‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 27 sur 66 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la Macédoine.

En débouchant du défilé de Tempe , on suit encore pendant une demi-lieue le Pénée sur sa rive droite, puis on le passe sur un beau pont de pierre de douze

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arches ; et après l'avoir côtoyé pendant une heure encore, on tourne au nord. Alors laissant à gauche sur la pente du mont Olympe le village de Pyrgètos et le bourg de Rapsani, on côtoie sur la droite le golfe Therméen , et l'on s'élève par un ravin profond , dont on a adouci les rampes, sur un contrefort du mont Olympe qui vient se pyramider au bord de la mer. C'est sur le sommet de ce contrefort que l'on a bâti le château de Platamona, simple carré, flanqué de tours aux angles, et ayant à son centre une tour plus grande, destinée à lui servir de réduit. Ce fort, que l'on regarde comme la clef de fa Macédoine, est mal entendu, et il serait inutile de le reconstruire sur un plan nouveau, parce qu'il est dominé par les hauteurs voisines, d'où il pourrait être battu avec succès. L'intérieur du château est maintenant encombré d'une centaine de maisons en bois , qui dans un siège gêneraient sa défense.

Le site, où ce foçt est placé, n'est pas bien escarpé, et les rampes par où l'on y monte des deux côtés et qui divisent les eaux, sont assez douces; mais le chemin est si encaissé et si étroit, que quelques hommes suffiraient pour le barrer; et s'ils y étaient retranchés, on ne pourrait les déposter qu'en occupant les hauteurs environnantes, qui sont très-fourrées et d'un accès difficile.

On peut de ce point monter en quelques heures sur la croupe du mont Olympe, surmontée de trois sommités de hauteur inégale : celle du milieu, presque toujours couronnée de neige, a plus de mille toises d'élévation au-dessus du niveau de la mer : les deux autres paraissent moins élevées. Celle du nord n'est*

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habitée que par des ours et des chamois; mais celle du sud l'est par les moines grecs du monastère de Saint- Denys, et l'on voit aujourd'hui sur celle du milieu, à la place de l'autel jadis consacré à Jupiter, une chapelle dédiée au prophète Élie, où tous les ans, au mois de juillet, les moines de ce monastère vont en pèlerinage..

L'Olympe paraît nu vers sa cime et sur son flanc méridional; mais sur ses autres flancs il est enveloppé d'une épaisse foret, et sillonné par des ruisseaux qui répandent la fraîcheur et la vie dans toutes les campagnes d'alentour.

Le chemin de Macédoine passe sous le fort de Platamona dans l'inflexion du contrefort, et descend par un ravin profond sur le littoral du golfe Therméen , à l'origine d'une grande plaine qui s'ouvre peu à peu vers le nord, à mesure que les différentes branches de l'Olympe fuyent vers l'ouest : c'est la plaine de la Piérie qui commence la Macédoine et qui présente un demicercle, dont le diamètre baigné par le golfe Therméen peut avoir six à sept lieues de long sur un rayon de deux à trois. Elle est d'abord inégale et rompue; mais elle s'aplanit ensuite vers le hameau de Standia, où elle est sillonnée par une petite rivière, qui descend du mont Olympe et qui se divise en deux branches, avant d'entrer dans un lac, au sortir duquel elle va se jeter dans la mer. Il paraît que c'est le fleuve Hélicon des anciens, qui après avoir coulé pendant quelque temps dans la plaine , disparaissait soudain pour reparaître ensuite sous le nom de Buphyra, avant de s'enfoncer dans le golfe Therméen. Le hameau de Standia, environné de décombres, est sur l'emplacement

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d'une ancienne ville, prise long-temps pour celle de Dium , mais qui pourrait bien n'en avoir été que le port , puisque la ville, d'après le témoignage de Thucydide, était plus reculée dans les terres : ce qui ferait conjecturer que les niines de Dium sont celles que l'on trouve à deux lieues plus à l'ouest, au pied- même du mont Olympe, dans un lieu solitaire, nommé Palaeo-Malathria , où l'on voit une multitude d'édifices renversés , de colonnes brisées , de chapiteaux mutiléç et plusieurs autres restes d'architecture, qui «n'ont pu appartenir qu'à une grande ville. Parmi ces débris on distingue encore ceux d'une colonne, qui, par la longueur de son diamètre , parait avoir été d'une très - grande hauteur et qui était peut-être celle dont parle Pausahias, comme portant une urne de marbre, où Ton avait renfermé les cendres d'Orphée. En parcourant cei ruines que les gens du pays m'avaient indiquées, j'espérais y trouver plusieurs inscriptions ; mais je n'y en trouvai qu'une de lisible, gravée sur la pierre d'un tombeau , élevé en l'honneur d'une jeune fille nommée Thérini r. Autour des principales ruines coule un ruisseau qui paraît être une des sources du fleuve Buphyra , et qui après avoir fait tourner un moulin à un iquart de lieue plus bas, arrose une belle prairie, au milieu de laquelle on voit les restes d'un ancien aque-

i . L'inscription porte :

Éros et Romi , à la mémoire de Thérini , leur illustre fille , âgée de 3 ans.

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duc. Cet aqueduc, ces belles eaux, ce site environné de tant de débris, tout fait présumer que c'était là l'ancienne Dium , d'où Alexandre partit pour son expédition d'Asie et où il fit ériger vingt-quatre statues à autant de se3 officiers tués au passage du Gra nique, si toutefois l'on n'aime mieux croire que c'était une ville plus moderne , bâtie des ruines de l'ancienne. Quoi qu'il en soit, cette ville était située dans un lieu bas et mal sain, et la tradition du pays porte que les habitants se réfugiaient pendant l'été à une lieue plus à l'ouest, dans une forteresse, dont 'on voit encore l'enceinte sur un des contreforts dû mont Olympe. La forteresse de Malathria était au fond de l'amphithéâtre que forme l'Olympe, vu du golfe Therméen, et dominait toute la plaine, comprise entre le golfe et le pied des montagnes : ce qui en faisait un site admirable pour la perspective , mais une place peu importante sous le rapport militaire , parce qu'étant trop éloignée de la grande route, on pouvait la masquer et passer outre.

Après avoir traversé le fleuve Buphyra, le chemin s'élève insensiblement et parcourt une longue terrasse qui s'étend sur le golfe Therméen , et à l'extrémité de laquelle est la ville de Katheri ou Katherin, comme on l'appelle vulgairement. Katheri, l'ancienne Hâtera, est une ville ouverte peuplée de quatre à cinq mille habitants, la plupart grecs, et gouvernée par un bey, qui commande dans toute la Piérie, et règne aujourd'hui sur l'Olympe à la place de Jupiter : il entretient ordinairement plusieurs compagnies d'Albanais à son service , et garde tous les défilés de la partie occidentale de la Macédoine.

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Le chemin de Katheri à Thessalonique sort de la plaine de la Piérie en s'élevant sur des collines qui bordent le golfe Therméen et qui sont séparées des hautes montagnes, au revers desquelles coule l'Haliacmon, par des ravins plus ou moins profonds, connus des anciens sous le nom. de gorges de Pydna. Ces ravins paraissent avoir été creusés par les eaux pluviales dans une terre légère et caillouteuse. Le chemin, tracé sur les vestiges d'une voie antique, suit la crête des hauteurs, et monte au village de Kitros et du village de Kitros à ceftii de Leftérochori , bâti sur le point culminant de la crête. Il paraît que Kitros est situé sur remplacement de Pydna , et Leftérochori sur celui du fort Méthone x, au siège duquel Philippe, père d'Alexandre, perdit un œil.

Le village de Kitros est environné de ruines, et dans une situation charmante. Ses coteaux sont couronnés de vignobles, et tout son territoire est planté d'arbres à fruits; mais le territoire de Leftérochori est plus âpre et moins fertile. Le chemin d'un village à l'autre est montueux, rompu et pourrait être vivement disputé. Il faut sans cesse y défiler dans des gorges, et une armée ne pourrait y avancer, qu'en occupant les hauteurs environnantes. Il paraît que ce fut dans ces gorges que Paul-Emile vainquit Persée, dernier roi de Macédoine. La légion romaine divisée en petits pelotons y enfonça aisément la phalange macédonienne, trop lourde par sa masse et qui ne pouvait sans se rompre manœuvrer sur ce terrain inégal. Cette terrible

i . Méthone était située à 40 stades de Pydna.

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phalange, entamée sous Philippe TII au combat des Cynoscéphales , fut détruite sous Persée, son fils, à la bataille de Pydna. La victoire de Pydna fut comme le coup mortel porté à la puissance des Grecs, et les Romains n'eurent plus depuis dans le monde de rivaux dignes d'eux. '

Après avoir couronné les crêtes de Leftérochori , le chemin descend par une rampe sinueuse au village de Libanova, et du village de Libanova à celui de Millova dans la vallée de l'Haliacmon. Les pentes ont été bien coupées, les détours ménagés avec art, et il est facile de s'apercevoir que cette route n'est pas l'ouvrage des Turks , mais les restes d'une voie romaine.

L'Haliacmon , que l'on traverse à une lieue de Millova et à deux lieues de son embouchure, naît au mont Pinde et descend du revers oriental de la chaîne grecque, comme le Pénée, dont il n'est séparé dans son cours que par ce grand contrefort qui va se pyramider au mont Olympe. On le nomme maintenant Indjé-Karasou : il est formé de deux principaux affluents, du Vénético et de la Biclista , sortis l'un du col de la chaîne grecque qui conduit dans la vallée de l'Aoùs, l'autre du col qui conduit dans celle de l'Àpsus. Les deux affluents réunissent leurs eaux entre les deux petites villes de Grévéna et de Servitza , sur le revers septentrional du mont Olympe, et vont se jeter par un canal commun dans le golfe Therméen , entre le village de Millova et celui de Kapsochori. Il paraît que le Vénético, le plus méridional des deux affluents, est l'ancien Rhédias , et que la Biclista est l'Haliacmon proprement dit.

Il y a un chemin qui , en se dirigeant vers le sud, re-

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