‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 11 sur 99 · SECONDE REMARQUE · texte numérisé non relu

SECONDE REMARQUE

Cet homme est un érudit: je le respecte. Le malheur est qu'il applique sa méthode à étudier un peuple dont la vie a été l'antithèse de la sienne. Où a-t-il trouvé la préparation nécessaire pour discuter sur la forme humaine ? A-t-il vécu parmi les athlètes, qu'il en raisonne de si haut ? Ne voit-on pas que. si l'on veut expliquer une statue de lutteur, mieux que les commentaires de M. Brunn, savant du reste considérable, les leçons d’un Charlcmont et la fréquentation des gymnases vous y préparent.

Faut-il le dire ? Jim Corbett et l'héroïque Fitz Simmons réalisent, jusque dans leurs vantardises, un idéal «le vie grecque plus que M. I'urtzwaengler ou l’érudit M. Collignou. L’entraînement raisonné par lequel ces deux boxeurs surent arriver au maximum de leur puissance physique et le courage avec lequel ils supportèrent la lutte qui rendit fameuse Carson-Cilv. leur auraient, à l’époque chère à nos savants, valu les honneurs du marbre. El certes le corps de Jim Corbett vaut bien celui de X ApoxyouHmos !

Je tiens pour certain que pas un de nos professeurs ne connaît le premier et n'a eu l’idée d'aller y chercher quelques arguments topiques pour nourrir sa dissertation sur le second.

SECONDE UEMAICQCE Sur un sujet délicat .

Personne n'en parle. Vous feuilletterez Burck-

48 I-E MONDE ANTIQUE

hardt, Helbig, Springer et Collignon, vainement. Et à chaque visite nouvelle dans un musée d'antiques. vous vous étonnerez à voir des statues d'adolescents, aux formes frêles et délicates, à la figure fine d’un ovale exquis, aux longs cheveux relevés en nœud sur la tète ou tombant en boucles sur les épaules, ctres douteux, d'un mystère inquiétant de formes indécises, presque féminines de douceur et d'intention, viriles pourtant, bien qu’à peine, dans l'absence de force et de vigueur, dans la faiblesse gracieuse qui semble quêter une protection, un appui, un sourire. Approchant du socle, vous y avez lu une des désignations suivantes : Apollon. Bacchns juvénile , Ephèbe.

Vous ouvrez, pour trouver l'explication de cette énigme, le guide savant qui disserte si bien sur les raisons et les causes des types antiques, vous n’y trouvez rien qui réponde aux préoccupations légitimes de votre curiosité, sinon des phrases comme celle-ci :

« 11 a des formes sveltes, qui indiquent autant de force que l’action du moment en réclame ! »

Là-dessus, lisez, puisque les érudits ne veulent pas la vérité, qu’ils connaissent pourtant, le Banquet de Platon et le Phèdre, l'Ode IV, lie. /, d’Horace, et VAppendice à la Métaphysique de rAmour, d’Arthur Schopenhauer. Vous y verrez les sentiments de l’antiquité sur un sujet interdit aux modernes.

LA DÉCADENCE

Il y avait une époque dans la vie du jeune homme, avant qu'il entrât dans l'âge viril, « avant la barbe », où scs années d'adolescence se passaient dans cet état neutre, dont tant de statues nous disent le charme qu'y trouvaient les anciens. C'était un état transitoire et non point permanent, ainsi que le montrent ces vers d’Horace :

Nee lencrum Lycidam minibere, qu<> calet jnvciitus .V une omnis, «;t woj- virgines tepebunl.

Le sculpteur ciselait un jeune corps d'éphèbe, avec la même caresse du ciseau, avec le même amour, qu'un torse palpitant de Venus, pour les désirs éternels des dieux et des hommes.

LA DECADENCE

Ce n'est que par un effort d'imagination que l'on se reporte, à Rome, aux temps de la grandeur de la République. Ce que les ruines donnent directement, c'est l’époque impériale, c'est la décadence. Les empereurs, dont les œuvres sont encore debout, sont Auguste, Tibère, Caligula, Yespasien, Titus, Adrien, Domiticn, Septime-Sévère, Dioclétien, Caracalla, Constantin le Grand, avec qui nous touchons au terme de l'Empire. Voilà les noms qui remplissent la ville.

Dans les musées, au contraire, il v a un choix

50 LE 3IOXDE ANTIQUE

à faire, car on y a mis pêle-mêle les œuvres anciennes et les plus modernes. Si Ton recherche les statues de la décadence, on les trouvera d'une forme de moins en moins pure, plus emphatiques, plus arrondies, et colossales souvent. Les sarcophages, très nombreux, sont une invention tardive de l'Empire. Ils ne commencent à être en vogue qu'au il* siècle de notre ère, alors que la coutume se perdit de brider les corps. Aussi fournissent-ils une excellente transition à l'art chrétien. Si la patience ne vous fait défaut, vous pourriez en rechercher une suite et la dater approximativement.

La sculpture décorative, dans les ruines et dans les musées, est presque toute de l'époque impériale. Elle intéressera sans doute, no serait-ce qu'en tant que source de notre décoration moderne depuis la Renaissance. Il y a beaucoup à voir ; en particulier, au Musée de Latran, des frises fort belles du Forum de Trajan. Il y aurait quelques remarques à faire sur le relief de l'ornement et sur le relief des rinceaux de Bramante: elles trouveront leur place dans nos études sur la Renaissance.

La collection des portraits d'empereurs, d'impératrices et d'hommes notoires des temps impériaux est considérable et, dans l'ensemble, médiocre ; il y a pourtant quelques pièces remarquables ; c’est en somme ce qu'il y a de plus romain à Rome. Dans les oeuvres les meilleures.

LA DÉCADENCE

on est frappé de l’individualité des modèles, du parti pris réaliste avec lequel ils sont traités. Si c’est parfois au détriment de l'art, nous avons néanmoins des images excellentes de quelques-uns des personnages importants de la décadence. Il ne sera indifférent à personne qui a lu Suétone et Tacite, de s’approcher de la statue d’Agrippine, de regarder, drapé, ce corps dont Néron vanta la beauté et qu’il voulut contempler avant les funérailles.

Avec les portraits, les fresques, les mosaïques, s’épuisera l’intérêt d'art de l’Empire finissant.

Si l'on réfléchit à ses destinées depuis les siècles de la Renaissance, on s'étonnera de la fortune si grande du nom romain. Il y a quelque chose de disproportionné entre la valeur originale de cet art et le rôle qu'il a joué dans la formation de notre style. A la Renaissance, il était représentatif de l'antiquité; la Grèce était peu et mal connue. Maintenant les termes sont renversés; artistiquement la Grèce a toute originalité et Rome a perdu ce qu’a gagné sa rivale. Les vraies leçons qu'elle peut encore nous donner sont du domaine des travaux publics. Dans ces grandes entreprises, aqueducs, égouts, routes, amphithéâtres, elle a montré un art de bâtir incomparable.

L’erreur où est tombée la Renaissance n’a pas été partagée par les anciens Romains. Des vers

Î.K MON DK ANTIQUE

souvent cilés de Virgile disent avec précision leur part dans le monde antique :

Excudentalii spirantia mollius aéra.

Credo equidem: vives ducent demarmore vultus; Orabunt causas melius, caelique mealus Describent radio et sumentia sidéra dicent :

Tu regere imperin populos, Itomane, meraento.

On arrive ainsi à la conception d'une ville dilettante, intelligente aussi, qui a aimé l’art et la beauté, mais qui fut incapable d'y atteindre par ses propres ressources. Au point de vue de la sculpture, elle était comme le Londres d'aujourd'hui. qui renferme des chefs-d'œuvre, mais étrangers, et qui n'a pas d'école nationale.

Ici le souvenir s’impose de la Rome du xvi c siècle. Elle non plus ne fut point créatrice. Elle ne fut que le témoin d’une merveilleuse poussée d'art : elle n’y contribua pas de son sang. Elle prêta à la Renaissance triomphante ses richesses et son luxe, les fêtes et les pompes que la cour papale faisait revivre somptueusement. Elle ne produisit pas un homme de premier ordre dans riiisloire des arts plastiques. La capitale du monde artistique ne vivait que d’emprunts. Mais, à cette date encore, elle s’efforçait de remplir les destinées que Virgile lui avait fixées; son but était la domination.

Rome, dans les derniers siècles de sa vie antique, apparaît prodigieusement diverse et con-

LA DÉCADENCE

trustée. Son administration tenait le monde civilisé dans un ordre excellent. C’était une merveille de machinisme. Organisation municipale, routes bien entretenues, villes saines, sûreté générale, voilà ce qu’elle donnait dans la perfection. Au centre, c'était le même soin du bien-être matériel, du confort, de l'amusement du peuple. La ville, même d’Auguste, aurait paru barbare, sans eau, rues étroites, amphithéâtres mesquins, aux contemporains de Seplinie-Sévère. La culture générale était bien supérieure à ce qu elle était sous la République ou les premiers empereurs.

D'autre part l'administration, comme cela peut arriver, avait détruit la valeur et l'esprit anciens des corps politiques. Elle avait enlevé toute raison d'être à l'initiative individuelle. Rome n'était plus divisée en partis, condition de vie indispensable, mais en administrés et en administrateurs. Les empereurs avaient aidé de tout leur pouvoir à la destruction des anciens cadres. Par les accusa¬

tions publiques, par les complots policiers, tout ce qui à Rome était encore une force, un nom, était amené à disparaître. Au Sénat, il ne s’agissait plus de défendre les intérêts publics, mais de llalter les passions du prince et d’accuser ceux dont la seule présence était un reproche vivant. Oue de Romains se donnèrent la mort avant même

d’être poursuivis!

Après une centaine d'années de ce régime, Rome était proprement châtrée. Elle était impuis-

LE MONDE ANTIQUE

santé à créer des hommes, ce qui avait été éminemment sa fonction aux jours de sa grandeur.

Dans ce formalisme administratif, e staient une licence de mœurs, un désordre, Lien plus violents que nous ne nous l'imaginons à travers les écrivains, malgré tout retenus par la majesté de l'hisloire, et dont T Agonie, de Jean Lombard, donne une image travaillée et laborieuse, mais véridique.

Que faire de sa vie, du reste? Quelle carrière l'Etat, envahi par les affranchis et les courtisans, pouvait-il proposer? Où se tourner dans l'impossibilité de toute ambition haute ? La religion ellemême manquait. Elle était moquée publiquement; rien ne rappelait au respect des choses anciennement sacrées. Que faire ? S'étourdir, s'amuser, puisqu'on y était contraint, puisque telle était la volonté du maître.

Et le délilé des Césars dans les demeures impériales I Après un Tibère, intelligent et politique au moins jusque dans ses turpitudes, un fou monstrueux et immonde, Caligula — pourquoi, lorsque j'écris ce nom, vois-je monter devant mes yeux l'inouïe architecture de rêve évoquée par Turner : le Palais de Caligula ? — un Claude, brute épaisse, — ne faudrait-il pas lire l'histoire du mariage de sa femme Mcssaline, Claude étant vivant, avec C. Silius, et la mort de Mcssaline, dans l'admirable récit des Annales? — puis un Néron, que Racine a ramené au goût correct de notre temps, mais

LA DÉCADENCE

duquel il faut suivre la vie dans Suétone, livre indispensable pour cette époque, que Ion ne mettra point dans les mains de nos lycéens ; et les autres — ils sont trop nombreux pour qu’on les énumère — parmi lesquels se voient pourtant un Titus, un Trajan, un Antonin, un Marc-Aurèlc.

Et, dans le monde païen lui-même, des idées nouvelles de justice, d'égalité entre les hommes commençant à percer dans la ville dissolue! Et celle foi née en Judée qui faisait des adeptes continuellement dans les couches extrêmes de la société, parmi les esclaves et les domestiques et parmi les plus riches des grands seigneurs, dans Rome même, « où tout ce que le monde enferme d’infamies et d’horreurs afflue et trouve des partisans », dit Tacite !

Au dehors les Barbares rongeaient les frontières de l'Empire ; on les incorporait pour s’en faire un rempart ; mais ils avançaient sans cesse.

Quel temps ! Quelle fin de vie pour le monde antique, qui avait rempli tant de siècles de sa beauté et de sa force !

Pour ceux qui appartenaient aux anciennes classes dirigeantes, la décadence apparaît sous un jour plus tragique. Ils n'étaient anémiés ni physiquement, ni intellectuellement. Entraînés aux exercices de la palestre, à la lutte, aux courses de chars, ils étaient certes plus vigoureux que les Goths affamés, qu'une dure vie dans des pays incultes jetait sur l'Italie. De même leur capital

LK MONDE ANTIQUE

intellectuel était considérable; dans leurs bibliothèques se trouvait toute la sagesse ancienne. La vraie cause de leur affaissement est ailleurs. C'est la volonté qui était attaquée. Un ennui immense rongeait leur cœur rassasié, et la société entière, comme un homme qui a trop vécu et devant qui se pose à un détour du chemin le terrible : A quoi bon? ne se sentait plus le désir fort de persévérer dans l'être.

Il dut v avoir des heures étranges et doulou- « ^

reuses pour ces intelligences raffinées, qui comprenaient les termes du problème vital posé devant elles, mais qui n'avaient plus assez de force pour en vouloir la solution.

Illustration avant la lettre de la théorie de Schoponhauer : arrivée par l'ennui à la négation, du vouloir vivre. Rome ne se suicida pas, elle se laissa mourir.

L'art avait disparu depuis longtemps quand l'Empire s'écroule.

Nous ne retrouverons plus la pureté plastique des types anciens. Un art est mort qu il sera vain de vouloir ressusciter. Finis les cultes en plein air dans l'ombre fraîche des bois sacrés, finis les sacrifices sur les hauteurs chères aux dieux ! Pourtant, leurs images de marbre nous restent, et nous gardons l'ivresse d'avoir vécu quelques heures au moins dans ce monde disparu. Nous aussi nous avons vu Diane pleurant au bord de ses fontaines.

LA DÉCADENCE 57

Mais une croix a été dressée au Golgotha et le cortège s’est évanoui dans les ténèbres, des dieux et des déesses nés pour la claire lumière du jour Un autre temps commence.

Lorsque l'Empire disparaît, il y avait, depuis des siècles déjà, un art chrétien, caché dans les catacombes, art idéographique posant mystérieusement aux pierres des sépulcres l’aflirmation. par un signe symbolique, des certitudes d'outrelombe, art timide dans sa forme, audacieux dans sa pensée, qui semble lié pour des siècles par des formules et par des exigences de signification, et qui pourtant va, lui aussi, arriver à une vie indépendante et taire épanouir dans le monde des fleurs nouvelles, fleurs nées sur le fumier de notre chair et de notre sang, et dans lesquelles nous respirerons le parfum de notre race toujours vivante et encore créatrice de beauté.

LE MONDE CHRÉTIEN

CONSI DÉ RATIONS PRÉI.I M1N Al RES

Dans l'ordre de la pensée, il y a un abîme entre l'art chrétien el l'art antique. L'un a ses sources dans une mythologie panthéislique qui lui fournit la matière la plus riche ; l'autre a ses origines dans une histoire toute voisine, qui ne se prèle à aucun développement plastique. Cela pour deux misons: les origines étant historiques, l’art, malgré l'énorme travail légendaire de l’àme chrétienne, ne peut ni discuter, ni repousser l'ensemble des faits principaux qui les constituent: il lesdoitacccptcr; en second lieu il est contraint à rechercher avant tout l'expression el à traduire les manifestations de la vie de lame. C'en est fini de la pénétration admirable du moral et du physique que nous montre la statuaire grecque; l'homme intérieur, le nouvel homme, est né.

Peu importait la vie intérieure d’un athlète ; ses muscles répondaient de lui. Au contraire, le corps n'est rien dans la doctrine chrétienne; pâture des bêtes, ilambeau portant au ciel l'àme du martyr, il n'avait pas d’existence indépendante ; il

LE MONDE CHRÉTIEN

n'était là que pour un temps et qu'étaient ses tribulations terrestres et passagères au prix de la vie éternelle ?

Qu'un monde de sentiments nouveaux et exquis soit en germe dans la doctrine du maître de Nazareth, c est l'évidence même. Mais on ne peut disconvenir qu elle place l'art dans un état de grande infériorité. 11 faudra des siècles pour que l'art chrétien arrive à la beauté; car, au début, l'Eglise lui offre des thèmes très riches de pensée, très faibles comme valeur plastique.

Dans l'ordre de la technique, rien n'est au contraire mieux lié que les deux arts, ancien et moderne. Les mêmes ouvriers sculptent les sarcophagesdel'un et de l'autre culte; les mêmes peintres ornent les cellules des catacombes et les demeures romaines. Il y a une pensée chrétienne; il n’y a pas de technique chrétienne. Plus l'art païen s'abaisse cl se répète, plus l art chrétien se fait médiocre. Il n'y a point, comme on pourrait se plaire à l'imaginer, une poussée d'art chrétien correspondant à une décadence de l'art antique, rabaissement de l'un ayant pour corollaire l'exaltation de l'autre. Ce sont là jeux de rhéteurs. La réalité est différente. La pensée antique est morte ; la main devient lourde; le goût s abaisse; l'amour de la matière remplace celui de la forme. En ces

LE MONDE CHRÉTIEN

siècles mauvais naît le christianisme. Il partage dans l'art la fortune de son temps. Sa meilleure période est la première. C'est vers le n* siècle qu'il est à son apogée. Puis il tombe avec tout le reste. Nous verrons plus tard comment et par où il se relèvera.

Comme nous Pavons dit, ce qu'il y a de premier à ce moment dans l'art chrétien, c est le fait moral, c'est la pensée. Aussi, pour se préparer à le comprendre, faut-il suivre une marche différente de celle que nous avons adoptée pour le monde antique. Une Vénus, un Mercure, se suffisent à eux-mêmes. Vous n'en savez point le nom, ni l'histoire, vous en sentez la beauté. Si nous passâmes parfois des on ivres sculptées aux œuvres écrites, c'était pour y trouver, non pas une explication superllue, mais des beautés nouvelles.

Ici, au contraire, une Orante. un Bon Pasteur.

sont, en eux-mèmes et dépouillés de tout commentaire. inintelligibles. Sans doute il est bon. lorsqu'on regarde un Mercure, de savoir comment la pensée antique concevait sa divinité: mais l'essentiel n’en est pas moins donné immédiatement par la statue : le type plastique existe en soi. Il n’existe que par retlet, pour ainsi dire, dans l'art chrétien. Dans la scène de Jonas et de la baleine., c'est avant l'apparence physique de Jonas, son

LE MONDE CHRÉTIEN

histoire qui importe et le sens symbolique qui y est attaché. Dans une Orante, la pose des bras levés ne peut s'expliquer par des considérations plastiques. Ils sont ainsi en tant que traduction d'un état d’àmc. Cet état d'ame, il le faut connaître préalablement. Nous irons maintenant des oeuvres écrites aux œuvres plastiques. Nous débutons par les textes.

Après les trois semaines données à la Rome antique, consacrez quelques jours de repos aux lectures nécessaires. N'allez pas dans les musées ; oubliez la beauté de tant de chefs-d'œuvre aimés. Prenez une Bible, lisez le Nouveau Testament et parcourez l'Ancien : bannissez de vos souvenirs les émotions récentes de vos promenades dans la ville impériale, et tâchez, par la méditation, de créer en vous Tétai d’esprit nécessaire pour prendre goût à l’art pauvre des Catacombes. ij;s Origines du Christ ionisme. d'Ernest Renan, vous donneront les renseignements les plus précieux sur la primitive Eglise, scs efforts, ses luttes, les persécutions qu elle endure cl la société romaine où elle se développe. Les Evangiles , les Actes des Apôtres, saint Paul. Y Antéchrist, seront lus avec émotion à Rome, sur les lieux mêmes où les grands Apôtres vécurent.

Enfin je demande que l'on se penche avec amour sur ces premières manifestations de l'art

62 l’art chrétien

moderne. Scs balbutiements sont sans force ; ses réalisations barbares et sans finesse. Mais ce qu’il épelle sont les rudiments de la langue que nous parlons encore. Notre sang circule déjà dans ces personnages raides que nous voyons aux Catacombes. Quelque humbles et médiocres qu’ils nous paraissent au sortir du monde antique, ne les renions pas. Ils sont nos ancêtres. Ils manifestent à leur manière des sentiments que le moyen âge, treize siècles plus tard, revêtira du plus somptueux vêlement d’art, et qui fourniront un thème au génie d'un Raphaël et d’un Michel-Ange.

Page 1