‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 26 sur 66 · I70 VOYAGE MILITAIRE · texte numérisé non relu

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tions antiques, auxquelles dans des temps postérieurs on paraît en avoir ajouté de nouvelles. Celles-ci ont presque entièrement disparu; mais les principaux murs et le tracé des autres subsistent encore. Toute cette masse d'ouvrages formait une ellipsefellongée et étranglée vers l'est, qui avait quatre à cinq cfents toises de long sur trente à quarante de large et qui était divisée en plusieurs réduits , afin que l'un étant pris , on pût encore se défendre dans les autres. Deux de ces réduits occupaient les deux mamelons les plus élevés de la crête, et dominaient toute la campagne. Dans l'enceinte du premier on voit encore les ruines d'un ancien temple, et dans l'enceinte du second une citerne immense: entre les deux sont deux portes encore debout, par lesquelles on communiquait de l'un à l'autre et qui étaient construites avec des pierres énormes à joints incertains et s'eiûboitant ensemble. Le double mur, qui environnait extérieurement la citadelle, était construit de la même manière avec des pierres taillées en carrés inégaux, et suivait tous les redans de la montagne. Le château d'Achille à Pharsale et les murs de Mycènes et de Tyrinthe dans le Péloponèse, sont les plus anciennes constructions qu'il y ait dans la Grèce.

Le terrain s'aplatit au-delà de Pharsale et présente une plaine ondulée, qui se prolonge depuis le mont Othrys jusqu'aux monts Cynoscéphales et qui est arrosée par deux petites rivières, l'une venant des environs de Domakos, l'autre de ceux de Goura, et se réunissant toutes deux vers Pharsale , pour aller se jeter dans le Pénée derrière les monts Cynoscéphales. La première de ces rivières paraît être l'Énipée, et

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l'autre l'Àpidane. La plaine, qu'elles traversent, est une des plus étendues de la Thessalie, et n'est se* parée du littoral du golfe Pélasgique, que par une traînée de collines qui semblent lier le mont Othrys au mont Pélion et par le mont Pélion au mont Ossa.

Cette plaine est très-fertile en blé , en maïs , en coton , et paraît avoir une direction différente des autres grandes vallées du littoral égéen, qui appuient toutes leur tête à la chaîne grecque, au lieu que celle de Pharsale appuie la sienne aux montagnes qui longent la mer.

Le chemin de^Pharsale à Volo se dirige à l'est et franchit la crête des hauteurs qui bordent le golfe Pélasgique vers le mont Phyllius, tandis que le chemin de Larisse se dirige au nord, passe l'Énipée à un quart de lieue de Pharsale sur un pont de pierre à six arches, et traverse la plaine qui s'élève insensiblement jusqu'aux pieds des monts Cynoscéphales.

C'est dans cette plaine que se donna la bataille entre César et Pompée. Les deux champions y vinrent des environs de Larisse , à travers les monts Cynoscéphales. César, qui semblait fuir devant son rival, pour le mieux attirer après lui, y arriva le premier et s'y déploya, le dos tourné à Pharsale et à quelques collines isolées qui se détachent du mont Othrys. Pompée le suivit jusqu'à l'entrée de la plaine; mais comme il ne voulait combattre que dans une position forte, il se tint au pied des monts Cynoscéphales. Un jour cependant qu'il s'était hasardé à descendre dans la plaine et à s'y déployer sur un terrain légèrement exhaussé, César vint lui présenter la bataille, que Pompée accepta.

César n'avait avec lui que vingt-deux mille hommes d'infanterie et mille de cavalerie, tandis que Pompée, renforcé par l'armée de Scipion, avait quarante-cinq mille fantassins et sept mille cavaliers, la fleur de la jeunesse romaine. Pompée se rangea le premier en bataille, et suivant l'usage des Romains forma ses légions sur trois lignes et chaque ligne sur dix rangs, appuya son aile droite à l'Enipée qui est très-encaissé vers ce point, et jeta sur sa gauche toute sa cavalerie, pour tourner avec elle la droite de César. Celui-ci de son côté se rangea également sur trois lignes; mais craignant d'être débordé par une armée plus que double de la sienne, il ne forma ses légions que sur cinq rangs pour égaler le front de Pompée, appuya son aile gauche à l'Enipée, plaça sur sa droite toute sa cavalerie pour l'opposer à la cavalerie ennemie; et comme cette droite était en l'air et qu'il craignait d'y être tourné par une cavalerie sept fois plus nombreuse que la sienne, il tira de sa troisième ligne six cohortes d'élite, qu'il plaça en réserve derrière son flanc droit, pour l'appuyer et le renforcer. Pompée, par une jactance qui lui était naturelle, ne voulut pas attaquer le premier; il attendit le choc dé pied ferme, le reçut sans se rompre, et lança en même-temps toute sa cavalerie sur celle de son rival, qui fut en un instant tournée et enveloppée. Alors César fit sortir de derrière son flanc droit les six cohortes d'élite^ * , qui ralliant sa cavalerie, chargèrent avec elle la cavalerie

1. Ce fut à cette infanterie d'élite que-la victoire fut due. On n'avait jamais vu jusque là dans les armées romaines l'infanterie charger la cavalerie dans les plaines. Cet exemple est unique dans l'histoire romaine.

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ennemie, et se portant rapidement sur l'aile gauche de Pompée, la prirent de revers, pendant que César la faisait attaquer de front par sa troisième ligne, qu'il avait tenue jusques-là en réserve. Ce mouvement décida la victoire. Pompée, qui avait compté pour le succès de la bataille sur sa cavalerie, prit la fuite, dès qu'il la vit dispersée et entraîna après lui toute son armée. César la poursuivit jusque dans son camp, le força, et se mettant aux trousses de Pompée, qui fuyait avec une simple escorte de cavalerie vers Larisse, il le poursuivit jusques dans la vallée de Tempe, et ne l'abandonna , que lorsqu'il l'eut vu s'embarquer sur le golfe Therméen.

La bataille de Pharsale ne coûta au vainqueur que deux cents légionnaires et trente centurions, tandis que l'armée vaincue eut quinze mille hommes tués et vingt-quatre mille prisonniers.

La route de Larisse sort de la plaine de Pharsale vers le nord, traverse les monts Cynoscéphales vers le village de Soubachi ; et laissant à droite vers celui de Sarlikeul les ruines de Scotusse, elle s'élève par le village de Bakeurgik sur une vaste esplanade, d'où elle descend par une pente douce dans la vallée du Pénée vers Larisse.

Les monts Cynoscéphales, qui séparent la plaine de Larisse de celle de Pharsale, sont des collines basses comme celles qui séparent la plaine de Pharsale du golfe Pélasgique. Entre ces collines se prolongent de petites vallées, qui ressemblent de loin aux ondula* tions de la mer, quand elle est légèrement agitée. Nulle part on ne voit des plis de terrain plus faciles ni plus doux. Deux armées, qui s'observent, peuvent y

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cacher tous leurs mouvements , et la nature, si l'on peut ainsi parler, n'a dans aucun autre lieu du monde disposé un champ de' bataille avec plus d'art.

C'est entre ces coteaux et non loin de Sco tusse, que Flaminius vainquit Philippe III, roi de Macédoine. La phalange macédonienne ne put sur ce terrain ondoyant se mouvoir sans se rompre, tandis que la légion romaine plus maniable et plus flexible se prêta à tous les mouvements du terrain , prit la phalange en flanc et la rompit. Ce fut par une disposition semblable que les légions romaines vainquirent presque toujours la phalange grecque.

Cette phalange, qui combattait avec de longues piques sur seize hommes de hauteur, était invincible, quand elle combattait de front, parce qu'elle présentait à l'ennemi un rempart hérissé de fer; mais elle ne pouvait combattre de front que sur un terrain uni, et dès qu'elle combattait sur un terrain inégal, elle était obligée de se rompre : or elle était vaincue, dès qu'elle était rompue, parce que toute sa force était sur son front et dans sa masse, tandis que la légion romaine, qui ne combattait que sur dix hommes de hauteur et quelquefois sur cinq, pouvait combattre, sans se rompre, sur presque tous les terrains. Il suffisait donc à la légion romaine de manœuvrer devant la phalange grecque et de chercher à l'attirer sur un terrain inégal, pour la prendre en flanc ou de revers : c'est ce que fit Flaminius au combat des Cynoscépbales, et c'est ce que firent depuis tous les généraux Romains, quand ils eurent à combattre la phalange grecque.

Mais s'il est vrai que la phalange grecque fût alors devenue trop pesante pour pouvoir résister à la légion

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romaine, il est au moins douteux qu'elle n'eût pas pu lui résister, si elle avait conservé sa formation primitive, qui était de combattre seulement sur huit hommes de hauteur ou même sur six, comme elle combattait dans les beaux temps de Sparte et d'Athènes. Ce fut Épaminondas qui le premier changea cette formation. Ne pouvant espérer de vaincre à armes égales la phalange lacédémonienne , il doubla la phalange thébaine, et même à Leuctres il la forma sur cinquante hommes de hauteur. Les Macédoniens imitèrent depuis à Chéronée cet ordre profond pour pouvoir vaincre la phalange thébaine, et dès-lors Tordre de bataille sur seize de hauteur prévalut dans toutes les phalanges grecques; mais si ou avait conservé l'ancienne formation, sur six ou huit hommes de hauteur, la phalange grecque eût été aussi maniable que la légion romaine, et elle eût conservé sur elle l'avantage d'avoir des armes plus longues.

La plaine, où, l'on entre au sortir des monts Cynoscéphales , est arrosée par le Pénée , qui descend du mont Pinde, une des plus hautes sommités de la chaîne grecque. Ce fleuve, le plus grand de tous ceux de la Grèce méridionale, coule d'abord du nord au sud parallèlement à la chaîne grecque, jusque vers la ville de Tricala; mais il se détourne ensuite vers l'est et traverse une grande plaine, qui se prolonge par divers circuits jusqu'au delà de Larisse, pour aller se jeter à travers la vallée de Tempe dans le golfe Therméen.

Larisse, que les Turks nomment Yénicher> est bâtie sur la rive droite du fleuve , et n'est défendue que par un petit réduit intérieur, incapable de résister à de l'artillerie. Sa forme est celle d'une ellipse allongée sur

le fleuve, et elle est peuplée d'environ vingt mille habitants, une moitié Turks et l'autre moitié mêlée de Grecs et de Juifs. Les rues en sont larges, bien percées et ornées de jolis bains et de beaux bazars : ce qui lui donne un air de propreté et même d élégance, que n'ont pas les autres villes de la Grèce. Cette ville est ordinairement gouvernée par un simple bey; mais comme elle a été la résidence de plusieurs sultans, elle a le privilège d'avoir pour juge un mollah ou cadi de premier rang.

La plaine, au milieu de laquelle Larisse est située, forme le cœur de la Thessalie, et elle est, comme celle de Pharsale, très-fertile en blé, en soie, en coton, en fruits de toute espèce,. et surtout en excellents pâturages , où l'on nourrit les meilleurs chevaux de la Grèce.

La Thessalie est un bassin immense , environné d'un cercle de montagnes, qui s'élèvent graduellement les unes derrière les autres et sur lesquelles étaient autrefois assises soixante-quinze villes, comme sur les gradins d'un cirque. On ne voit plus à la place de la plupart de ces villes, que quelques misérables bourgades; mais l'aspect que présente de tous côtés ce vaste amphithéâtre, est encore un des plus imposants qu'il y ait au monde : au nord est le mont Olympe toujours couronné de neige, à l'est le mont Ossa et le mont Pélion qui paraissent posés l'un sur l'autre, au sud le mont Othrys que l'on prendrait de loin pour un gradin dtf mont QEta,età l'ouest les sourcilleux sommets du Pinde, qui se perdent dans les nues. Ce bassin paraît avoir été jadis un lac, et il était vraisemblablement caché sous les eaux, avant que le Pénée se fût

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ouvert un passage à travers l'Ossa et l'Olympe : il est encore aujourd'hui fermé de tous côtés, excepté vers la vallée de Tempe , par où le fleuve s'écoule dans la mer, et vers le golfe Pélâsgique, où le terrain n'est ridé que par une traînée de petites collines, qui paraissent détachées les unes des autres vers leur base, mais qui reposent toutes sur un plateau plus ou moins élevé, puisque ce plateau retient les eaux du lac Baebéïs , le seul restant des anciens lacs de la Thessalie: on le nomme maintenant lac Karla , et il est creusé au pied du mont Pélion, qui se prolonge le long du littoral Égéen depuis le golfe Pélâsgique jusqu'au mont Ossa, vers l'entrée du golfe Therméen. Ce Jittoral est celui de l'ancienne Magnésie, aujourd'hui la contrée la mieux peuplée et la plus industrieuse de la Thessalie : on y file le coton dans tous les villages; et les fabriques, où l'on teint en rouge ce lainage, sont les plus renommées de la Grèce. La Magnésie est uniquement peu» plée de Grecs, et jouit sous le gouvernement turk d'une sorte d'administration municipale, dont le siège principal est au bourg de Zagora, situé sur le littoral de la mer Egée , et à ceux d'Aya et d'Ambélakia , situés dans l'intérieur des terres. Le canton de Zagora cornprend toute la région qui est autour du mont Pélion , celui d'Ambélakia, celle qui est autour du mont Ossa, et le canton d'Aya occupe le plateau intermédiaire qui sépare le mont Ossa du mont Pélion. Le canton d'Aya est le plus fertile de la Magnésie, et le bourg de ce nom le lieu le plus peuplé de ce canton : on y compte quatre à cinq mille habitants presque tous employés dans les filatures et les teintureries de coton.

La Magnésie fut la première contrée de la Grèce où

l'on apprit à dompter le cheval et à le mener au combat. Jusques-là on ne s'était servi de cet animal, que comme oh se sert dû bœuf, pour l'atteler à un char. Les Pélasges du mont Pélion lui imposèrent un frein , et en montant sur son dos , ils s'identifièrent en quel* que sorte avec lui. Les peuples étonnés confondirent l'homme avec le cheval, et de là l'histoire fabuleuse des Centaures. Aussi , lorsque ces hommes merveilleux parurent pour la première fois dans le midi de la Grèce, bontés sur leurs chevaux, ils y causèrent le même effroi que causa depuis au Mexique la cavalerie de Cortex : tout plia devant eux, et les Centaures triomphèrent aussi aisément des Lapithes, que les Espagnols des Mexicains.

Le bourg de Vélestinos, situé à l'extrémité méridionale du lac Baebéïs , parait avoir été bâti sur l'emplacement de Phères, patrie de Jason, qui éleva dans la Grèce, après la mort d'Épam inondas, une puissance nouvelle, dont l'éclat, aussi brillant que passager, fut comme l'éclair précurseur de celle de Philippe II, roi dé Macédoine. La civilisation, apportée de la Syrie et de l'Egypte dans le midi de la Grèce , s'étendit ainsi progressivement dans le nord, jusqu'à ce qu'enfin elle eût été reportée par les conquêtes d'Alexandre dans le lieu de son berceau. On reconnaît encore l'Acropolis de Phères sur une éminence, du pied de laquelle sort une fontaine qui paraît être celle d'Hyppérie.

Le port de Golos ou Volo, situé au fond du golfe Pélasgique, sur l'emplacement de Pagase, à environ quatre lieues de Vélestinos, servait autrefois de port à Phères, comme il en sert aujourd'hui à Larisse; mais il

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paraît que lesTurkfc n'ont pas su apprécier l'imper*» tance de cette position, puisque là ou ils auraient dû construire urie forteresse dé premier rang, ils n'ont bâti qu'un mauvais fort triangulaire , flanqué de simples tours et incapable de résister au feu d'un vaisseau. Le bourg, qui environne ce fort, est aujourd'hui l'entrepôt de toute la Thëssalie, et fait un commerce trèsétendu, d'un côté avec Smyrne et Constantinoplè, et de -l'autre avec Trieste'et Livoutne. Il envoie, dans toutes ces villes des blés, des soies, des cotons filés, teints en rouge, et il en reçoit des bonnets, des draps > du café, et toutes sortes de marchandises coloniales : c'est ce commerce qui répand le mouvement et la vie dans tous les villages du mont Othrys, du mont Pélion et du mont Ossa, où le voyageur étonné trouve; plus d'industrie et de liberté que dans le reste de la Grèce. Le golfe Pélasgique est un bassin ovale , de cinq à six lieues de diamètre, qui par ses havres nombreux est ùrt des points maritimes les plus importants de la Grèce. Ce golfe s'ouvre au sud sur le canal d'Eubée et se prolonge ainsi vers l'est par ce canal jusqu'aux îles de Skiato* et de Scopèlos. À l'entrée du golfe sont d'un côté le port d'Antron derrière le cap Posidium, de l'autre le port de Trikéri derrière le cap Œantium , sur son pourtour occidental les baies de Ptéléon , de Surbis et d'Armyros , sur son pourtour oriental celles d'Alyzon , de Métho'ne et d'Orménium , et au fotad le fort de Volô, situé entre les ruines de Démétriade et celles d'Yolcos1 ; mais de toutes ces ruines celles de Démétriade sont les plus remar-

i. Les ruines de Démétriade ne se reconnaissent plus qu'à quelques vieilles constructions et au tracé d'un stade et d'un

ia.

quables, parce qu'elles occupent remplacement d'une forteresse, qui fut autrefois une des clefs de la Grèce. La position de Démétriade est après celle de Chalcis la plus belle du littoral Egéen; et si l'on voulait défendre la Thessalie du côté de la mer, il faudrait relever cette forteresse de préférence à toute autre.

Larisse est aujourd'hui la seule ville importante de la Thessalie; mais elle n'a d'importance sous le rapport militaire , que parce qu'elle est le nœud des communications entre le midi et le nord de la Grèce. C'est à Larisse que se divisent les trois routes qui conduisent l'une à Volo sur le golfe Pélasgique, la seconde en Épire à travers le mont Pinde , et la troisième en Macédoine à travers le mont Olympe.

La route de Volo se dirige au sud-est, et côtoie le lac Baebéïs sur son pourtour occidental jusqu'au bourg de Vélestinos; d'où elle débouche au fond du golfe Pélasgique, d'un côté dans la baie d'Àrmyros près des ruines de Thèbes, et de l'autre dans la baie de Volo près des ruines d'Yolcos : c'est la route commerciale de la Thessalie.

Il y a une autre route qui mène de Larisse dans le canton et sur le littoral de la Magnésie , en se dirigeant à l'est. Cette route remonte la rivière qui vient du bourg de Rejani; d'où l'on va par le bourg d'Aya à celui de Zagora, en côtoyant le mont Pélion, ou par le village de Thanato à celui de Caritza, en côtoyant le mont Ossa. Le port de Caritza , situé près des bou-

hippodrome; mais les ruines d'Yolcos présentent encore sur l'escarpement de la montagne des pans de mur, construits avec d'énormes pierres , et qui semblent l'ouvrage des géants.

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ches du, Pénée, sert de port à Larisse sur le golfe Therméen, comme le port de Volo lui en sert sur le golfe E/élasgique.

La route de l'Épire se dirige à l'ouest et remonte le Pénée sur sa rive droite jusqu'au village de Coutzokéros9 vers lequel on passe dans un bac sur sa rive gauche; et laissant à droite le bourg de Zarcos, au fond d'un joli bassin environné de montagnes, on suit une ancienne chaussée qui conduit du village de Siouti par ceux de Coulcoutos et de Courbali à la ville de Tricala, située vers le confluent du Léthéus et du Pénée.

Tricala, l'ancienne Tricca, est adossée au revers méridional d'une colline, sur laquelle on voit une citadelle, à demi ruinée et dominée par un plateau voisin d'où on pourrait la battre aisément : ce qui rendrait sa défense impossible; mais comme ce plateau serait très-propre à recevoir un camp retranché, on pourrait en temps de guerre défendre avec succès la position de Tricala, qui est très-importante, parce qu'elle est au principal débouché de la chaîne grecque.

La ville de Tricala est peuplée de sept à huit mille habitants, mêlés de Turks.et de Grecs; et comme elle a toujours été regardée comme une des clefs de la Théssalie , les Turks y ont établi un pacha , dont le commandement s'étend sur toute la partie occidentale de cette contrée.

Il paraît que la ville de Métropolis, par où César déboucha en Thessalie dans son expédition contre Pompée, ne devait pas être éloignée dé la position de Tricala; et les ruines que Ton montre sur la rive droite

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du Penée , vis-à- vis le confluent du Léthéus, pourraient bien être celles de cette ville, quoique la plupart des géographes l'aient placée au pied des montagnes qui, bordent sa rive gauche. :

Le Léthéus descend du. piçd du mont Àrdam et arrose une vallée à la tête de laquelle sont des ruines. que l'on a cru long-temps être celles de Métropolis, mais qui sont plutôt celles de Photinée. Nul site n'est mieux abrité, ni plus riant. Deux collines parallèles, revêtues du plus beau gazon , qui s'appuyent vers le nord au mont Ardam et qui descendent l'une vers l'autre par les mouvements les plus doux, forment, en se rapprochant, un berceau, au fond duquel coule le Léthéus et qui, s'ouvrant insensiblement vers le sud, s'évase. enfin vers la vallée du Pénée en un grand bassin de forme demi-circulaire, où la végétation est) aussi riche que variée : c'est une immense prairie, coupée par des champs de maïs et de tabac et ombragée par de beaux bouquets de noyers, de mûriers et de platanes* A la tête de ce bassin <sont les ruines de Phûtiiiée, au milieu la forteresse de Tricala, et au-delà du Pérçée^ vers les débouchés de la chaîne grecque, d'autres ruines qui paraissent, être celles de Métropolis. Le bassin de Tricala «st le canton de la Thessatie où l'on élève les meilleurs, bœufs et les ■. plus beaux: chevaux, i ;

La foute de ï Épire se. détourne, à .Tricala vers le nord et remonte le Pénée à travers une vallée 4w0foa.de qui se rétrécit graduellement jusques vers le (bourg de Stagous, bâti sur l'emplacement dé G<j«nphi pu du moins dans le voisinage de, cette ancienne ville Là les montagnes se rapprochent des deux rives, le terrain se rompt et devient âpre; et après avoir laissé sur la

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droite les rochers escarpés des Météores , ressemblant les uns à des pyramides, les autres à des obélisques, on entre dans un ravin profond, au fond duquel roule le fleuve en bouillonnant, et que Ton remonte jusque près du village de Malacassis , bâti vers remplacement d'Eginium ; d'où en tournant à l'ouest , on s'élève sur un des principaux cols du Pinde pour descendre par le bourg de Mezzovo dans la vallée de l'Âréthon sur Je littoral ionien. Ce passage d'un littoral à l'autre à travers la chaîne grecque est aujourd'hui très- difficile; mais on pourrait le rendre praticable à de l'artillerie, en adoucissant les pentes trop roides et en suivant le cours du Pénée et de l'Aréthon , jusqu'à la crête des deux versans. La crête, qui sépare la Thés** salie de l'Epire, paraît nue , et elle est presque toujours couverte de neige ; mais les pentes du versant oriental sont plus douces et moins nues que celles du versant occidental. Le terrain y est moins âpre , mieux coupé et s'étage en collines, sur lesquelles on aperçoit un peu de verdure et quelques bouquets de hêtres. On côtoie ces collines en montant , et l'on voit à droite et à gauche descendre rapidement devant soi les deux principaux affluents du Pénée, l'un du pied de la montagne qui est au nord, l'autre du haut de la montagne qui est au sud, et se réunir tous deux dans un ravin profond que l'on trayerse sur un pont de pierre, vers le khan de Malacassis, à une demi-lieue au-dessous du village de ce nom. Les habitants de ce village sont employés comme ceux du bourg de Mezzovo au transport des voyageurs et des marchandises qui traversent le Pinde.

Le mont Pinde paraît schisteux vers le col, où on

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le passe ; mais sur les crêtes environnantes on aperçoit des bancs de marbre rose.

Le Pénée s'encaisse au-dessous de Malacassis entre deux hautes montagnes , couvertes de hêtres vers leur sommet et de pins vers leur base. En été, on suit les bords du fleuve qui franchit avec fracas les rochers dont son cours est embarrassé; mais en hiver, lorsqu'on descend de Malacassis à Tricala, on côtoie à gauche le pied des montagnes, jusques vers les monastères grecs bâtis sur les rochers des Météores , où l'on ne peut monter qu'en se faisant hisser dans uu panier; et l'on descend de ces espèces d'habitations aériennes avec un affluent du Pénée au bourg de Stagous, qui est une position très - importante , parce qu'elle est au débouché de la chaîne grecque. Là , les montagnes s'abaissent et s'éloignent des deux côtés. Le fleuve alors plus libre dans son cours fait un grand détour vers le sud, et puis revenant vers l'est, il entre dans une grande plaine, où un terrain gras, de beaux pâturages , des bordures de noyers et de mûriers , des vignes grimpant sur tous les arbres et partout une végétation luxuriante annoncent au voyageur une des contrées les plus riches et les plus fertiles de la Grèce. Le chemin à travers cette plaine est quelquefois boueux; mais il est uni, et il conduit par une vieille chaussée à Tricala, la ville la plus importante de la Thessalie après Larisse.

Il y a un chemin qui mène de Tricala dans l'Acarnanie et qui en se dirigeant à l'ouest va passer le Pénée vers les ruines de Métropolis ; d'où il s'élève sur la chaîne grecque en remontant la petite rivière de Véternico, pour descendre dans la vallée de l'Àché-

dajts l'empire othoman. i85

loûs vers le hameau de Pertoli ou vers le village de Dési.

Un autre chemin se dirigeant au nord-est remonte de Stagous avec un autre affluent du Pénée , et s'élève par les villages de Mavrili et de Flamouristi sur la chaîne des montagnes qui lient le mont Pinde au mont Olympe , pour descendre vers le village de Phili dans la vallée de lHaliacmon en Macédoine.

Enfin un troisième chemin va directement de Tricala à Alessona, l'ancienne Oloosson, à travers le mont Ardam , et s'élève d'Alessona sur les monts Carabuniens pour descendre vers la ville de Servitza dans la vallée de l'Haï iacmon.

Mais tous ces chemins sont très-difficiles durant l'hiver: le seul praticable en toute saison est celui qui conduit de la Thessalie en Macédoine par la vallée de Tempe, et qui tourne vers l'est le mont Olympe. Il y a bien un chemin qui le tourne vers l'ouest, et qui se dirigeant directement au nord mène de Larisse au bourg de Tournovo, et du bourg de Tournovo à celui d'Alessona, en remontant l'impétueux Titarésius; d'où l'on va à Servitza à travers les monts Cambuniens; mais ce chemin est encore plus difficile que celui de Tempe.

La grande route de la Macédoine se dirige au nordest et traverse en sortant de Larisse une riante plaine pour aller rejoindre le Pénée sur sa rive droite vers le pied du mont Ossa au village de Baba; d'où l'on monte en trois quarts d'heure au bourg d'Ambélakia et du bourg d'Ambélakia en deux heures-au sommet du mont Ossa. Le bourg d'Ambélakia est aussi renommé que celui d'Aya par ses filatures et ses teintureries de coton. C'est au-dessous d'Ambélakia , au pied

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même du mont Ossa , que commence la vallée de Tempe. On voit à l'entrée du vallon, sur la rive gauche du fleuve, le village de Balamout, et sur sa rive droite celui de Bana : le premier sur remplacement de Gonnus, l'autre sur celui d'Homolis.

Le village de Baba, que la route, traverse , est audessous du bourg d'Àmbélakia, à l'origine d'une petite plaine couverte du plus beau ga?on et ombragée par un superbe bouquet de platanes : ce qui lui a fait donner par les Turks le nom de Sopha : c'est une halte favorite pour les caravanes. Au sortir de cette plaine on entre dans un ravin profond, creusé entre le mont Ossa et le mont Olympe. Le Pénée coule au fond du ravin : des deux côtés pendent d'énormes rochers , tantôt nus et . déchiquetés à leur base, et tantôt tapissés de gazon. Le chemin serpente sur la rive droite : il est pavé de blocs de marbre, et n'a pas plus de quinze à vingt pieds de large. Quelquefois il est taillé dans le roc ; d'autres fois, il s'élève d'une manière effrayante au-dessus de l'abyrae, où le fleuve, roule avec fracas* J)epxt caravanes, qui se rencontrent , sont obligées de se prévenir de loin, pour se ménager l'une à l'autre un passage libre. Dans certains endroits , le vallon s'élargit un peu ; mais dans d'autres il n'offre que la largeur, du. chemin taillé à pic sur le fleuve. C'est dans un de. ces étroits passages que l'on trouve les ruines d'un vieux fort élevé par un proconsul roraaip,. du nom de Ca$sius, sur une saillie du. mont Ossa, pour fermer la vallée de Tempe, comme oi| peut l'inférer d'une inscription à demi effacée dont on ne peut plus lire que quelques mots1. C'est là proprement la gorge ou.dé-

i. Cassius Longinus procos.... in Tempe munivtt... suppléez hoc oppidum.

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filé de Tempe, que le soleil éclaire à peine deux à trois heures en hiver et qui présente alors l'aspect le plus sombre et le plus sauvage ; mais en été le vert des gazons et la fraîcheur des eaux contrastent agréablement avec la couleur noirâtre des rochers, et embellissent le paysage, animé par le chant d'une .multitude d'oiseaux. Le défilé s'ouvre enfin peu à peu, et l'on sort de cette gorge profonde à une lieue et demie de Baba, pour entrer dans une plaine fertile, au. milieu de laquelle le fleuve se replie sur lui-même en longs détours, avant de s'enfoncer dans la mer. Ce passage brusque d'une nature sombre et sauvage à une nature parée des plus brillantes couleurs, a fait toute la célébrité de la vallée de Tempe qui n'est réellement belle que par ses contrastes. • •

Cette vallée a été. différemment décrite par les, voyageurs suivant les aspects divers, sous lesquels ils l'ont vue. Rien n'est plus âpre que la gorge , creusée entre l'Ossa et l'Olympe; mais en deçà et au delà de cette gorge, ce sont les champs les plus variés et les plus fertiles. *

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