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MICHEL-ANGE

Florence est enfin la ville de Miciiel-Ange (1475-1504), la plus surprenante personnalité de l'art italien, la plus titanesque, la plus disproportionnée et pourtant la plus humaine. Michel-Ange

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identifia les contraires dans sa forte individualité : nul ne fut plus hanté par les modèles du passé païen, ne les étudia davantage, ne voulut avec plus de persistance s'en approcher: et aucun sculpteur n’a contribué autant que lui à faire passer dans Fart les idées les plus opposées aux conceptions anciennes et n’a détruit plus absolument la sérénité de l'œuvre antique.

Dans l'époque classique, disparue à jamais avec la ruine du paganisme ; dans le moyen âge. où le monde chrétien se crée une forme plastique, la tradition jouait un rôle considérable. Le développement des types et des sujets sacrés était l’objet principal de la statuaire. Maintenant l’époque moderne commence.

Avec Michel-Ange c’est le développement non de thèmes traditionnels, mais de la personnalité affranchie de toute entrave et de sujets et de règles; c’est l’expression du drame humain, cherché non pas extérieurement, mais dans l'homme iui-mème; c’est un effort inouï pour agiter le marbre et y faire palpiter la passion d’otre. L’artiste ne rellète pas le monde extérieur; c'est luimème qu’il veut exprimer. Son œuvre m apparaît ainsi comme l'extériorisation voulue et consciente d’une individualité, une création du dedans au dehors, et Burchkardt me paraît avoir résumé celte position excellemment lorsqu il dit : « II semble que Michel-Ange ait eu de l'art qui crée le monde et le postule une idée aussi systématique

SCULPTURE. XVI' SIÈCLE

(inc certains philosophes l'ont eue du moi qui, selon Fichte, crée l'univers. »

Vous trouverez à la Casa Buonarrotti les premières œuvres du maître où. à dix-sept ans, il se révèle déjà puissant. Au Musée national, une suite importante, le Hacc/nts irre au regard fixe, lMc/oui.< mort, la Victoire , d'un mouvement si violent, l'admirable relief de la Madone arec F Enfant — que cela est donc magistral î — le buste à peine dégrossi de lient ns. YApoflino; à I Académie, le colossal ftarid. qui. dans l'ensemble, n ? est pas la plus heureuse de ses créations ; enfin, à San Lorenzo, les tombeaux des Médicîs. — La chapelle est vraiment le lieu par excellence où se révèle Michel- Ange. Le contact de ces œuvres prodigieuses a toujours éveillé en moi une espèce de trouble et d'inquiétude. C'est le propre des figures de .Michel-Ange de vous surprendre et de vous emporter, de par l'impérieuse volonté de celui qui les suscita, dans un monde de pensées douloureuses et passionnées, de rêves intenses où s'agitent des forces primitives, tendues dans un effort désespéré, frémissantes et comme accablées de ne pouvoir se réaliser. J'aime à appliquer à l'œuvre de Michel-Ange, par transposition, ces beaux passages de Schopcnhaucr. « Notre dépendance, notre lutte contre une nature ennemie, notre volonté brisée dans le combat, tout cela nous apparaît alors bien visiblement... » et plus loin: « C'est là l'impression achevée du sublime. Ce qu

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le produit, c'est l’aspect d'une puissance incomparablement supérieure à l’homme et qui menace de l'anéantir... »

Aussi est-ce bien à tort que l'on demande dos impressions agréables aux œuvres de ce maître. Elles sont disproportionnées et n'ont pas celte apparence de vérité extérieure qui plaît à tons. Jamais tètes humaines ne reposèrent sur nuques pareilles; jamais être vivant ne put dormir dans la pose forcée de la Nttii. Elles manquent de charme ; la grâce en est absente et la naïveté ; tout y est préméditation, volonté. — Enfin elles sont pour la plupart non terminées. Il semble qu'arrivé à un certain degré dans sa lutte avec la matière. Michel-Ange se soit brusquementdétourné. au moment où il pouvait dire au marbre qu'il domptait : « Arrêtons-nous; maintenant j'ai mis ma vie en toi. Inachevé et en partie non dégrossi, une passion pourtant est incarnée dans ta dure substance, qui la perpétuera à jamais, signe visible pour tous les hommes des combats qui se sont livrés en moi. C'est assez. »

Il faudra lire la vie de Michel-Ange dans Yasari ou dans son biographe Condivi. Elle fut sombre et prise dans des luttes incessantes. Ce qui reste de lui ne sont que les ébauches de conceptions gigantesques. Il se colleta avec des lâches inouïes. Un dessin que l'on me montra dans un manuscrit à la Laurcntienne le représente dressé sur les orteils, tout le corps tendu pour jeter plus haut la

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main armée d'un pinceau qui décore une voûte, celle de la Sixtine sans doute. Tel reste lixé dans nia pensée cet homme prodigieux.

A le situer dans l'ensemble de l'histoire de la sculpture, il ne diminue pas. car si on lui trouve des ancêtres, Jean de Fisc et Jacopo délia Ouercia, son génie l'emporte. Il ouvre une ère nouvelle ; par lui l'époque, qui fut si belle et si grande, du moyen âge est définitivement ravee, et entre dans le monde, avec ses défauts, ses passions, son outrance, ses beautés tragiques et ses faiblesses, la sculpture moderne, la notre.

Après Michel-Ange l'art resta profondément troublé. Comme toute individualité puissante, il suscita de nombreux imitateurs. Dans les jardins et musées de Toscane, on voit ce que fut, entre leurs mains, lestyle michelangelcsquc. C'est l'affaire aux livres spéciaux de dire les ateliers du maître et ses élèves. Mais Michel-Ange n'est pas responsable de la médiocrité du siècle. Ce n'est pas sa faute, mais celle d'un millier de circonstances politiques et sociales, si l'Italie de ce temps ne produit plus des hommes et, fatiguée de tant de luttes, se laisse aller aux dominations étrangères.

On verra, sans qu'il soit besoin de s'y attarder, ce que furent Montorsoli, Raphaël da Montelupo, Guglielmo délia Porta, la faiblesse boursoufllée de Bandinelli, la maladresse d'Ammanati.

On aura aussi à chercher au musée et à la Loggia

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