I.K MON DK ANTIQUE
<le Romulus et de Rémus. et le Cryptoportique. où le pâle Caligula fut assassiné. Non loin de là. c’est la maison de U vie. aux fresques intactes, et. après celles de la demeure de Domitien, les ruines énormes du Palais d'Aiurusle. dont la Villa Mills recouvre une partie: puis le Stade et le Palais de Septime-Sévère, d'où la vue s’étend au loin : à gauche, sur l'Arc de Constantin et les pierres rougics du Colisée, plus près sur l’aqueduc de I'Aqua Claudia, puis en face sur la campagne romaine, que traverse la voie Appienne où l’on aperçoit le haut tombeau de Ca*cilia MeteJla. A droite, dans la vallée arrondie qui sépare le Mont Palatin de l’Aventin, se creusait le Circus Maximus. On termine en lin par le Panlagogium, où fut trouvé le graffito célèbre du Musée Kircher.
C'est une belle journée à passer dont vous reviendrez rompu. Il y a pourtant intérêt à voir le Palatin en une fois, quitte à le reprendre en détail, car. autant que le fait des ruines, leur accumulation parle à l’esprit et lorsque vous vous serez fatigué à les parcourir en un jour, la lassitude que vous aurez irasnée à ce contact d’une seule des
sept collines de la Rome antique vous aidera à vous faire de sa grandeur une idée adéquate. C’est pourquoi il est excellent que l’on n’y puisse circuler en voiture et qu’on soit obligé d’y récolter pas à pas le pain de la curiosité.
II en est de même au Forum, qu’il faut étudier
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le plan à la main et où il faut situer avec précision les différents monuments, pour que votre émotion historique ne risque pas de s'échauffer à tort. J’en ai connu que le Forum a désillusionnés. Pour nous, au contraire, il apparut plus riche encore en pierres et en souvenirs que nous ne l’avions espéré.
C’est avec anxiété que nous cherchâmes l’ombilic de la ville, voisin de l'endroit où était le Milliaire d’or, centre de l’empire. Les routes dont lïome sillonna le monde se rapportaient toutes à cette borne unique.
Nous voulûmes retrouver la place où fut l'ancienne tribune, d’où Cicéron déversa sur ses concitoyens les flots d'une éloquence qui, aujourd’hui encore, noie les jeunes esprits sous son uniformité insipide et les empêche de goûter la saveur forte de l’antiquité romaine. Mais cette partie du Forum de la République n’existe plus et c'est à une place idéale, à droite de l’église Saint-Adrien, que j’adressai quelques imprécations latines de style noble, restes incohérents d'une trop longue fréquentation du De Oralore.
Nous trouvâmes, par contre, un amas de terre, seul témoin de l'ancien temple de Jules César, construit sur l'emplacementmème où Marc-Antoine montra au peuple les blessures encore vives du héros. Ce moment de l'histoire vit à jamais dans le drame qu'un Anglo-Saxon écrivit au début du xvu c siècle. Il faut y lire le discours d’Antoine.
LE MONDE ANTIQUE
Nous vîmes aussi le temple de Yesta et les demeures des Vestales, dont l'organisation rappelle celb* de nos couvents, en ce qu’elles faisaient vœu de chasteté, renonçaient leur corps et entretenaient le feu sacré ; mais elles se mêlaient à la vie romaine, avaient leur loge au cirque et exerçaient une grande influence dans les affaires publiques.
Nous courûmes le long de la voie Sacrée, dont
le pavé est dur aux pieds: nous passâmes devant
le temple du divin Antonin et de la divine Faus-
tine. devant celui de Saint-Cosnie et de Saint-
Damien. A gauche s'ouvraient les voûtes énormes
«le la Basilique de Constantin. Arrivés à Santa Fran-
cesca Romana, devant l’Arc «le triomphe de Titus.
nous revînmes sur nos pas. Lorsque l<‘ soleil
couchant pose ses rayons sur les fûts brisés des
colonnes, sur les tas de marbres épars et sur
les pierres éloquentes du Forum, le spectacle est
beau. A gauche, les ruines du Palatin descendent
en pans de murs immenses: c’est dans l'ombre
une <J<*gringolad<* de maisons en terrasses, parmi
lesquelles passe la voie qui conduit au Palais de
Tibèr< i et à celui de Caligula. Des touffes <1<‘
chênes verts couronnent ces constructions «le briques, dont l’appareil régulier et magnifique dit encore les procédés d'un art de bâtir oublié depuis l’antiquité. Devant nous les trois colonnes élégantes du temple «le Castor et Pollux portent, comme d'un geste har«li, une architrave travaillée; plus loin ce qui resbîde la basilique Julia, un plan en relief;
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puis, sous la masse haute du Capitole qui ferme l’horizon, la colonnade ionique du temple de Saturne, père des dieux, celle du temple «le Vespasien, les fragments informes de celui de la Concorde et l’Are triomphal, encore debout, de Septime-Sévère.
Mettez là-dedans les souvenirs anciens de vos années de classes, où peut-être, tout frais, des lectures de la veille, restaurez ces murs abattus, relevez les colonnes et faites glisser sous les portiques la foule drapée du peuple romain dont c’était ici le lieu de réunion. Souvenez-vous de la République et de ses vertus terribles. Le « vieux Romain » était un homme d’une intransigeance égalée par son seul orgueil, chez qui l’idée du salut de l’Etat était invinciblement liée à celle du succès de son parti politique. Ce que nous appelons sentiments humains n’avait point de place dans sa tète dure. Tel ce plébéien Virginius, qui préféra tuer sa lille plutôt que de lui voir partager la couche d’un aristocrate.
Pensez aussi à ce que fut le droit romain, qui consacre la toute-puissance «le l'Etat. Et comme il est intéressant de savoir qu'au cours de notre histoire du moyen âge, le développement du pouvoir central au détriment des pouvoirs locaux s'est fait avec l'aide du «Iroit ancien contre le droit coutumier. Les règnes où le roi gagne le plus sont aussi ceux des légistes, et n'étaient légistes que de droit romain.
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Mais plus que de la République, le Forum parle de l'époque impériale, de la vie molle de gens pour qui Virginius était un père incompréhensible. Sur les degrés de la basilique Julia, les Romains étendus jouaient aux dés ; les raies de leurs damiers sont encore visibles. Les jours se passaient entre le cirque, les courses de chars, la palestre et les bains, les jeux sanglants du Colisée, les auditions littéraires de rhéteurs habiles ou la visite aux collections de sculptures d'un riche affranchi. Les Barbares, on en entendait parler, mais ils étaient si loin et Rome si puissante. Ne les voyait-on pas, du reste, fournir à l’amusement du peuple dans l'amphithéâtre?
Ces pensées et cent autres se pressaient dans notre esprit, alors que nous foulions le sol vénérable du Forum, que baignait une lumière dont Corot, dans tant de ses paysages et vues de Rome, a noté la qualité avec une précision inouïe. Il y avait vraiment dans ce lieu une incomparable réunion de monuments et de palais, groupés, il faut noter ce trait bien antique, sans aucun souci de symétrie. Sous le ciel éclatant de Rome, les dix temples, les arcs de triomphe, les basiliques, les tribunes, que l’on pouvait, dans un espace assez restreint, embrasser d’un seul coup d’œil, avec leurs degrés et leurs péristyles, les statues qui les ornaient, les bronzes et les applications de stuc, les marbres de différentes couleurs, présentaient un spectacle digne de la Ville qui dominait le monde.
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Sans doute, l'état actuel est celui d’une place dévastée où rien ne reste d’entier. Ce qu’il y a suffit pourtant, si on le regarde avec les yeux de l'esprit, qui, d’une colonne, sait ordonner un portique et, d’un amas de pierres, un temple splendide. Cet aspect désolé a sa grandeur; mais la mélancolie qu’il inspire n'est pas un sentiment romain. Rien n’est plus éloigné de la force de
l à me romaine, qui s’était révélée à moi au mur extérieur du Théâtre d'Orange. De ce théâtre, la robustesse des pierres taillées pour l’éternité dit
l'inébranlable confiance du Romain en soi et en
ses œuvres. Le mur d’Orange, toujours debout, toujours semblable à lui-même, en donne une idée bien plus juste que les ruines du Forum, qui montrent, par leur existence même, la fragilité de cet empire.
Le Panthéon fait une grande impression. C’est le seul temple intact en Italie. Rien n’est plus connu par la gravure et la photographie. Je ne pense pas, cependant, que l’on puisse y pénétrer sans plaisir. Il laisse le spectateur satisfait, car il donne dans son genre une idée de perfection, de chose à laquelle on ne voudrait rien changer, soit à cause de l'égalité de son diamètre
et de son élévation, soit surtout par l’impression si nouvelle pour nous de l’éclairage, qui vient d'une seule grande baie circulaire, à ciel ouvert, au centre de la coupole. L’unité de la lumière est
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d'un effet surprenant : le même jour baigne également chaque moulure des caissons, chaque arête de la frise, chaque fronton el chaque colonne des autels circulaires; toutes les niches sont plongées dans la même pénombre à demi lumineuse: il n’y a ni surprise, ni mystère, comme dans nos cathédrales dont l'obscurité est déchirée par les traînées sanglantes qu’y jettent les verrières: c’est ici une pénétration égale de clarté vraiment élyséenne, qui sépare à jamais ce temple de tout monument connu. — A l'extérieur, le portique, avec sa belle colonnade, existe encore. Il se rattache, du reste, assez maladroitement à la forme circulaire de l'édifice.
Il faut voir le Colisée et grimper jusques aux gradins les plus élevés, visiter les Thermes de Caracalla, où trois mille personnes pouvaient se baigner en même temps, chercher les prisons sous le Capitole, aller à Tivoli, qui possède un Temple circulaire charmant et d'où l'on descend, à travers des oliviers centenaires, à ce qui fut la Villa d Adrien: enfin courir les lieux célèbres que les guides indiquent. Mais surtout il faut se promener dans la Via Appia. si triste et si belle dans la campagne désolée, entre les lilesde tombeaux qui la gardent et les bouquets de pins qui jettent sur elle leur ombre bleue. Des aqueducs, venant des
Monts Albains. dressent encore leurs arcs inu-
tiles; par place. les pavés anciens subsistent; au
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long do la route pleine de silence, ce sont des amas de briques, des renflements de terre, des pans de murs en forme de tombeau, et partout des fragments de sculptures : ici une tète qui s'afflige solitaire, là quelques convives attablés à un repas funèbre qui ne finit pas, plus loin un envol de draperies dessinant encore la hanche arrondie d'une femme. Aucun lieu dans le monde n’est plus propre à éveiller le souvenir mélancolique d'empires disparus et de puissance évanouie.
LES MISÉES
Les collections dantiques sont énormes et magnifiques. Les visites de musées demanderont à elles seules trois semaines au moins, à raison de deux heures et demie par jour. Burckhardt sera un guide indispensable et nos souvenirs de Naples nous aideront dans les premières classifications.
Il y a une telle abondance de richesses que nous nous contenterons de quelques remarques générales. Une fois les œuvres grecques ou copies anciennes trouvées, il devient nécessaire, l'œil
étant habitué aux formes antiques, de serrer la chronologie de près, et de mettre les statues à leur ranu d'école et de date. Dans les différents musées et collections particulières de Rome, on trouvera une série d’œuvres de premier ordre de dates très
élois^iées.
LE MONDE ANTIQUE
On y rangera, pour ne citer que les plus célèbres, l'admirable Jeune homme agenouillé du Musée national, une tête grecque voisine; le Boxeur armé du cesle, qui est une belle brute, un Apollon , un Bacchus ; au Vatican, le Jupiter fCOtricoli , le majestueux Bacchus barbu , dont nous connaissons une tête en bronze au Musée de Naples, les Discoboles dans la meme salle, la Vénus du Vatican vêtue, pourquoi ? d’une tunique de fer-blanc, et VAccroupie, régal des yeux; le Mercure du Belvédère , « ec jeune visage a une ombre de tristesse » ; Y Bros et V Apollon Sauroctone de Praxitèle, le Torse , deux bas-reliefs du Musée Chiaramonti, et quelques autres, d’une beauté supérieure, qui laissent au second plan des statues trop vantées, XApollon du Belvédère , où je ne puis m’empêcher de voir de la prétention et du théâtral, et le Laocoon cher à Winckelmann, dont, malgré la parfaite maîtrise technique, on sent le dramatique voulu, l’émotion forcée, le mouvement exagéré. A la première liste s’ajouteront le Faune de Praxitèle, la tète de Bacchus
juvénile que l’on dénommait Ariane, XAlexandre Solaire , le Gaulois mourant , la Vénus Capitoline , dont le dos est* bien savoureux; quelques Enfants avec animaux , du Capitolino ; au Nouveau Musée, le délicieux nu «le femme, la Vénus Esquiline , le Tireur <Fépines; au Latran, le Sophocle , un basrelief grec, Médée et les filles de Pélias, le Faune dansant de la villa Borghèse; — j’indique tout
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cela pêle-mêle et j'en passe. C’est une occupation •ligne d'intérêt que de vouloir mettre des dates sur ces œuvres et, malgré le travail auquel elle entraîne, je la recommande, car c’est la meilleure façon d’entrer dans l'intimité des chefs-d’œuvre antiques, qui, une fois qu’on les a vus, connus et aimés, sont une joie pour toute la vie.
Dans les marbres romains, on s'intéressera à quelques bustes-portraits, très individuels et très caractéristiques. Mais pourra-t-on regarder avec plaisir les statues colossales d'empereurs, dont les draperies sont taillées dans le porphyre ?
En plein air, on admirera, sans doute, les Diosctires', voisins du (Juirinal, et le Marc-Aurèle de la place du Capitole. Les anciens ont su faire des statues équestres. Les Italiens,depuis le xv e siècle, en ont perdu le secret. Je ne sais rien de plus attristant que les Victor-Emmanuel qui cavalcadent aux places de toutes les villes de l'Italie unifiée.
Il y a, dans les musées de Rome, un grand nombre d'omvres médiocres. C’est une des caractéristiques de l'esthétique ancienne que la répétition du type et le peu d'invention dans le sujet. Rien de plus instructif à cet égard que la comparaison des catalogues de musées antiques et de musées modernes. D'un coté quelques types de dieux ou d'athlètes, reproduits sans lassitude avec quelques modifications non essentielles: de l’autre, des sujets sans cesse variés et l'affranchissement le plus complet