‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 60 sur 99 · LE MUSÉE DU VATICAN · texte numérisé non relu

LE MUSÉE DU VATICAN

Des Loges on passe au musée. Il est à la fois peu nombreux et riche. A l'entrée un étrange Saint Jérôme, de Léonard de Vinci, avec un lion dont la queue décrit un paraphe d'une courbe nette et superbe; une Annonciation de Raphaël et trois ligures en camaïeu. De Raphaël encore, dans la salle voisine, des «ouvres célèbres, la Madone de Fo/igno. type du tableau qui plaît à la foule, car il n'est, en ett’cL pas absolument nécessaire d'aimer la peinture pour le goûter, et la dernière de ses grandes toiles, la Transfiguration. pour laquelle je ne partage pas l'enthousiasme général. Il manque d'unité cl, dans la partie inférieure, apparaît déjà cette insupportable gesticulation sans cause qui envahira l'art à la suiie de Raphaël el nous fera regretter l'immobilité conventionnelle des mosaïques byzantines. Ajoutons

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qu'ici Raphaël est sévèrement blâmé par les spécialistes pour avoir représenté de chic FEnl'anl possédé. «< Il n’a aucun des caractères précis ni de l’épilepsie, ni de l'hystérie..., ne répond à aucune

autre maladie connue » Avec un Couronnement

<le la Vien/r se termine la série des Raphaël du

Vatican.

II v aurait mille choses à en dire: mais elles

l’ont été si bien et par tant de critiques documentés! La seule position à prendre est de tâcher de

voir avec des veux neufs et, s'il v a lieu, dediiv

son impression personnelle. Le je est encor»? ce <ju il y a de plus mo«Iesl»‘ devant les gramles (jeuvres. C'est aussi ce qu'il y a de plus diflicile. Il est bien plus aisé d<* sentir par procuration.

Nous avons beaucoup regardé un tabl»>au du Dominiquin dans la même galerie, pour lâcher d’y trouver c»* qui séduisit notre Poussin mais sans v réussir complètement. Et ce sont encore d»*s Titien fort beaux, une fresque importante <l'un bon peintre du xv r si»'*cle. Melozzo da Forli. dont les »i.*uvres sont rares f'fragnimils aussi dans la sacrislie <le Saint-Pierre), un grand Poussin et plusieurs tableaux de l'»‘Cole bolonaise.

Si l'on voulait terminer avec Raphaël, il faudrait aller voir les fameuses St/ôil/es (<*ncore à la suite de Michel-Ange) de Santa Maria délia Pace,

1 Charroi et Kicher, Les Démoniaque* dans Car/.

PE1STUKE. XVI e SIÈCLE

qui n’ont pas répondu à mon attente, les mosaïques de la chapelle Chigi à Santa Maria del Popolo et enlin, à la Farnésine. la délicieuse Gnfalêe.

An Vatican, il reste à visiter les appartements Borgia, où nous retrouvons un peintre vu à Sienne, Pistcricciiio ( 1 155-1013). Ce sont de

irrandes cl riches décorations murales tout à fait

dans le goût de la Renaissance à l'avènement de laquelle Pinturicchio a fortement travaillé. Ces fresques sont charmantes, cl l'ensemble del'apparlemcnlà lui seul vaudrait une visite. Et l'on y voit aussi le portrait d'un Pape notable. Alexandre VI Borgia. Malgré tout, je préfère la Libreria à la cathédrale de Sienne.

On ira. à la Calorie du Capitole, qui ne renferme t ien d'important pour nous. Mais, par contre, il y a quelques œuvres de premier ordre dans les collections privées.

Il faut signaler ici que « l'amateur d'art » est né à ce moment. Les "aleries de tableaux datent de la Renaissance et viennent de Rome.

Jusqu'alors le peintre avait travaillé, soit pour l'Eglise, soit pour les communautés religieuses, soit pour l'Etal, soit pour les corporations. Qu'un riche marchand ou qu'un grand seigneur fît faire son portrait, c était le plus souvent un tableau de donateur où il était représenté en adoration d’une Vierge centrale, entouré de sa famille et flanqué

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de ses saints patrons. L'artiste faisait des œuvres qui devaient être vues par tous, exposées publiquement et contribuer à la décoration soit d’une maison de ville, soit d’une église, soit d'une chapelle. Que cela eût une influence sur la conception de l'œuvre d’art, il n’est pas permis d'en douter.

Avec la Renaissance, les conditions sociales changent. A Rome vit une aristocratie riche et

paresseuse, jouissant des grasses sinécures de la cour papale. Elle se compose de l'ancienne aristocratie romaine à laquelle s'ajoutent diverses nobles familles italiennes, qui ont fourni des Papes à la chrétienté et espèrent lui en donner encore.

C'est dans ce milicu-Ià que vivent les artistes; c’est pour lui qu’ils sont appelés à travailler. Leurs œuvres sont de moins en moins faites pour une place, pour un cadre fixés à l’avance. Elles entrent dans la galerie d’un grand seigneur où elles se trouvent entourées de tableaux de toutes provenances étrangères et italiennes. Elles ne sont point là à demeure, mais peuvent changer de domicile d’un jour à l’autre. En outre, elles ne sont regardées que par des gens d’une certaine position sociale.

Autrefois c’étaient les grandes idées directrices communes à la masse cultivée et au peuple, qui formaient le fonds solide sur lequel l’artiste travaillait. Maintenant c’est la culture, les idées et

PEINTURE- XVI SIÈCLE

le goût d'une classe très restreinte qui s’impose à sa réllcxion préalable ; c esl à un public limité et spécial, plus apte que tout autre à sc laisser entraîner par la mode, à s'engouer, qu'il faut plaire; c'est lui qui non seulement achète, mais uni est en possession de faire la renommée d'un peintre.

On entrevoit les conséquences de ce nouvel étal de choses, et l'on comprend que la formation des premières galeries de tableaux soit une date importante dans l'histoire de l'art. Les limites «le mon cadre m'obligent à abréger. Je laisse le lecteur avancer seul sur la piste que je lui ouvre.

C’est ainsi que l'on trouvera à Rome, riches encore, malgré qu elles aient perdu un grand nombre de toiles, les galeries Corsini (maintenant à l’Etat), Sciarra. Borghèse, Colonna, Doria. Barberini, Rospigliosi et autres, qui furent fondées pour la plupart aux xvi c et xvn e siècles. On s'en aperçoit de reste ; pour quelques tableaux de grande valeur, elles ont une foule d'œuvres médiocres que la mode éleva dans leur temps au rang de chefs-d’œuvre, des Carlo Dolci. des Maratta. des llaroche. des Bolonais trop nombreux.

La meilleure des Galeries est encore, malgré tant de ventes, celle de la villa Borghèse, où nous avons admiré longuement et souvent un Titien émotionnant de beauté, Y Amour sacré et F Amour profane, un des Corrègc les plus séduisants, la

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Danaé , une Mise au tombeau de Raphaël qui nVst pas do promior ordre, une bien amusante Vénus de Cranach. un lier portrait de Pontornn» et, au milieu de beaucoup de redites, quelques toiles de valeur.

Au palais [Joria abondent les Garofalo ; niais il y a un Velasquez étonnant, le Pape Innocent X rouge sur rouge, à faire pâlir toute la peinture italienne, deux Claude Lorrain, un Poussin, copie des Noces aldobrandines, — il est vrai que tout cela n'est guère italien — une Salomé de Titien et beaucoup d'autres choses que l’on regarde non sans plaisir.

La galerie Sciarra est dépouillée de ses chefsd’œuvre. Il faut regretter que, comme quelques toiles de la collection Borghèse, ils aient quitté l'Italie pour entrer dans les triples forteresses que sont à Paris les hôtels des Rothschild. La bienveillance des vieux nobles italiens ruinés et la libéralité de leurs traditions seigneuriales laissaient aux touristes un libre entretien avec ces tableaux célèbres et servaient mieux la cause de l’art que la défiance craintive et arrogante de trop riches financiers contemporains.

Au palais Colonna, c'est de second ordre. Il faut cependant y aller, ne serait-ce que pour voir ce qu'était un luxueux palais romain au siècle dernier. Et dans la galerie, il y a des choses notables.

C'est encore la galerie Barbcrini, si pauvrement installée dans les communs de ce vaste palais.

PEINTURE. XVl" SIÈCLE

Mais, dans ces chambres misérables, il est quelques toiles importantes, la Fonutrina de RaphaCd. un petit Poussin, un petit Claude Lorrain, un grand Dominiquin. un Durer improvisé, sans parler du médiocre portrait de Guido Reni, qui ne représente pas liéatrir Cmci; c'est lui qui amène les étrangers.

Entin on se rendra au casino Rospigliosî. où Y Aurore du Guide attire les touristes des deux continents et qui est l'œuvre la meilleure de l'école bolonaise. Stendhal disait que la figure de l'Aurore le faisait penser à l'art grec: elle évoque surtout en moi le souvenir d Ingres, dont la parenté avec le Guide s'allcstc ici certaine. Il y a en outre quelques toiles recommandables de divers peintres.

Si l'on a poussé scs études sur l'histoire de la peinture assez loin, on prendra un vif intérêt à ces visites dans les collections romaines, qui comptent un nombre considérable de bonnes œuvres de second ordre dont la classilication n'est pas encore définitive. Si Ton n'a. ce qui est l'hypothcse où se place le Voyage ’nlcal. que sept à huit mois à donner à l'Italie, on va aux pièces maîtresses. Plus lard, avec un hiver on Toscane ou à Rome, un printemps à Venise ou en Ombrie, on aura le loisir de fouiller une époque et une école.

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