CHAPITRE VII
De la Thrace,
Quoique la Thrace n'ait jamais été comprise politiquement dans le cadre de la Grèce, elle en fait partie sous le rapport physique et même sous le rapport militaire, parce qu'elle termine au nord. le littoral de la mer Egée. Je décrirai donc ici rapidement cette contrée, en parcourant la route qui conduit de la Cavale à Andrinople et à Constantinople.
Cette route , au sortir des défilés de la Macédoine , entre dans la Thrace par la plaine qu'arrose le Nestus. Le Nestus, nommé maintenant Mesto, naît au pied de ce massif de montagnes que couronne le mont Scomius, et descend vers le village de Raslouk dans une vallée profonde, encaissée entre le mont Pangée et le mont Rhodope; d'où il sort vers le bourg de Tzaglaïk, pour se répandre dans une plaine principalement cultivée en tabac, et aller se jeter dans la mer vis-à-vis l'île de Thase.
On passe le fleuve à quelque distance de son embouchure, pour éviter les bas -fonds qui bordent la plage; et laissant à droite sur les bords de la mer les
ruines d'Abdère, on s élève au nord vers le pied du mont Rhodope jusqu'à la petite ville d'Yénidjé, bâtie sur remplacement de Tyride, où habitait ce roi Diomède qui faisait dévorer les étrangers par ses chevaux, et qui fut puni par Hercule du même supplice *.
Yénidjé de Thrace, qu'il faut bien distinguer d'Yénidjé de Macédoine, est située au milieu d'une plaine, où l'on cultive le meilleur tabac de la Turkie, et elle est peuplée de deux à trois mille habitants, la plupart Turks, et presque tous occupés à cultiver ce tabac, à N le préparer et à l'expédier au dehors. Le tabac d'Yénidjé est aussi renommé en Turkie que le vin de Tokai l'est en Allemagne.
On traverse à une demi-lieue d'Yénidjé sur un pont de pierre une petite -rivière très-encaissée; d!où l'on va à travers une jolie plaine ombragée par un bois d'ormes, au milieu duquel est un téké ou ermitage turk, à une forteresse ruinée, nommée Bouroun-Calessi, qui paraît être l'ancienne Dicée ou du moins une forteresse moins ancienne, bâtie sur le même lieu. Cette forteresse offrait une bonne position de passage , parce qu'elle était située à l'entrée d'un défilé, resserré au nord par les contreforts du mont Rhodope et au sud par un étang qui borde le golfe de Lagos et qui paraît être l'ancien lac fiistonis ; mais elle a été abandonnée , parce que les marais environnants rendent ce lieu mal-
i . Ce sujet est représenté sur une pierre antique , où Ton voit Hercule tenant d'une main sa massue, et de l'autre Diomède, au milieu d'un groupe de chevaux, qui se dressent sur leurs pieds et ouvrent la bouche comme pour le dévorer.
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sain. Le golfe de Lagos est le meilleur mouillage de toute la côte, et présente aux navigateurs un abri sûr contre les vents du nord. Quand les vents du sud soufflent , il faut aller cherchef un autre abri derrière l'île de Thase.
La côte se relève au-delà de ce golfe, les montagnes se rapprochent de la mer et ne laissent plus entre elles et le rivage qu'une plaine marécageuse, traversée par un large torrent, à l'extrémité de laquelle .on trouve une autre forteresse ruinée, de forme quadrangulaire, dont les quatre côtés sont encore debout. Le chemin s'élève ensuite sur un plateau , où l'on aperçoit les traces d'un ancien camp, dont les lignes appuyées d'un côté à la mer, de l'autre aux montagnes, coupaient la plaine du nord au sud ; et l'on descend de ce plateau avec un cours d'eau et par un talus très-doux à la ville de Gumourdjina, située, comme Yénidjé , au milieu d'une plaine fertile, cultivée en tabac. Gumourdjina peut avoir cinq à six mille habitants.
Les montagnes, qui depuis le Nestus décrivent sur le littoral une ligne presque droite d'ouest en est, fuyent au-delà de Gumourdjina vers le nord , pour former un demi-cercle, au fond duquel est le village de Skàpdjilar, l'ancienne Skapté-Hyla, aussi renommée par le séjour qu'y fit Thucydide que par ses mines d'or, et reviennent ensuite vers le sud, pour projeter le cap élevé, qui porte la petite ville de Mérée, l'ancienne Marronée. Deux chemins y conduisent: l'un y va à travers les montagnes sur le tracé d'une ancienne voie romaine, que l'on abandonne vers le village de Skàpdjilar : l'autre plus direct coupe la plaine en droite ligne et suit pendant une lieue le lit d'un tor-
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rent qui vient des environs de Skapdjilar ; d'où il s'élève sur le plateau de Mérée.
Cette petite ville, peuplée de trois à quatre mille habitants, n'est qu'à un quart de lieue de la mer, non loin d'un fortin qui commande la rade voisine, et elle est environnée d'une forêt d'oliviers. Ces arbres, qui avaient disparu du littoral égéen depuis la Thessalie et qui n'avaient reparu que vers les bouches du Strymon , bordent toute la côte depuis le Nestus jusqu'à l'Hèbre.
La route se divise à Mérée en deux branches. L'une suit le littoral, traverse l'Hèbre vers les ruines de Dorisque et va à travers les bouches du lac Stentoris à la petite ville d'Énos, située sur une péninsule qui borde ce lac. Énos, devenue l'entrepôt du commerce d'Andrinople, n'a pour toute défense qu'un fort qui protège sa rade, mais qui ne pourrait pas défendre les bouches de l'Hèbre , parce qu'il en est trop éloigné. Il faudrait le convertir en une simple batterie de côte, ou le transporter sur la langue de terre qui sépare l'Hèbre du lac Stentoris , où il pourrait défendre également les bouches de l'un et de l'autre. On va ensuite d'Enos en côtoyant le golfe de Mêlas , plus connu aujourd'hui sous le nom de Saros, traverser l'Hellespont vers l'isthme de la Chersonèse de Thrace : c'est le chemin direct de P Asie-Mineure.
L'autre branche de la route s'élève de Mérée sur la plaine Briantique, arrosée par le Lissus, et rejoint vers Férée le chemin qui côtoie le pied des montagnes et qui vient de Skapdjilar sur le tracé d'une ancienne voie romaine.
Férée ou Féredgik est une petite ville de deux à
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trois mille habitants, située au débouché de la plaine Briantique sur un petit affluent de FHèbre. La plaine Briantique peut avoir trois lieues de long sur deux de large, et elle est environnée d'un cordon de montagnes, qui ne s'ouvrent qu'à l'est vers Férée, et au nord vers le défilé de Tempyra; d'où Ton va par Trajanopolis à Àndrinople.
Férée est une bonne position de passage, parce qu'elle est située à l'embranchement des deux routes , qui conduisent l'une à Constantinople et l'autre à Andrinople. La première se dirige à l'est, passe FHèbre sous le village de Kaltékos, ou remontant le fleuve plus au nord, va le traverser au bourg d'Ypsala : l'autre se dirige directement au nord et va par Trajanopolis , Démotika et Erkéné à Andrinople. Trajanopolis n'est plus aujourd'hui qu'un méchant village, situé sur la rive droite de l'Hèbreet connu sous le nom d'Orikhova; mais Démotika et Erkéné, situées sur la rive gauche du fleuve, l'une au confluent d'un petit ruisseau nommé Kizil-Naàr, l'autre à celui d'une rivière, qui paraît être l'ancienne Agriane, sont deux petites villes de quatre à cinq mille habitants chacune, la première célèbre par la résidence des khans tartares de Crimée et surtout par celle de Charles XII, l'autre renommée dans toute la Thrace pour la beauté de ses vergers et la fertilité de ses jardins.
L'Hèbre, nommé aujourd'hui Maritza, naît vers le bourg de Bagna au pied des montagnes qui lient le mont Scomius à la chaîne mœsique , coule d'ouest en est dans une vallée encaissée entre le mont Rhodope et le mont Hœmus, qui ne s'ouvre que vers Tatar-Ba- ' zargik, au-dessus de Philippopolis; et après avoir reçu
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sous Andrinople l'Aida qui vient du mont Rhodope et la Tonza qui descend du mont Hœmus, il se détourne au sud et va se jeter au-dessous d'Ypsala dans la mer Egée, vers la petite ville d'Enos. La vallée qu'il parcourt est la plus étendue de la Thrace , et elle est aussi renommée pour sa fertilité que pour la variété de ses productions: elle donne du blé, du vin, de la soie, du coton, du lin, du tabac, du riz et toute sorte de fruits. La terre y paraît nue au premier aspect, parce que les arbres fruitiers y sont cachés dans des plis de terrain; mais on y trouve par intervalles autour des villages de superbes bouquets de noyers et de platanes , qui annoncent la plus riche végétation.
L'Hèbre est le plus grand fleuve du littoral égéen : il est navigable pour des barques de 5o tonneaux dépuis son embouchure jusqu'à Andrinople , et pour de petits bateaux depuis Andrinople jusqu'à Philippopolis. Les lieux les plus remarquables que l'on rencontre sur ses bords, sont Bagna, Tatar-Bazargik, Philippopolis, Andrinople, Démotika, Trajanopolis, Ypsala et Ënos; mais tous ces lieux n'ont d'importance militaire que par leur position, et n'en ont aucune, si l'on excepte Andrinople, par leurs fortifications.
Bagna est un bourg de deux mille habitants au plus, fermé d'un simple mur en terre, quoiqu'il soit la clef de la vallée de l'Hèbre, dont il occupe la tête: il est situé au pied de la chaîne mœsique, dans un vallon resserré entre le mont Scomius et le mont Hœmus, vers le fond d'une espèce d'entonnoir; d'où l'on s'élève en tournant à l'ouest sur le plateau de Samakof , et en tournant au nord sur la croupe de la chaîne -mœsique, pour descendre par le bourg d'Ichliman sur le plateau
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de Sophie. Le défilé , par où l'on passe la chaîne , en allant à Ichliman, est connu maintenant sous le nom de Cupuli - Derven : c'est l'ancien défilé de Trajan , fermé jadis par un mur , dont on voit encore les vestiges; il offre le passage le plus aisé de la vallée de PHèbre dans celle du Danube, et il devrait pour cette raison être défendu en temps de guerre par un camp retranché.
La vallée de l'Hèbre s'ouvre à trois lieues au-dessous deBagna, et l'on entre dans une grande plaine, qui va toujours en s'élargissant jusqu'à Andrinople et qui présente une des plus belles vallées de l'Europe. Le chemin est tracé sur la rive droite du fleuve depuis Tatar-Bazargik jusqu'à Philippopolis et même jusqu'au pont de Moustapha-Reupri , et depuis ce pont jusqu'à Andrinople, il est tracé sur sa rive gauche.
Tatar-Bazargik est une ville de huit à dix mille habitants , environnée d'une simple enceinte de briques séchées au soleil, et qui mériterait cependant d'être mieux défendue, parce qu'elle est située au débouché de la vallée de l'Hèbre. Au milieu de la vallée et sur la rive droite du fleuve, s'élèvent trois mamelons isolés, qui ressemblent à des pyramides. C'est sur ces trois mamelons qu'est située la ville de Philippopolis, fermée seulement , comme celle de Bazargik, d'une simple enceinte en briques crues : sur la rive gauche est un faubourg entièrement ouvert et lié à la ville par un pont de bois, Des deux cotés le terrain est uni, et rien ne pourrait empêcher qu'une armée , qui aurait franchi le mont Hœmus, ne tournât cette ville ou même ne la prît d'emblée, si ce n'est le courage de ses habitants, qui sont au nombre de plus de trente mille
et presque tous armigères; mais Adrianopolis, vulgairement nommée Andrinople, a conservé une partie de ses anciennes fortifications, et elle est, après Constantinople, la ville la plus forte de la Thrace: elle est située sur la rive gauche de l'Hèbre, au confluent de la Tonza et vis-à-vis celui de l'Ârda. Quand ces trois rivières débordent en même temps , une partie des maisons est sous les eaux : les autres s'élèvent en amphithéâtre sur une colline légèrement inclinée, au sommet de laquelle on voit une ancienne forteresse grecque, très - solidement construite, consistant en un carré tronqué , flanqué de quatre orillons , et qui par son élévation serait susceptible d'une bonne défense, si on pouvait la dégager des maisons qui l'entourent. Le reste de la ville, composé des faubourgs, est dispersé dans la plaine sur la rive gauche de l'Hèbre et sur les deux rives de la Tonza, et n'est environné que d'un simple mur en terre, pareil à celui d'un jardin, mais qui a près de deux lieues de développement. Cette ville a environ cent mille habitants, turks, chrétiens ou juifs, et renferme plusieurs édifices remarquables, tels que l'ancien palais des sultans, le grand-Bézestein et. surtout la mosquée de sultan Sélim, célèbre par la hauteur de ses trois minarets, et l'une des plus belles de l'empire. Les trois rivières, qui environnent Andrinople et qui ressemblent à trois grands canaux, en rendent les approches difficiles et favoriseraient sa défense dans un siège. L'Arda n'a pas, il est vrai, un grand volume d'eau; mais la Tonza, qui traverse la» ville du nord au sud, s'enfle tellement dans les grandes crues, qu'elle égale presque l'Hèbre, dont elle change la direction.
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Àndrinople est le point militaire le plus important de l'intérieur de la Thrace "et celui sur lequel une armée, chargée de couvrir Constantinople, devrait pivoter pour se porter rapidement sur tous les défilés du mont Hœmus, par lesquels l'ennemi pourrait déboucher. Il faudrait lier les trois rivières sur un front plus ou moins étendu par des lignes de retranchement, et enfermer la ville dans un vaste camp , dont elle serait comme le réduit. C'est de toutes les places, qui bordent l'Hèbre, la plus propre, à former le noyau d'un camp retranché : elle est comme le cœur de la Thrace , et elle est située au milieu d'un immense bassin •, environné de tous côtés de montagnes, qui ne s'ouvrent et ne s'abaissent que vers le sud , sur le littoral de la mer Egée et sur celui de la Propontide : de tous les autres côtés, les montagnes bornent l'horizon au loin comme un mur bleuâtre et présentent un vaste amphithéâtre, qui s'élève vers l'ouest jusqu'au mont Rhodope, vers le nord jusqu'au mont Hœmus et vers l'est jusqu'à un contrefort du mont Hœmus, connu sous le nom de mont Strandja, dont la branche principale se courbe du nord au sud le long de la mer Noire jusqu'à Constantinople. C'est le chaînon qui semble lier le mont Hœmus à l'Olympe de Bythinie et qui paraît rompu au Bosphore : les Turks l'appellent le petit Balkan, pour le distinguer de la chaîne du mont Hœmus, ou du Balkan proprement dit. Celui-ci sépare la vallée de l'Hèbre de celle du Danube, et l'autre la sépare du littoral de la mer Noire. La chaîne du grand Balkan, couronnée par le mont Hœmus, n'est qu'une continuation de la chaîne mœsique , et elle est formée , comme le reste de cette chaîne , de trois chaînes pa-
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rallèles, dont celle du milieu est la plus élevée. Celleci est la principale : elle verse au nord dans le Danube lTatrus et le Lom , au sud dans , l'Hèbre les divers affluents de la Tonza; et c'est le prolongement de cette chaîne jusqu'au cap Eminéh sur la mec Noire, qui verse d'un coté le Kamchik et la rivière de Pravadi dans le golfe de Varna, et de l'autre le Dermetidéré et la rivière de Touz-Casri, dan$ le golfe de Bourgas. Les autres petites rivières du bassin de. la Thrace ont toutes leurs sources dans la chaîne du petit Balkan, d'où descendent dans la mer Noii*e le& rivières d'Aïnada et de Média, et dans l'Hèbre le Salsedéré et l'Agriane.
Andrinople est le nœud de toutes les routes qui sortent de la Thrace. La route de Thessalonique , que l'on vient de A parcourir, se dirige, au sud-ouest, en côtoyant l'Hèbre et la mer Egée. Une autre route se dirige directement à l'ouest, remonte l'Arda jusque vers ses sources et conduit à travers Les défilés du mont Bhodope dans la vallée du Nestus> et de la vallée du Nestus dans celle du Strymon , à travers les défilés du mont Pangée : c'est la . route directe de Sérès. Cette route, praticable seulement pour les caravanes, traverse un pays âpre, couvert de bois, mais riche en mines de fer : la population y est rare, dispersée dans des hameaux, mais très-belliqueuse et presque toute composée de paysans ou de bergers turks, venus de F Asie-Mineure et connus sous le nom d'Yourouks.
Une autre route se dirige au nord-ouest, remonte l'Hèbre jusqu'à ses sources vers Bagna , où elle se divise en deux branches : l'une traverse les défilés du mont Scomius et s'élève sur le plateau de Samakof ,
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pour descendre par Dubnitza dans la vallée du Strymon vers Guestendil;d'où, en côtoyant la chaîne mœsîque sur son revers méridioual jusqu'à Uscup,*elle va traverser cette chaîne au-dessuâ de Katchianik, pour selever sur le plateau de Gassova et descendre par Pristina dans la Bosnie : c'est la route de Trieste et de l'Italie.
L'autre branche se dirige plus au nord, et s'élève directement de Bagna par le défilé de Trajan sur la chaîné mœsique, pour descendre par Ichliman sur le plateau de Sophie ; d'où elle va à Nissa , et de Nissa, en suivant le cours de la M orava , à Sémendrie et à Belgrade sur le Danube: c'est la route de Vienne et de l'Allemagne.
Les autres routes se dirigent au nord ou à l'est, et conduisent à travers le Balkan dans la vallée du Danube ou sur le littoral de la mer Noire. La première de ces routes remonte l'Hèbre jusqu'à Moustapha- Keupri ; et , tournant au nord , elle s'élève par le bourg de Tchirmen et par les villages d'Arabadji-Keuï et de Tchali-Keuï à la ville d'Eski-Zagra , située sur un affluent de la Tonza , au milieu d'une riante vallée , plantée en vignes et en arbres fruitiers. Cette ville, ainsi nommée pour la distinguer d'Yéni-Zagra , située plus à l'est sur la rive droite de la Tonza, se dessine bien au pied des montagnes qui l'environnept , et ses minarets blanchâtres offrent, au milieu des arbres qui couvrent la vallée, un agréable tableau. On passe la Tonza à une lieue au nord de la ville sur un pont de bois, et l'on s'élève , en remontant le fleuve, à la petite ville de Reïchanlik , située au pied de la chaîne la plus élevée du Balkan, au milieu de champs de rosiers, plantés en sillons comme la vigne et exhalant au prin-
temps les plus doux parfums. Le territoire de cette ville est cultivé par des paysans Bulgares, venus de la vallée du Danube et répandus aujourd'hui sur les deux revers du Balkan , où ils ensemencent les meilleures terres et font paître sur les autres leurs nombreux troupeaux.
Le terrain s'élève brusquement à une lieue et demie de Keïchanlik, et l'on monte vers le village de Chipka sur la crête nue et schisteuse du Balkan, d'où l'on descend avec TYatrus au village de Kabrova. Là, le chemin se divise en deux branches: l'une, va par le bourg de Selvi à la petite ville de Lofcha, et descend de Lofcha avec l'Osmus à Nicopolis sur le Danube : l'autre y descend directement avec PYatrus, et va de Kabrova à la ville de Ternova et de la ville de Ternova à celle de Sistove. C'est la route de la Valachie.
Une seconde route s'élève directement au nord , remonte la Tonza sur sa rive gauche jusqu'à sa sortie des montagnes vers la ville d'Yamboli , l'ancienne Yanpolis, et va traverser la chaîne du Balkan au-dessus de la ville de Sélimnia, située, comme celle de Keïchanlik , au pied des plus hautes montagnes , au milieu de vergers de rosiers. Au printemps , de jeunes filles bulgares se répandent tous les jours en troupes dans ces vergers et y moissonnent toutes les roses épanouies, qu'elles apportent à la ville dans des corbeilles d'osier ou sur des Arabas ou chariots grossiers , traînés lentement par des buffles. La fraîcheur de ces moissonneuses, l'élégance de leur taille et de leur vêtement, les longues tresses de leur chevelure qui pendent sur leurs épaules et le voile léger qui flotte sur leur tête, rappellent au voyageur ces scènes de la vie pastorale,
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si bien décrites par les anciens. Quelquefois ces jeunes filles déposent à terre leurs corbeilles et dansent en rond au son de la musette d'un berger, ou en s'accompagnant elles-mêmes de leurs chants : ce sont les paysannes les plus jolies et les plus accortes de la Turkie. La ville de Sélimnia paraît assez bien peuplée, et ne manque pas d'une sorte d'industrie. On y travaille très-bien le cuivre, et l'on y distille de l'essence de rose, recherchée dans toute la Turkie.
On s'élève, en sortant de Sélimnia, sur la crête nue du Balkan, ressemblant de loin à un mur crénelé: on la passe vers le col de Demir-Kapou, et l'on descend par le village de Bébrova, avec un affluent de l'Yatrus , à Ternova , ou par le village de Starka , avec un affluent du Kamchik, à Choumla. La montée est très-abrupte sur le revers du sud, où la fonte précipitée des neiges a déchiré le flanc déboisé des mon- ' tagnes ; mais la descente sur le revers du nord est moins roide et moins nue, et l'on aperçoit quelques bouquets d'arbres dans le creux des vallons.
Les villes d'Eski-Zagra et de Keïchaulik que Ton rencontre sur la première de ces routes, et celles d'Yamboli et de Sélimnia que l'on trouve sur la seconde, ne présentent aucune espèce de fortification qui pût arrêter une armée dans sa marche* et elles n'ont d'importance militaire que par leur position au débouché des montagnes.
Une troisième route, fléchissant plus vers l'est, s'élève d'Àndrinople , par les villages d'Ak-Pounhar et de Papasli, sur le plateau de Khatoun-Ili et du plateau de Khatoun - Ili sur celui de Karnabad , traverse en sortant de Karnabad le Dermendéré, qui va se jeter
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au«dessous d'Àïdos dans le golfe de Bourgas , et monte £ar le village, de Dobral sur la crête nue du Balkan ; d'où elle descend sur un des deux affluents du Ramchik , pour aller par le village de Tchali-Kavae passer l'autre affluent vers le village d'Eski - Stambol ou vers celui de Marach, et s'élever ensuite d'Eski-Stambol sur le plateau d'Eski-Djuma vers le village de Bouguelar, ou du village de Marach sur te plateau de Choumla vers le village de Kitcha. Le groupe de montagnes, qui se pyramide entre ces deux plateaux, sépare les eaux du Danube de celles de la mer Noire, et l'on descend, à travers des collines basses, séparées à leur base les unes des autres, du plateau d'Eski-Djuma avec le Lom à Roustchouk , ou de celui de Choumla avec la rivière de Pravadi à Varna 2 c'est ce qui donne à la ville de Choumla, située au pied de <ce groupe de montagnes, une très*grande importance militaire : aussi est-elle regardée comme la double clef de la vallée du Danube et du golfe de Varna.
Enfin une quatrième route, se dirigeant au nordest, s'élève d'Andrinople sur le. plateau d'Omour-Fakih, qui forme de ce cote comme le premier gradin du Balkan, et va par les bourgs de Cara-Pouahar, de Touz-Casri et de Benli, passer le Dermendéré vers la ville d'Aïdos, pour monter par le défilé de NacUr*Derven sur la plus haute crête de la chaîne. Cette crête ressemble ici, comme à Sélimnia,à un mur tailladé , où l'on n'aperçoit d'abord aucune issue, mais qui s'ouvte tout-à-coup par une tranchée profonde sur- un ravin, au fond duquel coule un' torrent qui va se jeter dans la baie de Mésembrte, au sud du cap ÉtriLneh: c'est un vallon très-encaissé, d'où l'on s'élève par une
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rampe roide sur la crête de la chaîne , pour descendre dans la vallée du Kamchik vers le village de Keupri- Keuï. On traverse ensuite les collines basses qui séparent le Kamchik de la rivière de Pravadi , et l'on va à la ville de ce nom, où se divisent les trois routes de Choumla , de Silistrie et de Varna : l'une de ces routes conduit à Choumla en remontant le cours des eaux , la seconde à Varna en le descendant, et la troisième à Silistrie ou à Rassova dans la vallée du Danube, Cette dernière est Jjt route directe de la Moldavie.
Les petites villes d'Omour-Fakih , de Khatoun-Ili, de Karnabad et d'Aïdos, situées sur le revers méridional du Balkan , sont formées de divers groupes de maisons, que Ton prendrait de loin pour des tentes dressées au milieu d'une riante pelouse; et elles n'ont d'importance militaire, que parce qu'elles sont au débouché des montagnes et sur des plateaux fertiles en pâturages, où Ton pourrait, en temps de guerre, former des camps retranchés.
Telles sont les différentes routes qui conduisent d'Ândrinople dans la vallée. du Danube et sur le golfe de Varna, à travers le Balkan. Ces routes au reste sont à peine tracées ; et si l'on voulait y faire passer une armée avec son artillerie, il faudrait les ouvrir avec des pionniers, comme font les Turks, quand ils entrent en campagne.
Les autres routes se dirigent toutes à l'est ou au sud , et conduisent d'Andrinople sur le littoral de la mer Noire ou sur celui de la Propontide. Une de ces routes remonte le Salsédéré jusque vers la ville de Kirkilisaia, située au pied du mont Strandja ou du petit Balkan sur un superbe plateau, où se divisent les rou-
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tes de Bourgas, d'Aïnada, de Média et de "Constantinople. Les trois premières traversent le petit Balkan, et conduisent , l'une à Bourgas en se dirigeant au nordest, la seconde à Âïnada en se dirigeant à l'est, et la troisième, en se courbant un peu vers le sud, à Visa et de Visa à Média. La route de Constantinople se dirige directement au sud-est , côtoie le petit Balkan , et va de Kirkilissia par Serai, Indjighis et Tchataltcha à Constantinople.
La ville de Kirkilissia a huit à dix mille habitants, et celle de Visa, défendue par un petit fort, où siège un pacha de second rang, en 'a trois à quatre -mille ; mais le bourg de Serai n'est guère connu que par les maisons de plaisance, dont l'avaient embelli quelques khans de Crimée , et ceux d'Indjighis et de Tchataltcha ne sont remarquables que par la forme conique de leurs habitations, dont la plupart taillées dans le roc ressemblent à celles de Troglodytes. Tout ce pays est désert, et la roule qui le traverse est peu fréquentée: c'est la route des montagnes.
La route la plus suivie d'Àndrinople à Constantinople est celle de Sélivrie, qui se dirige directement au' sud-est et qui va par Kafsa, Eski-Baba, Tchatal -Bourgas et Karisteran, déboucher vers Tchourlou sur la Propontù^ : c'est la route de la plaine, qui se réunit vers Sélivrie à celle de Thessalonique; elle suit les vestiges d'une ancienne voie romaine. Cette route , la plus fréquentée de la Turkie, sort de la vallée d'Andrinople pour s'élever au bourg de Kafsa; et s'éloignant graduellement de l'Hèbre, elle parcourt une plaine ondoyante, d'une vaste étendue et très - agréablement variée: ici sont des collines, tantôt nues, tantôt révê-
DANS L'EMPIRE OTHOMAN. ll\ty
tues de beaux . bouquets d'arbres , là des prairies et des vergers, partout des champs propres à la culture de la vigne et du blé , mais presque tous abandonnés. Les deux principaux affluents de l'Àgriane , que l'on traverse sur cette route , descendent du petit Balkan , l'un des environs du bourg de Serai, l'autre de ceux du village de Topkondjilar, et vont se jeter par un canal commun dans l'Hèbre vers la petite ville d'Erkéné, après avoir arrosé la plus riante vallée de la Thrace.
Il y a d'Àndrinople à Kafsa cinq lieues , de Kafsa à Eski-Baba cinq, d'Bski-Baba à Tchatal-Bourgas quatre, de Tchatal-Bourgas à Karisteran quatre, de Karisteran à Tchourlou six, et de Tchourlou à Sélivrie huit. Kafsa est un joli bourg environné d'arbres, situé sur un plateau, d'où l'on découvre tout le cours de l'Hèbre jusque vers Erkéné; mais Eski-Baba n'est qu'une misérable bourgade environnée de ruines, et la petite ville de Tchatal-Bourgas n'est plus remarquable que par ses poteries de terre cuite, et surtout par des bouts de pipe d'uu rouge-clair, très-agréablement vernissés. Karisteran est un lieu presque désert, mais qui doit avoir été jadis assez important, puisqu'on y voit encore trois pyramides hydrauliques , connues sous le nom de souterazù, où l'on recueillait jadis toutes les eaux des environs. On sort au-delà de Karisteran de la vallée de l'Agriane et du bassin de l'Hèbre, en s'élevant sur un coteau à peine sensible ; et l'on descend par une pente douce à Tchourlou, située sur un cours d'eau qui va se jeter dans la Propontide vers Rhodosto. Depuis qu'on a laissé tomber les murs de Tchatal-Bourgas, la petite ville de Tchourlou est le seul lieu fermé qu'il y ait sur cette
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route; mais on peut le tourner et passer outre. Tchourlou a cependant une grande réputation stratégique, par sa position au débouché du bassin de l'Hèbre sur la Propontide.
La route d'Àndrinople à Sélivrie, qui est la grande route de Constantinople, peut donner une idée de toutes les autres routes de la Turkie. Le chemin est à peine tracé et n'est indiqué que par quelques levées naturelles ou par quelques restes d'anciennes chaussées, entièrement dégradées; en sorte qu'il n'y a pas réellement de chemin v ou que le chemin est partout En général les chemins turks ne s&nt tracés que dans les montagnes , où ils présentent des sentiers inégaux et tortueux : sur les terrains unis, ils passent tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et ne sont marqués que par les traces que l'on y a laissées. Tel est le chemin d'Andrinople à Constantinople. Une armée pourrait y marcher et même y évoluer en tout sens, quelque nombreuse qu'elle fût; mais comme le pays est presque partout inculte et que les villages y sont rares, elle serait exposée à y mourir de faim , à moins qu'elle ne traînât avec elle ses subsistances.
Enfin la dernière route d'Andrinople se dirige au sud, et va, en descendant l'Hèbre, tantôt sur une rive et tantôt sur l'autre, rejoindre vers ïpsala la route qui vient par Férée de Thessalonique : c'est la route commerciale d'Andrinople à Enos. Celle de Thessalonique par Férée à Constantinople se dirige à l'est, et côtoie d'abord la mer Egée et ensuite la Propontide jusqu'au Bosphore. Le terrain, qu'elle parcourt, est généralement uni, mais élevé et quelquefois ondulé. L'olivier ne s'y montre plus, et l'on n'y cultive guère
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que la vigne et le blé. La population y est rare, là culture négligée : de tous côtés sont des champs abandonnés et des bruyères éternelles.
L'Hèbre fait au-dessus de Férée, vers la petite ville d'Ypsala, un grand coude, au fond duquel on le passe sur un bac ; et laissant à droite la route qui descend à Énos, on s'élève sur le plateau de Hanlar, où se réunissent les deux routes de Férée et d'Ypsala. Des' monticules factices et des coupures artificielles indiquent vers le village de Hanlar l'emplacement d'anciens camps rétranchés. On descend du plateau de Hanlar dans une vallée sillonnée par un ruisseau qui paraît être l'Âbsinthus des anciens , et au milieu de la* quelle est la petite ville murée de Reïchan; d'où l'on monte par un chemin pierreux et inégal au £ourg de Malgara, situé, sur un plateau élevé, à la tête de la petite rivière de Mêlas qui va se jeter dans le golfe de Saros, auquel elle avait jadis donné son nom : ce golfe termine de ce côté le littoral de la mer Egée. On sort du plateau de Malgara par le défilé de Dervendji-Keuï; et laissant à droite le chemin par où l'on va du village d'Ortcha à Gallipolis, on franchit le chaînon du Tékir-Dâg, qui lie les montagnes de la Thrace à celles de la Chersonèse , et l'on se dirige par le bourg d'Yénidgik, vers Rhodosto, sur la Propootide.
La Chersonèse de Thrace, située entre le golfe de Saros et l'Hellespont , est une langue de terre de i a à j3 lieues de long sur 2 à 4 de large, très-irrégulièrement découpée, où l'on voyait autrefois douze villes plus ou moins florissantes. On n'y en voit plus aujourd'hui qu'une seule , celle de Gallipolis , située sur
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l'Hellespont à l'entrée de ia Propontide, et peuplée de 12 à i5 mille habitants. Le reste de la presqu'île n'en a pas davantage. L'isthme, qui l'attache au continent, n'a que deux lieues de large, et il est tellement élevé, qu'il domine le réseau de toutes les hauteurs de la péninsule ; en sorte que l'on pourrait descendre de la première de ces hauteurs à toutes les autres. Il faudrait donc, si l'on voulait défendre cette péninsule, rétablir les trois anciennes forteresses qui en défendaient l'entrée, et qui étaient celles de Cardie, de Lysymachie et de Pactiée. La première était au fond du golfe de Saros, la seconde au milieu de l'isthme, et la troisième sur l'Hellespont. Il ne reste plus aujourd'hui de ces villes que quelques ruines, dont on pourrait se servir pour tracer une ligne de retranchement d'une mer à l'autre, et même pour rétablir l'ancien mur qui coupait l'isthme et fermait la péninsule.
Le chemin de Gallipolis va rejoindre au bourg d'Yénidjik la route de Thessalonique à Constantinople, et conduit sur le tracé d'une ancienne voie romaine au village d'Osman-Keuï , situé sur un plateau, d'où l'on descend sur la Propontide à Rhodosto.
Rhodosto, l'ancienne Bisanthe, est une ville de 20 à 25 mille habitants, fermée d'un simple mur crénelé, avec des tours aux angles. Tous les coteaux d'alentour sont couverts de vignes, et produisent un vin rouge très-agréable, qui ressemble au vin de Bourgogne. De toutes les villes de la côte, Rhodosto est celle d'où l'on jouit de la plus belle vue sur la Propontide.
Au-delà de Rhodosto, le chemin devient plus uni et côtoie la mer. Érékli, l'ancienne Périnthe, nommée depuis Héraclée, que Ton trouve entre Rho-
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dosto et Sélivrie, n'est plus qu'une misérable bourgade, formée de quelques groupes de maisons; mais elle présente toujours un aspect agréable, parce qu elle est située sur une éminence, où la plupart des maisons s'élèvent en amphithéâtre.
Sélivrie, l'ancienne Sélymbrie, s'est mieux conservée: elle renferme encore huit à neuf mille habitants, et elle occupe un promontoire, dont l'ancienne forte-s resse, habitée par les chrétiens, couronne le sommet. La ville nouvelle, habitée par les Turks, est au pied du promontoire, et n'est fermée que d'un simple mur, flanqué de tours.
Sélivrie est une bonne position de passage, parce qu'elle est à l'intersection des deux routes d'Andrinople et de Thessalonique à Constantinople. C'est entre Héraclée et Sélivrie que commençait le mur d'Anastase, qui se prolongeait jusqu'au port de Derkon sur la mer Noire et renfermait cet angle de terre, qui finit au Bosphore et termine l'Europe. On l'appelait le Macron- Tichos : il avait été construit sous le Bas-Empire, pour défendre Constantinople contre les incursions des Barbares. On en trouve encore des vestiges en plusieurs endroits. Ce mut* avait quinze lieues de long et formait la base d'un triangle, dont Constantinople occupe le sommet.
Le chemin de Sélivrie à Constantinople suit le littoral de la Propontide, et n'offre plus que deux positions militaires, où l'on pourrait arrêter une armée dans sa marche : ce sont celles des deux bourgs de Bouïouk et Koutchouk-Czemedjé ou du grand et du petit pont, ainsi nommés, parce qu'ils sont situés aux bouches de deux étangs, dont les eaux se dégorgent dans
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la Propontide, et que l'on traverse sur une chaussée étroite percée de plusieurs arches ; mais ces positions pourraient être tournées à la faveur de quelques plis du terrain , parce que les ruisseaux, qui se jettent dans les deux étangs, n'ont qu'un très -petit volume d'eau et sont très-faciles à guéer.
Dès qu'on a passé le grand et le petit pont , on traverse un terrain nu et légèrement ondulé, bordé au nord par quelques vignobles et au sud par la Propon* tide; d'où l'on débouche vers le village de San-Stéphano, où sont les poudrières de l'empire, dans la plaine de Constantinople, coupée seulement par quelques col* lines isolées et par quelques mares d'eau. Le terrain, autour de la ville, est nu, inculte, la population rare: on n'y voit presque point d'habitation, aucune avenue plantée : les dehors de cette capitale ressemblent à un désert.
Mais si les dehors de Constantinople sont tristes du côté de la terre, rien n'est plus imposant que son aspect, quand on y arrive par mer. Dès qu'on a tourné la pointe de San-Stéphano, tout-à-coup la ville se déploie devant vous comme un vaste amphithéâtre, qui semble sortir du sein des eaux et se courber comme un croissant depuis le château des Sept-Tours jusqu'à la pointe du Serai. On double cette pointe; et laissant à droite, d'abord sur la côte d'Asie et puis sur celle d'Europe, les deux faubourgs de Scutari et de Galata, qui ne sont séparés l'un de l'autre que par l'embouchure du Bosphore et qui semblent fuir tour à tour devant vous comme dans un tableau mouvant, vous entrez dans un port profond, qui vous présente sur un nouvel horizon une nouvelle scène et une nouvelle perspective,
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où le mélange des eaux, des arbres et des maisons produit.au premier aspect une sorte d'enchantement.
Mais l'intérieur de la ville ne répond pas à cette brillante perspective : des rues étroites, mal pavées et tortueuses, des places irrégulières et couvertes d'immondices, partout des maisons petites et dont la petitesse contraste avec la grandeur de quelques édifices publics, telle est la capitale actuelle de la Turkie, qui ne se fait réellement distinguer des autres villes de l'empire, que par son étendue et par la beauté de ses bains, , de ses bazars et surtout de ses mosquées.
Constantinople a la forme d'un triangle , qui tient par un de ses côtés au continent, et dont les deux au-* très sont baignés, l'un par les eaux.de la Propootide, l'autre par celles du port. À l'angle le plus méridional est le château des Sept-Tours, au plus oriental le Serai ou palais du sultan, et au plus septentrional le vieux palais, de Constantin.
. Le château des Sept-Tours, l'ancien Cyclobon, situé sur la Propontide, est un pentagone de 4° toises de côté, flanqué de sept tours. Les cinq tours principales flanquent les angles du pentagone, et les deux autres la porte d'entrée, l'ancienne porte Dorée.
Le Serai, qui est à l'entrée du Bosphore et du port, occupe remplacement de l'ancienne Byzance, et ressemble plutôt à une forteresse qu'à un palais : c'est un amas confus de constructions irrégulières, telles que pavillons, kiosques, bains, la plupart surmontées de coupoles dorées et environnées de jardins, le tout enveloppé d'une muraille de a 5 à 3o pieds de haut et de près d'une lieue de développement.
L'angle le plus septentrional se termine au fond du
port et renferme le palais de Constantin , celui des Blaquernes et l'ancien quartier de l'Hebdomon , jenvironné du faubourg d'Eïoub, où le sultan, à son avènement à l'empire, va ceindre le cimeterre.
La ville moderne est assise sur un promontoire qui va en s'abaissant depuis le palais de Constantin jusqu'à la porte du Serai, et qui verse ses eaux, d'un côté dans la Propontide et de l'autre dans le port. L'arête entre les deux versants divise la ville en deux parties, séparées l'une de l'autre par une longue rue, qui se prolonge du nord -ouest au sud -est depuis la porte d'Andrinople jusqu'à celle du Serai. De cette arête se détachent sept collines, comme autant de contreforts. Six de ces collines occupent le versant du port, et la septième, qui se ramifie en plusieurs branches, couvre de ses rameaux tout le versant de la Propontide. Sur la première colline, en.s'élevant du sud au nord , on voit le Serai, Sainte-Sophie et la mosquée de Sultan Ahmed, sur la seconde la mosquée d'Osman, sur la troisième, le point le plus élevé de la ville, celle de Soliman et le vieux Serai. L'aquéduc de Valens joint la troisième à la quatrième, sur laquelle est bâtie la mosquée de Méhèmet : celle de Sélim est bâtie sur la cinquième, le palais de Constantin sur la sixième; et la septième descend sur la Propontide par un talus presque insensible, depuis la porte d'Andrinople jusqu'au château des Sept-Tours.
La plus belle mosquée de Constantinople, celle qui a servi de type à toutes les autres , est l'ancien temple chrétien, dédié par Justinien à la sagesse éternelle, personnifiée sous le nom de sainte Sophie : c'est une croix grecque de 270 pieds de long sur 24° de large,
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surmontée d'une vaste coupole , dont les courbes s'appuient sur deux demi -dômes, élevés chacun sur trois dômes plus petits, le tout soutenu par quatre énormes piliers réunis par des arcades et renforcés par huit colonnes de granit.
La mosquée de Soliman est après celle de Sainte- Sophie la plus grande, et celle d'Ahmed la plus élégante. La plupart de ces mosquées se ressemblent et présentent toutes une croix grecque, couronnée par des coupoles plus ou moins élevées et surmontées par des minarets, du haut desquels on appelle le peuple à la prière. L'intérieur du temple est nu ou seulement orné de quelques sentences tirées du Coran; mais les différentes parties de l'édifice sont ordinairement supportées par des colonnes de marbre, de jaspe ou de porphyre, et l'on y a prodigué tous les ornements d'architecture, empruntés aux temples chrétiens.
Les monuments anciens, les plus remarquables de Constantinople après Sainte-Sophie, sont ceux que Ton voit sur la place de l'Hippodrome ou autour de cette place , nommée par les Turks Àtmeïdan : c'est une place irrégulière de s5o pieds de long sur i5o de large, au milieu de laquelle s'élève un obélisque égyptien en granit rose de 60 pieds de haut, qui a ses quatre faces chargées d'hiéroglyphes et son piédestal orné de basreliefs.
Près de cet obélisque est un autre obélisque grec, et entre les deux une colonne torse en bronze, aujourd'hui tronquée et surmontée jadis de trois têtes de serpents, dont les corps entortillés formaient le fut: on la nomme vulgairement la Colonne brûlée, parce qu'elle a été noircie par le feu des incendies.
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Derrière la place de l'Hippodrome est la citerne de Phjloxène de 1.90 pieds de long sur: 166 pieds de large, dont la voûte, soutenue par une infinité de çoy lonnes, est percée de lucarnes, qui servaient autrefois de margelles. Cette citerne est aujourd'hui consacrée à une filature de soie , ainsi que la plupart des citernes voûtées. Les citernes à ciel ouvert sont devenues des jardins, et elles sont presque toutes dégradées, ou détournées de leur première destination; en sorte que la ville serait privée d'eau, si on ne lui en amenait par des aqueducs, dont la plupart sont l'ouvrage des empereurs romains.
Celui de Valens, qui réunit la troisième à la quatrième colline et qui porte de l'eau au Serai, a 3i4 toises de long sur 70 pieds d'élévation, et il est formé de deux espèces d'arcades,. les unes en ogive, les autres à cintre plein. Cet ouvrage est construit en pierres de taille, et il est attribué à l'empereur Valens , quoiqu'il ait été reconstruit presque en entier par Soliman-le- Grand. Les aqueducs de Coustantinople se divisent au faubourg d'Eïoub en deux branches, dont l'une porte de l'eau au château des Sept~ToUr& par l'aquéduc de la porte d'Andrinople , et l'autre au Serai par l'aquéduc de Valens.
Le palais de Constantin, situé entre la porte d'Andrinople et celle du faubourg d'Eïoub, n'est plus qu'une ruine; mais le palais des Blaquernes, situé tout auprès, est mieux conservé. Ce palais fut la résidence des der-* niers empereurs. :*
L'enceinte de la ville est de 9*5oo toisée au moins, lie côté de la campagne en a près de. 3,ooo , celui de la Propontide 2,5oo , et le côté du port plus de 4?ooo, en suivant la courbure du rivage. Le côté du port et
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celui de la Propontide sont fermés d'une simple muraille de 20 à s*5 pieds de haut, flanquée de tdurs rondes ou carrées , dont quelques-unes sont masquées par les maisons; mais le côté de la campagne, qui n'est pas défendu par la. mer , comme lés dieux autres , a été fortifié avec plus d'art > et il est. fermé de trois mùr$ parallèles, bordés à l'extérieur d'un fossé de ïa pinsdè de profondeur sur 2 5 de large et a élevant les uns au** dessus des autres depuis les bords du fossé jusqu'au mur intérieur; en. sorte qiie ce dernier mur a a5 à 3o pieds d élévation, celui du milieu 20 à a 5 et Je mur. extérieur seulement i5 à 20. Ces trois murs, à environ 20 pieds lès uns des autres, et dont tes deux intérieurs sont couronnés de tours, ont au £re* mter aspect quelque chose d'imposant, parce iquilg peuvent présenter une triple ligne de feux; mais comme ils n'ont point été disposés pour recevoir die l'artillerie et que l'ennemi pourrait s'en approcher de trèé-près avec la sienne à l'abri de quelques' plis du terrain , Constantinople ne pourrait pas soutenir long-teitips une attaque régulière. <
La triple muraille se termine r vers le palais de Constantin, à l'angle, rentrant, où le terrain s'élève et s'abaisse brusquement vers le fond du port; et «c'est sans doute à cette âpreté du terrain qu'il faut attribuer; la faiblesse dû reste de l'enceinte, qui n'est plus fermée* jusqu'au, port cjue d'une simple muraille flanquée de tours. Ce point est cependant la clef de Constantinople; et la colline voisine * à laquelle est adossé le village de Topehilar et qui couronne le faubourg d'Eïoub , est le nœud de. toutes les petites vallées, qui, comme autant de rayons divergents, s'épanouissent dans la ville et
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ses environs. Partout ailleurs le terrain est découvert, et forme en avant des remparts de superbes glacis.
Le port finit vers le faubourg d-Eïoub à un vallon, connu sous le nom des Eaux douces , où l'on voit un joli kiosque, soutenu par des colonnes* de marbre blanc et surmonté d'une coupole dorée. Au fond de ce vallon , renommé pour la beauté de ses prairies et de ses ombrages, commence un coteau nu et escarpé qui borde l'autre côté du port et qui se termine en un promontoire, dont le faubourg de Péra occupe le sommet et celui de Galata le pourtour. Ce promontoire, encore plus élevé que celui sur lequel Constantinople est assise, présente la seule position militaire extérieure qui plonge dans la ville : toutes les autres collines, à l'exception de celles qui environnent la porte d'Àndrinople et le palais de Constantin, fuient et s'abaissent dans le lointain.
La pointe de Galata et celle du Serai, à 5oo toises seulement l'une de l'autre, forment l'entrée du port; et c'est la pointe du Séraï et celle de Scoutari , éloignées entre elles de 900 toises, qui forment l'entrée du Bosphore. Le Bosphore a i5,3oo toises de long, sur une largeur variable, de 1,900 toises à 36o, et le port a 4?5oo toises de profondeur sur une largeur de 5oo à 200 toises. Les anciens appelaient ce port Chryso-Kèras ou Corne d'or, parce qu'il se courbe dans les terres, comme une corne de taureau.
Péra est la résidence des ambassadeurs européens, Galata celle des négociants francs , et le faubourg de Scoutari, le lieu de sépulture préféré par les Turks, parce qu'il est situé en Asie, le berceau de leur religion.
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A trois quarts de lieue de Scoutari , sur le retour que fait la côte en s'ouvrant vers la Propontide et au fond d'urle anse demi-circulaire, où coule le ruisseau de Chalcédon, est le village de Cadi-Keuï, l'ancienne Chalcédoine, dans lequel on montre encore la rotonde de Sainte-Euphèmie, devenue célèbre pour avoir été le siège d'un concile général. Le petit port de Chalcédoine est bordé des îles des Princes , qui terminent le Bosphore du côté de la Propontide , comme les îles Cyanées le terminent du côté de la mer Noire.
Constantinople est dans une position admirable. Il n'y a point d'autre ville au monde mieux située pour le commerce, aucune autre, dont le port soit aussi sûr, la défense plus facile, les approvisionnements plus prompts : les vents, qui en défendent l'entrée aux vaisseaux de la Méditerranée , y poussent ceux de la mer Noire : on dirait que la nature l'a destinée à être l'entrepôt du monde, et à dominer tout à la fois sur l'Europe et sur l'Asie.
On évalue sa population et celle de ses faubourgs a environ cinq cent mille habitants, au nombre desquels on compte environ 3oo mille Turks, ioo mille Grecs, 70 mille Arméniens et 3o mille Juifs. Lès deux tiers de cette population habitent Constantinople, et l'autre tiers ses faubourgs, parmi lesquels celui de Scoutari par son étendue et par sa population tient le premier rang. Ces divers habitants ont chacun des occupations et une physionomie particulières. Les Grecs, les Arméniens et les Juifs vivent de leur industrie, et la plupart des Turks sont employés dans la milice ou dans l'administration. Ils ont chacun des vêtements et surtout des couleurs qui leur sont affectées; et quand
même ou ne les distinguerait pas à leurs habits et à leur coiffure, on les reconnaîtrait encore à leur démarche et aux traits de leur visage. Le Turk se fait remarquer par sa gravité, ^Arménien par son flegme, le Grec par sa vivacité, et le Juif par sa souplesse et sa srervilité : on voit bien que le prçrtiîer est le maître, et que les autres ne sont que ses esclaves.
Constantinople n'a pas cette physionomie animée qui distingue les autres capitales de l'Europe. Il n'y a guère dé mouvement que sur le port : partout ailleurs règne ce morne silence du despotisme, qui se fait également remarquer dans toutes les autres villes turkes, et qui n'est interrompu que par le cri religieux des Muézins : «Dieu seul est grand, il n'y a « qu'un seul Dieu , et Mahomet est son prophète. » Ce cri, qui descend du haut des minarets, pour appeler le peuple à la /prière, semble au milieu du silence général descendre du haut des deux.
Le terrain, autour de Constantinople, est uni ou légèrement onduléi depuis le château des Sept -Tours jusqu'au fond du port; mais au-delà et surtout vers l'angle, compris entre le Bosphore et la mer Noire, it devient inégal et montueux. Tout ce coin de terre est hérissé de hauteurs , s'élevant par échelons vers le nord jusqu'à la crête des montagnes qui bordent la mer Noire, et vers Fèst jusqu'à une autre crête parallèle au Bosphore et qui en suit la courbure : d'un coté les eaux coulent dans la mer Noire et dans le Bosphore, de l'autre au fond du port. Les ruisseaux tombant dans la mer Noire ou dans le Bosphore, ont peu de cours et un très-petit volume d'eau : tels sont ceux qui se jettent dans les baies de Domousderé et
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de Kilia ou dans celles de Bouïouk-déré et d'Istènia; mais les autres, qui viennent se jeter au fond du port, ont un cours plus long et un plus grand volume d'eau, et forment les deux petites rivières d'Àli-Bey et de Ket- Hana, dont le point de réunion est dans le vallon des Eaux douces. La première de ces rivières parait être le Cydaris, et l'autre le Barbycès des anciens : elles descendent toutes deux des montagnes qui bordent la mer Noire; mais le Barbycès, le plus oriental des deux affluents, a un plus gros volume d'eau, parce qu'il reçoit l'Hydrolis, venu du village de Belgrade, et tous les autres affluents , descendus de la rive septentrionale du Bosphore. Ces deux rivières sont séparées par un contrefort, qui va se terminer vers leur confluent au fond du port en une espèce de promontoire, et coulent toutes deux , ainsi que tous leurs affluents , dans des vallées étroites et profondes, qui présentent à côté d'une des plus grandes villes du monde, les aspects les plus sauvages et les plus romantiques. On se croirait transporté au fond de l'Amérique dans ces vallées solitaires, que diguent les castors, pour y construire leurs maisons; et l'on dirait que l'on a voulu imiter ici le travail de ces animaux, en barrant toutes les vallées où coulent les plus petits ruisseaux, pour en élever les eaux dans des souterazis ou espèces de réservoirs, construits en forme d'obélisques; d'où on les conduit sur la pente des montagnes à Constantinople par des aqueducs, que l'on peut comparer à ceux de Rome pour la beauté et la hardiesse du travail. On distingue parmi ces aqueducs l'aquéduc Coudé % dit de Constantin,
i. I/aquédtic Coudé traverse le Barbycès près du village de
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porté sur trois rangs d'arcades, dont les ouvertures vont en augmentant d'un rang à l'autre, et l'aquéduc attribué à Justinien1, porté seulement sur deux rangs, dont les piles s'élèvent en talus jusqu'à la partie supérieure. Ces deux aqueducs, les plus beaux *les aqueducs restants du moyen âge, sont également remarquables, l'un par la grandeur de sa construction, l'autre par l'élégance et la proportion de toutes ses parties.
Telle est la découpure et tel est le relief de ce coin de terre, qui environne Constantinople et qui termine l'Europe. Le sol, quoique montueux et haché, en est très-fertile; et s'il était bien cultivé, il produirait les meilleurs fruits et les plus beaux arbres. On y voit presque tous ceux qui ornent nos campagnes, tels que l'orme, le frèn,e, le tilleul, le platane, le peuplier, le marronier et plusieurs autres assez rares parmi nous, comme le cyprès pyramidal, le plaqueminier, le micoucoulier, l'arbre à soie et plusieurs espèces d'acacias. Le ciel y est pur* le soleil brillant, les hivers doux, les étés tempérés, le paysage enchanteur et si varié, que la m/?r semble s'être glissée furtivement jusqu'au sein des terres, pour l'animer et l'embellir encore. Si l'on pouvait détacher ses affections du pays où l'on est né, je dirais, comme Horace, que ce petit coin du globe me plaît mieux que tous les autres :
Pyrgos au-dessous de celui de Belgrade, et il est ainsi appelé, parce qu'il est formé de deux parties en équerre entre elles.
i. L'aquéduc de Justinien traverse le Cydaris près du village de Djébedji-Keuï : il a 18 toises de hauteur, et ses piles près du sol en ont 8 d'épaisseur.
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Il le terrarum mihi praeter omnes Angulus ricfct....
Le mont Hœmus ou le Balkan, en se courbant au sud jusqu'au Bosphore, verse ses eaux, d'un coté dans la mer Noire, et de l'autre dans l'Hèbre et la Propontide. Le versant oriental décline en pentes courtes et brusques; mais l'occidental se déploie en pentes plus longues et plus douces. Sur le premier coulent les eaux, qui descendent par les golfes de Derkon, de Média, d'Aïnada et de Bourgas dans la mer Noire; et sur l'autre, celles qui descendent par les golfes de Czemedjé, de Sélivrie, de Rhodosto dans la Propontide, et par l'Agriane et le Salsédéré dans l'Hèbre. Cette dernière région paraît déserte, et les habitations y sont rares. On ne trouve guère de lieux un peu considérables sur le versant de la Propontide que les bourgs de Tchataltcha et d'Indjighis, et sur le versant de l'Hèbre que la ville de Kirkilissia ; mais je versant de la mer Noire est mieux peuplé, et l'on^y voit plusieurs petits ports, qui font le cabotage entre Constantinople et Varna.
Le premier de ces ports, en s'élevant du sud au nord, après être sorti du Bosphore, est celui de Derkon , situé au fond d'un golfe , d'environ deux lieues de profondeur et où se terminait le long mur d'Anastase. Ce golfe est aujourd'hui défendu par une mauvaise redoute.
La côte est très-eâcarpée depuis le port de Derkon jusqu'au bourg de Média, situé sur un promontoire bordé de deux ruisseaux, dont les bouches sont obstruées par des bancs de sable. Ce bourg est environné