S0ME
Il n'y a pas pour moi de commune mesure cnlre la beauté sereine du Parnasse et l'agitation bruyante de l 'Incendie tin Jlonrr/. Je ne me lasse pas de contempler le premier: le second tout de suite me fatigue.
En face sont les Ver/ns cardinale* ; mais, si l'on est particulièrement sensible à l'aspect de la peinture. (|ue l'on regarde à droite de la fenêtre le pape (jrérjoire IX, dans sa grande robe blanche sous une chape somptueuse. C'est un étonnant morceau, qui à lui seul mettrait Raphaël au nombre des maîtres de la couleur, — ce qui tout de même est bien aussi important que de savoir composer et ordonner les lignes d'un tableau.
Cette qualité essentielle d'un peintre, la couleur, est généralement peu appréciée et par les critiquesel par le public. Lisez les pages que Burckhardt consacre à ces œuvres; la composition, le choix du sujet, la façon dont le maître l'interprète, le costume, les personnages, leur groupement, voilà ce qui le préoccupe; du don premier et mystérieux de la couleur, il est à peine question. Aussi
s'intéresse-t-il aux œuvres exécutées par les élèves
(salle de Constantin et de l'Incendie), presqu’autant
qu'à celles de la main du maître.
Mais c'est dans la chambre suivante, celle
d'IIéliodore, que la puissance de coloriste de Raphaël éclate dans l'œuvre, pour moi la plus parfaite : la Messe de Jio/sène. Voyez la partie de droite, le Pape au centre, les cardinaux debout
PEINTURE. XVI* SIÈCLE
et dans le bas les gardes-suisses agenouillés. C'est
un ensemble crunc étourdissante et magistrale harmonie où les rouues chantent et dominent.
Pouvoir peindre un pan de mur ainsi me parait bien autre chose que d'exprimer clairement un sujet donné et d’en tirer toute la signilicat ion.
On a dit ici l'inlluenee d'un Vénitien, Scb. del Piombo, qui a vécu près de Raphaël dans les années où furent faites ces fresques. A tous ceux qui aiment l'art vénitien, il sera agréable de penser que l'action excellente de la peinture la plus savoureuse de l'Italie s'est exercée au moment propice sur l’auteur des Chambres.
Vlféliodore chassé du temple n’atteint pas à une semblable perfection : cependant il a des beautés
très fortes, tout comme Attila et Léon le Grand qui lui font face, mais qui ne m’émeuvent pas au même degré. Le Saint Pierre délivré m’étonne et me ravit, sans me prendre tout entier.
Le plafond de la chambre de la Signature, peint par Raphafd, est d’un grand effet. J’y aime surtout la Poésie et une Ère délicieuse.
Telles sont les fresques vraiment supérieures où s'affirme le génie de Raphaël. J'arrivai défiant; toute une partie de l'oeuvre de Raphaël m'échappe et me paraît médiocre! — Est-ce encore ici un coup monté, me disais-je, et je m’attendais au pire.
— Mais les deux Chambres maîtresses s'emparèrent,
dès l'abord, de moi.
ROME
Nous passons vite dans la salle de Constantin, ouvrage excellent d'élèves, qui serait digne de nous retenir: mais on n'y pénètre qu'après avoir vu l'Héliodore. la Messe, le Parnasse et la Dispute; il est impossible de s'v arrêter longtemps.