‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 62 sur 99 · SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE

Courons à Saint-Pierre. — Si vous vous attendez à voir la plus belle église du monde, vous serez désillusionné. Saint-Pierre n’en est que la plus grande.

ROME

Ce malheureux Saint-Pierre a passé par les formes les plus diverses avant d'arriver à ce qu'il est. Les « Renaissants » vous disent : Ah ! si le plan de Bramante avait été exécuté! si l'on avait écoute .un tel et fermé l'oreille à tel autre ! Ah ! si Rossellino! Raphaël ! Michel-Ange! si Madcrna! si Bcrnini!...

On ne bâtit pas avec des si. Nous ne pouvons juger que ce qui est. Saint-Pierre devait être de Bramante et en croix grecque; il n'y a à peu près rien de Bramante, et il est sur croix latine.

Vextérieur. — La coupole est de Michel- Ange (1546-1564) et non de Giac. délia Porta, comme on le dit souvent. La courbe en est vraiment très belle et vaut sa réputation ; mais il faut blâmer l'ornementation qui y est appliquée, ces petites lucarnes écourtées avec frontons ridicules? On ne peut voir la coupole en son entier qu'à distance, de la villa Médicis ou du casino des Chevaliers de Malte, car. par une étrange maladresse, la farade en détruit l'élan et la grandeur. Celte façade, œuvre de Maderna (1606), d’ordre colossal naturellement, n'a aucun rapport, aucune liaison avec l’église qu'elle dissimule. Elle est énorme, lourde et sans raison. Le pire est qu’elle masque le tambour et la naissance de la coupole, seules choses vraiment belles de Saint-Pierre. Les bas-cùlés, l'abside, les bras du transept se perdent dans une enveloppe bizarre où l’œil ne peut trouver aucune forme expressive et organique. On longe cette

l’architecture de la RENAISSANCE 261

partie de Saint-Pierre en se rendant au musée d'antiques. Qui a jamais songé à s’y arrêter *?

L'hitrrienr. — C’est très vaste, c'est très laid. L'ornementation, le détail surabondant et grossier, choquent à première vue. On se sent dépaysé, sans que cependant l'immensité réelle fasse impression; on ne s'en rend pas un compte net. Comme l’a dit très bien M. Choisy, ce n'est que par un travail de l'esprit qu'on y arrive. La faute est ici à Michel- An gc qui a omis toute division, tout point de repère permettant à l'œil de saisir, grâce à une échelle donnée, la grandeur de l’œuvre. Si. par un travail assez difficile, on dépouille les murs et les piliers de la décoration baroque qui les recouvre, la nef, avec ses médiocres bas-côtés, ses formes dont on ne peut deviner la raison, et le rapprochement de ses piliers colossaux, n’apparaîtra pas satisfaisante. Le meilleur point de vue est d'une des chapelles de côté près du centre, lorsqu’on regarde en biais l'abside, les piliers de la coupole, les bras de la croix, — encore faut-il faire abstraction du tabernable ridicule qui en occupe le centre. Il y a là dans les arcades, dans les piliers énormes, dans la courbure des voûtes, dans le rapport entre les masses et les vides, quelque chose de puissant et de fort.

Il est vrai que ces formes architecturales, que l’on a de la peine à saisir dans leur pureté, s'appliqueraient à n’importe quel monument mieux qu’à une église. Et la façon dont l'édifice est envahi par la lumière ne contribue pas à créer une impression

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religieuse. L’éclairage serait excellent pour une bibliothèque.

Tel qu’il est, Saint-Pierre remanié par <lix architectes. ne saurait être considéré comme le modèle

achevé d'une conception architecturale donnée. Nous avons critiqué déjà pour une église la forme centrale à coupole, poursuivie avec rage par toute la Renaissance. On la peut juger ici encore.

Mais il est inutile d’insister. Qui voit actuellement dans Saint-Pierre le type architectural par excellence de l’église chrétienne ? Les érudits vous disent que les hommes les plus distingués de la Renaissance ont voulu à tout prix la croix grecque et la coupole. Nous le savons de reste : mais qu'ils se soient trompés, nous n'en «louions pas non plus.

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