‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 85 sur 99 · BEU G AME · texte numérisé non relu

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durables œuvres d’art. Ici nous avons une des entreprises capitales de la statuaire lombarde. Amadeo en est l'auteur (voir Crémone). L'ensemble décoralif, riche et gracieux, est complété par des fresques de Tiepolo au plafond. Rien n’est plus facile à suivre que l'école lombarde de statuaire avec ses caractéristiques si nettes.

Pour la peinture. l'Académie Carrara est un musée dont s'enorgueillirait plus d’une grande ville. Elle se compose de trois collections différentes, dont la plus récente, celle du critique Morelii, excitera l'intérêt de tous ceux qui ont suivi les vives polémiques que cet écrivain mordant a excitées. Quelle que soit l'opinion que l’on ait sur ses livres, on ne pourra nier qu'il n’ait eu la main heureuse et qu'il n’ait réuni des œuvres excellentes. Dans l'ensemble du musée, on fera connaissance avec le Bergamasque Prevjtam (f 1515); on reverra des portraits de Moroni, plusieurs tableaux de l’école lombarde, des Vénitiens, deux Mantegna, un Botlicelli. quelques étrangers, des toiles de L. Lotto, natif de Bergame. une série de pièces de choix qui valent d'être étudiées et qui rendent une visite à Bergame, indispensable à tout amateur de la peinture italienne. Dans le bas de la ville, nous avons visité S. Spirito avec peu de tableaux, mais de bons. Il y aurait aussi à voir S. Bernardino in Pignolo et S. Bartolommeo. pour compléter l’œuvre importante de Lorenzo Lotto,

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Moderne et sans pittoresque. Milan est d'aspect peu italien. En certaines de ses rues, elle fait penser à New-York. Comme dans Broadway, les tramways se succèdent à se toucher, filent silencieusement et s'arrêtent net. Aux rues voisines du Dôme et de la Galerie, l’animation est grande. Il y a plus de flâneurs que chez nous. A Paris, à Londres, on ne s'arrête que pour dire un mot à un ami rencontré. Ici, admirable perpétuité du sentiment de l'ordonnance et de la composition, on se groupe ; même les gens isolés, sans cet air ennuyé ou distrait qu’ils ont au Nord, prennent une pose et, drapés dans leur ample manteau, stationnent et regardent.

Milan, dans ses églises et musées, doit retenir le touriste une semaine au moins. On ne s'y arrête pas assez, et pourtant elle a une infinité de choses à montrer. J’énumérerai les monuments indispensables que, pour chaque époque, il faut avoir vus.

S. Lorenzo. église paléo-chrétienne, a un portique antique. Le plan de l’édifice circulaire préoccupa Bramante et Vinci, qui le jugeaient admirable. On visitera S. Babila, S. Celso, S. Eufemia et surtout S. Ambroise, pour l’époque romane. La portique en atrium de S. Ambroise est du ix' siècle, l’église du xii*. La sculpture décorative y est

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1res intéressante. Le revêtement du maître-autel, œuvre remarquable d’orfèvrerie du ix' siècle, ne se voit que difficilement.

A l'époque gothique, l'architecture est assez pauvre. Je sais bien qu’il y a le Dôme, clamé par les Milanais la huitième merveille du monde : mais c’est une œuvre bâtarde où les contre-sens abondent, dont la décoration est désolante et la

façade baroque. Il ne faut le regarder qu’à la pâle lumière d’un clair de lune voilé de légers brouillards; alors seulement, comme on n’en distingue ni les formes exactes, ni le détail, apparaît-il irréel et séduisant. A l'intérieur, il est un chef-d’œuvre indiscutable, Y Arbre de la Vierge, en bronze, du xui® siècle. Au pourtour du chœur, des tombeaux de Bambajaetde L. Leoni, médiocres; dans la sacristie, des statues d’argent « espovantables ». De la fin de cette époque, la riche et belle façade de l'Hôpital (fin xv e ), d’un gothique tardif où déjà la Renaissance se mêle. La statuaire compte des monuments importants du xiv c siècle : Y Area de S. Pictro martyr , à S. Eustorgio, œuvre de Balduccio, dans le style pisan ; quelques-unes des figures en sont belles, et la patine du marbre est admirable; au musée archéologique, des tombeaux du même temps; celui de Bemardo Visconti est impressionnant.

Arrive la Renaissance. De la première, je ne dirai que la porte de la banque Médicis au Musée, par Michelozzo Michclozzi, et du même la Chapelle

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Portinari à S. Eustorgio. de décoration polychrome gracieuse. Puis c'est Bramante (-J444-1511). Nous avons analysé déjà S. Marie des Grâces, pourtour chœur et coupole (p. 2(>U). On verra S. Maria Presse S. Satiro. dont la sacristie, avec frises de Caradosso. est ce qu’il y a de plus séduisant : puis une cour à i’Hùpital majeur. Après lui.

viennent les inévitables baroques, sans importance.

Au \v e siècle, la sculpture prend un développement original. Les Mantegazza ( o ‘ quart xv®') forment Amadeo. vu à Crémone, à Bergame; Baiosco. T. de Cozzanigo, Cristoforo Solaiu. le Bamraja. Flsina, continuent Pécole cl occupent la première moitié du xvi* siècle. Leurs œuvres se voient à S. Eustorgio, à S 13 Maria délia Passione, au musée archéologique et surtout à la Chartreuse de Pavie. Cette école a un sentiment à elle et des caractéristiques techniques que nous avons indiqués

Milan compte enfin des peintres illustres. Ses églises et ses beaux musées offrent, une abondance de documents sur les xv* et xvr siècles. Elle vint lard à la peinture: il faut attendre Yincenzo Foppa (f 111)2} pour trouver un maître qui vaille d être étudié. Ses contemporains, Bcttinone, Zenale. Bramantino. dans des tableaux d’ordon-

nance calme et grave, n’atteignent pas à l’expression que cette première forme de l’art lombard allait revêtir dans les œuvres de Borgognone

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(-J- 1523). Du même âge que L. de Vinci, il montre une personnalité rare dans un développement plutôt lent. A côté du maître llorentin toujours en quête de nouveauté, il continue à peindre des toiles et des fresques où, en des arrangements conventionnels, d'immobiles personnages entourent le trône de la Vierge. Mais le sérieux qu’il y apporte, et le sentiment aussi, la grâce des figures et la fraîcheur du coloris perpétueront ses œuvres.

Léonard de Vinci fut le maître décisif à ce moment de l'histoire de la peinture lombarde. Il vint à Milan en 14S3 et y séjourna jusqu'en 1500. 11 ne reste à Milan que la Cène de Sainte-Mariedcs-Gràces, le portrait d'Isabelle d'Aragon, des dessins à l’Ambroisicnne. et, au Brera, la tète si belle du Christ. La Cène est la plus populaire des œuvres de l'art italien. On sait les vicissitudes qu elle eut à subir. Aon seulement les moines et les soldats lui furent hostiles, mais Léonard luimême contribua à sa ruine prématurée en employant pour une peinture murale de l’huile au lieu du procédé dit à fresque. Qu'allions-nous voir de la Cène ? — Nous craignions une déception. Mais non, il n’est pas de copie, si bonne soit-elle, il n’est pas de photographie, si parfaite qu’on en ait, qui rende le charme mystérieux de l'œuvre de Léonard. La Cène est encore une source d'émotion et de beauté; les personnages, sous les balafres qui les rayent, sous les écailles qui tombent, tressaillent encore de la vie supérieure que leur in-

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sufila le peintre. Il y a, malgré le noircissement de l’œuvre, malgré le changement des tons, des parties restées admirables, et saint Jean sourit douloureusement, alors que le Maître prononce les terribles paroles.

Après Vinci, c'est une éclosion de talents charmants dans l’école lombarde. Que ceux qui nient l'action d'un homme viennent ici et regardent ! Qu'ils voient Bernakdixo Lcixi, Matteo de Pretis. Marco d’Oggiono. Cesare j>.\ Sesto, Salaino, Solario, Boltraffio, Pedrini, Gaudenzio Ferrari, — tous peignent à la fin du xv® et dans la première moitié du x\T ! — qu’ils les A oient exprimer chacun leur tempérament propre dans une formule léonardesque qui les réunit. Il y a de ces maîtres des fresques dans presque toutes les églises de Milan (ne pas oublier Saint-Maurice pour B. Luini), et le Brera ofTre, dans ses premières salles, les toiles les plus caractéristiques de l'école. On passera des matinées excellentes dans ce beau Musée si bien aménagé. En outre des peintres lombards, il a des œuvres importantes de toutes les écoles italiennes, un Tintoret, frémissant et passionné, une Ph'tu de Giovanni Bellini. un Sodoma, un séduisant Raphaël première manière, de beaux portraits de L. Lotto, un grand Gentile Bellini, et bien d’autres ; c'est une des collections, sinon les plus nombreuses, du moins les mieux choisies d’Italie.

A FAmbroisienne, il est quelques tableaux

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célèbres, le portrait d lsabelie d’Aragon, de Léo-

nard, le carton de YEcole iC Athènes et de bonnes toiles de l’école lombarde. Au musée Poldi-Pezzoli, un portrait de femme attribué à Piero délia Francesca et un petit nombre de toiles intéressantes solliciteront votre attention. Comme nous-même, vous admirerez sans doute les grands tapis persans anciens, et vous vous étonnerez de l'abominable laideur de la riche décoration de ce palais. La collection Borromée est aussi à visiter.

Avec ces différents musées, galeries et églises, on se fera une juste idée de la fécondité des peintres lombards, qui se plurent en des œuvres infiniment gracieuses et souriantes. C’est une des particularités intéressantes de l’histoire de la peinture que la soudaine éclosion de l’école lombarde, son extrême richesse et sa brièveté. Avant I486, à peine quelques toiles ; Borgognone commence alors à produire, puis c’est Léonard de Vinci, dont la présence à Milan suscite littéralement des peintres. Vers 1510. l’activité est grande, mais, chose très curieuse, le mouvement ne s’étend pas sur plus d’une génération. Solario et Salaino meurent en 1515. Boltraffio l’année suivante,

Cesare da Sesto et Pedrini en 1523, B. Luini

en 1529, Marco d’Oggiono en 1530, Gaudenzio Ferrari en 1549. Après eux, l’histoire de l’art n’a plus rien à enregistrer en Lombardie; seuls les érudits connaissent les noms de Lanini. Lagaia. Figino, Lomazzo. lamentables maniéristes. L’école

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