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beauté, il songe que dans les grands styles antérieurs on n'a pas cette difficulté inouïe à trouver les œuvres types, que, si Ton parle architecture grecque, on dit le Parthénon, l'Erechthéion, Olympie. Paestum, ou style gothique, Paris, Chartres, Amiens, Reims, Bourges, Beauvais et que. dans l*un et l'autre cas, on indique sans peine les chefs-d'œuvre certains sur lesquels se fonde notre admiration.
Mais ici, quels sont les monuments que la Renaissance opposera à cette liste glorieuse ? où sont ses titres de gloire, en pierre ou en marbre?
Le voyageur bénévole finira par conclure, comme nous, que quelques édifices sont intéressants et parfois gracieux, mais ne justifient pas les panégyriques enthousiastes qu'il a lus, et que finalement on ne saurait donner une liste des chefs-d'œuvre de l'architecture de ce temps, pour la bonne raison qu’il n'y a pas de chefs-d'œuvre de la Renaissance.
i .'école baroque
Finissons-en avec les écoles baroques qui, plus encore que celles de la première et de la haute Renaissance, dont elles sont la suite logique et nécessaire, ont contribué à faire l'architecture
moderne ce qu elle est. Bornons-nous à indiquer les Pères du Baroque.
\oici Vïonoli: (1507-1573), auteur toujours lu du
l’akchitectcke BAKOOLK 2»l
Traité île* cinq Ordre*, car il y en a cinq. Il eut une intlucnce énorme, et par son livre, manuel Jes architectes jusqu'à nos jours — combien en voit-on d'éditions récentes sur les quais de Paris? — et par son œuvre principale, je néglige le détail, l’église du Gesu à Rome. Arrêtons-nous ici. Dans l’église faite pour les Jésuites, dans cette vaste et haute nef avec un rang de chapelles latérales, dans l’éclat des marbres jaunes qui la revêtent, dans l’or qui recouvre les moindres ornements, les directeurs de la foi chrétienne reconnurent le style religieux par excellence. Les jésuites le transportèrent en Italie, en France, en Allemagne, dans les Flandres et les Pays-Bas, en Espagne et au Portugal, lui iirent franchir le détroit pour l’implanter en Angleterre, l’exportèrent avec leurs missions au-delà des mers sur toute la surface du globe terrestre, au Cathav et au Paraguav. au
Japon et dans les îles de 1 Océanie, dans les deux Amériques, au Canada et en Patagonie, à Buenos- A .V res et à la Aouvelle-Oi'léans. L'église-boudoir, l’église-salon, l'église pour les gens de qualité était trouvée. Elle remplaça le vieil et populaire édifice gothique, qui avait la prétention imbécile d’être ouvert à tous, d’accueillir les simples d’esprit et les pauvres de bourse. Allez par reconnaissance voir le Gesu de Rome. C'est lui qui nous a débarrassés des contacts malpropres des loqueteux et a donné à la religion des gens du monde son cadre nécessaire. Visitez la somptueuse
ROME
église. Vous la reconnaîtrez, car, où que vous
soyez né, dans quelque hémisphère du monde que
l'on vous ait baptisé, vous avez déjà pénétré dans
une église jésuite, petite-fille du Gcsu de Rome-
Palladio (1508-1580), qui fut probablement le
meilleur architecte de ce temps, inventeur, après
Alherti, de l'ordre colossal, qu’il mania avec
sûreté, devint plus tard un modèle de sobriété,
alors que l'architecture s'égarait dans les pires
folies. Il n'v a rien de lui à Home: nous le verrons
à Venise et à Yicencc.
Scamozzi (1552-1016) est un écrivain comme
Seklio (1475-1552). car ils sont tous historiens, théoriciens et archéoloirues. Les maîtres grecs et
gothiques ont fait de belles œuvres au lieu d écrire de médiocres livres.
Puis c'est la bande des Giacomo de la Porta (~ 1604). Fontana (y 1607), Maderna (1556-1630), PAIgarde (1602-1654), Borromini (1599-1667) dont le nom ressemble à ses œuvres, le Bernin (1599- 1680) et une série de gâcheurs d'ouvrages, Guarini (1624-1683), les Bibbiena (xvm* siècle) Juvara, Vanvitelli, du môme temps. Je résume sur eux la critique qu'en fait Burckhardt (lorsqu’il arrive aux œuvres, il se laisse trop souvent attendrir).
Les ordres sont employés avec moins d’intelligence encore que par les maîtres de la Renaissance. Comme il le dit très bien, « c'est un forlis-
simo constant ».
On double et triple les membres séparés des
l'architecture baroque
façades; les reliefs deviennent énormes; les frontons se brisent ci oscillent; les colonnes torses lleurissent.
« Il est rare que l’on songe à s'exprimer sérieusement les fonctions. Tout au contraire les formes isolées ont une vie indépendante de l’organisme, qui plus lard devient maladive... ; ce sont les fantaisies de la lièvre et du délire. »
Les façades ne sont que des pièces de parade. Les recherches de perspective et de recul sont à l'ordre du jour. On en arrive à des façades gonflées et tordues (San Carlo aile Quatlre Fontane). Les coupoles sont médiocres. A l'intérieur, les églises sont généralement à une seule nef avec chapelles latérales; les colonnes disparaissent; la voûte s'élève et, dans la décoration, le hideux trompe- I'omI est promu à la dignité de principe architectural.
Vous n'aurez pas besoin de chercher à Rome les «ouvres de ces architectes : elles sont partout. Où que vous alliez, vous resterez dans le baroque et à chaque pas verrez «les lignes qui dansent, des colonnes qui se tordent, des corniches qui se brisent et des frontons interrompus. A Sainl- Fierre, presque tout est baroque, le Gesu, San Carlo. Santa Francesca Romana, Sant’ Andrea délia Valle, San Vincenzio etAnastaso, San Carlo aile Quatlre Fontane, Santa Agnese, Sant' Andrea delle Frattc, les chapelles de Santa Maria Maggiore, la décoration do Saint-Jean de Lalran: il est impos-
ROME
sible de tout citer. Les monuments de la première et de lahaute Renaissance sont en comparaison de ceux de l'école baroque dans la proportion de im à cent.
Cetle école déplorable, c'est la notre encore. Nous ne faisons guère que de la Renaissance:
mais ce n'est pas la première que nous imitons : le style baroque règne en maître dans nos écoles. A mon retour d'Italie, je suis entré au hasard à l’Ecole des Beaux-Arts, où l'on exposait les épreuves d'un concours. J'ai vu dans cent cinquante projets les façades d'ordre colossal, les colonnes engagées, les membres multipliés de l'organisme, les corniches à ressauts, les ailerons, qui nous viennent d’Alberti ; ce n'étaient que pilastres inutiles, cartouches, caissons, frontons courbes et brisés, enfin, combinés dans une formule au goût du jour, tous les éléments chers aux Italiens du xvif siècle.
Je ne pense pas que les jeunes gens trouvent du plaisir à exécuter ces étranges variations sur un thème si vulgaire; mais quoiI thème et variations sont les seuls que connaissent les professeurs de notre enseignement national. Ils les tiennent d'une tradition trois fois séculaire.
Pendant longtemps on crut de bonne foi que ces jeux de mauvais goût étaient gréco-romains : de là leur fortune et le sérieux avec lequel on les propagea. Mais voilà deux ou trois générations que l'on est fixé sur leur état civil. Ils se réclament-
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Je l’antiquité, et l’antiquité que nous connaissons les renie. Antiques les Yignole, Bemin, Madcrna, Guarini et Bibbiena ! il faudrait rire d'une prétention pareille, si le sujet n'avait pas une réalité actuelle. — Nous savons tout cela et qu’ils furent d’impudents gâcheurs de mortier. A l’heure présente, on ne trouvera pas un critique pour prononcer un panégyrique de l'école baroque et une défense de ses principes. Pourtant l’enseignement, la tradition orale, lui restent fidèles. L'Ecole des Beaux-Arts ne connaît point d’autres dieux, et les deux mondes, dans la construction de luxe, suivent encore le mot d'ordre donné à Paris. S'il est un projet couronné en Amérique ou en Europe pour un vaste monument d'utilité publique : Université, Bibliothèque. Bourse ou Opéra, l’enseignement des Beaux-Arts triomphe, sinon par ses élèves directs, du moins par des architectes à la suite.
Il ne faut plus croire à la valeur absolue de la Renaissance. Si elle n'avait pas été vantée à l’excès, nous ne serions pas obligés de nous élever contre elle avec tant d’ardeur.
L’école de critique allemande nous a fait le plus grand mal à cet égard. De par l'autorité de ses écrivains, du reste si intelligents, si documentés, elle nous a engagés à persévérer dans la voie de l’imitation italienne où le néoclassicisme entraîna la France. On s’est efforcé
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ici «le remettre les maîtres de la Renaissance à leur place, qui est bonne, sans être excellente. Burckhardt a écrit : « Il n’est pas douteux que les Grecs n’eussent cherché des formes nouvelles pour des besoins nouveaux. » — Je l’approuve. C’est ce qu'ont fait les Français du xu" siècle, lesquels, pour des besoins nouveaux, ont trouvé des formes nouvelles, créant du même coup le seul style organique que l’on puisse citer avec le grec. Les architectes do la Renaissance au contraire, pour des besoins nouveaux ont emprunté les membres anciens du style gréco-romain et ont jugé légitime d’en faire un libre emploi. Mais ces membres étaient partie intégrante d’un tout : leur forme n’était pas arbitraire et ne se prêtait pas au jeu de la fantaisie. Qui ne voit la condamnation de la Renaissance et la justification du gothique sortir de la formule même de Burckhardt?
Nous voici arrivés au terme de la course que nous avons entreprise de l’antiquité à la Renaissance. Nous avons accompli du temple de Poséidon à Paestum à celui de Saint-Pierre à Rome le voyage idéal du touriste d’art en Italie et esquissé, suivant notre programme, un itinéraire raisonné, facile à suivre en somme, par lequel « les transitions sont ménagées et un enchaînement établi entre les grandes époques d’art ». — Nous avons