‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 42 sur 99 · NOTICE SUR LE TOMBEAU AC XV SIÈCLE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE TOMBEAU AC XV SIÈCLE

Le xv c siècle italien a trouvé une forme nouvelle de tombeau, dont les exemplaires les plus notables se voient à Santa Croce. celui de Leonardo Bruni d* Antonio Rossellino, celui de Carlo Marzuppini de Desiderio da Scttignano. et que l’on retrouve avec variantes dans un grand nombre d’églises. Le tombeau est adossé dans une niche peu profonde, grand sarcophage de forme élégante, à griffes de lions, que surmonte pour l'ordinaire un lit de parade sur lequel le défunt est représenté étendu; au dessus, dans la lunette, une Madone ou les saints patrons ; les pilastres des deux côtés de la niche, l’arc supérieur, son couronnement, reçoivent une décoration à l'antique ; des enfants nus, Génies, Amours, y tiennent des guirlandes de

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Heurs ou portent l'écu du mort: le tout est fort brillant et du plus riche effet.

Ici ce n'est pas l'exécution que je critique, laquelle est souple, infiniment, mais la conception où se trahit ce quelque chose de théâtral, d'apprêté et de factice qui semble propre à la Renaissance italienne. Mette/ en comparaison les tombeaux du xiii" et du xiv" siècle français, ou encore ceux de Dijon, avec les tombeaux toscans du xv" siècle.

Dans les premiers. le mort est couché, dans ses vêtements ou dans son armure, sur un sarcophage isolé peu élevé au-dessus du sol; à ses pieds un animal familier dort, ou une bête héraldique prise de scs armes. Grave, ne prêtant pas l’oreille aux bruits de la foule, aux pompes de l’Eglise, recueilli et comme absorbé on lui-même, seul, il attend. — Ici, au contraire, que voyons-nous? Escorté de Génies porteurs de guirlandes, le défunt, revêtu d’habits somptueux, est étendu sur un lit de parade. Rien n’invite au recueillement : nous sommes à une fêle où l’on ne parle pas de la mort. Mais il y a plus, le gisant, sur une couche trop élevée, échapperait aux regards s'il reposait normalement à plat. Aussi le présenle-t-on sur un plan incliné, regardant le spectateur et s’offrant à lui. au rebours de tout bon sens, de toute logique, je dirai de tout respect.

Le moyen âge entoure la mort de sérieux, «le

SCCl.PTCKE. XV e SIÈCLE

gravité. En face d'un tombeau gothique, on se recueille, l'art élève et ennoblit la pensée. En face d'un tombeau italien, on ne songe qu'à l’habileté du sculpteur. U n'a tâché qu’à briller, qu’à se faire valoir. Il n'y a dans son oeuvre aucune émolion profonde.

Ce sont là des choses essentielles, et l'on aurait tort île ne pas regarder quelquefois l’art de ce point de vue-

On trouvera au xv siècle une série d'oeuvres polychromes, suite charmante de traditions médiévales. Je ne parle pas de l'argile émaillée des délia Robbia. mais de la statuaire en bois ou stuc peints. Au retour d'Italie, qu'on entre au Musée du Louvre qui possède une des plus belles pièces polychromes que je connaisse, une Madonr arre rEnfant. La Renaissance ruinera ces délices. A scs débuts, elle accueillera parfois encore la polychromie architecturale: mais le développement des principes de l’école néo-classique amènera bientôt l'implacable sévérité grise de la matière et bannira ce qui avait été une fête pour les yeux amoureux de couleur en des siècles plus favorisés et plus libres, ceux où l’on construisait le Parlhénon ou Notre-Dame de Paris.

Dans la seconde moitié du siècle, la statuaire va s'amenuisant; l'habileté technique est devenue

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îrrandc : il v a. dans les ateliers florentins, des

formules qui s’enseignent et se répètent. On voit une uuivre, on est ravi ; on en voit dix et c'est trop. Le joli de la sculpture s’accuse; les grandes lignes, les qualités de l'ensemble disparaissent. A côté de l'art trop facile d'un Mino da Fiesole, les ouvres plus rares d’un Pollajuolo. d'un Verrocchio, se font une place à part dans la mémoire. Et les bronzes de ce temps sont d'une si belle matière I et les siècles l’ont palinéc si amoureusement!

Le Musée national oiïre des séries complètes: les églises ont encore un nombre considérable de tombeaux et de plaques funéraires. Enfin il faut courir la Toscane, comme nous l'avons fait précédemment pour le xiv 1 ' siècle. Dans toutes les petites A illes, riches un jour et indépendantes, la vie fut intense aux siècles du moven àsc. L'art

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conserva dans chacune d'elles un caractère local; certains maîtres restent attachés à leur lieu de naissance. En outre certaines villes ont accaparé certains sculpteurs. On ne connaîtrait pas un des bons artistes de la seconde moitié du siècle si I on n’allait chercher à Lucques les couvres indigènes de Matteo Ci vit ali (1 435-15011. lîimini et Pérouse sont indispensables pour révéler Agostini» di Diccio (1418-1481).

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