CHAPITRE VI
De la ligne du Tanaïs.
La ligne du Tanaïs va du Borysthène au Donetz ou petit Don , en remontant la rivière d'Orel , descend du Donetz dans le Don ou Tanaïs, qu'elle remonte jusqu'à Donskaïa; d'où elle va à Zarizin joindre le Volga , qu'elle descend jusqu'à la mer Caspienne. Cette ligne a un très grand développement : elle a Kerson à une de ses extrémités, Astracan à l'autre, et Âzof à son centre.
La steppe , qui s'étend sur la mer d'Azof entre le Borvsthène, l'Orel, le Donetz et le Tanaïs, est un plateau relevé vers son centre, d'où descendent la
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Konskaïa et la Berda : l'une de ces rivières coule vers l'ouest dans le Borysthène, et l'autre vers le sud dans là mer d'Azof.
Cette vaste plaine est nue comme celle du Borysthène, et elle est formée d'une roche granitique, qui se montre tantôt à nu et tantôt recouverte de couches calcaires. On aperçoit partout le granit dans le lit de la Berda; mais ce granit n'est point en massifs uniformes , stratifiés en lits horizontaux , tel qu'on le voit dans les montagnes élevées : il est plus ou moins incliné vers la mer, souvent ondoyé, quelquefois brisé par des fentes, et en quelques endroits violemment fracassé, comme par un affaissement. Les couches sont alternativement de granit solide , de granit feuilleté, de granitelle et de gneis. Le granit solide paraît quelquefois comme strié en longs filets, et souvent ondoyé comme un bois veiné: le granitelle est ordinairement mêlé avec du mica étoile, et le gneis se combine ordinairement avec le talc argentin.
La steppe, d'où descend la Berda, est un plateau granitique, qui tantôt s'élève en collines, tantôt s'abaisse en vallons, et qui s'alonge en filons vers l'ouest jusqu'aux cataractes du Borysthène, et vers le nord jusqu'à la crête qui sépare les eaux de FOrcl de celles du Donetz. Les lignes d'Orel, qui traversent cette crête et qui vont du Borysthène au Donetz, étaient autrefois couvertes par quinze forts, liés entre eux par des retranchements en terre; mais depuis que les Russes occupent la Tauride, toutes ces fortifications ont été abandonnées, parce qu'elles n'avaient pour objet que de couvrir leur empire contre les incursions des Tartares Nogais.
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On ne trouve plus aujourd'hui entre le Borysthène et le Tanaïs sur la mer d'Azof que les deux petites places de Pétrouskaïa et de Marioupole , qui lient Or- Rapi à Taganrok et à Azof.
Pétrouskaïa et Marioupole, situées la première à l'embouchure de la Berda, l'autre à celle du Kalmious, n'ont aucune importance; mais Taganrok en a une très-grande sous le rapport commercial, parce qu'elle est devenue, comme Odessa, un des grands entrepôts du commerce russe dans la mer Noire. Cette place, célèbre par la mort d'Alexandre Ier, est une ville nouvelle , bâtie sur un plateau élevé, à l'entrée d'une baie profonde, qui forme proprement le golfe du Tanaïs. La forteresse occupe une hauteur, qui s'escarpe le long de la mer; et l'escarpement seul du rivage la défend de ce côté, tandis qu'elle est défendue sur l'autre , par une enceinte bastionnée flanquée de tenailles et de demi-lunes. À côté de la forteresse est. un carré palissade, où l'on enferme les forçats condamnés aux travaux publics, et auxquels on a fendu les narines et CQupé les oreilles, afin de les reconnaître, s'ils venaient à s'échapper. Le port est au pied de la forteresse , et il est fermé par trois jetées.
Azof est située plus à l'est, au fond du golfe, où se jette le Tanaïs et à 3o verstes au-dessus de son embouchure. Cette ville n'a que de vieilles fortifications, et paraît décliner sensiblement. L'accès en est devenu difficile, à cause d'un banc de sable qui s'est formé aux bouches du fleuve et qui augmente tous les jours : ce qui a détourné le commerce d'Azof sur Taganrok.
Le Tanaïs ou Don naît au lac d'Yvanofskoï vers le
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centre de la Russie, coule d'abord à travers des collines fertiles jusqu'à Véronetz et ensuite à travers des falaises de craie jusqu'à son confluent avec le Donetz: puis il entre dans une plaine unie et rase, qu'il parcourt lentement; et après avoir reçu le Manitch venu de la steppe qui Borde la mer Caspienne, il descend par une petite douce dans la mer d'Azof, divisé en deux branches. C'est sur la branche méridionale qu'est située la ville d'Azof
La première forteresse, que l'on rencontre au-dessus d'Âzof, en remontant le Tanaïs, est celle de Rostof ou Saint-Dimitri, située à l'angle du delta, que forme le fleuve en descendant dans la mer. Cette forteresse consiste simplement en une enceinte à redans, avec un chemin couvert. On voit à une verste de la forteresse une colonie d'Arméniens venus de Natchivao , qui ont abandonné les bords de l'Araxe pour se transporter avec leurs familles et leur industrie sur ceux du Tanaïs; et c'est à tréfate' verstes au-dessus de Saint- Dimitri, que Ton trouve la vilte de Tcherkaz, le cheflieu desCozaques du Don. Cette ville s'élève axi milieu des lagunes du Tanaïs , et son aspect rappelle celui de Venise. Les rues y sont formées par les canaux du fleuve , et les piétons ne peuvent les parcourir qu'en suivant une galerie étroite, qui règne le long des maisons. Quelques-unes de ces maisons sont meublées avec propreté, même avec élégance, et elles ont presque toutes un air d'aisance, que l'on ne rencontre nulle autre part dans ce pays.
Les Cozaques du Don sont dispersés dans cent trente stanitzes lé long du Tanaïs, et l'on évalue leur population à environ deux cent mille hommes, parmi les-
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quels on peut en lever pour l'armée russe 25 à 3o mille : ce sont les Cozaques les plus beaux de la Russie , et même les plus civilisés ; \h ont des écoles dans toutes leurs stanitzes, et une école normale à Tcherkaz, où Ton forme des maîtres pour toutes les autres : ils cultivent quelques terres autour de leurs habitations et ne sont soumis envers l'état qu'au service militaire, qui est pour eux plutôt un plaisir qu'un devoir, parce qu'ils préfèrent les hasards de la guerre aux douceurs de la paix. Jamais leCozaque n'est plus heureux que lorsqu'il est sur son cheval : il languit et meurt dans sa maison. Les chevaux cozaques sont petits et maigres ; mais ils sont infatigables et très-rapides à la course : ce qui les rend très-propres au service des troupes légères.
Le Tanaïs fait au-dessus de Tcherkaz un grand coude vers l'est, au fond duquel est la forteresse de Donskaïa, qui n'est séparée de celle de Zarizin sur le Volga que de 60 verstes. Donskaïa n'a qu'une simple enceinte environnée d'un fossé. Les deux fleuves se rapprochent tellement vers ce point , qu'on les a liés l'un à l'autre par une chaîne de fortifications, allant de Donskaïa à Zarizin : c'est ce que l'on nomme la ligne de Zarizin. Cette ligne part du Tanaïs, remonte la M etchetna , croise un profond ravin qui va tomber dans la Zariza, et descend de la Zariza dans le Volga. Les trois forts de Metchetnaïa , de Gratehi et de Sokora la défendent sur sou centre qui se courbe en dos d'âne , et elle est défendue à ses deux extrémités par les forteresses de Donskaïa et de Zarizin. Il n'y a dans les intervalles que quelques chevaux de frise , et rien ne serait plus aisé que de percer cette ligne, parce que la forte-
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resse de Zarizin pourrait seule faire quelque résistance.
On pourrait cependant fortifier avec plus d'art la ligne de Zarizin : et ce qui vaudrait encore mieux , on pourrait , en suivant le tracé de cette ligne , la border, au lieu d'un fossé , d'un canal joignant le Tanaïs au Volga ; mais pour opérer cette jonction le long de la ligne , il faudrait couper la crête épaisse qui sépare la Metchetna de la Zariza; ce qui présenterait de grandes difficultés. Il serait plus aisé d'opérer la jonction à la hauteur de Kamichinkaïa , si l'on considère la disposition des vallons dans lesquels la Kamichinka d'un côté et de l'autre lllovla ont leurs cours, et le peu d'épaisseur de la crête qui sépare leurs eaux.
Le Volga est déjà uni par des canaux artificiels à la mer Baltique ; et si on l'unissait par un autre canal au Tanaïs, on pourrait isoler l'Europe, et en faire une grande île , pareille à celle de l'Afrique , coupée à l'isthme de Suez. Ce projet est un des plus beaux que les hommes aient jamais conçus; et il est réservé au monarque russe, qui l'exécutera, de changer la face de son empire et peut-être même la route du commerce de l'Asie. En circonscrivant ainsi l'Europe, un vaisseau pourrait faire voile du fond de la Baltique pour le Volga , passer du Volga dans le Tanaïs et du Tanaïs dans la mer Noire, pour revenir par le Bosphore, lUellespont et le détroit de Gibraltar dans la Baltique, après avoir fait le tour de l'Europe, mieux qu'on n'a jamais pu faire celui du monde.
Zazirin est situé au confluent de la Zariza et du Volga. Ses fortifications ne consistent qu'en un rempart bastionné, et elles sont dominées par toutes les
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hauteurs environnantes. Le faubourg , qui s'étend sur le Volga , est habité par des Cozaques.
On descend de Zarizin à Astrakan eh suivant le cours du Volga : on passe à Sarepta, colonie des frères Moraves , et Ton traverse une grande steppe , habitée par des Tartares Kalmouks.
Ces Tartares , quoique mêlés dans les steppes du Volga avec des peuples de la race esclavonne , ont conservé presque sans altération l'empreinte du type mongolique : ils ont pour la plupart la stature petite , la tête renflée vers les tempes et s'amincissant comme un museau vers le menton, la face plate , le front rétréci., les paupières relevées, le nez. court et écrasé, les yeux ronds et forés obliquement, les joues et le menton saillants, les lèvres épaisses , la bouche large , les dents longues et séparées, la barbe forte et rare, les cheveux noirs et rudes comme des crins, les épaules carrées, le ventre proéminent, le flanc étroit, les cuisses et les hanches grosses , les jambes grêles et arquées , la taille courte et ramassée, toute la charpente du corps maigre, anguleuse et couverte d'une peau jaunâtre et comme écailleuse. Leur vêtement consiste dans des braies courtes d'une laine grossière et dans une espèce de manteau de feutre, et ils ont pour tout ornement un collier de plaques de cuivre pendant sur la poitrine , un bouquet de barbe au menton et une houppe de cheveux au sommet de la tête. Leurs armes sont l'arc et la lance, et leur occupation ordinaire, pendant la paix, la garde de leurs troupeaux. Ils vivent du lait et de la chair de ces troupeaux, et ils errent avec leurs femmes et leurs enfants dans de grands chariots, semblables à des tentes. Quand ils ont dévoré les herbes d'un canton, ils passent dans un
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autre; mais Us s'éloignent peu du Volga, et ils sortent rarement de la grande steppe qui s'étend depuis Zarizin jusqu'à Astrakan*
On porte leur nombre à cinquante mille têtes, et ils sont divisés en quatre tribus, qui fournissent chacune a,5oo hommes à l'armée russe, dans laquelle ils font le service de troupes légètes. Ce sont ces Ralmouks que l'on a vu dans les dernières guerres d'Europe traverser la Pologne, l'Allemagne et l'Italie, et venir jusque sur nos frontières effrayer par leur accoutrement bizarre, autant que par leur laideur, nos femmes et nos enfants.
Le Volga, dont ils occupent le cours inférieur, est formé de deux grands affluents, qui descendent, l'im du plateau valdaïque , l'autre soUs le nom de Kama du plateau ouralique, et qui se réunissent tous deux à Cazan; d'où le fleuve en se dirigeant d'abord au sud, et puis à l'ouest , semble aller vers Zarizin chercher , comme le Tanaîs, Une issue dans la mer d'Asof; mais repoussé par les collines sablonneuses, » interposées entre les deux fleuves, il se détourne vers l'est, et Ta se jeter dans la mer Caspienne par une infinité de bouches, qui absorbent presque toutes ses eaux; en sorte qu'il disparaît, comme Je Rhin et le Danube, au milieu de ses alluvions.
C'est sur la principale de ces bouches qu'est situé Astrakan, à environ 4<*> verstes au nord de la mer Caspienne. Cette ville jsst bâtie au milieu des lagunes du fleuve : se$ maisons diversement peintes et son immense étendue lui donnent de loin un aspect imposant; mais de près elle ne présente que des rues étroites, tortueuses, et des égoûts infects. La citadelle est sur une colline, et sa situation avantageuse fait toute sa
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force. De l'autre coté de la citadelle est l'arsenal de la marine, emplacement carré fermé par un simple grillage en bois. Astrakan est le marché commun de l'Europe et de l'Asie. Sa population n'est guère que de [\o mille habitants; mais elle s'élève jusqu'à 60 mille dans le temps des foires. On y fabrique des maroquins rouges et jaunes très * renommés , et elle tire de la Perse des soie& écrues, qu'elle répand dans toute l'Europe. Les vignes , cultivées dans ses environs, donnent un vin faible, mais piquant et agréable, qui ressemble au Champagne mousseux. On arrose ces vignes pendant l'été, pour les préserver de la chaleur; et pour les préserver dii froid ? on l$s couvre de terre pendant l'hiver : c'est qûç le territoire d 'Astrakan, placé sous un ciel toujours serein et au milieu d'une plaine unie et déserte, est brûlé par le soleil pendant l'été, et gelé par le froid pendant l'hiver.
Astrakan est la Venise de la mer Caspienne. La mer Caspienne est une mer d'une forme oblongue, qui ne communique 4veç aucune autre, et qui s'étend, comme F Adriatique , du nord au sud. Toute sa côte orientale çst bordée de récifs et presque inaccessible; mais sa côte occidentale offre dans les rades de Derbent, de Bakou et de Rescht quelques abris heureux; Au sud et à l'opposite d'Astrakan , est la rade et la ville d'Astrabad , le point de la mer Caspienne le plus- voisin du bassin de l'Indus et celui qui deviendrait l'entrepôt du commerce de l'Inde, si la route de la mer Caspienne lui était rouverte : ce qui ferait d'Astrabad et d'Astrakan deux des premiers comptoirs du monde.
La grande steppe, qui s'étend depuis les bouches du Volga jusqu'à celles du Tanaïs et depuis la mer
Caspienne jusqu'à la mer d'Âzof, est une grande plaine unie, comme la mer, et elle n'est coupée que par la Kouma et le Manitch, dont l'une coule à l'est dans la mer Caspienne , et l'autre à l'ouest dans le Tanaîs. La crête, entre les deux versants, est à peine sensible; mais elle se relève au sud vers le Caucase, pour séparer les eaux du Térek de celles du Kouban, et elle est reconnaissable vers le nord à cette traînée de petites collines qui courent entre le Tanaîs et le Volga et qui, en se prolongeant jusqu'à Samara, semblent vouloir unir la chaîne caucasique à celle des monts Ourals.
La Kouma sort du pied du mont Caucase au-dessus de Grégorief, et coule d'abord du sud au nord; mais parvenue dans la plaine au pied du plateau, qui la sépare du Manitch , elle se détourne à l'est et va se jeter dans la mer Caspienne au-dessous de Koumskaia. Le Manitch au contraire naît sur le plateau même, au centre de la steppe, coule vers l'ouest; et après avoir traversé le lac de Manitchkoï, il va se jeter dans le Tanaîs au-dessus de Tcherkaz. Le plateau, qui divise leurs eaux, est parsemé de petits marais salants , et paraît être le fond d'une ancienne mer.
La vallée inférieure de la Kouma est d'une pente presque insensible et ressemble à un lac desséché, tandis que la vallée du Manitch est plus inclinée et s'abaisse en gradins plus ou moins larges vers le Tanaîs et la mer d'Azof. La Kouma n'a qu'un lit peu profond avec un faible volume d'eau , et son cours est si lent , qu'on a de la peine à le deviner : le Manitch au contraire route un assez gros volume d'eau dans un lit très -encaissé, et file trois à quatre nœuds à l'heure. Les prairies, qui
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le bordent des deux côtés, paraissent comme des îles de verdure semées au milieu d'un vaste désert, et elles nourrissent un nombre infini de bœufs, de buffles et de chevaux : c'est là que les Tartares Kalmouks ont établi leur camp d'hiver.
Il paraît que c'est par les deux vallées de la Kouma et du Manitch , que la mer Caspienne communiquait autrefois avec la mer d'Azof et avec la mer Noire, et que ces trois mers réunies formaient alors un seul bassin , pareil à celui de la Méditerranée. Tout prouve l'ancien mélange de ces mers : l'identité des coquillages et des plantes marines qui tapissent leurs fonds , le peu d'élévation de leurs côtes, le niveau du terrain intermédiaire, sa faible inclinaison et la -croûte saline dont il est recouvert.
Les anciens attribuaient la séparation de la mer Caspienne et de la mer Noire à la rupture du Bosphore thracique et de l'Hellespont, qui ouvrit à leurs eaux un passage dans la Méditerranée, et causa l'inondation de l'Archipel et le déluge de Deucalion. Sans vouloir infirmer cette ancienne tradition , il me semble que l'on pourrait attribuer la séparation des deux mers à d'autres causes , telles qu'aux alluvions du Tanaïs, du Volga, du Kouban et dii Térek, qui auraient insensiblement comblé le bassin intermédiaire, ou à la diminution progressive de tous ces fleuves qui ne versant plus assez d'eau dans leur bassin commun pour suffire à son évaporation, l'auraient laissé peu à peu se découvrir par l'effet des exhalaisons et auraient ainsi séparé les deux mers, comme la mer Caspienne a été depuis séparée de la mer d'Aral, et comme la mer Noire le sera peut-être un jour de la mer d'Azof.
Ce qu'il y a de certain , c'est que la mer Caspienne a baissé de niveau depuis l'époque de la séparation, et qu'elle est maintenant plus basse que la mer Noire d'environ 5o pieds.
Il paraît que la mer Caspienne, depuis Hérodote, s'est retirée du coté du nord de plus d'un degré et demi,ft que son étendue en largeur a diminué de plus d'un tiers, que la mer d'Àzof s'est aussi rétrécie, et que la mer Noire a subi de grands changements dans tout son pourtour septentrional , depuis le Niester jusqu'au Phase.
Tout le terrain, entre les deux mers, est uni ou légèrement ondulé, et présente une vaste plaine nue, qui n'est ombragée par aucun arbre et qui ressemblerait aux déserts chauves de l'Arabie, si elle ne se couvrait au printemps d'une forêt de plantes ligneuses, comme d'un immense tapis de verdure.
C'est dans cette zone qu errent les divers peuples, descendus du plateau de la Tartane, et qui, arrêtés dans leurs courses par le Caucase et la mer Noire , n'ont pas encore pu émigrer vers des climats plus doux.
. Ces peuples sont presque tous pasteurs , et il y en a peu parmi eux, qui soient devenus cultivateurs. Lear vie pastorale et la dureté de leur climat les ont en* durcis aux fatigues et aux courses, et ils sont plus propres que les autres peuples au métier de la guerre : aussi dans tous les temps en ont-ils été la terreur. Ce sont ces peuples qui inondèrent jadis l'empire romain et qui auraient conquis toute l'Europe , si nos pères , sous Aëtius , ne les avaient exterminés dans les plaines de la Champagne : ce sont eux , qui de nos jours ont
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pénétré avec les armées russes dans toute l'Allemagne et jusque sur les marches de la France et de l'Italie. Les dernières guerres des Russes en ont fait périr un grand nombre, et ils sont aujourd'hui elair-semés dans leurs déserts ; mais s'ils viennent jamais à s'y multiplier, ils deviendront encore une fois l'effroi de l'Europe.
La frontière de l'Europe finit de ce côté aux lignes du Manitch et de la Kouma, et c'est là que commencent avec l'Asie les lignes du Caucase.