre comme je le pouvais. H galopai après lui jusque dans ■

i|6 VOYAGE

les feubonrgs de la ville ; où il s'arréftk devant un cabaret bulgare. Dès qu'il fut ainsi arrivé dans ' une màisoi) habitée par un chrétien, son trouble se calma, et il m'en dit alors la cause. Les Turcs de Kirklesi sont si ignorants et si grossiers, qu'ilspensent qu'un homme est dégradé qiuind il parle une antre langue que le Turc : lorsque j'avais adressé la parole en anglais à Mustapha , dans ]& café, Une m'avait pointrépondu, parce que, s'il Teût fait , nous aurions été exposés aux insultes des gens qui. nous entouraient. Cela lui était arrivé dans Je même lieu quelque temps aupara-

' vaut : il y avait été attaqué , ainsi que le voyageur qu'il accompagnait, et avait couru un grand danger.

Cette aversion positive pour acquérir de l'instruction est peul-étre le trait te plus extraordinaire du caractère.tuTC , et celui qui le distingue de toute autre nation du temps actuel : il est

* difficile de croire qu'un peuple se fasse gloire de son ignorance , ol méprise- ceux qui. ne sont point dans ce cas. Cela ne se borne point à la vilepopulace de Kirkle^. Il y a,, dans les hôtels des différentes légations à Constantïnople > des janissaires qui s'y trouvent attachés comme une garde d'honneur, et qui sont en communication continuelle avec les personnes qui habitent ces légations ; le seul de ces janissaires qui connût

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la langue fraaquc était Mustapha , et c'était un jnenégat ; il ne faisait parfois usage d'nue langne étrangère à celle des Turcs qu*au péril de sa vie., Ce préjugé existe de même parmi les classes élevées. Dans leurs comrauaicatioas arec les étrangers, les Turcs sont toujours obligés de se servir de rayas pour êtrft' leurs interprètes. La charçe importante de drogman, on interprète de la Forte, était toujours occupée par des Grecsjusqu'àrépoque de la dernière insurrection. Lorsque ceux-ci n'ont' plus possédé la conBance des Turcs , on n'a pu trouver dans l'empire nn seul Turc qui fit en état ou qui eût la volonté de parler une langue étrangère ; ils ont ëtë alors obligés de conférer la char* ge de drogman de la Porte à un juif. Le gouvernement tnrc a cependant depuis formé un établissement pour l'instruction de quelques jeunes musulmans dans les langues de l'Europe , afin de ' ne plus être' dans la nécessité de confier à des étrangers d'une fidélité suspecte un emploi aussi important» Cette adoption' tardive d'une mesure si lAdispensahle est une forte preuve de l'obstination avec laquelle les Turcs tiennent à leurs préjugés , et de l'énergie que ïe sultan actuel a dû déployer pour s'y opposer avec succès.

Comme nous venions de commencer à courir la poste au compte du gouvcmenient , nos malheureux chevaux n'étaient pas épargnés-. La règle

ne VOYAGE

établie^qiie,5'ilsmeareQt d'uDf paeteàuoeau- ' tre , le voyageur les paie ; m^s il .peut les mener 9ussi vite que possible. ISotre poste prochaine était, ù douze heures de marche, à Faiih, et nous r^olùmes de regagner le temps perdu e^ faisant cette route en sis heures : dans quatre nous anivèimaB a Ereihfj TÏUage habité par des Bulgares. La proripce appelée Bnlgioie ne com" prend que le pays situé entre les monts Balkans et le Danube; mais la race actjye des 3ttlgares a passé les limites du Balkan , et s'avance graduellement dans la ^omanie. La politique du goavernemenX turc est évidemment de favoriscT cett^ , nouvelle population dans ces fertiles plaines , et d'y encourager l'industrie de pes agriculteurs industrieux.

Nous arrivâmes dans la ^irée , après le lever de la lime, dans un autre village, nCHUmé Doolathhqghe f entièrement habité par des Bulgares , et nous résolûmes d'y passer la nuit. Le lieu de réception des voyageurs était ta maison de poste; mais, peu curieux de rester dans ce misérable cabaret, au milieu de, Turcs grossiers , je me détermioai à aller chercher un ^te dans une cabane de berger. Nous nous rendîmes au centre du village, sur une place où les troupeaux des habitants étaient rassemblés comme en Irlande. Là , mon guide, élevant fortement U yoix, appela le kùtya.

EN TtJRQUIE. I ii>

OoBS tous ces villages , un Turc remplît Ips fonctions de goaTcmèiH',:rt perçoit la c^itation ; il a aous Inî uu Bulgare , qui est son Imiteiiant , tm kiaya y el qui ï^le toutes les sutres affaires du villagcLe kiaya psrat bientôt, et s'occupa de nous loger chez quelque habitant.

Dans la première cabane où nous nous présentàtaes, il n'y arait que des femmes : les hommes de la famillese trouvant absents, dles éprouvaient ^elques scrupules à recerofr des étrftngers , et nous jugeâmes qu'elles avaient raison. Nous finîmes par trouver une chaumière dans laquelle il y avait deux chambres, dont l'une était vide : on y alluma un bwi feu , oq étendit sur le plancher quelques gros tapis , et , an bout d'une demi-heure , nous nous trouvâmes infinimeot mieux que noiB n'aurions pu l'être dans le meillenr café turc. Nous demandâmes alors ceque Ton pourrait nous donner pour souper, et l'on nous répondit Rien. Je me rappelai le baron de Tott et son ■ janissaire; mais je ne pensai pas devoir l'imiter, car les pauvres gens chez qui nous nous trouvions nous expliquèrent facilement la cause de leur disette.

Nous avions rencontré, le matin, sur la route, nne troupe considérable d'artilleurs avec leure enseignes et leurs officiers. Malheureusement pour nous, ce détachemcntavait cftmpc près de ce

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iSo VOYAGE ^

village.; et, comme il avait vécu aux dépens des habitants, il avait tellement épuisé leurs ressources , qu'à peine restait-il un œuf dans le village. Le kiaya , toutefois , chercha si bien qu'il revint bientôt avec quelques viyrçs et du vin qui avaient échappé aux maraudeurs. La boba , ou maltresse du logis, nous apprêta un fort bon souper , sans qu'il fût nécessaire de battre son mari ; et noire dépense , .en y comprenant le soin de nos chevaux , ne se monta qn'à quatre piastre;.

. Nous nous mimes en route à la pointe du jour. Leç chants nombreux des coqs annonçaient qu'ils avaient eu le secret d'échapper. aux soldats tuecA ; car chaque maison paraissait en posséder plusieurs, tant If ur concert était brujant.

A partir du village de Doolath-Haghe , le pays étfiit couvert de bois, et montagneux. Mustapha crut devoir commencer & galoper, précisé- ' ment parce que la route n'était plus large ni unie et qu'elle se trouvait au contraire inégale, embarrassée et pérUlense. Je me sentais fatigué; le moindre mouvement m'était pénible Après avoir, pendant plusieurs jours, voyagé à cheval toute la journée et n'avoir reposé pendant la nuit qu'en me servant de mon manteau et d'une natte ou d'un tapis, pour me coucher sur un rude plancher, je n'étais nullement disposé à faire -un

«xeicice rident. Je me refusai positivement à la proposition de Mostapha. Hais par degrés le guide hâta sa marche, le Tartare le auÎTit,et mon cheval, par un instinct irrrésistible, ne voulut point rester eu arrière ; de sorte qu'au^ bout de qoelqnes minutes nous galopions vivement sur une route où l'on n'aurait pu marcher qu'avec précaution. Nous courûmes à travers monts et vallées, passant an milieu de qoartiersde rochers, d'arbres tombés, de torrents et de halliers , et laissâmes ainsi la bride sur le cou de nos chevaux pendant l'espace de douze milles, jusqu'à c& que nous fûmes arrivés à Fakih. Je croyais que cette course de chasse m'aurait disl<)qué et m'aurait mis hors d'état de poursuivre ma rolite, mais Mustapha m'assura que d'après Fejïpérience qu'il en avait &ite avec d'autres voyageurs cela aurait un effet tout contraire , et véritablement il en fut ^insi. Cet exercice violent fut pour moi comme un bain de vapeur turc. Les muscles furent asr souplis, et, eu descendant de cheval, je me sentis plus vigoureux que lorsque j'étais parti.

Le village de Fakih est situé dans une vallée et entièrement habité par des Bulgares. . C'était le premier que je voyais de jour, et, je fus si frappé de son apparence que je me crus transporté dans un pays chrétien. Sur la pelouse, devant les . maisons, était une grande quantité de porcs , les

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la» VOYAjGE

preqiieiB que j'euaee vqs depuis mon entrée en Torqui^ attendu que le porc est mi animal tenu en abotniiia;tion par les Turcs comme par les juifs ; et il est strictement défendu non seulem«H d'en manger, mais miêrae d'en laisser païaStie dan« les rues. L^ esogliérs stbondeat daos les bois qui aVoisineat la Mer -Noire à peu deili»taace de ConstanUnopIe, et leur chair est excel--' lente ; toutefois, c'est un luxe que les Francs, k cau^ de cette défense , ont de là peine h se procu-. rer, bien qu'ils en soient fort frianik. Au miliea de la pelouse était un puits où les iumames , ainsi que les femmes , qui n'avalent point 'de, voile , étaient assemblés. On apercevait dans les mai' sons des iinages "de la Vierçe , devant lesquellee des lampes étaient allumées. Le petit nombre de Turcs qui se trouvaient là étaient fort polis , et ne donnaient aucune inquiétude à Mustapha. Je m'établùs «jr la natte de la maison de poste : on me servit du pain et du lait ; et , pendant que l'oB s'occupait d'avoir des chevaux, je déjeunai, et j'écrivis à mes amis de Fera , parce que la po^ d'Allemagne devait passer dans la journée. Nous partîmes à' midi. En quittant le village, nousfà'r mes entourés de groupes d'enfants qui tenaient & la main des cribles remplis de blé; iU en prenaient des poignées qu'ils répandaient devaM nous com' me nous passions : cela voulait dire que c'étaient

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EN TUftQUIE. isS

pax qui coUiraient ce grain, et qui nous fournis* saient de blé et de pain, £o retour, noue leur je* tàmes des paras, qji'ils ramaasèrent, en nous sou-* haitant bon voyage.

Nous commençâmes alors à monter un rang de montagnes peu élevées y qui sont regardées comme les premières des'S^lkans. Fakih est considéré, en conséquence, comme le faremin village de la base de cette chaîne de montagnes. Différents sites champêtres et romantique s'of-r fraient à nos regards, quoique le caractère en iiiit plutôt simple que grandiose. A deux heures nous noua trouvâmes dans une plaine immense, située à la hauteur intermédiaire des Balkans. Quelque-* fois des ruisseaux d'une eau limpide couraient sur des lits de cailloux, au milieu de bois touffus, ou sur la plus Ëraiefae verdure, et je croyais me trou<ver dans un parc d'Angleterre. Plus loin, la plai-ne offrait de vastes prairies couvertes de troupeaux, ou bien des champs de blés nouvellement ensemencés. An milieu de ces scènes pastorales se trouvait le village ou plutôt la réunion de villages nommée Bouson-Kestrj , où nous arrivâmes à trois heures.

Je crus voir une ville de ïartares ou de Scythes : dans une grande plaine verdoyante et converte dç troupeaux se trouvait une réunion de cabanes éparses çà et là , sans b mrandre direction

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ia4 VOYAGE

pour former ane rue ou une disposition' quelconque ; il y en avait plusieurs en construction. L'édifice est placé sur un terrain oblong, circulaire à une extrémité, et carré à l'autre ; aotonrde cet espace s'élève une clôture formée de petits pieux de quatre pieds de haut , qui sont enfoncés dans là terre^ entre eux sont placées de fortes branches de saule , de manière à former comme un immense panier ; le toit est éleVé sur ces pieux et couvert de chaume, et la clôture qui sert de mu-

, raille est enduite de terre détrempée. L'entrée est toujours k l'extrémité carréeoA le toit fait une grande saillie soiitenue par des piliers de bois, ce qui forme un porche et comme une colonnade

- rustique. La cheminée est placée de ce côté de la chaumière : elle est vaste, et s'avance dans l'intérieur , comme dans les cabanes d'Ecosse et d'Irlande. Le logement intérieur est garni de grands et gros tapis de laine, sur lesquels la famille s'assied pendant le jour et dort pendant la nuit. Autour de chaque habitation est un enclos rempli de blé , de foin et de troupeaux. II y à dans tout cela une propreté, une abondance et un air d'ai- ' sance , qui feraient de ces peuples les hommes les plus heureux delà terre, s'ils n'étaient pas soumis à des exactions dont ils ss plaignent beaucoup. Far exemple, dans chaque village, il y a un homme qui est autorisé par le gouvcrneraenl à vendre

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toutes les choses nécesaaîres pour la consoBunatîon journalière : il paie 1,000 piastres pour avcnr ' ce privilège. C'est ud Grec arnaute ; il est le seul des habitants qui sache lire et écrire. On ne trouve dans ce, village ni école oi église-^ mais un prêtre qui réside dans les eUTÎrons j vient de temps en temj^.

En partant de ce village , nous nous dirigeâmes h travers un pays d'un aspect agréable , offrant de chaque côté de la route des masses de: taillis ressemblant à de jeunes plantations. J'aperçus une grande variété de plantes dont les graines étaient arrivées à maturité, et je m'arrêtai pour en recueillir quelques unes. Mou guide me dit qu'un grand nombre de personnes venaient chaque année d'Andriaople, pour récolter dans ces bois des plantes médicinales ou propres à la teinture , qui s'y trouvent en abondance. >

A six heures du soir nous arrivâmes au village de Beeni , où nous nous arrêtâmes pour passer la nuit : il ne s'y trouvait aucun café, et nous fûmes logés dans une chaumière , par le kiaya , comme dans notre gtte précédent ; il ne s'y trouvait qu'une. chambre, et nous fûmes associés à la famille qui l'habitait , et qui se composait du tchourbadgee , ou l'homme de la maison ; de la hvba, la femme; de trois enfants et de deux bergers. La chaumière était de la même construc-

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1x6 VOYAGE

tioa que celles des village» précédents; lê^mtfts en étaient si peu élevés qu'à peine pouvtiis' je ètrâ deboQt dans le milieu de la chambte : mais elle était propre, ^rnie d'nn tapis ; on bon ^a brillait dan» la cheminée ; et <ltand je fos asûs an milieu de ces bonnes gens , sur le visagia desquels se peignait la candeur, il me sembla que je me trouvais chez moi. Nous avions apporté quelques vivres de RotMSOU-Kestri : la boba s'empressa de les accommoder. Elle mit en même temps sur le feu une plaque de fef circulaire , sur laquelle' elle étendit un mélange d'eau , de brinà et d'œu& , de manière à- en former un épais gâteau ; elle le pla^a sur un plat , et , loi^u'dle en ijot fait un ^ second , elle Jnterp«»sA entre eU£ du beurre et du fromage, et en éleva sdn^ une pyramide. Elle joignit à cela quelques autres oietS', du vin, dn raki, et nouS seti^ïf notre 50tq>er'atec aae activilé qui trarsit fait Itonnéttr à une cuisine anglaise. Fendant ces préparatifs, elle avait une quenouille ^ sob côté, et un fftseau qu'elle tenait con^amment eu mouvement ; c'était au flioyèB de ce simple iustroment, toujours en activité j qtte les habits de la famille étaient fabriqués. Aptes ■ souper, ubacon de nous s'établit sur le^ tapis , les pkdfi vers le feu ^ et nous dormlOies en ptàx. Ltf matin, lorsque je ni'éveilkLi, j'aperçus la mafibMSSé du logis déjà établie auprès du feu, avec l'une de'

s» filles, lout«9 deux ayant leurs qucnonillea et filant do cotoB : elles me i^gardiient en chant«nt à Toix basse an ajr qui aroit uoe douce mélodie. Je pensai à réloignement où je me trouTais de ma patrie ; Je me rappelai quelques scènes da même geare décrites par Mtingo Fark, et comme luijeme trouvai doucement ému du tableau que j'avais soos les yet/x.

Nous traversâmes plusieurs autres village6 bulgares dans ce pays fertile ; on y voyait en aboodance des moutons, des chèvres, des boeufs et des buffles, mais pas un seol cheval. Nons arrivâmes à dix heures àa matin à I9 Ville A^Hai/dhoê et nous nous rendîmes à la maison dé poste pooruvoir des chevaux. Cette ville est située aupied de la chaîne des montagnes qui forment les hauts Balkans. £lle est renommée pour ses bains d'raux chaudes, et confirme un passage remarquable d'Hérodote. Darius, en traversant ce pays, s'arrêta àla source du Taurus , petite rivière qui, après avoir parcouru une grande quantité de pays, se jetaitdansrHébrus. Il éleva deux piliers aoprès' des sources d'eaux chaudes d'où la rivière prenait son cours,' comme un souvenir de son expédition. Hérodote dit que ce lieu était situé entre Héraclée sur la Fropontide , et Appblonie sur l'Ëuxin! he docteur Clarke croit avoir retrouvé cette rivi^ dans celle qui passe h Bui^haz. Mais il semble

laS VOYAGE

que lés sources (Teaox chaudes qui sont à Hajdbos sont nue indication plus certàioe. Dans cette région, élerée se trouTcnt les souix^s de plusieurs petites lirières, dont quelques-unes se rendent directement aupont-£uxin, et d'autres, prenant un cours différent^ vont se jeter dans les brandies de la Maritza.

Je trouvai que Mustapha avait fait usage de ces sources classiques, et , lorsque je le rejoignis , U s'était mis entre les mains d'un barbier. A côté de la boutique de ce barbier était une maison en construction ; un homme y était occupé à écrire un inventaire. Toutes les personnes que je vis travailler le faisaient d'une manière difiërente de la, nôtre. Le barbier, .à chaque coup de rasoir, Féloignait de lui , tandis que nous ramerions cet instrument vers nous. Le charpentier, au contraire, tournait vers lui les dents de la scie, tandis que nous les touriions en dehors. Le maçon ' était assis en arrangeant ses pierres; les nôtres se tiennent toujours debout. Le Scribe écrivait sur sa main, de droite à gauche, tandis que chez nous on s'appuie sur une table , et l'on écrit dans le sens contraire. Ces particularités , quoique peu importantes , sont autant de traits du caractère des Turcs. Voilà quatre siècles qu'ils ont traversé l'Hellespont et qu'ils se sont transportés d'Asie en Europe. Pendant tout ce temps ils ont

été constamment ea contact arec les mœurs et. les habitudes des Européens ; ils se sont avancés josqu'à Vienne et ont occupé le centre des pays de la chrétienté. Cependant , tandis que tous les peuples , autour d'eux ,. ont fait des progrès dans les arts et dans toutes les branches d'industrie, ils sont restés stationnàires; et telle est leur répugnance pour toute assimilation , que la plupart des hommes qui ont essayé d'améliorer leur éducation ont été rictimes de leur témérité. A peu d'exception près , la grande masse . des Turrs d'aujourd'hui est encore la. même race d'hommes ignorants, superstitieus ," obstinés et intraitables qui ont quitté les montagnes de l'Asie. Ils ont si pen de dispositions* à ^ous imiter d'aucune manière, qu'ils conservent des différences marquées dans les plus grandes comme dans les plus petir tes choses , et, non seulement dans les sciences et dans les arts, mais dans le maniement d'une sciç ou d'un rasoir. ,

Nous partîmes et nous montâmes la p^en:^ère chaîne des hauts Balkans. Nous eûmes un essai de leur climat pluvieux; le vent s'était tourné au sud, et des masses de brooillard couvraient le flanc des montagnes.

Après une heure de marche, nous descendîmes de nouveau et nous retrouvâmes une de ces vastes et fertiles plaines qui sont fréquentes dans les

i3o VOYAGE

intervalles de ces mmitagnes. Celle où ùotis nons trottvioïiB avait dix ou douze milles de longgeaf, sur trois où quatre de largeur. Une rivière serpeatait au milieu de cette plaine , qui était cou- Tïrte de rillages , dé troupeaux , de champs de Mé, dé TÏgQes, d'arbres k tmitê; et tout cela Avait le plus af^ëable a^écl : les arbres n'avaient rien perdu de leur feuillage , le blé d'aatotane perçait ■ la terre, et les p&lumges étaient verdoyants. Mais la circonstance qui nous frappait le plus, c'était l'aspect des montagnes qui environnaient cette pbine : elles paraii^ient absolument inaccessibles. Si le docteur Johnson eût voyagé dans ces pays, jlauFais supposé qull aurait fait la deseripti«m. de sa vallée d6 Bassejas lil'après celle-ci. En poPtaat mes regards atftour de moi, je ne pouvais découvrir Tissne par laquelle j'en sortirais. Nous fluivimes touteit^ le cours de la lirjlère, jusqu'à ce que nous fûmes arrfvéâ à la base de la montagne perpendiculaire qui fermait la vallée de ce côtélà. Comme dans /«a MUle et une Nuits ^H par la vertu des mots magiques de Sésame j ouvretoi i, la mont^ne sembla s'ciuvrir tout à coup , et nous aperçûmes un sentier étroit , dans lequel nous entrâmes, ainsi que la rivière.

Ce ravin est peut-être l'un des pins pittoresques et des plus curieux de l'Europe : ses flânes perpendiculaires sVlèvent à une hauteul* îmmen-

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EN TURQUIE. i5i

9e i Us sont couverts de bois jusqu'à leur sommet, et ne Uîssent entrevoir qu'une bande étrœte de l'âzur du cieL Pendant quelque temps nous suivîmes le lit de la rivière , descendant toujours plus profondément dans cette gorge resserrée, et je commençais à croire que nous la suivrious ainsi dans l'obe^urité qui nous enterait , jusqu'à ce que nous fussions arrivé» avec elle de l'autre côté des montagnes ; mais bientôt nous la quittâmes, et commençâmes à nous élever progressivéinent,jusqu'à ce que nous eûmes atteint le sommet de eette seconde chaîne de montagnes. Là, nous trouvâmes que les masses de nuages qui n^us avaient paru û pittoresques s'étaient étendues comme une base uniforme qui bornait notre vue à peu de distance , et se dissolvaient en torrents de pluie, La route était devenue peu agréable et périlleuse ; elle était qutlquefois à pic et si glissante que les chevaux pouvaient à peine s'y maintenir. Nous passâmes plusieurs ravins sur des ponts en planches tellement chaocelan tes quenotre poids les faisait soulever à une estrémilé quand nous nous trouvions à l'autre. Nous voyageâmes ainsi jusi^'àce que les ombres du soir nous avertirent de nous hâter. Nous pressâmes nos chevaux en coneéquence ; nous marchions avec la rapidité ordinaire aux Turcs^ et nous allions traverser l'un de ces fngiks pools de bois, rftabli an-dessus

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i5i VOYAGE

d'an ravin profootl, quand tout à coup il se brisa avec un craquement afifireujt , et notre guide et son cheval, qui étaient dessus, disparurent : le guide fut jeté en avant, et, s'accrochant à des arbrisseaux, il parvint à remonter de l'autre côté du ravin ; mais son cheval tomba dans le précipice. Toutefois, ses pi»dS de derrière restèrent embarrassés dans les débris du pont , et il demeura ainsi suspendu : nous desceodimes de nos che^ vaux , et fîmes tous nos efforts pour délivrer le pauvre animal de la situation où il se trouvait. Nous ne pouvions parvenir à l'enlever, ef je pensais que c'était une peine inutile, car il gémissaitcoium^sitoussesmembreseussentétérCmpus.:

Notre position était fâcheuse : nous ne pouvions aller plus, avant ; il était trop tard pour penser à retourner au lieu d'où nous étions partis ; lious n'avions d'antre perspective que de passer la nuit où nous nous trouviotis, sans abri, exposés à un déluge d'une pluie glaciale sur le sommet de ces' montagnes stériles.

On mit en délibération si nous tuerions le cheval d'un coup de pistokt j mais, au moment où nousallions prendrecette résolution, arrivèrent un janissaire et son guide , allant h Silistrie : avec leur aide, nous essayâmes de nouveau de dégager notre cheval ; nous le descendîmes dans le ravin, «t, en nous aidant des débris du pont comme de

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EN TURQUIE. i55

leviers , nous, parvînmes, au moyen de cordes, a le remonter de l'autre côté du ravin. Là il se remit sur ses pieds, et, à notre grande surprise^ il se trouva saus aucune fracture. Nous réparâmes le pont , et le traversâmes avec précaution , le laissant, malgré nous, dans un état qui devait être fatal au premier voyageur qui nous suivrait.

Les ombres de la nuit étaient déjà épaisses quand nous arrivâmes dans une vallée au centre de laquelle se trouve le joli village de Lopenitza.

Ce village est au milieu de la descente des hauts Balkans. Nous fûmes d'autant plus cliarmés d'y arriver», que nous étions trempés par la ' pluie et épuisés de fatigue. Nous entrâmes dans la cour d'une ferme entourée par un enclos. Plusieurs corps de logis se présentèrent à nos regards ; mais l'un d'eux nous attira particulièrement : il était nouvellement construit , et paraissait d'une grande propretti. Dès que nous nous présentâines pour y entrer , les personnes qui s'y trouvaient s'empressèrent de le disposer pour nous recevoir : un feu brillant fut allumé dans la cheminée ; des tapis épais furent étendus sur le plancher; et, quand j'entrai sous le porche, il me sembla que je n'avais jamais va, ni en Angleterre ni dans le pays de Galles, une plus agréable chaumière. Je quittai mes habits humides, je

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m'étendis auprès du feu, et nie trutiTai bientôt

le mieux du moudc.

Taodis que je me reposais ainsi, une troupe de jcunesfiUeseDtrèrcntdaae la chambre oûje me trou- Tais! La plusgniadeet la plusjulie, tenant un mouchoir fobac à la main , était en tête ; elles commencèrent une danse , en chantant un air doux, daoB lequel leurs voix s'unissaient agréablement. Leur danse consistait dans un mouvemcBt gracieux et régulier' ; leur dianson était un hymne en l'honneur de l'étranger, dont elles exaltaient lA beanté et les brillantes qualités. Elles étaient vêtues d'étoffes blenes; d'amples chemises plisséés leur couvraient la poitrine et les brasj leurs cbe- Teox étaient tressés, et ornés de monnaies d'or et d'argent ; elles portaient de grandes boucles d'oreilles, et avaient autour de leurs bras un ou deux bracelets d'argent. Quand la danse et ks chanta Airent terminés, la beauté qui conduisait les autres s'approcha de moi et me jeta son mouchoir ; après quoi elles se tetirèrent. Je ne comprenais pas bien la nature de cet appel, et j'hésitais sur ce que je devais faire, quand MustH|Aa m'instruisit que c'était une demande de quelques paras : j'en mib aussitôt une quantité dans le mouchoir , et j'allai rejoindre les danseuses sons le porche >, je distribaai mes dons, et toutes se retirèrent avec beaucoup de modestie «t de gaieté.

EN TUBQUïE^ i35

Ia boba çoiis iippréta deux volailles ; elle y ajouta dfs gâteaux, itu vin> au raki, et nous «er- TÎt un ejLceUent soupec- Parmi les actes de bienveiUaqcç que ces boDues gens offrent aux étraagers fe trouve toujours un feu énoime , qui a sis pieda de haut: et, comme les Rosses, ils parais^seot DÏmer beaucoup une forte chaleur. Je la ' trouvai bientôt «atolérable , et je les priai de diminuer le feu, ce qu'ils firent avec quelque ^tonnement.

Nous quittâmes nos hâtes à la pointe du jour. La tnatlnée était froide et huiuide ; notre route était difficile, au milieu de montagnes rocaillrïises et remplies de ravioE. Nous descendions les dernières chaînes des Balkans, en y rencontrant qni^ quefois d^ plaines. Dans l'une d'elles nous retrouvâmes la rivière avec laquelle nous étions entrés dans ces montagnes : elle se nomme, de ce côté des fialkaos, Buyuk-KameUxi ;' elle suit parallèlement cette chaine de montagnes , et va se jeter dans la Mer-Noire. J'aurais bien vouhi examiner sou cours souterrain, qui pourrait faciliter une route à travers ces monts escarpés. Dans tout autre pays que la Turquie, cette entreprise aurait été tentée : il est possible toutefois que les Turcs ne veuillentpasdétruire cette formidable barrière que la nature a placée entre eux et leurs ennemis du nord , et leur.&cililer une in^'asio^ on étabtis-

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sant ainsi uae route unie au milieu des Balkans. Après aroir traversécette rivière, nous nous dirigeâmes sur Schumla, où nous arrivâmes à Irois heures de l'après-midi , après une longue,et fatigante marche : mes membres s'étaient tellement roidis par le froid que nous ariens éprouvé , qu'eu descendant de rheral je tombai à terre comme un sac de blé.

Nous restâmes à la maison de poste, qui est un grand établissement , attendu que c'est le ceutre des communications de différentes routes venant du. Danube f et, quoique le nombre des chevaux soit immense, les voyageurs sont quelquefois obligés d'attendre plusieurs jours avant de pouvoir partir. Les logements sont, en conséquence, plus commodes que dans les maisons de. poste ordi- Qaires en Turquie. Au haut d'un escalier se trouvait une longue galerie qui communiquait à plusieurs appartements : dans une chambre était un divan avec des coussins'; mais les fenêtres étaient sans vitres, elle froid m'en chassa. Je trouvai une autre chambre qui avait des fenêtres garnies de papier ; un bon feu y était allumé , de sorte que je m'y établis : c'était la salle des voyageurs, comme dans les bureaux de poste en Angleterre ; et plusieurs y étaient déjà.

Parmi eux se trouvait un vieillard vêtu.en toile, qui se tenait très près du feu; il soupirait, et

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lépétait so'uvïot : « Sakar Alla! » En l'esaminaot avec plus d'attention, je m'aperçus <ja'il était enchaîné. Un Turc formidable entra au même instant, se plaça dans la chambre, d'ub air d'autorité , et se mit à fumer sa pipe. J'appris que le vieillard était un prisonnier qui~venajt de l'Âsie- Mineure, sous la garde de ce Turc. Il s'était plaint des exactions commises par l'aga de la ville qu'il habitait : on avait envoyé quelqu'un pour prendre des informations^ ma\s l'aga ayant dcHiné . cinq cents piastres à cet inspecteur, le plaignant avait été considéré comme un calomniateur , et exilé à Basgrad , près du Danube , où ce Turc le conduisait.

NoDS étions impatients de partir ; mais les chevaux n'arrivaient pas. Noos fûmes obligé» de nous décider à passer la nuit à Scljumla. Le maître de poste, pour nous faire prendre patience, voulut nous donner à diner à ses frais, et j'allai parcourir la ville pendant qu'il en faisait les préparatifs, A mon retour , je trouvai , en guise de table , un tabouret renversé , sur lequel était Ufie plaque de métal , avec des cuillers de bois et des tranches de pain brun , disposées comme des rayons venant d'un centre. Nous nous asMmes sur le plancher , autour de cette espèce de table, le Turc, Mustapha, le prisonnier et quelques autres voyageurs. On nous servit d'a-

i58 ■ VOYAGE

bord una aoupe dans an vase de mêlai ; elle Aitprompteioent mangée , au moyen de nos cuUIem de boif . Après cela vint on plat de viande, qui ne déplaisait point à l'odorat; chacun des convives^ tenant un morceau .de pain entre le pouce et Tiodex, prenait dans le plat, avec la même main, un morceau qu'il plaçait sur son pain, et le portait otsuite k sa bouche. Cette manière de manger, usitée en Turquie , est une preuve de l'Immutabilité des coutumes de l'Orient : oe fut aind que les disciples firent la cène , quand Judas fut désiré comme plaçant ainsi sa main dan^ le même {dat que son divin maitre. On nous servit ensuite quelques légumes, et, entre autres, des coloquintes ou gourdes bouillies ; çt an bout de six minutes la fête fut finie. Aucun breuvage' ne nous fiit offert, pas même de l'eau. Bien que cette coutume de porter la main an plat eoit de la plus liaulc antiquité , elle n'en est pas moins révoltante pour un Eurc^en , surtout quand se Irouveassocié à des inconnus d'un aspect repoussant.

De même que nous avions dîné ensemble, nous dormîmes sur le même carreau; et, comme j'étais très fatigué , je ne tardai pas à m'endormir profondément. Cependant je rêvai de chaînes et de fers, et je fus réveillé subitement par le bruit de ceux du pauvre prisonnier, qui, en se tournant

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EN TURQUE. iSg

et se retouroant, avait placé les siens tout auprès de laes oreilles.

Enfin, le lendemain matÎD nous eûmes des chevaux, et noas partîmes dès l'aurore. Notre route se dirigeait vers une montagne qui dominait tout le pays, et je m'y arrêtai, au lever du soleil, pour remarquer cette position.

Derrière nous était la vaste chaîne des Balkans que nous avions franchis. Ils présentaient, de ce côté,, un aspect encore plus vertical et plus inacceBsible que de Tautre. Ils formaient une ligne droite â l'horizon , et ressemblaient à une vastemuraille s'élevant jusqu'aux, nuages. Les anciens avaient, ime telle idée de la hauteur de ces montagnes, que Pomponius Mêla affirme que, de leur sommet, on peut voir à la fois le Pont~£uxin et la mer adriatique. Pline dit qu'ils ont une hauteur de sis milles. Il est bien extraordinaire qu'Hérodote n'en ai point.parlé, bien qu'ils aient dû présenter à l'armée de Dajius un obstacle formidable. Ces montagnes furent appelées Hœmus, dumotgrec Aifitt,lesa&gdu Typhon, parce que, selon la fable, il y était jnonté pour escalader le ciel lorsque Jupiter le foudroya. L'étendue de cette chaîne de montagnes est aussi étonnante que son élévation ; d'un côté elle atteint le golfe de Venise et de l'autre la Mer-Noire. Onrappelle aujourd'hui fialkan, mot (]ui signifie déBlc dil&-

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cile.'OnctiTise les Balkans eu liaut et bas^leeder-' oiers forment de chaque côté comme les ourrages' arancésde ce grand rampart construit par la nature.

La ville de Scfaumla est à l'angle d'une vallée' formée par deus chaînes de. ces montagnes du JSalkan inférieur , et qui en sont rextrémité. Si< l'on Toulait prendre toute la largeur de cette ch^ne immense , on pourrait la mesurer de Fa-' kih à Schumla, enfomptant entre ces deuspoints' trente-deux heures de marche ou quatre- vingt-» seize milles ( trente-deux lieues ) . Au-deU de ces deux points, des deux côtés^ le paysn'offre qu'dne plaine ; entre eux, ce ne sont que des montagnes.lia partie la plus élevée , toutefois, ne comprend que neuf heures de marche ou viu^-sept milles (neuf lieues).

Aux environs deSchuoda, les montagnes forment un ampMthéàtrp en dènû-cercle , et sont couvertes de jardina ei de plantatioas jusqu'à leur sommet, ce qui fiorme le plus agréable coupd'œîl. Au pied de cette chaîne de montagnes conimence une plaine immense qui s'étend jusqu'au Danube, au nord, etjusqu'à la Mer-Noire, à l'est. Dans cette dernière direction se trouvent la ville et . leportdeYarna, situés entre deus promontoires, à cinquante-quatre milles ( dix-huit lieues ) de Schumla. Lorsque l'on veut éviter les difficultés

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des Balkans, on frète no navire à Çonstantinople, l'on vient à Tàma et ensuite à Schumia. La partie de la plaine qui est au midi des Balkans était l'ancienne Thrace , et s'appelle maintenant Romanie. Celle qui est située au nord était autrefois la Mœsie , et se nomme aujourd'hui Bnlgarie.

Schnmla est une grande ville fort peuplée. On y compte environ soixante mille ànies. Elle est divisée*en deux parties : l'une est occupée par les Turcs, l'autre par les chrétiens. La première est ' la plus élevée ; elle est remplie de mosquées, dont les dômes et les minarets sont couverts de plaques d'étain poli qui ont un :grand :éGlat quand elles sont -éclairées par le soleil. On y trouve une nouveauté extraordinaire ponr une ville turque, c'est une horloge qui sert à toute la ville et règle le temps des habitants, au lieu des cris des Mueztùne^ qui, ailleurs, annoncent l'heure, du haut des Minarets. Cette innovation et ce rapprochement des coutumes d'Europe sont dus & un pacha qui avait été prisonnier ^^Hussie et qui y avait pris du goût pour les clqchfl^ A «on retour , il y a quelques années, il apporta avec lui cette horloge et l'établit à Schumia. Ce perfectionnement n'a pas été au-delà de cette frontière du nord. Je n'ai pasentendu, ailleurs, dans l'empife turc, une autre horloge, si ce n'est à Athènes, parce que lord

i4ï VOYAGE

Elgin tm avait donne une à cette vilte , comme

une compensalioii cle la dilapidatlDii du Parthr-

DOD.

La seconde partie de la Ville de Schumla , qui est séparée de la premièrt par un intervalle , e% qui ^ nomme ff^arith , s'étend dans la plaine. Elle est habitée parles Bayas ^ ou par la population juive et chrétienne. Bans ce district sont eaviron trois cents maisons habitées par des juifs, des Arméniens et des Grecs, qui ont leurs temples différents pour célébrer les rites de leur religion. C'est à Scbomla que se trouvent les taillandiers et leacliahdronniers les plus renommés de l'empire tnrc. Ce sont eux qui fournissent Çonstantînople des objets de leur industrie et qui con- Trent les mosquées de plaques d'étain ou de cuivre, dont l'éclat et si brillant.

Scbumla a quelques fortifications irrégûlières. Nous entrâmes dans la ville en passant un foseé profond et des remparts de terre qui ont servi à repousser les Rosses, dans leur dernière invasion en Turquie. Leur cq)i§^ d'armée s'avan^ia de R'àsgrad à Schmpla , tandis que leurs cosaques (raversèrent les montagnes , et s'avancèrent jusqu'à Burgbaz. Mais ils furent obligés de se reti- rer sans avoir pris la ville de Schumla. Comme position raHitaire, celte ^ace paraît avoir été d'BBc grande importance ponr l'empire turc. Elle

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est le p<ùnt où aboutissent toutes les routes qui conduisent ans forteresses placées sur le Danube. Ses fortifications, aux jeus de troupes européennes , seraient faibles et méprisables ; ruais elles sont des moyens de défense très efficaces quéknd ^ks sont occupées par des soldats turcs. Elles se composent de remparts de terre et de murs de briques , flanqués par des tours pouvant contenir huit ou dix fusillieis. Elles ont trois milles de longueur et un mille de largeur, sur un terrain entrecoupé de vallées. L'étendue et l'irrégularité de la surface du terrain s'opposent à ce que la place soit complètement investie. C'est là que, dans leurs guerres arec les Bos - -fies, les Turcs forment leur camp retranché, et les Russes l'ont toujours troaré imprenable. Deux fois ils ae sont avancés jusqu'à Schumla , et deux fois ils ont été repoussés sans pouvoir pénétrer plus avant. Bomauzon fut obligé de se retirer de devant cette place en 1774 , et il en a été de même du général Kaminski , après une lutte sanglante, en 1810.

Après quatre heures de marche, en sortant de .' Schumla , nous arrivâmes à uo village turc , où l'on avait comtruit une maison pour les voyageurs , ce qui est rare en Turquie. L'homme qui en avait soin ne s'y trouvait point , et nous ne pûmes y être admis. Nous avions besoin de lai-

i44 VOYAGE

tage , ou de quelque chose pour déjeuner ; mais aucun de nous n'osa se hasarder à aller . chez un paysan turc lui en &ire la demande, de peur de recevoir pour réponse un coup de pistolet. La brutale inhospitalité des paysans turcs est $i connue que personne ' n'osé approcher de leur demeure, à moins d'y être forcé par la plus impérieuse nécessité. Il arrive quelquefois que des Tartares et des courriers perdent la trace de leur route quand la neige tombe en grande abondance. Lorsque, dans ces occasions, ils s'adressent à une maison habitée par des Turcs, ' ils en 'sont repousses avec des menaces, les chiens sont lancés à leur poursuite , et souvent on tire sur eux. Des voyageurs sont quelquefois trouvés morts de froid auprès de leurs demeures , on victimes de leur féroce et intraitable jalousie. Nous secouâmes la poussière de nos pieds en témoignage de leur dureté, et nous allâmes plus loin chercher les secours qui nous étaient nécessaires.

Après quatre autres heures de marche nous arrivâmes au viliajge d'Âroaut Kui , ou ville des Arnautes, ainsi afipelée parce que, comme celle qui se trouve sur les rives du Bosphore, elle a été formée par une colonie de Grecs Arnautes. Nous nous y arrêtâmes et trouvâmes enfin les 'vivres dont nous avions besoin. J'aperçus dans la bonti-

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qae où nous les prenions , quelques Hvi^ , les premiers que j'eusse tus depuis Constantinople. C'étaient les psïtumes de Bavid en grec moderne imprima à Venise. Il y avait à Arnaut-Kui une égliee, unprétre et une icole. Cette ville avait eu jusqu'à mille cinq cents maisons il y a peu d'an- ' nëes j mais quand les Eusses s'avancèrent sut SchUmla y trois batailles furent livrées dans soa Toiâïbagej la ville fut entièrement détruite par l«s' Russes , et , encore aujourd'hui , elle' n'offre que des ruincs,dont Tétendue atteste sa première grandeur. Arnaut-Elui ne renferme plus que cent cinquante maisons habitées.

Dan» une heure nous arrivâmes à Haagrad , où le qriartief-général des Russes avait été établi y et que je m'attendais à trouver aussi en ruinés ; mais lai partie habitée par les Turcs n'a nul-, lement souffert; celle qu'oecupaieotles Grecs aété moins ménagée. La ville compte trois raille Braisons en bon état-, dont les deux tiers sont habites par dea Turcs. Nous entrâmes dans la ville au moment où l'horloge publique sonnait. £lle avait été envoyée à Rasgr?td par le pacba qui en avait donné une à Schumla. Ce fut là que le pauvre prisonnier que j'avais trouvé à Schumla, et qiH avaitsuivi la même route que nous , atteigqit sa destination : il fut remis au gouverneur de la ville.

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Nonsprioies de nouveaux chevaux à Rasgrad, où se trouvait la maison de poste , et en sept heures nous fûmes au village bulgare de Byxant». Il était nuit quand nous y entrâmes , et notre guide appela le kiaya assez long-temps sans qu'il parût. Nous commencions à croire-que nous serions obligés de nous réfugier sous les tentes de quelques Bohémiens , que nous avions aperçus à l'entrée du village , et qui avaient allumé de bons feus j mais le kiaya vint enfin et nous plaça dans un logement , où nous .

trouvâmes le même bon accueil et les mêmes soins que nous avions déjà reçus. La bobï ranima le feu, nous fit promptement des gâteaux, et nous apprêta d'autres mets avec une dextérité et une bonne volonté qui me charmèrent. Après quoi , nous établissant sur le tapis , les pieds du côté du feu , nous dormîmes profondémeut, jusqu'à ce que le concert ordinaire des coqs du village vint nous Tévoiller.

Byzants était le dernier village bulgare que nous devions rencontrer, et je quittai avec regret les demeures de ces bonnes gens. Les Bolgares , qui ont dcané à ce pays son nom moderne , faisaient partie de ces hordes du Nord qui abandonnèrent leurs plaines stériles et leur climat trop rigoureux , pour chercher au Midi un séjour plus agréable. Ils partirent des bords du Wolga, dans

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le septième siècle, traversèrent le Daniibe auprès de son emboucliure , et s'établirent dans le pays situé entre ce fleure et les montagnes, à l'ouest des rivages du Pdnt-Eaxin. Ils triomphèrent des efforts que firent les Grecs du Bas-Empire pour les en chasser. Les guerres qu'ils eurent à soutenir forment une partie considérable de l'histoire de cette époque. Constantin m et Justinien 11 turent vaincus par eux ; enfin , après une lutte qui avait duré cinq siècles, ce pays devint une province de l'empire grec sous Basile. A l'époque de la ■ chute du Bas- Empire, eUe passa sous le joug des Turcs , lorsque Bajazet s'empara de la Romanie.

La capitale de la Bulgarie était alors Sophie^ ville bâtie par Justinien , sur les ruines de l'ancienne Sardika , et qu'il appela Sophie , à cause d'une magnifique église qu'il y éleva d'après le modèle de celle de Sainte-Sophie de Constantinople. Depuis la conquête de ce pays par les Turcs, cette église est devenue une mosquée , ainsi que . celle de Cpnstantioople. Sophie était la résidence dtfbtglebey , ou gouve^eur, et cette ville était considérée comme la capitale de la pk'OTince; mais elle cède maintenant ce titre à Schumla, qui la surpasse de beaucoup en étendue , et dont la situation a bien plus d'importance.

Le district actuel de la Bulgarie s'étend depîlis

TemlMuiclu^v du D^aobe , ta remontant ce flen' ve, jusqu'à» Timork, àu-tlessos de Widdis. Le Danot^ forme sa frontière an nord , et la chaîne parallèle du Balkdn fetrme celle du midi , ce qui f^t mi espace da terrain de f roi» cent cinquaute milles de long sur quarante à cinquante milles de large. Mais les habitants se sont étendos audelà de ces limitea :ils ont par degré pénétré dans la chaîne des moat'S^es, et ils occupent presque exclu^rement oo espace considérabfe as la Bomanie, de l'autre càté du Balkan, oà ils remplacent la population de cette prcvincej qui a dispam dans 1«« démêlés des Turcs et des Grée». Le nombre de ces agriculteurs paisibles et industrieux s'aecnrît progressiyement ; et Ton peut piédn^ qu'ils peupleront , en peu de temps , tout l'espace inculle et désert qui se trouve au midi du Balkan , entre les montagnes et la mev.

Les Bulgares d'aujourd^ui ont entièrement perdu le caractère militaire qui a distingué autrefois leurs ancêtres : c'est tout-à-làit un peuple de bei^ers, vivant dans des hameaux que forme uli assemblage de maisons sans régularité, et qui ne méritent point le nom de villes. Ils en ont ce- . pendant quelque» iwes , où ils esercent le com-merce et possèdent des manufectures. La ySîs de' Selymnûtf au midi du BaUtan , a près dé vii^

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