SCULPTURE
L’époque gothique fut riche et se prolongea dans le xv" siècle. De la fin du xiv" siècle, on verra les statues à la clôture «lu chœur de Saint- Marc. le tombeau du doge Venier à Saint-Jean et Saint-Paul, dans cette noble église où tant d’illustres Vénitiens reposent. — aux Frari, des ligures dans la chapelle baptismale, le tombeau de S. Dandolo; ces œuvres sont des Masseuse.
Dans la première moitié du xv ,! siècle,furent seulp-
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tés, aux angh'S «lu Palais ducal, le Jngemeut do Salomon , la Honte do Noé. le Poché orif/hnd ; la charmante porte de la Caria est de B. Bl*ox: Antonio Rizzo fil Y Adam cl l'Ecc à rinléricur «le celte porte et des bustes au musée Correr. Puis les Lom hardi, Pietro, Antonio et Tullio et Alessandro Leopardi enjambent le xvi° siècle, Jacopo Sansovino, florentin. Girolamo Campaona, dans la seconde moitié du même siècle, marquent la (in de la statuaire Venise. On verra, pour les premiers maîtres, le naturalisme et le sentiment plastique qu'ils révèlent, la franchise et la spontanéité de leur art ; pour les derniers, la fa«;on libre et personnelle dont ils usent de l'antique, la santé relative qu'ils conservent, alors que l’art italien s'en allait lamentable et vieillot. Il faut courir les églises. surtout les Frari et Saint-Jean et Saint- Paul. Il v a une foule de choses intéressantes et belles que l'on ne connaît pas assez, éclipsées qu elles sont par la peinture vénitienne. Le Baedeker en mains, on cherchera ces œuvres si diverses et Ton sera vite payé de ses peines.
Enfin, près de Saint-Pierre et de Saint-Paul, se dresse le plus certain des chefs-d'œuvre du xv* siècle florentin, le Bartolommeo CoUconi sur son cheval de guerre, d’Andrea Verrocchio. Jamais plus ferme silhouette de cavalier ne se dessina sur le ciel.
PEINTURE
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Ici. pour peu que l'on soit sensible à la couleur, qui est bien quelque chose en peinture, il n'y a qu'à se laisser séduire, à ne pas se défendre. 11 n'est pas besoin d’efforts pour comprendre, pour juger les motifs. L'aspect nous conquiert à première vue. Les chefs-d'œuvre de la peinture véniliennc sont chers à tous. Nous ne les commenterons pas l’un après l'autre, mais nous bornerons à quelques vues sur la chronologie de l'école.
Venise vint tard à la peinture. La mosaïque lui sufiit pendant des siècles. Après quelques médiocres au xiv c siècle, elle ne débute vraiment que dans la seconde moitié du xv* et tout de suite par des tableaux; il y avait cent cinquante ans que la Toscane couvrait les murs de ses églises et de ses cloîtres de fresques. Il est curieux de voir que la fresque n'a aucun succès à Venise et que. du commencement à la fin de son école, elle préfère les tableaux. Ce sont d’abord les maîtres de Murano, les Vivarim jusqu’à la fin du xv c siècle, Crivklli. Ils sont d’un réalisme calme et ordonné, mais déjà d’une couleur belle et profonde qui joue sur les ors du fond. Venise se détache comme avec peine de la tradition gothique. Elle n'a pas la fièvre de changement que l'on voit en Toscane. Son développement est lent, tardif, mais naturel et fécond. On verra cette première
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école à Sainl-Zaccharie. aux Frnri. à Saint-Jean ef Saint-Paul, à Santa Maria Forniosa, à F Académie. Tous les manuels signalent ici l'importance exceptionnelle du séjour à Venise, vers 1473, d'Antonello de Messine qui, revenant d'un voyage aux Pavs-Bas. enseigna aux maîtres vénitiens l'usage
de l'huile et des vernis.
Ce sont alors les premiers grands peintres, les Beu.ini, qui furent trois Gentile et Giovanni, lils de Jacopo et beaux-frères du grand Mantegna de Padoue. Gentile (1427-1507) a trois vastes tableaux
à l’huile, la charmante Histoire de la Sain te- Croi.r. à l'Académie. Ce sont des récits délicieux et naïfs
où se voient déjà les incomparables qualités de couleur des Vénitiens, auprès de qui les autres peintres italiens paraissent essoufllés et secs. Giovanni (142S-1516) dépasse son frère. Scs toiles sont fortes et concentrées: il lit des Pi fia d'une
beauté de couleur et d'une puissance dramatique surprenantes. On se souvient de celle de Kimini : on verra plus tard celle du Breia à Milan, le chefd'œuvre. A Venise il v a. aux Frari, un tableau célèbre et, à l’Académie, pour ne citer que les meilleurs, un tableau d'autel et la délicieuse Vierge Mire Sainte-Catherine et, la Madeleine. Ces demi-
ligures sont d'une exquise beauté calme et pénétrante. Leur contemporain, fort à la mode de nos jours, Vittore Carpaccio (t 1519) fut leur élève. Il se rapproche plus «le Gentile que de Giovanni et me paraît inférieur à ce dernier. Celui-là, il faut
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vraiment aller à Venise pour le connaître. Son Mis foire de sainte Ursule à l'Académie, celles de Saint Georges et de Saint Jérôme , à Saint-Georges des Esclavons, sont d'une liberté fraîche d'allures, d'une naïveté raffinée et luxueuse de composition, qui charmeront toujours. De ce maître, si a l’aise dans le récit et l'épisode, il est une page sobre, d'une rare puissance expressive; c'est le petit tableau du musée Correr, Deux Courtisanes. Elles sont assises sur une terrasse, vêtues d'amples robes décolletées, bouffies el «soraiasses. le bas de
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la ligure épaissi, les traits marqués et empâtés, comme le sont a l'ordinaire ceux des filles vieillies dans la noce: leur regard est stupide, leurs cheveux teints et frisés; elles s’amusent avec des chiens et des oiseaux apprivoisés. Ici Carpaccio dépasse l'anecdote et crée un type.
Dans le même temps vécurent Cijia da Coner.LiANO 't 1508) et Marco'Basaiti ( 7 -1521). On verra un assez grand nombre d’œuvres aimables du premier, avec des fonds de paysage, où apparaissent les montagnes du Frioul, et, du second, le tableau le plus important, la Vocation des Fils de Zêbédêe , à l'Académie.
L'on arrive à la grande époque de la peinture vénitienne qui, pendant plus de cent ans, va produire des chefs-d'œuvre. C'est d'abord un maître sur lequel presque tout est à chercher encore, Gioroioxe (7 1511). A Venise, il ne reste qu’un seul tableau authentique, chez le prince Giova-
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nelli: à Florence, au Pitti, c est le Concert ; enfin le chef-d’œuvre, est, sans conteste, le Concert champêtre , au Louvre.
Puis voici Palm a le Viecx (1480-1528) avec un beau tableau à S. Maria Formosa et un à l’Académie ; puis Titien (1477-1576), une des plus pures gloires du royaume de Part. Je ne puis oublier ici les lignes suivantes de Théophile Gautier: « Titien est le seul artiste entièrement sain qui ail paru depuis l'antiquité. Il a la sérénité puissante et forte de Phidias. Chez lui rien de fiévreux, rien de tourmenté, rien d'inquiet. La maladie moderne ne l’a pas touché. II est beau, robuste et tranquille, comme un artiste païen du meilleur temps. Sa superbe nature s’épanouit à l'aise dans un tiède azur, sous un chaud soleil, et son coloris fait penser à ces beaux marbres antiques dorés par la blonde lumière de la Grèce; nul tâtonnement, nul effort, nulle violence. Il atteint l’idéal du premier coup, sans y songer. Une joie calme et vivace éclaire son œuvre immense. Seul, il semble ne pas se douter de la mort, sauf peutêtre dans son dernier tableau. Sans ardeur sensuelle, sans enivrement voluptueux, il étale aux regards, dans la pourpre et dans l’or, la beauté, la jeunesse, toutes les amoureuses poésies du corps féminin avec l’impassibilité de Dieu montrant Eve nue à Adam. Il sanctifie la nudité par celte expression de repos suprême, de beauté à jamais fixée, d’absolu réalisé qui fait la chasteté
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dos œuvres antiques les plus libres. Lui seul a fait une femme qui pourrait, sans paraître mièvre et chétive, s'allonger à côte de la femme couchée du Parthénon. »
Venise n apprendra rien de nouveau sur Titien à ceux qui connaissent les grandes galeries d’Italie et d’Europe. A l’Académie, Y Assomption n’a pas produit en moi l’enthousiasme qu’elle excite chez tous. Venise a bien des toiles qui, à mon goût, passent avant elle. A la Salute, à la Scuola di San Rocco. aux Frari, aux Jésuites, à l’Académie, au Palais ducal, on trouvera les toiles maîtresses de Titien. L’Académie a sa dernière œuvre inachevée, une Déposition <h< Christ , émouvante comme un Delacroix. Entre les autres, je noterai seulement la belle Viery* tic Pesaro, les portraits à 1*Académie, — Titien fut-il jamais dépassé comme portraitiste ? — un tableau du Palais ducal.
De Sebastiano del Piombo (-j- 1547), l’ami de Raphaël, de Michel-Ange, dont nous avons admiré la « Fornarina », à Florence, il n’est aucune œuvre à Venise.
Lobexzo Lotto (-j- 1554), montre au Carminé, à Saint-Jean et- à Saint-Paul, scs grandes qualités de coloriste: mais c’est à Bergame qu’on jugera le mieux de son talent. Puis c’est Pordkxoke ( 7 -1539), qu’il faudrait aller cherchera Pordenone. A Venise, il voulut lutter avec Titien. Un tableau de lui à l’Académie, deux personnages à Saint-Roch, une
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toile à S. Giovanni Elemosinario, monlreronl. avec ses mérites, l'excès de scs prétentions.
Dirons-nous les Boni face à l'Académie ? Sur ces peintres secondaires, je tire une juste remarque de Burckhardt. dont chacun peut vérifier l'exactitude. « Ces maîtres, dit-il. montrent d'une façon éclatante pourquoi et comment les artistes de deuxième ou troisième ordre l'emportent sur les Florentins et les Bomains d’un degré correspondant. » 11 est certain qu'ici, à coté de géants comme Titien, Yéronèse, Tinloref, vivent d’honnèles peintres qui ne se laissent pas troubler par ce dangereux voisinage et font en conscience, avec
leurs qualités à eux. de l'excellente peinture. Il y a des toiles charmantes et personnelles de tous ces maîtres. Nulle part il n’est, aux chefs-d'œuvre, une telle escorte de bons tableaux.
Du même temps, on verni, à l’Académie, un superbe Paris Bordoxe (y 1570), Y Anneau «h: Saint- Marc.
Ce sont enfin deux peintres admirables qui meurent à la fin du siècle, Tintoret ( 1512-151) i-i et Paci. Yéronèse (1528-158S). Jamais homme ne lut plus emporté par la furie de peindre que Tin tore l ; créer était pour lui une fonction vitale. Yenise a conservé le plus grande partie de son œuvre : des portraits d’abord et de premier ordre, à l’Académie, au Palais des Doges : des tableaux d'église, à l’Académie, le superbe Miracle de saint Marc ; à la Scuola di San Bocco, cinquante-six vastes
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toiles, à Santa Maria dell'Orlo d'immenses tableaux et une saisissante Présentation au Temple, à San Trovaso une Cône; à l'Académie et au palais des Ilotes, de belles figures nues. A fiant et Ère sur un fond roussi de feuilles. Mercure et. les Grâces, et d'autres: au même palais enfin, desplafonds.de grands tableaux votifs et le colossal Paraf/is. Certes, il fut un puissant improvisateur : la peinture coulait de ses dourts: son œuvre dit la joie
inouïe qu'il eut à peindre. Kn somme, il est relativement peu de tableaux lâchés; il en est d'excellents, et de supérieurs. Pour connaître Tintoret, Venise est indispensable.
Paul Yéroncse se tient avec Titien sur les plus hauts sommets où soit parvenue l'école. Quelle que suit la valeur de scs œuvres à l'étranger, au Louvre surtout, il faut encore venir ici pour le voir tout entier, .l ai eu un plaisir indicible au Palais des' Poires. Venise trônant sur le moufle et le Triomphe fie Venise — ah ! si seulement on le pouvait voir mieux! — sont inséparables pour moi du souvenir de Venise elle-même: cVst son
opulente beauté, la magie de sa couleur, le calme heureux et souriant de sa vie. Nous nous sommes
assis longuement devant le Festin chez
l'Académie; nous avons visité toutes les
Le et a églises
qui contiennent ses œuvres, San Sebastiano, en premier lieu. C'est une fête d'art magnifique à
laquelle il nous convie; la richesse des costumes, l'éclat des nuques blanches et des gorges amples
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des Vénitiennes. leurs bras nus, forment, dans la lumière ambrée qui les baigne, un inoubliable spectacle. On peut, en certaines pages, les Deitr Amours, la Vénus de Florence, préférer Titien: mais personne ne donnera une idée plus complète et plus belle des dons admirables de la peinture vénitienne que Paul Yéronèse.
Trouvera-t-on un plaisir, même médiocre, à ces animaliers de Bassan, père et fils? Ils ne m*cn ont donné aucun. Il nous faut franchir plus d'un siècle pour arriver au dernier grand maître vénitien. Mais la lueur.quc jette Venise avant de mourir est encore vive. Tikpoi.o (1693-1770) a Faisance, la clarté, la fécondité vraiment vénitienne de ses plus illustres prédécesseurs. Comme eux, il a celte qualité, si rare ailleurs, si commune ici, d'être de son temps et d’ignorer le pastiche. Il donne le dernier état verveux et carnavalesque de cette Venise du xvm" siècle, auberge de plaisir de l’Europe. On cherchera ses œuvres dans différentes églises, à l'Académie et surlout au palais Labbia. Canaletto, Gcakdi sont, encore au xvnr siècle, de bons peintres, dont les tableaux sont justement appréciés à l’étranger. Pietko Longiii n'est plus qu'anecdotique.
C'est la fin. Venise, après dix siècles d'indépendance, allait se trouver sur le chemin de celui qui disposait à son gré des trônes et des républiques. D’un trait de plume, en 1797, Bonaparte donna Venise à l'Autriche. La longue décadence de la
VÉRONE
Sérénissime république fut ainsi brusquement terminée. Ce qui restait de vie artistique disparut dans la tourmente.
Je sens la sécheresse de ces notes. Mais comment parier de Venise ? Lorsqu'on Pairne, il y a dans les joies qu'elle vous donne quelque chose d'intime, de personnel, que l'on ne peut pas. que l'on ne voudrait pas traduire, de peur que cette nuance d’émotion ne s’évaporât au contact brutal des mots et ne perdit son charme secret.
De Venise il faudrait aller «à Vicence, patrie de Palladio, qui nous lit l'ordre colossal. On y voit le Théâtre, d’après l'antique, la Ragione ou Basilique de Vicence, de nombreux palais et, près de la ville, la Rotonda. villa qui montre à quel point l'idée de l’édilice à salle centrale circulaire troubla les meilleurs cerveaux de ce temps. A coté de l'œuvre de Palladio, Vicence n'aura guère à vous offrir que quelques bons tableaux de Monta- •;na (1450-1523). chef de l'école locale.
VÉRONE
Vérone, sur PAdise torrentueuse, est dans une position admirable au pied des Alpes devant la plaine immense de la Vénétie. C’est une vue qu'il faut aller chercher à la ternisse du célèbre jardin
VÉRONE
Giusli, dont des cyprès six et sept fois centenaires font la irloire. Et tous les touristes veulent voir
aussi la njaison de Juliette, voisine de la charmante Piazza delFErbe, et son tombeau, près duquel les bourgeois de Vérone jouent aux boules. L'antiquité a laissé ici «les Arènes fort belles, sur lesquelles il y a une page de H. Heine à lire (Rviwbiltfur) ; au musée lapidaire, est une collection de marbres antiques que l’on visitera. Le moyen âge lit le dôme dont les sculptures romanes sont connues et assez médiocres : Saint-Zénon une «les grandes églises romanes de l'Italie ; les très remarquables tombeaux gothiques des Scaliger. ce qu'il y a de mieux dans le genre au xiv c siècle. Ils furent «le lettrés tyrans et de puissants hommes de guerre. Au-dessus de la porte de la chapelle, sur un cheval couvert d'un manteau qui Hotte, Can grande délia Scala se dresse et, le cimier renversé en arrière, montre, entre le casqueel le hausse col, une large face rasée «jui rit superbement.
A Sainte-Anaslasie. des fresques diverses, une. entre autres, de Vittoke Pisano ( 1M80-11Ô6', qui nous laissa en de précises médailles les portraits des plus illustres princes de son temps.
Le xvi c siècle enfin fit une œuvre considérable. Les portes sont remartjuables de San Michel! (1 tSi-1559) et nous avons, avec le Palazzo dot Consiglio. qu’il soit ou non de Fra Giocondo, un des plus élégants édifices de la Henaissance. Vérone compte plusieurs palais de la haute licnais-