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PREMIÈRE REMARQUE

lançant le disque dans la position ramassée que nous montre le Discobole. Là un athlète enlevait avec le strigile l'huile dont il s’était enduit.

La vie de tous les jours offrait des spectacles semblables. Aristophane a décrit les jeunes enfants se rendant à l’école « nus, serrés en bon ordre, quand même la neige tombait à gros flocons ».

Aux jours de fêle, les processions déroulaient dans la ville leurs cortèges où la beauté était recherchée plus par les altitudes et les gestes que par l'éclat de riches costumes. « L'action la plus religieuse était d'exposer des formes pures. »

L’art de ce peuple, qu il soit terre, bronze ou marbre, s'est fait dans les palestres. Il a représenté ce que chacun aimait, ce que chacun connaissait parfaitement, la forme humaine dans les multiples manifestations de sa vigueur et de son élégance.

Statues d’athlètes ou de divinités, c'est la gloire des corps ennoblis par la gymnastique qu'il célèbre.

D’autre part un homme, étrange, travaille à la clarté d'une lampe, les yeux fixés sur des fiches de papier où sont griffonnées des notes. Sa préoccupation est d'ajouter sur le sujet qu'il étudie une fiche à d’autres fiches, d'obtenir des dépouillements complets, des inventaires entiers d'opinions et de faits. Il porte des lunettes et, sortant de son cabinet, cligne des yeux à la lumière forte du soleil. De l’homme moderne, tel qu’il existe

I,K MONDE ANTIQUE

sous les habits où nous cachons nos imparfaites anatomies, il ne connaît que le personnel ctdéfectueux exemplaire que la claustration, jointe au manque total d'exercice, a amené à une forme ridicule. Jamais il n'eut la curiosité de voir com¬

ment pouvaient être faits, en chair et en os, des corps d'athlètes, que c'est pourtant sa spécialité d'expliquer avec notes savantes, lorsqu'ils sont en marbre ou en bronze. II ne sait ni le jeu mouvant des muscles, ni la vie des attitudes, ni par quoi une jambe de coureur diffère de celle d'un lutteur. ni les modilications musculaires que l'entrainement d'une partie de l'organisme fait subir au reste du corps. Vous ne le verrez pas aux Folies-Bergère, où sont d'admirables acrobates, non plus que dans les baraques foraines où les Terreurs des Batiirnollcs et de Levai lois s'em-

poignent. Ne lui parlez pas d«* « régime » ; il ne le connaît que direct ou indirect. De l'« entraînement ». il ne sait que celui des sens, pour le réprouver. Il marche, mais avec lenteur : et. s'il est obligé à courir quelques mètres, il s'arrête essoufllé et essuie un front apoplectique. Est-il

marié ? il est à peino plus savant des beautés

propres au corps féminin, et le désir ne lui vint

jamais de confronter la ligne des hanches de son

insuffisante épouse avec celle de VAphrodite de

Praxitèle ou de rechercher sur le torse et les reins

conjugaux les plats et méplats dont il n'ignore pas unau dos de la Vénus Capi/oline.

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