‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 47 sur 66 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la Bosnie.

La Bosnie s'étend depuis l'Albanie jusqu'à la Croatie sur les flancs de la chaîne bosniaque, et elle est formée de quatre principaux bassins , de ceux de la Drina, de la Bosna, du Verbaz et de l'Ounna.

La Drina ou le Drin bosniaque naît, comme le Drin albanais, dans les flancs du mont Scardus; mais elle coule sur son revers septentrional , et elle est for- * mée de deux affluents : du Lim et de la Drina, proprement dite, qui viennent, l'un des bourgs de Priépol et de Préboï, l'autre de ceux de Foccia et de Gorosdé, et qui se réunissent tous deux vers la petite ville de Vitchgrad; d'où le fleuve, en se dirigeant au nord et en séparant la Servie de la Bosnie, descend à Zivornik et va se jeter dans la Save sous le fort de Ratzka. . Priépol et Préboï sur le Lim, et Foccia et Gorosdé sur la Drina, ne sont que des bourgs ouverts; mais. la petite ville de Vitchgrad est environnée d'une enceinte flanquée de tours, et peut avoir trois à quatre mille habitants. On y passe la Drina réunie au Lim sur un pont de pierre, qui paraît être un ouvrage des Ro~ mains.

La ville de Zivornik , au-dessous de celle de Vitchgrad, peut avoir huit à dix mille habitants, et passe pour la meilleure forteresse de la Bosnie, quoiqu'elle ne soit fermée que d'une simple enceinte, -flanquée de tours. Le front du côté de la Servie est bien défilé; mais celui du côté de la Bosnie est dominé de trèsprès, et pourrait être aisément battu.

Ratzka n'est qu'un petit fort étoile, bâti au confluent de la Drina et de la Save, pour défendre l'entrée de la Bosnie du côté de l'Esclavonie.

La Bosna forme le second bassin de la Bosnie : elle naît au pied des montagnes qui vont se rattacher au mont Ivan; et après avoir reçu la Migliaska vers Bosna -Serai, la Lépinitza vers Tarkin et Fognitza, et la Laschva au-dessous de Traunik, elle fait vers l'ouest un grand coude, au fond duquel est Vrandouk, passe à Xepsé et à Maglaï, et va se jeter dans la Save au-dessous de Dobor.

La ville de Bosna-Seraï, capitale de la Bosnie, est située sur la Migliaska, au fond d'un bassin très-fertile et environné de montagnes de granit, riches en métaux et surtout en fer. Ces montagnes forment autour de la ville une espèce de croissant, au sommet duquel est une citadelle quadrangulaire , flanquée de tours rondes et liée à la ville par un petit fort qui la domine, et qui est lui-même dominé par la citadelle. La ville s'élève en amphithéâtre sur la pente du croissant et présente un coup-d'œil agréable; mais elle est sale et mal bâtie à l'intérieur, tandis qu'à l'extérieur elle n'est environnée que d'un simple mur percé de meurtrières. Bosna-Seraï passe cependant pour une des plus grandes villes de la Turkie, et on lui donne

DANS l'EMPlRE OTHOMAN. 3i)J

une population de 60 mille habitants, parmi lesquels les trois quarts sont Turks, et le reste est mêlé de chrétiens du rit grec et du» rit latin. La population turke est remarquable par sa beauté et surtout par son courage; mais elle est inquiète et turbulente: elle jouit cependant de quelques droits municipaux, et elle a un conseil S ayons ou notables de son choix , qui modère l'administration locale, composée d'un mollah ou juge de premier rang, et d'un moutselim ou gouverneur civil. C'est pour cette raison qu'on en a éloigné le pacha ou gouverneur militaire, qui réside ordinairement à Traunik.

Traunik, le siège du pacha, est peuplée de huit à dix mille habitants, et elle est située vers l'un des principaux débouchés de la chaîne bosniaque et vers le confluent de la Laschva et de la Bila, à la tête d'une étroite vallée. Un fort carré, bâti sur une espèce de promontoire , entre les deux torrents, occupe le fond de la vallée et domine la ville; mais il est lui-même dominé par les hauteurs voisines.

Les autres principales défenses de ce bassin de la Bosnie sont toutes au nord de Traunik sur la Bosna. Le premier de ces forts, celui de Vrandouk, n'est environné que de quelques maisons : il est posé sur un pic dans une gorge de la Bosna et ferme exactement cette gorge ; en sorte que l'on ne peut descendre la rivière sans passer sous son feu; mais il y a près de là un sentier, par lequel on peut le tourner. Le fort de Xepsé est environné d'un bourg de deux à trois mille habitants et consiste dans un simple carré à redans, avec un fossé en avant, bordé de palissades. Celui de Maglaï est dominé, et l'on peut en approcher

à trente toises, sans en être vu : il est environné de 200 maisons au plus ; mais ces maisons offrent de loin une assez jolie perspective , parce qu'elles s'élèvent en amphithéâtre sur la rive droite de la Bosna. Le fort de Dobor ne vaut pas mieux que les trois autres, quoiqu'il aif été bâti pour défendre l'entrée du pays contre une armée ennemie qui viendrait de l'Esclavonie, et qui ayant passé la Save sous Brod, voudrait pénétrer dans la vallée de la Bosna.

Le Verbaz forme le troisième bassin de la Bosnie. Cette rivière naît au pied de la chaîne bosniaque audessus de Scopia , descend à Yaïtza et va se jeter dans la Save au-dessous de Banialouka.

Scopia est une petite ville d'environ deux mille habitants, qui n'est défendue que par un petit fort à demi ruiné, quoiqu'elle soit au principal débouché de la chaîne bosniaque. La ville d'Yaïtza, l'ancienne résidence des rois de Bosnie, est située au-dessous de celle de Scopia, au confluent de la Plièva et du Verbaz : elle peut avoir environ trois mille habitants, et elle est fermée d'une muraille crénelée , flanquée de tours, à un angle de laquelle on voit sur une éminence, le long de la Plièva , un fort ou château , qui lui sert de citadelle ; mais on peut en approcher de très - près par un chemin creux, sans en être vu, et le surprendre: il faudrait l'agrandir. Le Verbaz, qui n'en est- qu'à un quart de lieue, fait en descendant vers la Save, un grand coude, au fond duquel est la ville de Banialouka, la plus importante des trois. On lui donne sept à huit mille habitants , et elle est située vers le confluent de la petite rivière de Bania, où l'on a construit.un fort qui domine la ville et qui est lui-même

DANS LEMPIRE OTHOMAN. 399

dominé. Ce fort n'est d'ailleurs enveloppé que par un fossé peu large et peu profond : l'escarpe n'a que dix à douze pieds, et n'est revêtue- qu'en bois. On passe à Banialouka le Verbaz sur un pont de bois, dont les piles sont en pierres : ce qui fait de cette place une bonne position de passage , où les Turks auraient dû construire une grande forteresse, au lieu d'un petit fort.

L'Ounna arrose le quatrième bassin de la Bosnie: elle naît au pied du mont Ghator, qui lie la chaîne bosniaque à la chaîne dalmatique, et coule d'abord vers l'ouest jusqu'au bourg d'Ostrovitza, et même jusqu'à la petite ville de Bihatz ; mais elle tourne ensuite au nord, descend à Novi et va se jeter au-dessous de Doubitza dans la Save, en séparant la Bosnie de la Croatie autrichienne. Bihatz, Novi et Doubitza peuvent donc être regardées comme les trois clefs de la Bosnie.

La petite ville de Bihatz, peuplée de deux à trois mille habitants, est le chef- lieu d'un canton, connu sous le nom de Croatie turke : elle n'est défendue que par un fortin carré, fermé d'un simple mur non terrassé; et comme ce fort est placé dans un angle, qui fait saillie sur un territoire étranger, il serait aussitôt pris que tourné.

Le fort de Novi, au-dessous de celui de Bihatz, est destiné à défendre la petite ville de ce nom ; mais il est dominé sur le front de la campagne, et n'a de ce côté qu'un petit fossé de dix à douze pieds d'escarpe au plus, et deux petits bastions, à moitié ruinés. Ce fort, situé au confluent de la Sanna et de POunna? occupe une très-belle position; toutefois il aurait fallu

le mieux défiler des hauteurs, qui le commandent. Novi est véritablement la clef de la Bosnie, parce qu'en vous ouvrant la vallée de la Sanna, elle vous introduit tout* à-coup dans le cœur du pays.

Au fond d'un coude, que fait l'Ounna entre Novi et Doubitza, est la petite ville autrichienne de Costanitza , où l'on avait établi dans ces derniers temps un entrepôt pour les marchandises turkes, venant à Trieste à travers la Bosnie.

Le fort de Doubitza est encore plus mauvais que ceux de Novi et de Bihatz : il n'est revêtu qu'en bois et ne serait pas à l'abri d'un coup de main. Ce fort est environné, comme tous les autres forts construits sur la ligne de l'Ounna , d'un bourg , peuplé par des Turks et des chrétiens.

Telles sont les principales défenses de la Bosnie, parmi lesquelles on ne peut guère compter que sur celles de Banialouka et de Zivornik, qui ne sont elles* mêmes que des noyaux de camps retranchés.

Page 1