T.K MOYEN AGE
On voit dans l’église inférieure de S. François* sur la voûte au-dessus du tombeau du saint, quatre grandes compositions allégoriques, et le moment est bon pour indiquer brièvement ce qu'est la peinture allégorique chrétienne.
Le irrand défaut de l’allétrorie chrétienne est de n être pas. par elle-même, explicite et de reposer ■ordinairement sur des métaphores. File est littéraire. Or l’art plastique doit se suffire et se développer suivant ses lois propres. On peut dire que saint François a épousé la Pauvreté: le représenter. comme l’a fait Giotto, est inadmissible, le même pan de mur ne pouvant recevoir une image de saint François, personnage réel, et de la pauvreté, ligure symbolique et imaginaire. Fn outre, l’allégorie chrétienne est obligée, en peinture, à signifier autre chose que ce qu’elle représente directement, et ce sens ajouté est toujours contingent. Pourquoi certains attributs aux vertus cardinales et non d'autres ? Le souvenir en reste flottant •cl incertain.
Voil.à une des infériorités où les conditions de sa naissance placent l’art moderne. Le christianisme l’oblige à traiter tout un monde d’idées qui ne ressortissent qu’au seul art littéraire. Dans l’antiquité. il n’en allait pas ainsi: l’esprit grec disait l’union de la Force et de la Beauté; mais il représentait Aphrodite et Arès: l’expression plastique était adéquate à la signification symbolique. L’une faisait corps avec l’autre. Il faut donc constater ici.
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avec les quatre allégories «l'Assise, une des tares constitutionnelles de l’art chrétien. L’allégorie eut un succès inouï en Italie». Giollo et les siens y apportèrent au moins une conviction si profonde que ces scènes compliquées restent, malgré tout, émouvantes. C’est pour eux une chose si sérieuse qu elle le devient pour nous aussi. Mais chez les hommes de second ordre et dans les écoles de décadence I
On sera attentif enfin, dans l'église inférieure, à la décoration peinte des bordures et des nervures de la voûte. Ce svslènie est général dans l'Italie gothique, et il est intéressant de se rendre compte des procédés que le moyen âge a employés pour la décoration architectonique.
11 reste à voir à Assise le portique romain de la Minerve, cher à Goethe, où je vous signale des ossuaires judéo-chrétiens de provenance syrienne; puis la cathédrale, avec bandes et arcaturcs lombardes. dont nous connaissons aussi l'origine; les décorations romanes du portail et les lions-griffons, que nous rencontrerons souvent. En quittant Assise, on s'arrêtera à la Porlioncule, où une
énorme église Renaissance recouvre la petite chapelle, qui dit encore quelques-uns des souvenirs les plus touchants de la vie de saint François. On traverse de délicieux paysages ; la vallée du Tibre s'étale semée de villages et, tout au fond, sur la hauteur, Pérouse apparaît, où l’on arrive
LA TOSCANE
XHf ET XIV‘ SIECLES
Quittant POmbrie cl sainl François, le moment est venu d'aller nous fixer on Toscane. L'Ombrie nous a donné surtout un étal d'âme. H reste à voir maintenant par quels actes d'art cet état d'àme s'est traduit, quelle réalisation concrète il reçul.
La Toscane est le pays qui fixa pour l'Italie du moyen àire les formes les plus hautes de sa pensée d'art. Aux xiv' et xv' - siècles, elle est incomparable. Le littérateur y trouve Dante, Villani, Pétrarque: l'historien. le spectacle le plus curieux d'une démocratie qui cherche à s'organiser, les essais les plus hardis au point de vue politique, social, économique; l'artiste enfin, les Giotlo. les Pisani. Masaccio, Ira Anjrelico, Lippi. l)onalello, et tant d'autres. Installons-nous pour deux mois dans la capitale de la Toscane, d'où nous pourrons facilement voir Pise. Lucques. Sienne. Pralo, Pistoie, Are/./<», suivant les besoins de nos études.
Fl-ORES CE
A Florence, où se chercher un logis ? Au nord, Fiesole offre ses villas, scs terrasses, les cyprès barrant le ciel, des oliviers noueux entre des pans •le murs ensoleillés, les pentes rocailleuses de la vieille route et la splendeur de sa vue sur la vallée de l'Arno : Florence, étendue sur les deux
rives, son dôme, ses tours, ses églises, et le llcuvc. suivant les jours boueux ou clair, serpentant dans les campagnes qui se hérissent, au levant, de
brusques mamelons, tels qu'on en voit dans les paysages des Primitifs, tandis qu'à l’ouest la
aine s'élargit vers Pise et la mer Tyrrhénicnne
De l'autre côté de la ville, le Yiale dei Colli déroule
les sinuosités d’une large route moderne qui va et vient parmi les jardins et les maisons riches, quartier luxueux et de moindre pittoresque, mais d’où Florence apparait violette au crépuscule, au pied des collines de lignes si nobles qui protègent au nord la ville et sur lesquelles s’échafaude Ficsole, poussant au plus haut vers le ciel, le délicieux couvent des Capucins qui la couronne.
Au cumr de la cité, nous habitions sur le Lun-
garno Acciajoli où viennent le soir les donneurs de sérénade qui, après leurs chansons, font retentir sur les dalles sonores du quai des sous qu’ils
se jettent à eux-mêmes, amorce pour d’autres décimes espérés des fenêtres. Dans les jours d’hiver, le soleil se levait à gauche, orbe rouge, der-
rière la colline où
San Miniato se cache dans les
LA TOSCANE
lino, remplissant, le jour entier, nos chambres de sa chaleur. L'Arno venait du Ponte-Vecchio, tout couvert encore de boutiques d'orfèvres, passait lent devant nous et s'enfuvait sous les arches élégantes du pont Santa-Trinila. — Des tireurs de sable dans des bateaux plats ancrés au milieu du lleuve répètent, des heures durant, leur geste monotone et lassé. Sur le quai étroit qui le borde, des marchandes de fleurs stationnent cl des paysans venus de la campagne avec de grandes touffes de gui, de houx, d'asperges sauvages; des mendiants, des loqueteux, chauffent leurs haillons au soleil et, entre cinq et six heures, au débouché de la rue Tornabuoni, c’est un défilé de voitures emportant aux Cascine les élégantes Florentines. Mais nous aimions surtout les approches de la nuit. Il y avait un instant exquis, alors que, parmi les vapeurs du crépuscule où vibrait encore un peu de clarté, s'allumaient soudain dans l’ombre tombant plus noire des maisons près du fleuve et des voûtes allongées des ponts, des lumières qui tremblaient dans l’eau moirée de l’Arno.
Nous passons deux mois à Florence, deux mois pour revivre deux siècles. C’est un minimum. La documentation livresque est aisée à obtenir. Je ne pense pas qu’aucune ville ait suscité un plus grand nombre d'historiens que celle-ci. La civilisation et l'art florentins ont en eux-memes quelque chose d attirant et de magnétique, soit par leur
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grande beauté et leur extrême vitalité, soit parce qu'ils présentent un sujet restreint et limité. Il faut aussi, pour être équitable, tenir compte de l'engouement. Chacun a voulu se distinguer sur
un terrain où l'on récoltait les
honneurs à foi¬
son : notoriété, décorations, places à l'Institut. L'art toscan ennoblit ceux qui s'en occupent, de même qu’il n’y a pas longtemps le moyen âge déconsidérait ceux qui y touchaient. Il faut songer enfin qu’on a cru pendant des siècles que de Florence nous était venue la lumière et que, sans elle, le monde chrétien n’eût pas connu la beauté. Celte théorie, qui est encore celle d’un certain nombre de savants et à l'élaboration de
laquelle ont travaillé avec une égale ardeur. Italiens. Français et Allemands, est du reste fausse et sera remplacée par une explication plus exacte et mieux documentée du développement de l’art dans le monde chrétien.
Le Yogage idéal indique les principaux moments d'un séjour en Toscane, en établissant la suite dans laquelle on visitera les monuments importants d'une contrée si riche. Sur tous les points, les livres énumérés au Mémento bibliographique donneront, quant aux faits, l'essentiel. Nous ajouterons à la suite que nous allons établir, une série de commentaires qui préciseront et, par endroits, rectifieront les idées que l'on a émises sur celle civilisation. Le plus souvent ce seront des notes prises sur place. Enfin nous serons obli-
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gés. pour plus de clarté, de sérier les sujets, tout en évitant la méthode analytique du livre qui réunit en une ligne deux monuments distants de cent lieues. Nous sommes un voyageur qui va d'une place à l'autre.
L’architecture étant la mère des arts plastiques, c'est d'architecture que nous nous occuperons d'abord et. pour commencer nb ovo, de l'architecture dite romane.