CHAPITRE PREMIER
De l'Étolie et de TAcarnanie.
En ne considérait le golfe de Corinthe que comme une espèce, de mer intérieure, le littoral ionien ne commence proprement qu'au détroit de Lépanthe, vers le fond du golfe de Patras. Le golfe de Patras s'ouvre sur la mer Ionienne entre le cap Araxe et le cap Scropha, vers l'embouchure de PAcheloûs, et forme une espèce d'entonnoir, défendu à son goulet par les deux forts de Bhium et d'Anti-Rhium, qui n'étant éloignés l'un de l'autre que de huit à neuf cents toises au plus , croisent bien leurs feux , et pourraient aisé-
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ment fermer à une escadre l'entrée du golfe Corinthien.
Le chemin de Lépanthe dans TÉtôlie traverse le canton de Vénético, l'ancienne Étolie Épictète, et côtoie la chaîne du mont Corax jusqu'au pied du mont Chalcis; d'où 'en tournant cette montagne au. nord, il va passer l'Événus vers, la fontaine de Callirhoë et vers les ruines de Calydon, ou> en tournant la mon* tagne au sud, passer Je fleuve vers le village de Gala ta.
Le mont Chalcis paraît être le dernier chaînon du mont Corax, et le mont Corax, par sa direction de Test à l'ouest, le prolongement du mont GEta, qui semble couper vers l'ancienne Doride la chaîne grecque à angle droit et qui étendant ses branches, d'un côté jusqu'au canal de l'Eubée, de l'autre jusqu'au golfe de Corinthe, sépare militairement le midi du nord de la Grèce : c'est ce qui avait jadis donné tant d'importance au mont OEta, regardé généralement comme un rempart élevé par la nature pour protéger les Grecs contre les Barbares. Cette chaîne, perpendiculaire à la chaîne grecque, est en effet la meilleure défense militaire des Grecs du midi contre ceux du nord, parce qu'elle est partout très-élevée, et qu'elle n'offre que deux passages à ses deux extrémités : l'un sur le littoral des Thermopyles, l'autre sur celui de Lépanthe. La forteresse de Trachis, qui défendait autrefois le premier de ces passages, et celle de Lépanthe qui défend aujourd'hui le second, peuvent donc être considérées comme les deux clefs de la Grèce méridionale; et si cette portion de la Grèce s'affranchissait du joug des Turks avant celle du nord, il faudrait relever ou réparer ces deux forteresses.
L'Événus, nommé aujourd'hui Fidari, que l'on traverse en entrant dans l'Étolie, proprement dite, descend, comme le Céphise, de ce groupe de montagnes, qui est comme le noyau du mont Œta et qui lie le mont Parnasse à la chaîne grecque. Il est formé de quatre affluents principaux: le premier descend des plus hautes sommités du mont Corax, le second du pied même de la chaîne grecque, et les deux autres du mont Panétolicon, un des grands contreforts de cette chaîne, et ils vont se réunir tous les quatre dans une vallée profonde creusée sur le revers du mont Corax; d'où le fleuve sort, en s'ouvrant un passage entre le mont Ghalcis et le mont Aracynthe , pour aller se jeter par deux bouches dans le golfe de Patras, entre le village de Galata et le bourg d'Hippochori1.
Ce fleuve est torrentueux, et change souvent de lit. L'hiver, on le passe sur un bac, l'été sur le dos d'uU guide; et il paraît qu'autrefois on le passait ainsi, puisque le centaure Nessus, ayant passé sur son dos Déjanire et voulant lui faire violence, fut tué d'un coup de flèche par Hercule, resté sur l'autre bord. .
Les vallées, par où coulent les divers affluents de l'Événus, sont très-élevées au-dessus du niveau de la mer, et ne produisent que des arbres forestiers et dm pâturages. Aussi la population y est-elle rare et
i. Voyez pour de plus amples détails sur cette partie de la, Grèce le Voyage de M. de Pouqueville qui, ayant long- temps résidé à Yanina, a pu recueillir, sur l'Étolie, l'Acarnanie, l'Épire et en général sur toute la Grèce occidentale , plus de renseignements et des renseignements plus exacts , que les autres voyageurs.
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clair -semée. On ne voit dans les deux premières que les bourgs d'Âmourani et de Lépotina, et dans les deux autres que quelques méchants villages, dont les habitants ne se nourrissent que du lait de leurs troupeaux ou des châtaignes de leurs montagnes; mais on cultive dans la partie inférieure de ces vallées, autour du bourg de Cossina et du lac de Saurovitza, un peu de maïs et quelques vignes , et Ton trouve dans l'intérieur des terres un superbe plateau bordé de hautes montagnes et creusé par deux grands lacs, qui s'étendent depuis les bords de l'Évènus jusqu'à ceux de TÀchéloûs et qui divisent naturellement ce bassin en deux régions, l'une au nord; l'autre au sud. La première, qui s'élève jusqu'au mont Panétolicon, est habitée par des peuplades armigères, dont les mœurs farouches rappellent celles des anciens Etoliens; mais l'autre, qui n'est séparée du golfe de Patras que par le mont Àracynthe, est habitée par des peuplades chrétiennes plus ou moins industrieuses, adonnées à l'agriculture et au commerce. '
C'est dans ce bassin intérieur que l'on trouve les deux lacs de Vrachori et d' Angelo-Castron , qui paraissent être, le premier l'ancien lac de Trichonium, le second celui* de Lysimachie et qui communiquent l'un avec l'autre par des canaux marécageux, que l'on croirait artificiels, s'ils n'étaient alimentés par trois petites rivières, descendues du mont Panétolicon.
La plus orientale de ces rivières vient du village de Zacogliana et va se jeter directement dans le lac de Vrachori; mais les deux autres, celles de Thermissi et de Zapandi, s'écoulent dans les marais qui unissent les deux lacs et qui s'épanchent dans celui d'Angeloi. 18
Castron, vers lequel le terrain s'incline légèrement.
Au nord de ces marais, et à peu près à une égale distance des deux lacs, est la petite ville de Vrachori, divisée en plusieurs groupes de maisons et peuplée de quatre à cinq mille habitants, la plupart Turks, mêlés de Grecs et de Juifs. Cette ville, devenue le siège de l'administration du pays, est entièrement ouverte, et n'a pour toute défense que les marais, dont «elle est bordée. Son territoire est cultivé en riz, en tabac, en maïs et en blé , et elle a quelques fabriques de cuirs et de maroquins.
 une lieue au nord-est de Vrachori on voit les ruines de Thermus, et à une lieue au nord -ouest le bourg moderne de Zapandi. Les ruines d'Angelo - Castron , bâti par Ange Comnène sur l'emplacement d'Arsinoë, sont au sud-ouest du lac de Lysimachie vers un des gués de PAchéloûs , et celles de Métapa et de Pamphie sont au sud-est du lac de Trichonium, au pied des montagnes qui le séparent de la vallée de l'Evènus. Autour des deux, lacs est une plaine unie et marécageuse, au milieu de laquelle s'élèvent des monticules factices, que l'on présume avoir servi de vedettes ou de tombeaux; et sur la pente des montagnes, qui bordent la plaine de tous côtés, paraissent des forêts sombres et épaisses, où l'on dirait que la main de l'homme n'a jamais porté la cognée.
Thermus, l'ancienne capitale de l'Étolie, occupait le lieu le plus inaccessible de cette plaine. Il fallait, pour y arriver, avant que l'on eût construit une chaussée entre les deux lacs , traverser une triple ligne de rivières, ou tourner vers le sud le lac de Thrichonium jusqu'à. Métapa, et défiler depuis Métapa jusqu'à Pam-
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phie sur les flancs des montagnes , le long d'une corniche suspendue au-dessus du lac. Ou gravissait ensuite, à l'issue du défilé, un sentier roide et tortueux; d'où l'on débouchait enfin dans une plaine marécageuse, bornée au nord par une colline escarpée, sur laquelle on -voyait une acropolis ou citadelle et tout autour des maisons groupées, ressemblant à autant de forts. C'est ce chemin que suivit Philippe III, roi de Macédoine, quand il vint à Thermus, pour punir les Étoliens du sac de Dium. Thermus ressemblait moins alors à une ville qu'à une tanière de brigands, d'où les Étoliens s'élançaient sur les peuples voisins, pour revenir ensuite y cacher leur proie : é'était le repaire des Etoliens , comme Pella était, avant Alexandre, celui des Macédoniens. Il ne reste plus maintenant de la première de ces villes, comme de la seconde, que des ruines et des souvenirs.
Au sud des deux lacs, le terrain s'élève graduellement jusqu'à la crête du mont Aracynthe; d'où l'on descend sur le golfe de Patras par le défilé de Lélante vers le bourg d'Hippochori , ou par les défilés de Plévrone et de Trichium vers les petites villes de Missolonghi et d'Anatolico.
Lélante, Plévrone et Trichium n'offrent plus, comme Thermus, que des ruines; mais le bourg d'Hippochori et les deux petites villes de Missolonghi et d'Anatolico, qui sont les chefs-lieux des trois cantons du littoral Étolien, étaient assez bien peuplés avant l'insurrection des Grecs contre les Turks. Le bourg renfermait mille à douze cents habitants, et les deux petites villes trois à quatre mille chacune.
Toute la côte, depuis l'Evènus jusqu'à l'Achéloûs,
est basse et marécageuse, et elle est bordée de lagunes, au-devant desquelles s'élève un banc de sable, qui se prolonge comme un ruban d'un fleuve à l'autre et qui n'est percé qu'aux deux extrémités, et au milieu, vers la petite île de Vasiladès, sur laquelle on a bâti un fortin, pour défendre le passage : c'est derrière cette petite île, qu'est située la ville de Missolonghi, à l'origine d'une plaine qui s'étend depuis les bords de la mer jusqu'au pied du mont Àracynthe et qui présente une forêt d'oliviers. Missolonghi, devenue célèbre de nos jours par le siège qu'elle a soutenu contre les Turks, n'est fermée que d'un simple mur crénelé, enveloppé d'un fossé de sept pieds de large sur quatre de profondeur, et auquel on avait ajouté avant le siège, sur le front de la campagne, deux bastions , rasés depuis par les Turks. Sa population, digne par son courage d'un meilleur sort, a été détruite et dispersée, et la ville paraît maintenant déserte. Sa rade a si peu de profondeur, qu'elle ne peut recevoir que des bateaux : les autres bâtiments sont obligés de s'arrêter à deux lieues en mer, vers la petite île de Vasiladès.
Anatolico est à deux lieues à l'ouest de Missolonghi , à l'entrée d'une autre lagune ,' encore plus enfoncée dans les terres. Cette ville est bâtie sur pilotis, et ressemble à Venise en miniature : son territoire sur la terre ferme présente , comme celui de Missolonghi , une ceinture d'oliviers, autour de divers groupes de maisons, qui semblent sortir du sein des eaux.
La lagune d'Anatolico n'est plus séparée de l'Achéloûs que par la Parachéloïde, péninsule sablonneuse, sur laquelle s'élèvent des buttes ou monticules calcaires, qui paraissent être les sommets des anciennes îles
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Echinades et qui portent les villages de Magerla, d'Àgouri et de Milo, dont l'aspect ressemble de loin à celui d'îlots, semés au milieu d'une mer de sables. Tout le littoral de TÉtolie, depuis l'embouchure de l'E venus jusqu'à celle de l'Achéloûs, est une terre d'aïluvion, déposée sur le rivage par les débordements des deux fleuves, et surtout par ceux du dernier. L'Achéloûs inondait autrefois ses bords, et ravageait toutes les terres d'alentour. Hercule l'enchaîna dans son lit, en le diguant de toutes parts; et ce fut là un de ses plus glorieux travaux, celui qui lui valut la main de Déjanire, fille d'OEnéus, roi des lies Echinades. Le fleuve la demandait en mariage à son père, et se présentait à lui , tantôt sous la forme d'un taureau , tantôt sous celle d'un serpent. Hercule tua le serpent, et arracha les cornes au taureau , pour en faire à son beau-père un présent de noces.
L'Achéloûs, nommé aujourd'hui Aspro-Potamos, sépare l'Etolie de l'Acarnanie et peut être comparé au Pénée pour le volume de ses eaux. Il descend comme le Pénée des plus hautes sommités du mont Pinde, et coule rapidement du nord au sud dans une vallée profonde, qui ne s'ouvre que vers le bassin de Vrachori : là le fleuve devenu plus calme se divise en plusieurs canaux, qui se réunissent en un seul vers le lac d'Angelo- Castron, dont il reçoit les eaux, pour parcourir ensuite une longue plaine d'un aspect rougeâtre , et aller enfin s'enfoncer dans la mer au milieu des sables, accumulés vers son embouchure.
Presque tous les affluents de l'Achéloûs descendent de la chaîne grecque, et coulent dans clés vallées encaissées entre de hautes montagnes, jadis habitées
par les A t ha ma nés et aujourd'hui par des peuplades braves et arraigères, adonnées comme eux à la vie pastorale et au brigandage. Les principaux de ces affluents, en s'élevant du sud au nord, sont d'abord celui qui vient du bourg de Carpénitzé et qui coule sur le revers septentrional du mont Panétolicon dans une vallée, à la tête de laquelle était l'ancienne Callium: ensuite l'affluent qui descend , comme le Sperchius, du mont Tymphreste, et qui arrose la vallée de Léontitos; et enfin celui qui descend du bourg de Véternico, et qui arrose la vallée de Pyrrha et de Dési. L'affluent principal naît d'une source nommée Goura, située à huit milles au-dessus du bourg de Chaliki%au pied des montagnes qui environnent celui de Lépénitzé , et qui font partie du groupe du mont Pinde; et l'on ne voit guère sur sa rive occidentale d'affluents un peu considérables que la rivière de Voïnicovo et celle d'Aëtos, l'ancien Anape, descendues l'une du mont Callidrome, l'autre de la montagne de Catouna. Tout ce pays montagneux faisait autrefois partie de l'Athamanie, et était compris entre l'Etolie, la Thessalie, l'Epire et l'Acarnanie : il est aujourd'hui presque dépeuplé, et n'est guère habité que par des pâtres.
Plusieurs routes conduisent de l'Etolie dans l'Acarnanie, et partent l'une d'Hippochori , une autre de Missolonghi , une troisième d'Anatolico. La route directe côtoie le littoral, et va passer l'Achéloûs vers son embouchure : les autres traversent l'intérieur du pays.
1. Voy. le Voyage de la Grèce par M. de Pouqueville , liv. VI, chap. 2.
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La route d'Hippochori à Vrachori tourne à lest le mont Aracynthe; et remontant l'Evènus et un de ses affluents jusqu'au village de Zadim, elle conduit par celui de Papadatès au village de Métarga , bâti sur remplacement de Métapa ; d où en côtoyant à l'est le lac de Vrachori, elle va par le défile de Pamphie déboucher dans la plaine de Thermus : c'est un chemin très-difficile et peu suivi, depuis que l'on a construit entre les deux lacs la chaussée qui mène directement à Vrachori.
La route de Missolonghi à cette ville se dirige directement au nord et s'élève par le défilé de Plcvrone sur la croupe du mont Aracynthe; d'où elle descend par le village de Sivitza sur le plateau des lacs. Ce plateau paraît très-fertile, et il est cultivé en blé, maïs, riz et tabac. Les villages, répandus autour des lacs , offrent de loin un aspect agréable, parce qu'ils sont tous groupés autour de petites collines , qui s'élèvent comme des îles sur ce terrain uni et marécageux. Le chemin est très -boueux en hiver, et Ton va du village de Sivitza traverser vers celui de Calivia les marais qui séparent Je lac de Vrachori de celui d'Angelo-Castron , en suivant une chaussée de 600 toises de long, portée sur 366 arches, à l'issue de laquelle on s'élève en deux heures à la ville de Vrachori. Là, le chemin de l'Acarnanie se détourne à l'ouest; et laissant à environ une lieue, vers le nord-est, les ruines de Thermus, il va par le bourg de Zapandi traverser l'Achéloûs entre le village de Malagousta et celui de Lépénou, près duquel on voit sur la rive droite du fleuve les ruines d'une ancienne ville," qui paraissent être celles de Stratos. L'accès de
l'Acamanie est très-facile de ce cote, parce que le fleuve, divisé en plusieurs branches, est aisé à guéer; et dès qu'on a franchi les marais qui bordent sa rive droite, on côtoie successivement le lac d'Oséros et celui d'Ambrakia; d'où l'on va déboucher au fond du golfe Àmbracique dans la baie de Caravanseraï.
La route d'Ànatolico à Vrachori conduit par le village de Starana ou par celui de M ilo sur les bords de l'Achéloûs; et remontant ce fleuve sur sa rive gauche, elle va par les villages de Gouria et de Doritza passer vers les ruines d'Angelo-Castron deux cours d'eau, sortis du lac de ce nom : elle s'élève ensuite à travers la rivière de Zapandi à Vrachori, ou bien tournant à l'ouest, elle va passer l'Achéloûs au-delà du village de Doritza, pour s'élever vers les ruines de Conope au village de Makala; d'où en côtoyant les Jacs d'Oséros et d'Ambrakia, elle débouche vers le village de Slano sur le golfe Ambracique, dans la baie de Caravanseraï ou dans celle de Loutraki.
Deux autres routes conduisent encore plus directement d'Anatolico sur le golfe Ambracique : l'une traverse , en sortant de la plaine d'Anatolico, la péninsule de la Parachcloïde et va passer l'Achéloûs sur un bac entre le village d'Agouri et le bourg de Catochi; d'où elle remonte sa rive droite jusqu'à son confluent avec l'Anape, qu'elle côtoie jusque vers le village de Typho, pour s'élever par une rampe roide au bourg de Catouna, situé sur une montagne qui domine les lacs d'Oséros et d'Ambrakia, et descendre ensuite avec un coftrs d'eau sur le golfe Ambracique dans la baie de Loutraki , à l'ouest de celle de Caravanseraï. L'autre route traverse la Parachéloïde par le village de
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Magerla et va passer l'Achéloùs à son embouchure vers les ruines d'OEniades, à un lieu nommé Trigardon ; d'où eh côtoyant le littoral de l'Àcarnanie , elle conduit par les villages de Pétala , de Dragomestri et de Candili à celui de Zaverda , situé au fond du golfe de ce nom. Zaverda est le point où se divisent les deux routes de Sainte-Maure et de Vonitza : la première se dirige à l'ouest et va par le village de Playa traverser, au bac de Pératia, le détroit qui sépare l'Acarnanie de l'île de Leucade : l'autre se dirige au nord, et traverse le mont Berganti, l'Olympe acarnanien, pour descendre par le village de Paradisi sur le golfe Ambracique dans la baie de Vonitza , à l'ouest de celle de Loutraki.
La côte de l'Acarnanie depuis l'Achéloùs jusqu'au golfe Ambracique court en général vers le nord-ouest, et elle s'étage en terrasses qui s'élèvent les unes audessus des autres jusqu'au mont Berganti et qui présentent sur Weurs premiers gradins des vignes et des oliviers , et sur les autres des pins et des chênes verts : c'est dans l'intérieur des terres une forêt continue de hautes futaies, coupée seulement par quelques clairières, où l'on voit des lacs plus ou moins grands, et autour de ces lacs quelques méchants villages. Des mouillages faciles à prendre et à tenir, à cause de la dentelure du rivage , faciliteraient presque partout des descentes, et il est inconcevable que l'on n'ait pas défendu, du moins avec quelques batteries, les points les plus accessibles de la côte, indiqués par les baies de Dragomestri et de Zaverda. Tout ce littoilkl n'est protégé que par une double ligne d'îles, entre lesquelles la mer est resserrée dans un canal, qui* paraît
n'être qu'un prolongement de celui de Patras. Les plus grandes de ces îles, après Céphalénie, sont celles d'Ithaque et de Leucade.
L'île d'Ithaque paraît se confondre à l'horizon avec celle de Céphalénie, et n'en est séparée que par un détroit. Cette île a sept à huit lieues de long, et elle est tellement échancrée sur sa côte orientale, qu'elle semble coupée en deux. La côte occidentale n'est qu'une longue chaîne de récifs; mais la côte orientale offre dans son échancrure la baie de Vathy et dans cette baie le double port de la ville d'Ulysse, sur*monté du mont Neïus et du mont Nérite, et plus au sud, vers le promontoire du Corbeau, une bonne aiguade dans la fontaine d'Àréthuse. L'île entière n'a guère que sept à huit villages, qui ressemblent de loin, comme au temps de Cicéron, à des nids suspendus à des rochers.
En débouquant du canal étroit , qui sépare Ithaque de Céphalénie, on découvre devant soi l'île de Leucade et le promontoire escarpé, d'où les amants malheureux se précipitaient dans la nier: c'est le Saut de Leucade , célèbre par la mort de Sapho.
L'île de Leucade a la forme d'un triangle, suspendu à la côte de l'Acarnanie par son angle le plus aigu. Cet angle finit en un banc de sable effilé et sinueux, qui semble avoir été séparé du continent par une cou« pure artificielle et qui s'élargit vers le point de sa courbure, où il repose sur une roche plane de trois cent cinquante toises de long sur cent de large. C'est sur cette aire que l'on a bâti la forteresse de Sainte- Maure, pentagone irrégulier, flanqué de deux demibastions et baigné par la mer sur tout son pourtour,
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excepté sur les deux langues de sable qui la bordent de deux cotés et qui sont couvertes, l'une par une batterie basse, l'autre par une demi-lune.
La mer, dont la forteresse est environnée, est une lagune, où l'on ne peut entrer qu'avec des monoxylons ou petites pirogues d'un faible tirant d'eau; et si l'on voulait occuper les deux langues de sable avec deux bonnes redoutes , on ne pourrait prendre Sainte- Maure qu'en jetant une digue dans la mer: ce qui serait au reste très-facile, en suivant la direction du banc de sable , à l'extrémité duquel il n'y a pas entre l'île et l'Àcarnanie plus de deux pieds d'eau.
A l'autre extrémité du banc, du côté de l'île, est le faubourg d'Amaxiki, peuplé de cinq à six mille habitants et où siège l'administration de l'île.
Un aqueduc en pierre , qui traverse la lagune et qui portait autrefois de l'eau dans la forteresse, a été détruit en partie et ne sert plus que de pont pour les gens à pied; en sorte que cette forteresse est exposée dans un siège à manquer d'eau : elle ne mérite donc pas toute l'importance que les Vénitiens y attachaient autrefois. Sainte-Maure peut être regardée, sous un point de vue offensif, comme une tête de pont qui débouche dans l'Acarnanie et qui ouvre la Grèce; mais sous le rapport défensif, elle ne peut être considérée que comme un poste avancé sur la mer Ionienne , dont le point de retraite est sur Corfôu.
L'île de Leucade n'a pas d'autres défenses artificielles; mais elle a plusieurs beaux ports et entre autres celui d'Elliménos, où la flotte de Cléopâtre stationna avant la bataille d'Actium. Les jardins de l'île sont ombragés par des bois d'oraugers et de cédrats , et
toute la campagne est couverte de vignes et d'oliviers. On lui donne une population de 18 à 20 mille habitants, dont un tiers habite la ville, et les deux, autres sont dispersés dans trente-six villages : c'est après Zante l'île de la mer Ionienne la mieux cultivée. Sa côte orientale, parsemée de bourgs et de villages et parée de la plus riche culture, forme un contraste frappant avec la côte opposée de l'Acarnanie, dont l'aspect est triste et sauvage.
La côte acarnanienne se relève au-delà de la forteresse de Sainte-Maure et projette vers le nord le promontoire d'Actium et celui d'Anactorium , qui ne sont plus séparés de la péninsule de Prévèza que par un canal étroit, par où les eaux de la mer Ionienne entrent dans le golfe Ambracique. Ce canal est très resserré à son entrée et n'a pas 5oo toises de large ; mais il s'évase ensuite et présente un bassin oblong , d'environ quatre à cinq lieues de large du sud au nord, sur dix à douze de profondeur d'ouest en est. La côte méridionale est acore et dentelée; mais la côte orientale est moins sinueuse et s'élève doucement vers le mont Callidrome, tandis que la côte septentrionale est basse et marécageuse. Ce golfe est le plus profond du littoral ionien , et il a la même importance sur ce littoral , que le golfe Pélasgique sur le littoral égéen. Ils pénètrent l'un et l'autre" dans l'intérieur de la péninsule, l'un à l'est, l'autre à l'ouest, et semblent vouloir la couper en deux. La côte méridionale du golfe borde l'Acarnanie , et elle est découpée en quatre baies plus ouftioins profondes , qui offrent toutes de bons mouillages. Au fond de la première, entre le promontoire d'Actium et celui d'Anactorium, est le village de Co-
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nidari, au fond de la seconde la forteresse de Vonitza , et dans les deux autres le port de Loutraki et celui de Caravanseraï.
Le promontoire d'Actium^ qui est à l'entrée du golfe et qui portait autrefois le temple d'Apollon, se termine vers son sommet en un plateau, sur lequel campa l'armée d'Antoine : celle d'Octave était campée vis-à-vis sur la péninsule de Prévèza, vers le lieu où l'on bâtit depuis la ville de Nicopolis. Les deux flottes étaient mouillées à l'entrée du golfe, celle d'Antoine en dedans du promontoire , celle d'Octave en dehors : la première, composée de vaisseaux plus grands, voulant en sortir pour combattre en ligne et profiter de sa supériorité: l'autre voulant l'en empêcher et attaquant les vaisseaux ennemis à leur débouquement , pour ne pas les laisser manœuvrer. I^a défaite commença par les vaisseaux égyptiens qui portaient Cléopâtre , et qui ne pouvant se déployer en débbuquant les uns après les autres, gagnèrent précipitamment la haute mer et entraînèrent dans leur fuite le vaisseau même, que montait Antoine. Dès- lors la victoire ne fut plus disputée, et l'armée de celui-ci, quoique supérieure en nombre, se réunit sans combattre à celle de son rival.
Le village de Conidari, situé au fond de la baie, près des ruines de la ville d'Anactorium , est entièrement ouvert , et ne présente aucune espèce de défense, quoiqu'il soit très-propre à recevoir une batterie de côte; mais la petite forteresse de Vonitza, située derrière le promontoire d'Anactorium et long-temps "occupée par les Vénitiens , est capable de quelque résistance. Cette forteresse est assise sur un rocher escarpé,
?k&6 . VOYAGE MILITAIRE
autour duquel serpente un mur, de quinze à vingt pieds de haut sur deux ou trois d'épaisseur, qui suit tous les contours du rocher et qui est flanqué de petites tours demi-circulaires. Quelques pièces de canon cachées sous l'herbe gisent çà et là au milieu de cette enceinte, où l'on sème de l'orge partout où le rocher n'est pas à nu. Au pied du fort et sur le pourtour de la baie, est un bourg malsain, dont les habitants peu nombreux ressemblent à des spectres, errant au milieu des tombeaux.
La cote de l'Acarnanie se termine à l'est de Vonitza en deux autres baies : l'une est celle de Loutraki, l'ancien port de Limnée, au fond duquel coule un ruisseau, venu des environs de Catouna; et l'autre celle de Caravanseraï , où l'on voit sur une colline escarpée, environnée de marais de toutes parts , l'enceinte d'une vieille forteresse, flanquée de tours, que les gens du pays nomment Ambrakia, quoique l'ancienne Ambracie fût située, suivant Polybe, de l'autre côté du golfe sur les bords de l'Aréthon. Cette enceinte, aujourd'hui abandonnée et qui paraît moderne, bien qu'elle repose sur des fondements antiques1, est peut-être une construction du moyen âge, à laquelle on donna le nom d'Ambracie, après la destruction de la ville ancienne, à cause du voisinage du golfe Ambracique. Quoi qu'il en soit, Ambrakia par sa situation, au fond du golfe et à rentrée des défilés qui conduisent, le
i. Quelques voyageurs ont cru que ces ruines étaient celles d'Argos- Amphilochique , d'autres celles d'Olpœ, où les Acarnaniens tenaient leur cour de justice. Cette dernière opinion est celle de l'auteur du Voyage de la Grèce.
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long des lacs d' Ambrakia et d'Oséros , dans la vallée de l'Achéloùs, vers le gué de Stratos ou Vers celui de Conope, occupait une position militaire très importante et pouvait être regardée comme la clef de PAcarnanie; et si on voulait aujourd'hui défendre le pays de ce côté , il faudrait la relever ou du moins lui en substituer une autre dans la baie voisine de Loutraki, au lieu de conserver celle de Vonitza , rencognée dans un angle, qui n'offre aucune issue. On ne voit plus aujourd'hui dans les baies de Loutraki et de Caravanseraï que quelques maisons isolées, où logent des douaniers.
La Grèce se rétrécit vers ce point, entre le golfe Ambracique et le golfe Maliaque, et présente un isthme qui n'a, suivant Strabon, que 800 stades ou environ 33 lieues de large; mais il serait très-difficile de Je franchir, parce qu'il est hérissé de hautes montagnes qui se prolongent par le mont Callidrortie et par le mont Panétolicon, à travers la chaîne grecque, jusqu'au mont OEta et au mont Othrys. Le mont Callidrome et le mont Panétolicon étayent la chaîne grecque sur le littoral ionien , comme le mont OEta et le mont Othrys 1 etayent sur le littoral égéen.
L'Acarnanie, bornée au nord par cet isthme et par le golfe Ambracique, est, comme l'ÉtoIie, toute couverte de lacs et de montagnes. Ces deux contrées sont maintenant presque désertes, et une poignée d'Albanais, qui les a envahies et qui en occupe les positions principales, y exerce de nos jours plus de ravages, que n'y en exercèrent autrefois les phalanges macédoniennes et les légions romaines. Rien ne serait cependant plus aisé que de défendre cette partie de la
Grèce : il suffirait de fermer avec quelques ouvrages de l'art les bouches de l'Àchéloûs et de l'Ëvènus, qui ouvrent le littoral au sud sur le golfe de Patras , et les baies de Loutraki et de Caravanseraï, qui l'ouvrent au nord sur le golfe Ambracique.