I.A TOSCANE
doi Lanzi, les «leux ou trois œuvres «l'un «les hommes I<?s plus connus de ce temps. JJenvencto Ceu.i.m (150i >-1572). qui est beaucoup plus intéressant la plume à la main que le ciseau. Il faut le lire et non le voir. Un modèle du Prrsrr, au Musée national, est pourtant bon.
Dans la seconde moitié du si«'*clo. c'est un Fran- «rais acclimaté en Italie, qui < % sl à Ja tète des maîtres de son temps. Jean Docloc.ne (1524-1608). de Douai, que l'on préfère appeler (cela sonne mieux) Giambologna. La reproduction a popularisé son Mt'rcurr. 11 y a, à Florence, ses pièces les plus importantes. Avec tous les défauts de l'époque, la superficialité, le goût du théâtral, le convenu, l'académisme, c'est encore ce qu'il y a «le mieux à ce momenl-là.
Je crois qu'arrivé à ce point vous aurez épuisé les jouissances sculpturales que peut offrir la Toscane. Lorsque vous aurez étudié cet ensemble «pii va «les raides sculptures romanes aux ligures contournées du xvif siècle, vous pourrez élaborer des idées générales sur la statuaire florentine.
Le progrès
C'est à tort qu’on applique le mot de progrès à l'évolution «l’un art. Il implique l’idée d'un point de départ, généralement médiocre, puis «l'améliorations successives et enfin d'un feu «l'artifice final, après lequel on prononce le mot de déca-
SCULPTURE. XVI e SIÈCLE
dencc. 11 faut voir ici non point la traduclion de faits réels, mais une simple façon de parler, une manière loutc subjective de l'esprit, qui aime à imposer aux choses un principe de liaison qui lui est personnel. Appliqué aux choses, il supposent un subs!l'tilurn, concret et permanent, qui subirait les modifications indiquées, tout en restant essentiellement le même. Il n'en est pas ainsi en réalité: l’art de la sculpture n'est pas ce quelque chose «le substantiel que nous évoquons pour la commodité du langage. Ce n'est qu’un terme abstrait sous lequel nous rangeons une pluralité de faits ayant des caractères communs.
En fait, il n’y a pas progrès de la statuaire, pas plus, comme l'a finement remarqué M. de Couraient pour la littérature, qu'il n’y a décadence. Il y a des états successifs, voilà tout ce que l'on peut dire; quanta l'enchaînement des uns aux autres, c'est nous qui le mettons dans les choses où il n'est pas. Voyez en Italie où les critiques veulent nous faire voir une lente progression, une série d'efforts qui n'atteignent leur réalisation complète qu’en Michel-Ange.
Lorsque Nicolas de Lise fait son <ouvre à l’aide de modèles antiques, c'est, après la déplorable statuaire romane, un coup d'éclat. L'art est-il lancé sur une voie qu'il va suivre? Pas du tout. Jean de Pise est inlluencé non par son père, mais par le style gothique. Après lui. il n'y a aucun
progrès au
xiv* siècle, à la fin duquel ou fait des
LA TOSCANE
œuvres très médiocres, et personne ne pourrait faire sortir logiquement des écoles de ce temps l’art qui lui succède immédiatement de Ghiberti, de Dona telle, de Jacopo délia Quercia. C’est un état nouveau de la sculpture italienne, lequel est fort brillant. Puis elle s'abaisse à nouveau; l'originalité diminue; on va vers le poncif: les ateliers tlorentins sont d’une activité extrême; mais la quantité ne remplace pas la qualité. Qui aurait prédit, à voir la production de 1400, le coup de tonnerre prochain qu'allait être Michel-Ange ? Et après ce grand homme, nous disons que l'art est épuisé, que la décadence commence et qu'il a vidé la coupe que des générations avaient emplie. C'est encore une façon de parler. Il va. cela est certain. un «abaissement général de la faculté plastique dès le xvi e siècle, auquel nous pouvons donner le nom de décadence. Mais nous n'avons pas le droit d'introduire arbitrai rement un rapport de cause à effet entre l'action créatrice de Miehel- Antre et l'œuvre médiocre de ses successeurs.
PEINTURE. XV e SIÈCLE
LA PEINTURE. — XV e SIÈCLE
Toutes les histoires «le l'art, depuis Yasari jusqu'aux plus récentes monographies allemandes, vous enverront à 1 Valise «lu Carminé où sont des
fresques peintes par un génial jeune homme, mort à vingt-sept ans en li-28. Tous les écrivains d'art vous donneront avec une justesse égale les pensées nécessaires qu'éveilleront en vous ces «.•livres célèbres ; connaissant préalablement le développement ultérieur de l'art «lu xv* siècle, ils v«>us le montreront en devenir dans l«'s fresques «le Masaccio et concluront que. celles-ci étant pos«*cs, tout le reste peut s'en dé«Iuire. Ils vous diront aussi «pie Masaccio est à la peinture de ce temps ce que Donatcllo est à la sculpture, qu il est pour le xV siècle, coque Giotlo fut pour le xiY, ce «jue Rapha«?l sera pour le xvi*. On peut continuer ainsi longtemps : mais je n'aime pas beaucoup ce genre de récréation.
Je dirais presque, si je ne craignais d'èlre accusé de para<loxe. n’allez pas au Carminé, mais achetez les photographies de ces fresques. lesquelles ont été sans doute fort belles, mais qui ne le sont plus, tant elles ont changé, tant elles ont noirci. Mulot qu'une jouissance esthétique, le sentiment qui vous tient devant elles est celui de la recherche historique. Et puis la lumière fait défaut; l'éclai-
LA TOSCANE
rauc est abominable* et il convient <Télcver a c< k sujet une protestation générale.
Protestation générale contre /*éclairage des fresques italiennes du A P' siècle et. contre les causes adventices qui en empêchent la eue.
Je dis et maintiens qu'il est à peu près impossible <lc voir les fresques de ce temps en Italie par la défectuosité de l'éclairage et par le noircissement qu elles ont subi. On est obligé de chercher comme à tâtons les ligures et de deviner l'action; lorsqu'on peut voir un détail, l'ensemble échappe: quand celui-ci subsiste, ceux-là ne sont plus lisibles. Je dis qu'il faut peiner devant les œuvres les plus considérables de ce temps et que seul notre grand respect peut nous obliger à des lâches aussi ardues: que le plaisir que l’on devrait en attendre est singulièrement diminué : que l'on a des déceptions inévitables et qu’enfin la faute n'en est pas toujours aux ravages du temps, mais que les peintres eux-mêmes doivent en être rendus responsables, lesquels acceptèrent de peindre leurs œuvres dans des conditions déplorables d'éclairage et employèrent souvent des matières insuffisamment expérimentées qui ont subi de grands changements. Je m'élève, en outre et subséquemment, contre les chapitres des églises,
contre la bande des chanoines, curés, vicaires.
diacres, clercs, bedeaux et sous-bedeaux, qui ont
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fait placer rideaux, écrans, paravents, tentures et entières parois de bois devant les fenêtres pour préserver leurs vieilles têtes de possibles courants d’air. Je proteste d’une façon générale contre l'usage des cierges et de l'encens, dont la fumée encrasse maints chefs-d’œuvre, contre les remaniements que d’imbéciles architectes ont apporté aux églises anciennes, contre les grattages et les barbouillages des bousil leurs rococos et baroques!
Quelle satisfaction attendre d’une visite au Carmine, sous celte voûte en trompe-l’œil que l’on est obligé de regarder avant d’arriver à la sombre chapelle décorée par Masaceio ? Encore peut-on apercevoir, avec peine, mais sans plaisir, ces fresques noircies — mais je défie que l’on puisse tirer aucune impression de la fresque du même peintre au mur intérieur de Santa Maria Novella. Et croyez-vous que dans la même église les fresques de Ghirlandajo, un des chefs-d’œuvre de ce siècle, représentent pour nous, dans leur état actuel, ce qu’elles étaient pour lui? Non seulement l’éclairage est défectueux et des pans entiers du mur au retour de la fenêtre disparaissent dans une obscurité que l'œil ne peut percer ; mais, dans les parties les mieux éclairées, le temps a fait son œuvre et a
noirci l'ensemble, effravamment. On cherche, le
nez sur le mur: on trouve des figures ravissantes, de nobles silhouettes de jeunes gens, des femmes exquises de grâce et de lignes souples. D'impression générale vous n’en avez pas ; — pourtant, c’est
LA TOSCANE
un ensemble décoratif que ce peintre avait combiné et non une série de personnages indépendants les uns des autres. Dans ce qui fut une riche unité harmonieuse, nous devons nous contenter de glaner des détails. Les fresques décoratives de Ghirlandajo ont. comme telles, disparu depuis longtemps ; ce n’est que par politesse que Ton en parle ainsi ès livres de critiques. En fait, ce n'est qu'un recueil de types et d'individus épars que l'on regarde successivement. L'œuvre réelle deGhirlandajo dort paisible sous une couche épaisse de saleté, dans l'ombre protectrice de l'église, et ne montre que de séduisants fragments, juste assez pour vous exciter à demander davantage.
Qu'avez-vous vu. touristes mes frères, de la somptueuse fresque de Benozzo Gozzoli au Palais Biccardi? D'ineptes seigneurs, sans aucun doute protecteurs des arts en leur siècle, en détruisirent une partie pour agrandir l'escalier. Qui n'a admiré — à moins que cela ne lait fait pleurer! — l'in— geniosilé du gardien armé d'un large écran couvert
de papier de plomb, par le moyen duquel il envoie de successifs reflets sur les fresques et, prestigieux nécromancien, évoque un à un de l'ombre les chevaliers rois maires du cortège? C'était un ensemble: nous n'en avons que les morceaux. Ici une mesure radicale s'impose : fermer hermétiquement la lucarne par laquelle filtre une insuffisante lumière et installer au milieu de la pièce exiguë une blanche lampe à incandescence. Alors
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pour la première fois depuis qu elles ont été peintes seront visibles les fresques dont tous parlent, mais que nuis n'ont vues, où Benozzo Gozzoli représenta les rois mages sous les figures des plus nobles princes de son temps.
Prenez les ouvrages estimés de Paul, de Pierre cl de Jean, vous verrez que. par une convention tacite, on parle de ces fresques, comme si on les pouvait regarder. L'assemblée des critiques me parait semblable à la compagnie à qui le singe montrait la lanterne magique, sans l'avoir, au préalable, allumée.
Que le Voyage Idéal soit un témoin sincère et dise les choses telles qu'elles sont : les fresques
maîtresses du xv" siècle s'entourent de mvslère;
seule la photographie donne de l'ensemble de chacune d'elles une image approximative.
Après cette solennelle et platonique protestation, continuons le cours de nos visites, faisant, comme chacun, semblant de voir.
Au Carminé, aidé par les photographies, vous devinerez des choses fort belles. Adam, accablé.
cachant sa fîsmrc dans ses mains. Eve. levant au ciel sa face douloureuse, s'en vont à pas lourds, chassés du jardin du Paradis. Ce sont pour l’Italie les meilleures ligures nues que l'on ait encore dressées. C’est là que l’on a voulu voir une partie de l'idéal duxv" siècle, la meilleure.
LA TOSCANE
Le nu a fait déraisonner ?t plaisir. On a pris au sérieux une phrase de Benvcnuto Cellini où il esl dit que la fin de l'art était de mettre debout une figure nue. et l’on a cru que c'était vraiment les recherches les plus hautes qui puissent absorber un artiste.
Que le nu soit une chose admirable, que son étude soit nécessaire, qu'il ait fourni la matière de chefs-d’œuvre divins — qui, plus que moi.
aime la Vénus du Titien ou Y Amour sacre, ou les
figures qui s’agitent au plafond de la Sixtine? —
c’est l’évidence même: mais l’absurdité serait de
lui donner une préexcellence qu’il n’a pas et de constituer à son profit un royaume exclusif au sommet de la hiérarchie des genres. Cela ne fut jamais dans la pensée du xv" siècle, ni des bons peintres du xvt\ C’est une idée de professeur chargé d’enseignement. Car de ce que l’on est obligé de faire des « académies » il ne s’ensuit pasquecela soit noble etqu’un vêtement moderne, pantalon et veston, ne le soit pas. De ce que la coulée est superbe d’une hanche de femme arrondie et féconde, la robe d’une grisette et son chapeau n’en sont pas moins dignes de plaire. Et si l’art n’est que l’expression supérieure de la vie, il est certain que dans nos civilisations modernes, le nu, au lieu de constituer le but final de l’art, restera plutôt exceptionnel.
Avant de quitter Masaecio, notez sur votre carnet la date à laquelle furent faites ces fresques,
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(1420-1128), et, en rentrant chez vous, passez chez Alinari demander les photographies d un tableau peint entre 1426-1432, à Gand, par les frères Hubert et Jean van Eyck. Sans parler des instructives rétlexions où ne manquera pas de vous induire la comparaison des Adam et Eve contemporains, VAffiieai/ mystique suffira à rappeler qu’à ce moment il y a en Flandre une école de peinture aussi avancée, pour dire le moins, que la peinture italienne de ce temps.
Ces synchronismes ne sont pas inutiles.
Des peintres de cette première période, Paolo Uccello (1397-1475), celui que la perspective empêchait de dormir, il y a une belle bataille aux Offices; Andrea del Castagno (1390-1457). avec une Chie assez terrifiante à Santa Appollonia et des ligures d'un trait fort net et énergique dans la même salle : Don Lorenzo Monaco (1370-1425), peintre de transition : de tous ces hommes, c'est Fka Filippo Lippi (1406-1469) que nous préférons. Aux •Offices, à l’Académie, au Pitli, à San Lorenzo, à Pratodans le chœur de la cathédrale, nous l'avons cherché et nous l’avons aimé. Ah! le beau peintre, quelle saveur ont ses œuvres! comme c’est mieux peint que la plupart des fresques et tableaux contemporains! et quel délicieux sentiment! C'est de lui que Burckhardt écrit: « Filippo est le premier qui ait aimé de cœur la vie jusque dans ses accidents et ses hasards. » Il est vrai que le même critique dit : « Son coloris est généralement
affreux ». ce qui est faux. II n'est pas d'œuvre de ce temps qui soit d'un coloris plus séduisant que la Madone du Pilti. par exemple, ou d'une harmonie de couleurs plus tenue que XAnnonciation de San Lorcnzo. Ce sont des qualités rares chez les quatrocentistes Jlorenlins. Nous sommes à un moment exquis de l'art italien. Ce qui est charme sans alTcctation deviendra vite affectation sans charme. Botlicelli, l'élève de Filippo, sera entre les deux, le charme et l'affection se livrant
chez lui des combats d'issue inéicale. Et chez Fiu ppi.no (1459-1504), lils de Filippo, lorsqu'il arrive à sa maturité, l’affectation l'emporte sans conteste (les fresques avec archilecture Renaissance, de Santa Maria-Novclla).
Il est du reste curieux de voir combien Botlicelli
jeune [Madones aux Offices et au palais Corsini;
est près de Filippo vieux, combien Filippino
dans ses meilleures œuvres de jeunesse (fresque de
la Badia, Madone palais Corsini), est voisin de tous
deux. On trouvera ici une occasion d'appliquer les
analyses de Morelli, sur les oreilles et les mains ♦ 4
particulières à chacun de ces maîtres.
Vers le milieu du siècle, Benozzo Gozzoi.i (1420-1497) continue la grande tradition de la fresque. Nous avons parlé déjà de son chef-d’œuvre, la chapelle du palais Riccardi, qui sera uue des joies de Florence lorsqu'on pourra la voir à la lumière électrique. Au Campo-Sanlo de Bise, un pan de mur énorme fut décoré par lui. L’effet d'en-
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I semble n'esl pas saisissant : mais il y a des détails charmants, attitudes, figures et paysages. On le retrouvera à San-Gimignano.
Par ailleurs ce sont dos hommes engagés dans des recherches différentes et qui travaillent avec passion sur des problèmes de technique, de matières, d’huiles et de vernis, de perspective, d'anatomie, de paysage, peintres de peu d’œuvres, mais intéressantes et nerveuses, les Pollajcoli qui meurent dans les dernières années du siècle, Alesso Baldoylnetti (1427-1490), Pesei.lino ( 1422- 1157), et Andrea di:l Yerroccuio (1455-1488) avec un tableau certain, le Baptême (ht Christ. Ces hommes-là représentent le côté le plus réfléchi de l'art florentin. C’est d’un de leurs ateliers qu’est sorti sans doute le très beau portrait d'homme au Pitli (n° 572. Salle de Prométhée) attribué à tort à A. Castagno.
Puis vient Sandro Filipepi, dit Botticelli (1447- 1510), qui a monopolisé l'attention des imbéciles au point que cela en devient gênant. Pour la plupart il est. ou peu s’en faut, tout le xv e siècle. Il
v a do lui des choses bien diverses : des toiles •/
d’une banalité et d’une laideur rares, le Conronarment. tfr la Vierge à l’Académie (n° 74) : des tableaux religieux, où le sentiment est remplace par une affectation non dissimuléc, 1.1 nttonc.ialion des Offices, les grands torufi avec anges et enfants ; les tableaux allégoriques et mythologiques, où il y a du bon et du mauvais, le bon étant le Printemps,
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d'un joli coloris gris, le mauvais, la Calomnie . d’après la description d’Apelles, la Naissance de Vénus étant voisine du Printemps. La meilleure, la plus solide de ses œuvres, est VAdoration des Mages, et comme composition et comme couleur. Avec des qualités certaines de charme et des partis pris de lignes parfois séduisants, il a presque partout des arabesques, des altitudes fausses et pénibles, — les figures nues ne tiennent pas debout, — quelque chose de maniéré et de grêle. Vouloir v chercher, comme on l'a fait, de la pureté, du primitif et du simple ; y voir un art naïf et religieux, est d'un comique intense. Ses Vierges sont d'une sensualité maladive, triste et raffinée ; et les enfants dont il les entoure, aux bouches en cerises gonflées, aux boucles molles, sont des êtres douteux et inquiétants.
Pourquoi résume-t-il, aux yeux du touriste Cook l'élégance du xv* siècle italien, j’avoue n'y rien comprendre. Piero délia Francesca et D. Ghirlandajo ont plus de grâce et sont de plus grands peintres.
l)eD.GiiiRLANDAJo(lii9-1494),le chef-d'œuvre est à Santa Maria Novella. Combien est-il regrettable qu’on te voie si mal ! La belle Cène d’Ognissanti, celle de San Marco, les fresques de Santa Trinila, montreront l’école florentine du xv" siècle à son apogée avant les maîtres définitifs de la Renaissance.
A côté d’eux, il y a les médiocres : Lore.nzo di
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Ch edi (1159-1537) qui, toute sa vie, fit les mêmes tableaux de piété froide, sauf un jour, où, mieux inspiré, il peignit la Vrtitts que l'on retrouva récemment; Piero di Cosimo (1402-1521), qui se plut à de fantastiques histoires ; Coslmo Rosselli rl 139-1507), dont on verra des fresques à la Sixtinc. Nous ne nous arrêtons pas.
Mais il y a en Toscane d'autres maîtres que les Florentins, et en première ligne, un peintre exquis, Piero della Francesca (1420-1492), qui vinld'Ombrieet travailla dans le milieu toscan. Aux Offices, un dyptique, le duc dürbin et sa femme, est une œuvre d'un haut intérêt d'art et l'on oublie malaisément ces deux profils fermes et précis, s'enlevant sur un fond onduleux d'eau et de collines semées de maisons. De ce peintre, d'un fini si minutieux qu'il semblerait devoir le mener à la miniature, il est à Arezzo de larges fresques dans le chœur de l’église Saint-François. Elles ont souffert, mais la lumière est, chose rare, excellente. Nous fûmes surpris et charmés du puissant esprit décoratif qu’elles révèlent, de la clarté de la coloration, du jeu des lumières, de la beauté des groupes que baigne une atmosphère lumineuse en des paysages lointains. La matinée où nous fîmes connaissance de ce peintre séduisant entre tous fut une des meilleures de notre voyage en Italie.
Enfin il y eut de grands quallrocentistes, dont l'œuvre n'est pas llorcnlinc. et surtout Mantegna
LA TOSCANE
et Luca Signorclli ; nous en parlerons lorsque nous arriverons aux villes où ils ont laissé leurs fresques importantes.
Nous sommes au seuil d une époque nouvelle.
Avec Léonard de Vinci. Raphaël et Michel-Ange, la peinture voitsondomaine s'étendre. Jetons un regard en arrière sur le xv* siècle que nous allons quitter.
Il n’est pas douteux que. dès Masaccio. nous sommes en face d’un art affranchi, qui ne se donne plus pour objet de répandre les vérités du dogme et de la momie. Les sujets, par la force de la tradition, restent religieux; l’Eglise est encore le grand client; mais il est inlîniment rare qu'ils soient abordés dans un esprit religieux. Les œuvres de cette époque disent des recherches techniques, des tendances naturalistes — le portrait, le nu, le paysage — et nous montrent des artistes tout à la joie de créer. C’est un des traits caractéristiques de l'époque et de la race ; elle n'aborde pas les problèmes inquiétants ou, si elle les aborde, ils ne sont pas inquiétants pour elle. La vie lui est un sourire. L'on aime les cortèges, les banquets, les histoires agréables à conter, où la soie, les fourrures, la richesse des parures s'étalent, et l’on arrange les sujets sacrés au goût contemporain. On ne trouvera pas, dans le xx" siècle, Fra Angel ico excepté, des pages émues comme la Jjunnttaùoii sur le corps du Chris/,, de Giotlo, à Padouc.
Si l’on songe à ce qu'est l'esprit de ce temps
PEINTURE. XV e SIÈCLE
[ et aux sujets quel a tradition lui impose, si l'on considère les travestissements que l’on fait subir aux récits sacrés, la rétlcxion suivante de Schoiienhauer apparaîtra juste: « Il est cependant des sujets historiques, dont l'elTet est incontestablement mauvais : ce sont ceux qui obligent le peintre à se maintenir sur un terrain limite et arbitrairement choisi, pour des considérations tout autres que celles de l'art : mais cet effet devient surtout détestable quand le terrain est en I outre pauvre en objets pittoresques et importants ;
I quand, par exemple, c'est l'histoire d'une méchante petite peuplade, isolée, bizarre, gouvernée hiérarchiquement, c'est-à-dire par l'erreur, et méprisée par toutes les nations de l’époque en Orient et en Occident; car voilà ce qu'étaient les Juifs. »
Les Italiens du xv® siècle ne cherchent aucune vérité historique et transportent les histoires bibliques dans le milieu gai, riant et pittoresque de leur vie quotidienne.
La Renaissance ne fait guère sentir scs effets que dans les architectures des tableaux et. à la lin du siècle, dans les sujets. Botticclli est un des premiers à représenter des mythes antiques — avec lui les Pollajuoli et d'autres. — mais ce qui sera l'objet presqu exclusif de l'art du xvi® siècle reste encore à l'état d'exception. Le portrait atteint une rare perfection. Il envahit la grande peinture décorative. C'est lui, comme nous le verrons, qui survivra à la décadence générale.
LA TOSCANE
En s'occupant «le la peinture au xv* siècle, pourquoi ne pas se faire une collection <le types féminins, à l'aide des photographies excellentes d’Alinari ? J'en ai une série sous les veux ; elles ont des traits communs bien remarquables. Les cheveux étaient tirés en arrière pour agrandir le front, qui devait être immense et bombé, cela surtout chez les peintres du milieu du siècle, Lippi, V. Pisano, P. délia Francesca, Baldovineüi ; les cheveux étaient arrangés avec perles et torsades : plus tard on adopte les bandeaux et les boucles encadrant le visage (Botticelli, Ghirlandajo) : les yeux sont un peu bridés, l'arcade sourcilière arquée, très haute, les lèvres charnues, la figure ovale plutôt maigre, le cou immense, le nez allongé et fin. le buste étroit et serré ; le ventre, par contre, se portail gros et en avant. Telles sont les caractéristiques du siècle. Il est amusant de les réunir dans une douzaine «le types bien fixés et de les comparer à une série appartenant au xvi* siècle.
LE XVI e SIÈCLE
Le xvT siècle s'ouvre par la trinité Vinci, Raphaël, Michel-Ange. De ce dernier il n'est à Florence qu’un seul tableau, la Saint/' Famille des
PEINTURE. XVI e SIÈCLE
Offices, qui est un groupe sculptural de lignes puissantes ; comme peinture, c'est sec à plaisir et cela manque de charme; comme conception, c'est typique de Michel-Ange; — il n’a pas résisté au plaisir de grouper dans le fond de son tableau des ligures nues, en académies, fort étonnées d'assister au passage difficile de l'Enfant-Jésus des bras de saint Joseph à ceux de sa mère.
Leonard de Vinci (1452-1519). C'est à Paris qu’il faut le chercher d'abord et à Milan. 11 v a. aux Offices, une œuvre que la critique lui attribue, Y Annonciation, qui est ravissante, mais sur laquelle je conserve quelques doutes ; une grande esquisse, extrêmement intéressante pour les indications si précises de mouvements comme clichés par un instantané, Y Adoration des Rois Mages; à l'Académie. un ange, attribué par la tradition dans le Ha/ifênt*’ du C/trisl de Verrochio, et des dessins ; c’est tout. Si vous ne connaissez pas les chefsd'œuvre de Paris, vous ne connaissez pas Vinci.
Mais que ces jours de Florence vous soient une occasion de relire sa vie dans Vasari, dans Burckhardt.ouchezle plus récent et le mieux informé de scs critiques, M. Eugène Mfintz. II fut un des plus admirables types d'homme que le monde ait vus; sculpteur plus que peintre, la fortune ne nous a pas laissé trace de son œuvre sculptée, — pas même J suite II *.» <Vliste au Louvre; musieien, improvisateur, architecte (?), ingénieur militaire et civil, savant, philosophe, il ne se borna pas à de
LA TnSCAXE
superficielles recherches dans des domaines si divers, mais épuisa les matières qu’il entreprit. Il faudrait lire la lettre qu’il écrivitàLudovic le More dans laquelle il énumère les différents services qu’il pourrait lui rendre. N'oublions pas que dans I’Iiistoirc des doctrines scientifiques il mérite une place dans la lignée de Bacon. Et ce qui me touche enfin, il était d’une grande beauté corporelle et maître ès exercices physiques.
L'œuvre de Raphaël (1483-1520) est au contraire nombreuse à Florence, sans que l'on puisse «lire qu elle apporte une note nouvelle à ceux qui connaissent bien le Louvre.
Vous débuterez à la Tribune des Offices où, sur cinq .tableaux encore à lui attribués parles catalogues, il n’y en a que trois authentiques, la très belle Fornarina était sans doute de Seb. del Piombo, dont on vient «le placer un portrait « ['Homme malade », dans la mènm salle, permettant ainsi d’instructives comparaisons, et le Saint .Iran n’étant qu’une médiocre copie de l’original que nous avons. Restent la .1 ladone au Chardonneret, qui s’apparente à la Helle Jardinière avec moins de perfection, un portrait précis et charmant de Maddalena Doni et le superbe J a les //, une maîtresse toile: dans la salle des Peintres, son portrait.
Au Pitti, la Madone du Grand-Dur. et celle à la Chaise, que j’aime toutes deux, tarnlis que je suis
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impuissant à goûter Xltnpannala et que la Yirrtjr nu Baltlatjuin. ne tn'atteint pas. Il semble qu'il y ait «leux parts dans l'œuvre de Raphatd ; certaines toiles me ravissent et me prennent tout: d'autres me laissent indifférent et critique. Dans les premières, je mettrai, pour n’en citer que quelquesunes. le Juins II, le Bolthazar Cas/it/Honr du Louvre, la Messr tir Bolsrnr. pour prendre des choses bien diverses—et parmi les autres je dirai la Mtulonr tlffjll A nsitfri, de Londres, la Trans/itfuration, la Sain/r Fanti.Hr tir François / cr . Au palais Ritti, les portraits des Doni, celui d’inghirami (qui n'est qu'une copie, mais si belle), celui «•tonnant, de Léon X avec deux cardinaux, seraient «lans la première série, tandis que la Vision tf Ezvc/tirl se rangerait dans la seconde. La Donna Vrlata est contestée, mais on la regardera avec joie.
En face «l'un si grand homme, d'aucuns prêtèrent abdiquer. C'est de Raphaël, par conséquent c'est beau, donc je l'admire. Je ne renonce point à mon indépendance. Je dis: je me plais ici et ici je m'ennuie. Pour l'énulit. toutse résout on somme à une question d’authenticité et de document. Que sa science s'applique à ceci ou à cela, peu lui importe, au fond : qu'il s’agisse d’établir une liste complète «les éditions d'un livre ou des tableaux d’un maître, la méthode est la même et l'habitude fait passer la méthode avant tout. D’autre part il y ale public, qui ne sent rien par lui-mènie et dont l'ardeur à regarder les tableaux célèbres
LA TOSCAN F
est en fonction du respect que Ton doit à des toiles consacrées. Entre ces deux classes de gens qui courent les galeries, sont ceux pour qui les œuvres d'art représentent des jouissances personnelles. Ceux-là savent aussi que l’élude est nécessaire el que Ton n’aborde pas les maîtres sans une initiation préalable ; mais ce qui est premier pour eux est l'égoïste et personnel plaisir goûté en face d'un tableau. Ont-ils ce léger choc qu'ils attendent, ils sont satisfaits; ne le reçoivent-ils pas. tous les raisonnements du monde ne leur feront pas avouer qu'ils l'ont éprouvé, alors qu'ils sont restés froids. Aucun écrivain, si grande soit son autorité, ne me fera déclarer chef-d'œuvre une toile qui ne m'a pas ému. Ce Voyagr. quel qu'il soil. ne vaut que parce qu'il est une collection, ordonnée cl classée aussi méthodiquement que possible, d'émotions personnelles.
•Vous retrouvons Raphaël, à notre étape prochaine dans toute sa gloire romaine.
Autour de lui, il y eut des peintres de premier ordre et qui sont mal connus. Le seul fait que l'on a pu attribuer pendant des siècles à Raphaël des œuvres admirables, qui sont en réalité de gens classés beaucoup plus bas dans l'échelle de la notoriété, le montre suffisamment. J'indique comme tableaux le Cêmr llorgia de la collection Borghèse, la Voniur'i >tc des Offices, la l du la du Pilti, le Navagrro <‘l iïrazzuno de la galerie Doria;
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il v en a l»ien d'autres ; et c<*mnie hommes. Ricordi Ghirlandajo, Bronzino, Pontormo.Seb. del l’iombo, Franciasihio, Polidore de Caravane, Baceliiaca, qui les uns très connus, les autres à peine, ont hérité récemment de toiles données jusqu’ici à Raphaël.
A Florence, l'école toscane contemporaine compte des hommes considérables dans l'histoire de l'art. Fra Bartoi.ommko (1475-1517) et Andrea i»i:l Sarto (1480-1531). le premier plus puissant et déjà michelangelesque; le second plus attendri, plus coloriste aussi. Ni l'un ni l'autre ne me passionnent. C'est déjà l'outrance, le pathétique; et quoi de plus froid que le pathétique qui ne vous émeut pas ? c'est la facilité aussi, et. chez l'un tout au moins, le manque d'accent et de pénétration ; avec cela toutes les qualités négatives de l'école. Ce sont pourtant des peintres sérieux : mais ils ont exercé jusqu'à nos jours une influence presqu’exelusive. que l'on ne peut s'empêcher de trouver exagérée.
Dans le xvi" siècle florentin, il y a quelques noms à retenir avec ceux que nous indiquons plus haut: le Pontormo, Bkonzixo et Mar. Albkrtinelli. Les grandes compositions de ce temps montrent toutes les faiblesses de l'école ; mais, de la plupart de ces peintres nous avons des portraits remarquables. C'est le contact direct avec la nature qui les sauve. Il v aurait à rechercher dans d’autres écoles l'influence du portrait aux époques de classicisme à
LA TOSCANE
outrance. LcsZuccaro vous donneront. à la coupole Je la cathédrale. le triste étal de la grande peinture toscane à la tin du xvf siècle.
Note sur 1rs salles toscanes aux Offices et /es raisons du sucres inouï de cet art auprès des pédatjotjues.
Tout ici est composé. Vous trouverez de belles
ordonnances où le souci de la clarté, de la
svmélrio
et du contraste des groupes, du rythme des gestes et des altitudes, est poussé à un point incroyable (Frallarlolommeo). Les peintres toscans. dèsGiotlo. ont, innées, ces préocupalions d’ordre et de composition. Sans doute ce sont là de grandes qualités, mais encore sont-elles devenues qualités d'école et de pratique. Si l'art florentin a été loué si exclusivement par les professeurs et les critiques, c'est à elles, soycz-cn sur. qu’il le doit. Ce sont, en effet, choses dont on peut raisonner, qui ne sont pas propres à l’individu, mais que l’on peut enseigner. Vous n'apprendrez jamais à un peintre à être coloriste, pas plus que vous ne ferez, avec des leçons de rhétorique, un grand écrivain d'un honnête homme quelconque : mais, à l'un comme à l’autre, vous pouvez montrer à mettre de l'ordre dans ses pensées, à Jes exprimer sinon avec grâce, du moins avec clarté, à les balancer suivant les règles, l’une tirant l'autre, celle-ci faisant pendant à celle-là. L’école toscane est, pour cela, unique;
PEINTLUE. XVI' SIKCI.F.
«|*un boul à l'autre clic donne une leçon de composition. avec démonstrations à l'appui. D'où la ilileclion spéciale qu'ont eue pour elle, en tous temps et tous lieux, ceux qui ont été chargés d'enseigner l'art ou de le commenter.
Il y a, à Florence, autre chose que des Florentins. Toutes les écoles d'Italie sont représentées dans ses églises et musées. Aux Offices et au Pilli. on verra d'admirables Vénitiens, dont le charme si direct ne sera pas sans nuire aux œuvres florentines d’un aspect plus froid.
Entre tous, la duchesse d'Urbin de Titien, si mal nommée la Vénus an prf.it c/tint , étendue nue surunlitde repos, tandisque des chambrières dans le fond de la pièce cherchent des vêtements dans un coffre, est une toile d’une perfection et d'une sérénité inoubliables. C'est une joie sans mélange pour nous, modernes, cette œuvre que nous pouvons regarder avec nos yeux d'aujourd'hui et qui nous plaît pour les mêmes raisons que l'art le plus voisin de nous. Ce sont, toujours aux Oflices, la Flore, les portraits du duc d'Urbin et de sa femme.
mais vieillie, une belle Sainte Famille , d’autres
encore; de Carpaccio, un fragment; de Giorgione, deux tableaux qui n'ont pas la qualité du Concert champêtre du Louvre, des Véronèse, Bellini, Tintorel — pas les meilleurs — des Loren/o Lotto,
!.A TOSCANE
la dernière exhumation de la critique; des Corrèze, qui ne me ravissent point: un Mantegna. — Au Pitti, une an fotnfn-an de Pérugin. ce que
j’ai vu de mieux de ce peintre facile et doucereux: un beau tableau de genre, le premier, de Giorgione : à l'Académie, des Signorelli: j’en passe et combien. En courant les musées pour les peintres florentins, vous loucherez à toutes les écoles italiennes.
Et vous verrez en outre nombre de toiles étrangères de grande valeur. Memling, vanderW’evden.
van der Goes. avec une œuvre magistrale au Musée de l’hôpital Santa Maria Xuova; Quentin Malsys et Hubens. dont je n’oublierai pas h* tableau du Pitti qui fait pâlir tous ses voisins, côloyenl Holbein et Durer, très bien représenté. Hemhrandt. Claude Lorrainpourquoi classé dans l’école allemande?;. Poussin et autres « barbares » font plaisir à voir et tiennent leur place au milieu des Italiens. — Je proteste, en passant, contre l’inouïe tolérance qui a permis, dans les salles des portraits d’artistes, à coté des chefs-d'œuvre que l'on sait, l’admission des figures falotes de Bougucreau. llerkomer, Leighton, Millais et autres académiciens de l'un et de l’autre coté du détroit, en qui Je sens du ridicule est évidemment aboli.
L ARC.IIITE'.TLT.E DE l-A RENAISSANCE ItCI
L’ARCHITECTURE de la renaissance
Ici. comme nous lavons indiqué, le mot de Renaissance est à sa place. Les architectes du xv'' siècle regardent les ruines avec l'intention de l’aire renaître l'architecture antique et les ordres lixés par Vitruve. Le sujet est immense par les conséquences que le mouvement commencé à ce moment en Italie eut sur les destinées de l'art moderne. Dans la Renaissance de l'architecture, les Italiens furent initiateurs et leur succès fut tel que nous en sommes, aujourd'hui encore, accaldéâ. Ce fut la ruine définitive du système de construction inventé par les races septentrionales, par la race française, pour spécifier. Lexvi* siècle montre la lutte des deux conceptions en France et finalement la victoire européenne du principe italien.
Devant un changement de cette importance, il faut s'efforcer de voir clair pour en comprendre les raisons et pour juger le système. Nous multiplierons ici les notes sur des points bien fixés plutôt que nous ne tracerons une vue d'ensemble de la Renaissance architecturale.
Comme on le verra dans toutes les histoires de la civilisation, la Renaissance a débuté par les lettres. Ce sont les humanistes qui en sont les premiers pionniers, depuis Pétrarque, auteur des
LA TOSCANK
Triomphes. Il y a un siècle entre l'adoption «lu latin comme langue littéraire et l'apparition des formes plastiques anciennes dans l'architecture. Pour ce dernier poiul, qui seul nous intéresse à présent, on dit, comme circonstances favorables à ce retour à l'antiquité, les racines peu profondes que le gothique français avait poussées dans le sol italien, et c'est exact. On montre aussi les Italiens désireux de renouer avec leur passé le plus glorieux. Il est certain que pour les hommes de ce temps l’époque romaine apparaissait revêtue d'un extraordinaire prestige. Ceux qu’on appelait des ancêtres avaient connu une perfection «le style dont il était diflicile de se faire une i«l«*e. Home. « la ville des ruines ». exerçait une attraction inouïe, et le fait est typique, vrai ou légendaire, de la
découverte en 1445, d'un tombeau ancien dans taquel était couchée, miraculeusement préservée à travers les siècles, une jeune femme d'une beauté dont les hommes de ces jours n'avaient jamais vu la pareille. Cette Romaine, morte. l'emportait sur les vivantes.
•l'aime à voir en elh» la Renaissance sortant «les tombeaux.
On trouvera, dans tas écrits contemporains, tas détails tas plus circonstanciés sur tas préoccupations d«*s architectes «le ce temps. Elmles de monuments antiques, copies de détails, de colonnes, «le pilastres, «le moulures, de bases, «ta chapiteaux, ils n«* songent qu'à cela.