SCULPTURE. XV* SIÈCLE
lait lorsque je courais la Toscane. Je trouvais <Ies qualités différentes aux figures de Donatcllo et de délia Quercia: mais elles n'effaçaient pas l’image persistante des œuvres bourguignonnes.
Je songeais que le Portail de la Chartreuse est d'un quart de siècle antérieur aux premières créations importantes de Donatello et que les personnages qui y sont sculptés sont d'une beauté plastique,
d'une vérité, d'une noblesse et d'une élégance.
qu'aucune œuvre italienne de ce temps n'atteint: que la France, déjà maîtresse incontestée de la statuaire au xm" siècle, avait vu. dès la fin du xiv*. une école nouvelle fleurir au duché de Bourgogne et créer, sans le secours ni de l'Italie, ni
de l'antique, une admirable forme d'art... je songeais à ce que j'avais vu et aimé sur le sol bourguignon et je m'affligeais de la désespérante continuité des partis pris, de la moutonnière indifférence du public, qui ne sait pas encore quelles sont nos richesses et qui va répétant sans fin les mêmes lieux communs. Qu'il soit indiqué ici, comme rappel au touriste d'art en Italie, que, sans conteste, le plus beau monument européen de la fin du xiv' siècle est le Portail de la Chartreuse de Champmol à Dijon: qu'au début du xv* ce ne sont pas les panneaux de Ghiberti, mais le Puits de Moïse, qui représente la forme plastique la plus haute, et qu'enfin il cherchera vainement en Italie un tombeau contemporain qui s'égale à celui de Philippe le Hardi.
LA TOSCANE
Quelles sont les caractéristiques de la sculpture italienne de ce temps ?
Les recherches du nu s'y développent, mais sont encore exceptionnelles. D'autre part les inlluences de l'orfèvrerie continuent à se faire sentir, — la finesse, la grâce, l'élégance, parfois la mièvrerie et la sécheresse viennent de là. La statuaire a peine à être monumentale. Elle subit encore les conséquences d’un développement architectural bâtard. Peut-être, en Italie, l'individualisme est-il plus accentué ? Je n'aborde ce point qu'avec beaucoup de réserve. Lorsque nous aurons des études complètes sur l'école bourguignonne, peut-être y verrons-nous des individualités aussi différentes
que celles de Ghiberti et de Donatello.
Les influences antiques ne pèsent pas lourd dans l'œuvre originale de ce temps, que le naturalisme domine. Cela est indiqué partout- et je ne m'y
arrête pas.
Dans la décoration, le style classique reparaît et n'a pas de peine à ruiner l’ornement gothique dont l'Italie n’avait jamais apprécié la féconde beauté. Y a-t-il progrès ici ? — Je le nie. Je sens la grâce de ces rinceaux maniés par les hommes d'un goût si fin qui firent la Renaissance italienne; mais comment oublier que cette heure a pesé sur les quatre siècles qui nous séparent d’elle et qu’à partir de ce moment l'adaptation, parfois intelli¬
gente, et souvent la copie maladroite de formules décoratives anciennes ont remplacé l’invention
SCULPTURE- XV e SIÈCLE
personnelle cl la libre recherche dans le monde des formes vivantes? Rien n'a été plus funeste à l'art qui n’existe qu'à la condition de se créer continuellement, qui ne vit que d'efforts individuels. L'hypnotisation produite par l'ornement antique a porté un coup mortel à l'invention. Eût-il été cent fois plus beau, on aurait dû le bannir I II y a plus de vie selon l'art dans un grossier entrelac mérovingien que dans la copie de la plus belle corniche romaine. L'un est création, l’autre imitation. Depuis ce temps l'imitation a dominé les
stvles décoratifs.