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plus habitées aujourd'hui que par des peuplades armigères, qui désolent le pays par leurs brigandages, et elles sont toutes couvertes d'une foret presque continue de hautes futaies : ce qui indique un état de civilisation encore imparfait, parce que les hommes en se civilisant abattent ordinairement ces grands massifs de bois, pour leur substituer des plantations isolées ou groupées en petits bouquets, qui ornent la terre, sans la surcharger. Il en est des arbres , comme de la population, qui ne prospère que là où elle est bien distribuée. Partout où elle est entassée, comme en Turkie, sur de très-petits espaces , les campagnes sont désolées par des brigands, et les hommes se dévorent dans les villes, comme les poissons dans un vivier.
Prava est une position de passage très-importante, parce qu'elle est sur le chemin direct de Thessalonique à Constantinople , et au débouché de la plaine de Philippes où se donna la bataille, qui vit expirer la liberté romaine. Au-delà de Prava, les montagnes s'écartent à droite et à gauche , et l'on entre dans la plaine par son extrémité méridionale, qui en est la partie la plus élevée. Une traînée de petites collines, à travers lesquelles passe le chemin de Prava à Néapolis et à la Cavale, la sépare de ce côté du rivage escarpé de la mer. Quelques-unes de ces collines paraissent détachées des autres, et s'avancent dans la plaine. Au fond et au pied d'un amphithéâtre de montagnes qui s'élève jusqu'à la plus haute cime des monts Pangées, sont les ruines, de Philippe^, et à deux milles en avant de ces ruines deux collines isolées, l'une au nord, l'autre au sud, sur lesquelles étaient assis les camps de Brutus et de Cassius : ceux d'Octave et d'Antoine étaient vis-
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à-vis à l'ouest sur deux autres collines, séparées des premières par un ruisseau qui court du sud au nord et va se perdre dans un marais. Brutus et Cassius occupaient ainsi les débouchés de la plaine qui conduisent à Néapolis et à la Cavale , et Octave occupait avec Antoine ceux qui conduisent à Prava et à Àmphipolis. Les deux armées étaient venues sur le champ de bataille. Tune de l' Asie-Mineure à travers l'Hellespont et en côtoyant le littoral de la Thrace jusque vers l'île de Thase, d'où elle était montée sur la plaine par les défilés des monts Pangées : l'autre y était venue de l'Italie à travers la Grèce et en côtoyant le littoral de la Macédoine jusqu'à Àmphipolis, où l'attendaient Norbanus et Saxa, qui avec huit légions occupaient déjà le pays au nom des triumvirs, et qui à l'approche de Brutus et de Cassius s'étaient repliés du Nestus sur le Strymon , où l'armée triumvirale se rassembla, pour entrer toute réunie dans la plaine par les défiles de Prava. Chacune des deux armées était composée de dix-neuf légions; mais les légions de l'une, recrutées en Italie et dans la Grèce, étaient plus complètes que celles de l'autre qui n'avaient pu être recrutées qu'en Asie ou dans la Thrace; et les deux triumvirs avaient sous leurs étendards environ cent mille hommes d'infanterie et treize mille de cavalerie, tandis que Brutus et Cassius n'avaient que quatre «-vingt mille fantassins et quinze mille cavaliers. Ainsi si ces derniers étaient supérieurs en cavalerie, les autres Tétaient en infanterie, et c'est l'infanterie qui gagne les batailles. Oc* ta ve occupait avec sa division la gauche d'Antoine, et Brutus occupait avec la sienne la droite de Cassius; en sorte que Brutus était opposé à Octave, et Cassius
à Antoine. Brutus attaqua le premier, et enfonça les légions d'Octave; mais pendant qu'il poursuivait les fuyards, Cassius découvert sur son flanc droit fut luimême enfoncé par Antoine ; et dans la persuasion que Brutus l'avait été comme lui, il se tua de désespoir. Brutus en rentrant victorieux dans son camp, y apprit la fin tragique de Cassius; et ayant rallié les légions dispersées de son ami, il se disposa à livrer seul une seconde bataille. Les deux armées se tâtèrent pendant plusieurs jours , et en vinrent enfin à une nouvelle action générale , encore plus meurtrière que la première. Brutus, après avoir enfoncé de nouveau les légions d'Octave et s'être séparé par ce mouvement du camp qu'il occupait, fut lui-même tourné sur son flanc gauche par Antoine, et acculé au pied des montagnes qui bordent la plaine vers l'est, où à l'exemple de Cassius il se perça de son épée, en s'écriant : « O vertu, tu n'es qu'un vain nom», comme si l'homme, qui défend une juste cause, n'avait point d'avenir et pouvait accuser la Providence de l'impuissance de ses efforts, lorsqu'il ne doit en accuser que les égarements des passions humaines.
Brutus et Cassius, qui combattaient pour la république contre Octave et Antoine qui, à l'exemple de César, voulaient établir à Rome la monarchie pure, défendaient assurément la meilleure cause, puisqu'ils cherchaient à faire prévaloir un gouvernement mixte et tempéré sur un gouvernement simple et absolu; mais quand on défend la vertu , il ne faut pas la blasphémer, comme si on ne la défendait que pour soi et par orgueil , tandis qu'on ne doit la défendre que dans l'intérêt du genre humain et pour obéir à la volonté divine empreinte dans notre raison.
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Brutus et Cassius furent appelés les derniers des Romains, et ils le furent réellement, parce qu'il n'y a plus de citoyens, quand il n'y a plus de patrie, et qu'il n'y a plus de patrie, quand il n'y a plus de liberté. Mais si Brutus et Cassius furent les derniers des Romains, ils n'en furent pas les plus grands; et si dans les champs de Philippes , ils déployèrent l'un et l'autre un courage héroïque, ils n'y montrèrent pas, comme généraux, de grands talents.
Antoine, qui était un homme sans vertu, comme tous les hommes avides du pouvoir absolu, mais qui savait la guerre, parce qu'il l'avait apprise sous César, chercha dans les deux batailles à séparer l'armée ennemie de ses communications avec Néapolis et l'île de Thase, où elle avait établi ses dépôts, et il y réussit dans la dernière bataille, en manœuvrant sur le flanc gauche de Brutus et en lui fermant les débouchés de la plaine sur Néapolis; mais Brutus, qui pour ne pas se laisser couper la retraite, aurait dû prévenir cette manœuvre, en portant ses principales forces sur son flanc gauche, les porta au contraire sur son flanc droit pour les diriger contre Octave , et il se vit ainsi acculé au fond de la plaine, entre les marais qui la bordent au nord, et les montagnes qui l'environnent à l'est. Dans cette position , il ne pouvait plus se dégager qu'en passant sur le corps à toute l'armée ennemie : ce qu'il tenta sans succès , et ce qui explique le désespoir précipité de ce Romain, ainsi que celui de Cassius, blâmés par tous les historiens.
Le chemin de Prava à la Cavale coupe la plaine obliquement ; et laissant à gauche les ruines de Philippes sur une éminence, dont l'Acropolis occupait le som-
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met, il entre dans une gorge creusée entre les petites collines, qui bordent la plaine au sud; d'où il s'élève sur la crête escarpée de la côte, pour descendre par une pente rapide sur les bords de la mer vers les ruines de Néapolis, ou, en tournant à l'est, vers la petite ville de la Cavale, peuplée, comme celle de Prava, de deux, à trois mille habitants, presque tous Turks.
Cavala, ou comme on dit vulgairement la Cavale, est située au pied d'un contrefort des monts Pangées sur un rocher qui saille en mer, et qui semble iftarquer la liaison de ces monts avec l'île de Thase. La ville est environnée d'une double enceinte, tournant autour du rocher, et elle est couronnée par une citadelle, qui domine d'un côté la rade, et de l'autre le col creusé entre le rocher et le contrefort , par où passe le chemin de Constantinople : ce qui fait de cette forteresse une des clefs de la Macédoine, puisqu'on ne peut y entrer de ce côté, sans défiler sous son canon ; mais elle est aujourd'hui dans un mauvais état de défense, comme toutes les forteresses turkes, et elle a l'inconvénient de pouvoir être battue d'une hauteur placée à l'est, d'où elle reçoit de l'eau par un aqueduc à deux rangs d'arcades. Cette hauteur, qui va se rattacher aux monts Pangées et dont l'aquéduc parcourt les crêtes, était autrefois défendue par des ouvrages, aujourd'hui à moitié détruits. Il faudrait rétablir ces ouvrages et les lier à ceux de la Cavale, si on voulait compléter les fortifications de cette place, et lui assurer l'eau dont elle a besoin et qu'on peut maintenant lui couper. La Cavale est une position très* importante, parce qu'elle ferme là Macédoine du côté de l'est, comme Platamona la ferme du côté de l'ouest.
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On monte en sortant de la Cavale par une chaussée étroite sur la crête du contrefort qui porte l'aquéduc , d'où l'on descend dans un vallon d'environ une demilieue de large , s'ouvrant au sud sur la mer; et après avoir traversé ce vallon d'ouest en est, on remonte sur la crête d'un autre contrefort , fermé jadis par un mur, connu sous le nom de Pergamus munis. On descend delà dans un second vallon parallèle au premier; et remontant un troisième contrefort, dont le col était défendu, comme les deux autres, par une ancienne muraille* nommée Phragrœus murus, on débouche enfin dans la Thrace par un chemin qui côtoie d'abord le rivage de la mer, mais qui s'en écarte ensuite, pour aller passer le Nestus à deux lieues de son embouchure. Le passage de cette rivière torrentueuse et les trois défilés* qu'il faut successivement traverser pour pénétrer dans la Macédoine , défendent mieux ce pays du côté de la Thrace que la forteresse de la Cavale, qui n'est, comme celle de Platamona, qu'une bicoque, incapable d'arrêter une armée dans sa marche.
La Macédoine est environnée d'un demi-cercle de montagnes, dont le diamètre , baigné par la mer, présente dans le golfe Therméen et dans le golfe Strymoniaque deux grandes échancrures, et deux plus petites dans le golfe Toronaïque et dans le golfe Singitique.
A une des extrémités du demi-cercle est le mont Olympe, à l'autre le mont Pangée et au fond la chaîne mœsique, d'où se détache un grand contrefort ou une chaîne intermédiaire qui se prolonge du nord au sud depuis le mont Orbèlus jusqu'au mont Âthos, et qui coupe le demi-cercle en deux parties. La partie occidentale comprend la plaine de Khateri et les deux
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bassins de lHaliacmon et de l'Axius ; et la partie orientale embrasse celui du Strymon et la plaine de Philippes.
Les trois péninsules de la Chalcidique, et surtout celle du mont Athos, placée hors du demi-cercle, appartiennent encore moins à la Macédoine qu'aux îles de la tuer Egée , qui semble vouloir les envahir et les détacher peu à peu du continent. Le mont Athos paraît le mont le plus élevé de cette contrée ; mais c'est qu'il n'a point, copime les autres, de piédestal, et qu'il pose immédiatement sur la mer. Le mont Olympe n'est guère moins élevé. On ne donne au mont Athos que 1060 toises d'élévation, tandis que le mont Olympe en a 1017, le mont Scardus au moins i4oo, le mont Orbèlus i3oo, le mont Scomius 1200 et le sommet des monts Pangées environ jooo. Les autres montagnes de la Grèce sont en général moins élevées que celles de la Macédoine : le mont Pinde n'a pas plus de 1200 toises, le mont Parnasse plus de 1000 et le mont Cyllène dans la Morée plus de 900.
Sur l'arc du demi-cercle et au débouché des montagnes sont Platamona, Servitza, Grévéna, Castorie, Monastir,Uscup, Gomanova, Egri-Palanka , Guesten*dil, Dubnitza, Négrocoup, Drama et la Cavale, et sur sa corde, très-irrégulièrement échancrée par la mer, Véria ou Bérée, Thessalonique, Amphipolis et Prava. Vodina et Sérès sont les deux seules villes importantes de l'intérieur.
La Macédoine est la contrée de la Grèce la plus riche en subsistances et en hommes ; et voilà pourquoi les maîtres de cette contrée le furent presque toujours de toutes les autres. C'est aussi la contrée la plus
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commerçante, et la ville de Thessalonique fait à elle seule presque la moitié du commerce extérieur de toute la Grèce.