‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 38 sur 66 · X> VOYAGE MILITAIRE · texte numérisé non relu

X> VOYAGE MILITAIRE

Un autre chemin, encore plus court, va directement de Delvinaki à Butrinto, à travers les montagnes qui divisent les eaux de la Pavla de celles de la Pistritza : ce chemin se sépare de celui de Delvino vers le village de Cardikaki et descend avec la Pistritza sur le lac Péloïs, qu'il tourne vers l'est, pour aller traverser une langue de terre qui se prolonge entre ce laOfift celui de Riza ; mais il est très-difficile et souvent impraticable, à cause des marais, dont les deux lacs sont environnés.

Le fort de Butrinto est situé sur une plage basse et marécageuse, entre la rivière de Saronia et celle qui sort du lac Péloïs, à laquelle Andromaque donna le nom de Simoïs. Ce fort de construction vénitienne est une simple enceinte triangulaire, flanquée de tours aux angles et séparée de la campagne par une coupure faite entre les deux rivières. L'ancienne Butrotum, encore reconnaissable à ses ruines, était sur une butte de l'autre côté du Simoïs, dont les eaux en sortant du lac l'embrassaient sur la moitié de son pourtour ; ce qui rendait sa défense très-facile. On ne voit plus aujourd'hui sur cette butte que quelques cabanes de pêcheurs.

Le lac Péloïs, plus connu maintenant sous le nom de lac de Butrinto, se prolonge du sud au nord le long de la cote d'Epire jusqu'aux montagnes de Delvino, au pied desquelles il reçoit la, Pistritza et la Pavla, dont l'une vient de l'est, l'autre du nord, et qui ne sont séparées l'une de l'autre vers leur embouchure que par des marais, au milieu desquels elles unissent leurs eaux. Toute la plage, autour du lac, est marécageuse et paraît déserte. Si c'est là le lieu qui conso-

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lait Andromaque dans son exil , en lui retraçant l'image chérie de Troie, il faut que ce lieu ait bien changé d'aspect; car il n'offre plus aujourd'hui qu'un marais infect, des terres incultes et de toutes parts l'image de la mort.

La route directe dTanina à Corfou se dirige à l'ouest et sort du plateau de l'Épire vers le village de Tista ou vers celui de Rodotovi pour s'élever sur une crête de coteaux hérissés de rochers ; d'où l'on descend , par un escalier en limaçon taillé dans le roc , au village de Velchistas, situé vers la source du Velchis, qui paraît être un dégorgeoir souterrain du lac de Lapchista et que l'on côtoie sur sa rive droite jusqu'à son confluent avec le Thyamis, pour aller passer ce fleuve au pont de Raïco au-dessous de la cascade de Glizani. Cette cascade a 2 5 à 3o pieds de haut, et ressemble à celle de Tivoli.

Le Thyamis sort du lac de Djérovina, et coule d'abord vers le sud; mais il se détourne ensuite vers l'ouest, à son confluent avec le Velchis, et il entre dans une vallée profonde encaissée entre de hautes montagnes, d'où il ne sort que vers le bourg d'Yaniari , pour aller se jeter dans la mer Ionienne, entre la baie de Sayadès et celle de Goménitza , en face de l'île de Corfou. La vallée, qu'il parcourt, est en général trèsétroite; mais elle s'éJargit sur certains points et présente partout un terrain meuble et fertile, que les pluies détachent des montagnes voisines et qui est très-propre à la culture du blé, du maïs et du tabac. De longs rideaux d'oliviers, bordés cle mûriers, de vignes et de toutes sortes d'arbres fruitiers , couvrent le pied des montagnes, tandis que leurs cimes sont

couronnées de pins et de chênes verts. Quelques agas turks possèdent aujourd'hui ces belles terres, qui faisaient autrefois la principale richesse d'Atticus.

On descend le Thyamis sur sa rive droite, après l'avoir passé au pont de Raïco , et l'on va par les villages de Sarrachovitzas et de Coutchi à celui de Levtochoria , où la route se divise en deux branches : Tune traverse les montagnes qui bordent le fleuve au nord et va par le hameau de Vigla, en côtoyant un affluent du Thyamis, au village de Phéniki, et du village de Phéniki au bourg de Philatès. Ce bourg est formé de plusieurs groupes de maisons et situé sur un plateau, d'où l'on descend par les villages de Sképhari et de Liopési au bourg de Sayadès, et du bourg de Sayadès sur la baie de ce nom, vis-à-vis l'île de Corfou.

L'autre route côtoie la rive droite du Thyamis et conduit par les villages de Goura, de Sellopia, de Mouchaga et de Bèza à celui de Calibaki; d'où en tournant à droite vers les ruines d'une ancienne forteresse, nommée Palœo-Vénétia, elle va par le bourg d'Yaniari déboucher aussi dans la baie de Sayadès, vers le village de Kérakia.

Deux autres routes conduisent d'Yanina sur le lit— torial ionien : l'une est celle de Parga , l'autre celle de Prévéza. La route de Parga se dirige au sud-ouest, et sort du plateau d'Yanina vers le hameau de Bonila; d'où elle s'élève par le vallon de Gosméras sur la croupe nue des montagnes qui bordent ce plateau, pour descendre vers les ruines de Passaro dans la vallée du lenno.

Le Térino, un des affluents du Thyamis, naît au

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mont Tyinphée; et coulant vers le nord -ouest, il va se réunir au Velchis vers son confluent avec le Tliyamis, au-dessous du village de Paliouri. La vallée, qu'il arrose, est très- fertile, et paraît avoir cinq à six lieues de long.

Vers les sources du Térino et sur sa rive droite, près d'une chapelle dédiée à saint Georges, est une colline de forme ronde, sur le sommet de laquelle on voit une enceinte pélasgique que l'on nomme Palœo* Castron, et sur sa pente méridionale d'autres ruines, parmi lesquelles on distingue encore celles d'un théâtre et de plusieurs autres édifices: l'antiquité de ces ruines, leur masse imposante au milieu d'un désert, la tradition des habitants du pays, tout fait présumer que ce sont celles de la ville et de l'Acropolis de Passaro.

La ville de Passaro fut avant celles de Pandosie et d'Ambracie la résidence des rois Molosses de la famille des OEacides, qui régna en même temps sur l'Épire et la Macédoine, et qui faisait remonter son origine à Pyrrhus, fils d'Achille, et par Achille à Pelée et à OEacus. Cette famille était aussi vénérée dans la Grèce que celle des Héraclides, parce que l'une et l'autre limitèrent dans leurs mains le pouvoir royal, pour le régler et se mettre dans l'impuissance d'en abuser. Un prince Molosse, dont les ancêtres régnaient depuis neuf cents ans à Passaro, fut envoyé à Athènes pour y achever son éducation ; et à son retour dans ses états, il y établit un sénat et partagea avec ce sénat et le peuple le pouvoir législatif. Dès lors les Molosses perfectionnèrent leur gouvernement, et y réunirent successivement les autres peuples de l'Epire. C'est ainsi que cette contrée devint la plus civilisée du nord de la Grèce.

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Un écrivain célèbre, qui est allé chercher jusque dans les forêts de la Germanie nos institutions modernes et en particulier celle qui partage le pouvoir législatif entre le roi , les grands et le peuple , aurait pu la trouver bien plus aisément à Rome , à Sparte et même à Passaro, puisque c'est principalement à cette institution que les rois d'Epire et de Sparte durent l'avantage d'avoir survécu à tous les autres rois de la Grèce. L'opinion de cet écrivain , empruntée aux publicistes allemands et long -temps accréditée parmi nous , a fait naître en ^Europe une espèce de romantisme politique, plus dangereux encore que le romantisme littéraire, puisque l'un ne peut corrompre que notre littérature, tandis que l'autre tend à corrompre nos sociétés politiques, en élevant au-dessus des institutions de la Grèce et de Rome les institutions féodales du moyen âge.

A une petite distance des ruines de Passaro et sur l'autre rive du Térino sont les trois petits villages d'Alépou , de Tzérénovitza et de Drémichoux. La route de Parga traverse le Térino vers l'un de ces villages, et s'élève sur la croupe des monts Olychiniens, pour descendre avec un cours d'eau, qui paraît être l'affluent principal du Mavro-Potamos, au village de Zagoura et du village de Zagoura à celui de Levtochori ; d'où l'on va à la petite ville de Paramythia , à travers les montagnes qui bordent le fleuve à l'ouest.

Paramythia est située sur le revers méridional de ces montagnes, vers les sources d'un autre cours d'eau qui arrose une des plus belles vallées de l'Épire et va se jeter dans le Mavro - Potamos , à sa sortie du lac de Tchouknida. Le château de Paramythia,

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flanqué de quelques vieilles tours, s'élève sur un roc escarpé, qui se détache de la montagne; et au pied du roc est la ville, divisée en plusieurs quartiers et peuplée de trois à quatre mille habitants, Turks ou Grecs.

Cette ville est le siège d'un bey qui gouverne les * deux cantons de Paramythia et de Margariti , connus de nos jours sous le nom de Chamouri et dans le moyen âge sous celui d'Aï-Donati ou de Saint-Donat , dans lequel quelques voyageurs ont cru reconnaître le nom altéré d'Àïdonie.

Sur le côté oriental de la vallée et à trois lieues et demie au sud de Paramythia sont des ruines nommées maintenant Turko - Palaka , qui consistent dans une enceinte cyclopéenne l , où l'on a trouvé^récemment plusieurs statues parmi lesquelles était un Ulysse en marbre, monté sur un bélier, tel qu'Homère le représente sortant de la caverne de Polyphème. On présume que ces ruines sont celles de Pandosie.

A trois quarts de lieue plus au sud, sur la rive droite du Mavro-Potamos et vers le village de Castritza, sont d'autres ruines, que l'on croit être celles de Cichyre ou d'Aïdonie, qui donna son nom à ce canton de l'Épire, et où Pirythoûs, accompagné de Thésée , enleva Coré , fille* d' Aïdonéus , roi des Molosses, qui fit enfermer le ravisseur dans un souterrain , où il fut dévoré par le chien Cerbère. On a trouvé parmi les ruines de cette ville une médaille de bronze, qui représente d'un coté une tête diadêmée, couronnée de pavots avec des bandelettes tombant

i. Voy. le Voyage de la Grèce, liv. IV, chap» 6 et suivants. I ao

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sur les épaules, et de l'autre un Cerbère à trois têtes1.

C'est au-dessous du village de Castritza que le Mavro-Potamos entre dans un lac environné de mafais, au sortir duquel il reçoit vers le village de Tchouknida la rivière de Paramythia, réunie à une autre qui vient de la petite ville de Margariti. Le chemin de Paramythia à Margariti se dirige au sud, et traverse un pays agréablement varié. On compte de l'une de ces villes à l'autre environ quatre lieues. Margariti est située, comme Paramythia, à la tête d'une vallée qui se confond avec celle du Mavro- Potamos vers le village de Yarphani, à l'ouest de celui de Tchouknida. On lui donne deux à trois mille habitants , la plupart Turks , parmi lesquels il y en a de très-riches. La ville, formée de plusieurs groupes de maisons, est au pied d'une colline, sur laquelle on voit un vieux fort en ruines.

La route de Margariti à Parga est très~montueuse, et s'élève par les villages de Khéli et de Moulouri sur la croupe des montagnes qui bordent la mer, pour descendre par ceux de Gouria et d'Aya à la ville de Parga , bâtie sur le cap Chîmœrium , qui paraît avoir donné le nom de Chamouri à ce canton de PÉpire.

Le MavroJPotamos ou fleuve noir, qui reçoit sur sa rive droite les deux affluents de Paramythia et de Margariti, reçoit sur sa rive gauche deux autres affluents, dont l'un vient du village de Romanadés et l'autre de celui de Systrani. L'un de ces affluents doit être le Selléis des anciens. Le dernier, après avoir fait un grand coude vers le sud, vient se jeter dans le

i. Voy. ib. le Voyage de la Grèce.

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Mavro-Potamos près du village de Souli, le chef- lieu d'un autre canton, long-temps habité par une peuplade chrétienne armigère, devenue de nos jours aussi célèbre par son courage que par ses malheurs, et dont les restes sont maintenant dispersés dans tous les coins de la Grèce.

Cette peuplade, composée de douze à treize mille individus, parmi lesquels on pouvait en armer jusqu'à mille, formait une espèce de fédération politique, qui comprenait onze villages et plusieurs hameaux, les uns situés sur des montagnes inaccessibles, les autres au pied de ces montagnes, et tous encore mieux défendus par leur site que par les tours, dont on les avait environnés. Les Souliotes ont soutenu à l'abri de leurs rochers, contre toutes les forces de l'Epire, un siège ou plutôt un blocus, qui a duré dix ans et que Ton a comparé au siège de Troie. Il paraît que les rochers de Souli sont les météores des anciens Selles, parmi lesquels on choisissait les ministres de Héron de Dodone.

Le canton de Souli, l'ancienne Selléïde, est aujourd'hui presque désert, et il sera difficilement repeuplé, parée que le terrain en est trop âpre et trop escarpé.

Le Mavro-Potamos entre, en sortant des montagnes de Souli, dans la vallée d'Aïdonie, traverse le lac de Tchouknida et va se jeter, en sortant de ce lac, dans la mer Ionienne au port Glykis, dont il a adouci les eaux : ce qui a fait présumer que le lac de Tchouknida , environné de marais , était le lac Àchérousien des anciens, le Mavro-Potamos, qui traverse ce lac, leur Àcheron, et la rivière de Paramythia ou celle de

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Margariti leur Cocyte; et c'est d'après les souvenirs, attachés à ces lieux, que les Grecs avaient imaginé leur enfer, et l'avaient placé dans ce canton de l'Épire, où le soleil disparaissait pour eux de l'horizon.

Il y a un chemin qui conduit du village de Souli à Yanina en se dirigeant au nord-est et qui , remontant l'affluent de Romanadès jusqu'au village de Dervichiana, s'élève vers les ruines de Passaro sur le plateau d'Yanina. Un autre chemin va du village de Souli à Prévéza en se dirigeant au sud-est; et traversant vers le village de Zalengos les montagnes, qui séparent le bassin de Mavro-Potamos de celui de la Lourcha, il descend avec un affluent de cette rivière au bourg de Loroux: d'où il conduit , à travers l'isthme de Nicopolis , à la ville de Prévéza. On compte d'Yanina à Souli quatorze lieues, et de Souli à Prévéza treize.

Mais la route ordinaire d'Yanina à Prévéza se dirige directement au sud, et sort du plateau d'Yanina vers le village de Bapchista, traverse vers le khan de Saint- Élie un des cols du mont Tymphée et descend avec la Lourcha au village de Vrisi ; d'où en côtoyant le fleuve sur sa rive droite, elle va par les villages de Variadès et de Madamista à celui de Néo-Syndéco, où se divisent les deux routes de l'Arta et de Prévéza. La première traverse la Lourcha au pont de la Pachèna, et conduit le long du canal de Strévina par le village de Khanapoulo à l'Arta : l'autre côtoie la Lourcha jusqu'au bourg de Loroux , vers son embouchure. Cette dernière route passe sous le village de Saint-Georges , où naissent plusieurs belles sources, que les Romains avaient réunies dans un vaste réservoir, pour les conduire à Nicopolis par un aqueduc en briques, de sept à huit

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lieues de long , dont on voit encore les restes imposants, et va ensuite par le village de Philippiada à celui de Candja à travers une forêt sombre, au milieu de laquelle on voit sur une colline escarpée une vieille forteresse, que des voyageurs ont prise pour celle d'Ambracie, quoiqu'elle porte l'empreinte d'une construction moins ancienne : c'est la forteresse de Rogous, qui fermait jadis de ce côté la vallée de la Lourcha et qui est aujourd'hui abandonnée. Elle est située sur la rive droite de la Lourcha , au pied des montagnes, sur le revers desquelles on voit le bourg de Lélovo, au milieu d'une riante vallée qui débouche dans celle de la Lourcha, vers le village de Candja; d'où l'on descend au bourg de Loroux, situé sur un joli plateau, vers le confluent de la rivière de Zalengos avec la Lourcha.

La Lourcha ou rivière de Rogous, que les uns prennent pour l'Acheron , d'autres pour l'A réthon , naît, comme le Térino et le Mavro-Potamos, au mont Tymphée au-dessus du village de Vrisi, et coule du nord au sud dans une vallée encaissée entre de hautes montagnes qui s'élèvent des bords de la mer jusqu'aux monts Cassiôpées, et d'où elle sort vers le village de Candja, pour aller se jeter au-dessous du bourg de Loroux dans le golfe Ambracique, entre la baie de Ni-* copolis et celle de Salagora.

Le bourg de Loroux n'est guère composé que d'une centaine de maisons groupées autour d'un petit fort; mais il offre une belle position de passage, parce qu'il est placé à l'embranchement de la route de Parga à l'Arta et de celle d'Yanina à Prévéza. Cette dernière route sort du bassin de la Lourcha vers le village de Liboovo et va par celui de Flambouréchi

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traverser vers le hameau de Micalitchi l'isthme de Nicopolis; d'où en se dirigeant au sud, elle conduit en deux heures à la ville de Prévéza, située à l'entrée du golfe Ambracique, vis-à-vis le promontoire d'Actium.

Telles sont les principales routes qui traversent l'Épire: la seule, qui en côtoie le littoral, est celle de l'Arta à Prévéza et à Corfou. Cette route se divise en plusieurs branches : l'une descend directement de l'Arta sur le golfe Ambracique, en suivant la rive droite du fleuve jusqu'à son embouchure vers le village de Néochorion, près duquel on voit au milieu des lagunes, qui bordent le golfe, les ruines d'une ancienne forteresse, nommée Philo -Castron, que quelques voyageurs ont prise pour celle d'Argos-Amphilochique, et d'où Ton va au port de Salagora, l'échelle actuelle de l'Arta, à travers l'isthme d'une péninsule qui se prolonge le long du . golfe comme un long ruban; mais la route commerciale de l'Arta à cette échelle coupe obliquement la plaine Am philochique, et descend par les villages de Costakious, d'Anésa et de Paliouri sur la baie de Salagora, à travers une longue chaussée, percée de plusieurs arches, qui unit la péninsule à la ferre ferme. On ne voit sur cette baie qu'un khan, une douane et quelques magasins.

Toute la zone de terrain, qui forme la ceinture septentrionale du golfe Ambracique, paraît avoir été bouleversée par les feux et par les eaux ; et la géographie ancienne de cette partie de l'Épire est encore très-incertaine, tant par rapport au site d'Argos et d'Ambracie, que relativement au cours de l'Inacchus, de l'Aréthon et de l'Acherou. Tout ce qu'on sait d'après le témoignage des anciens écrivains, c'est qu'Ai-

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gos était vers l'embouchure de l'Inacchtis, Àmbracie vers celle de l'Aréthon, et que Flnacchus avait sa source au mont Pinde, l'Aréthon la sienne au mont Tymphée, et FAcheron son embouchure au port Glykis. S'il était constaté que la rivière d'Arta est la même que l'Aréthon, on pourrait croire qu'Ambracie était sur l'emplacement de la ville d'Arta et Argos sur celui d'Ambrakia, au fond de ta baie de Caravenseraï; car Ambracie était d'après Polybe à 1 80 stades d'Argos, et d'après Scylax à 80 stades au-dessus du golfe Ambracique: ce qui concilierait toutes les mesures des anciens. Mais comment croire que la rivière d'Arta , venue du mont Pinde , est la même que l'Are thon , que tous les écrivains anciens font descendre du mont Tymphée. Les volcans, si fréquents dans cette partie de la Grèce, auraient -ils produit quelques changements dans le cours des eaux , ou le texte des anciens écrivains aurait-il été altéré? c'est ce qu'il n'est pas aisé d'expliquer. Quoi qu'il en soit , l'ancienne Amphilochie n'est plus reconnaissable aujourd'hui, et la zone de terrain, qui borde le golfe Ambracique et qui paraît être une terre d'alluvion, doit avoir changé l'aspect et même la forme de ce littoral. A l'ouest de la baie de Salagora, la mer s'enfonce bien avant dans les terres et ne laisse plus entre le golfe Ambracique et la mer Ionienne qu'un isthme étroit, par où l'on entre dans la péninsule de Nicopolis. Il y a un chemin tracé sur une ancienne chaussée, qui suit la courbure du rivage et qui passant la Lourcha à son embouchure tourne le golfe à l'ouest, et entre directement dans la péninsule par le village de Flambouréchi; mais la route ordinaire de PArta à Prévéza coupe par le milieu la plaine Àm-

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philochique et va passer la Lourcha vers le bourg de Loroux; d'où elle descend dans la péninsule par le village de Liboovo.

L'isthme delà péninsule de Nicopolis, resserré» d'un côté par la baie de Mazoma située sur' le golfe Ambracique, et de l'autre par celle de Comare située sur la mer Ionienne, n'a guère que six à sept cents toises de large, et la péninsule entière n'a pas plus de six lieues de tour. Cette péninsule est très-échancrée au sud vers le port Vathi , au-devant duquel le promontoire d'Actium forme un angle saillant, qui rétrécit le golfe à son embouchure et le divise en deux bassins, l'un compris entre la péninsule et les deux promontoires d'Actium et d'Anactorium , et l'autre , plus à l'est , entre le littoral de l'Epire et celui de l'Acarnanie. Le premier bassin a la forme d'un triangle, et il a si peu de fond, que les grands vaisseaux n'y peuvent entrer ; mais le bassin intérieur, qui figure un grand carré irrégulier, ressemble à une mer, et il offrirait par sa vaste capacité la plus belle rade du monde, s'il était aussi accessible aux flottes modernes, qu'il l'était aux anciennes.

C'est à l'entrée du premier bassin , vis-à-vis le pro> montoire d'Actium , qu'est située la ville moderne de Prévéza, peuplée de trois à quatre mille habitants, la plupart Grecs, et défendue par deux forts, l'un au sud, l'autre au nord de la ville, tous les deux sur le littoral, le premier à l'entrée du golfe, l'autre vers le port Vathi. Le dernier, qui est un ouvrage vénitien, n'est qu'une simple redoute à demi - revêtement et ne présente plus qu'une vieille enceinte , presque entièrement effacée , où l'on peut pénétrer de toutes

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parts, malgré quelques pièces de fonte, destinées à en défendre les approches; mais l'autre fort, nommé Saint- Georges, construit par les Turks, est bastionné, et serait susceptible d'une bonne défense, s'il avait une plus grande capacité. La ville, assise entre les deux forts , n'est fermée du côté de la campagne que d'un simple mur , bordé d'un fossé profond ; mais on peut regarder comme un de ses ouvrages extérieurs le petit fort, que l'on a bâti récemment sur la pointe de Pantocrator, à l'ouest du fort Saint-Georges.

La péninsule de Prévéza paraît très - fertile , et elle est toute cultivée en vignes , en oliviers et en orangers : c'est le jardin de l'Épire, et un verger continuel. On va , à travers ce verger, de Prévéza à l'isthme en deux heures. C'est sur l'isthme et au pied du coteau dont il est couronné, qu'Auguste avait bâti Nicopolis ou la ville de la victoire, pour perpétuer le souvenir de son triomphe sur Antoine. Il paraît que l'enceinte de la ville occupait toute la largeur de l'isthme, puisque celle de la Naumachie, dont on voit encore le pourtour, s'étend jusqu'aux bords de la mer. A l'une des extrémités de cette enceinte, vers le littoral du golfe Ambracique, était l'Acropolis ou citadelle, dont les murs sont encore debout : on pourrait en faire aujourd'hui un camp retranché , qui défendrait l'entrée de la péninsule et qui couvrirait encore mieux la forteresse de Prévéza, que les ouvrages extérieurs, dont on l'a environnée.

Nicopolis ne nous offrait plus depuis long -temps que des souvenirs de la grandeur romaine : elle nous en offrira désormais de la valeur française. Trois cents de nos braves s'y dévouèrent en 1 799 , pour couvrir

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