CHAPITRE PREMIER
Des lignes du Caucase.
Dans la première partie de cet ouvrage je me suis élevé du fond de la Grèce jusqu'au Caucase , en faisant le toiy: de la Turkie d'Europe : je vais dans celle-ci descendre du Caucase jusqu'en Egypte, en faisant le tour de la Turkie d'Asie.
Le Caucase est une chaîne de montagnes qui se
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prolonge oomnfe tin feihpart depuis la mer Noire jusqu'à la mer Caspienne et qui se pyramide au mont £1- Bourous et au mont Kasbeg, autour desquels tous les autres mont^ semblent se grouper. Cette chaîne a près de deux eents lieues en li^ne droite^ et offt^ un massif aussi étendu et encore plus élevé que les Alpes, puisqu'on donne à l'EI-Bourous une élévation de 54î^5 mètres au - dessus du niveau de la mer. Sa crête est déx^oupée sous mille formes bizarres, et elle s'élève tantôt en cône, tantôt en pyramide, et quelquefois elle paraît si régulièrement dentelée {lar les glaces et les neiges, qu'on la prendrait de loin pour un mur crénelé : ce qui semblé expliquer la fable de Prométhée que les dieux y avaient attaché avec des pointes de diamant, pour le punir d'avoir dérobé le feu du ciel. I^es plus hautes sommités sont granitiques ; mais leurs flancs sont fieiôoliverts ne schistes et de grès, et déclinent souvent en promontoires ^ et en vallons d'argile. Le calcaire ne se montre à nu que sur le littoral, et on le voit rarement en massifs dans les hautes vallées. LêS pentes sOîlt très*efe<îârpée's au nord , à l'ouest et à l'est ; mais elles sont moins brusques vers le sud , et elles s'abaiàseiit entre les deux mers comme les gradins d'un vaste amphithéâtre.
Le Caucase offre une des régions les plus variées du globe. Son front est couronné de neiges éternelles, tatidià vjue ses fettcfe sont fetouverts .d'àrbi*es et de pâtclt^ag^^ ; niài^ ttést priacipalemeht ^U^ le flaA^ méridiotïàl que se déploie tout le luxe de la végétation. La vigne v.éuvr^ tôii$ tes coteàulc : les plus belles prairies tapissent le fond des vallées, et l'olivier, le figuier^ le grenadier et le laurier descendent en longs rideaux jusqu'à la mer.
DATTS l'empire OTHOMAIT.
Sur le flanc septentrional coulent le Kouban et le Térek, et si^r le flanc mériâtoûal le Phase et le Konr: ces fleuves présentent sur les deux flancs deux lignes d'eau presque continues, qui sont comme les deux fossés d'un immense rempart, interposé entre l'Europe et l'Asie.
La ligne du Kouban et du Térek se prolonge de la mer Noire à la mer Caspienne à travers cette grande vallée oîi le^ deux mefs ont autrefois confondu leurs .eaux. Deux routes coupent cette vallée du nord au sud : Tune part d'Aizof , Tautre d'Astrakan , et elles se réunissent toutes deux vers les sources de la Kouma à Grégorief ; d'où elles conduisent en Géorgie à travers le Caucase. Ces deux routes traversent des steppes nues, oii l'on ne rencontre pas un seul arbre, pas même une maison, excepté aux relais de la poste. La route d'Astrakan traverse la Kouma vers son confluent avec la Bibula et vers les ruines de Madjar, qui ne consistent plus qu'en trente-deux tombeaux de rois tarlares, et elle n'est indiquée par aucun établissement militaire; mais celle d'Azof l'est par quelques petits forts en terre , où l'on a placé des postes de Cozaques. Cette dernière route est la route militaire de Ia> Russie en Géorgie, et elle est absolument nue, comme l'autre, jusqu'au fort de Donskaïa, éloigné de 35o verstes d'A* zof ; mais à Doqskaîa le terrain commence à se rompre et à se couvrir d'arbres, et l'on s'élève, à travers un pays agréablement ondulé, au fort de Moscofskaïa, qui n'est plus séparé de la forteres&e dé Stauropole, que par une colline boisée.
Stauropole est une forteresse nouvellement bâtie dans un vallon riant ^^ fertile, au pied du grand con-^ tre-fort du Caucase, qui sépare les eaux èéÈ deux mers.
Cette forteresse n'est fermée que d'un mur à redans et d'un fossé; maïs on pourrait ajouter à sa force, si l'on voulait y construire quelques batteries casematées.
Depuis la forteresse de Stauropole jusqu'à celle de Grégorief, nommée par d'autres Géorgief et située vers les sources de la Kouma, le chemin continue à s'élever; mais il descend ensuite, à travers un terrain très-accidenté, de la forteresse de Grégorief à celle d'Ekathéringrâd. La forteresse de Stauropole est liée par les forts d'Alexandrof et d'Andréïa à celle de Grégorief, et la forteresse de Grégorief l'est à celle d'Ekathéringrâd par les forts de Marienskaia et de Paulofskaïa.
La forteresse de Grégorief n'est environnée, comme celle de Stauropole, que d'un mur a redans et -d'un fossé; mais celle d'Ekathéringrâd, située dans la vallée de la Malka, qui va à la vers tes de là se jeter dans le Térek, a été tracée sur un meilleur plan : elle est formée de deux bastions et de deux grands redans, revêtus d'un mur en briques. Le site en est beau et bien choisi : elle occupe un plateau élevé, qui domine la vallée; mais elle n'occupe pas toute l'aire du plateau , et elle laisse à la queue du glacis des terrains vagues, d'où on pourrait la foudroyer. Il faudrait l'agrandir. La place est environnée d'une grande esplanade , autoui: de laquelle on doit bâtir trois faubourgs séparés les uns des autres par des allées et des bosquets: il paraît qu'on veut faire d'Ekathéringrâd la principale forteresse des lignç^ .du Caucase.
La chaîne des forts, qui se prolonge depuis Stauropole jtisqu'à Ekathéringrâd et^^ont Grégorief occupe le centre, unit la ligne du Kouban à celle du Térek;
DANS L*EMPIRE OTHOMAIf. S
car Staaropole n'est plus séparée du fort Nîcolaia , situé sur la rive droite du Kouban , que par un contrefort du Caucase ; et Ëkathéringrâd ne l'est plus de la forteresse de Môsdok, située sur la rive gauche du Térek, que de 35 verstes.
Ije Kouban et le Térek descendent des deux plus hautes sommités du Caucase, le premier du mont £1- Bourous, le second du mont Kàzbég, et coulent d'abord du sud au nord; mais parvenus dans la plaine, l'un près de Nicolaîa, l'autre près d'Ekathérîngrâd, le Kouban seUétourne à l'ouest pour aller se jeter dans la mer Noire vers l'île de T^man, et le Térek se courbe à l'est pour aller se jeter dans la mer Caspienne au-dessous de Kistar.
La ligne du Térek est défendue par Mosdok, Naour et Kislar, et celle du Kouban par Nicolaïa, Kaukaskaîa, Ekathérinodar et Kopiel.
On descend d'Ekathéringi<âd à Môsdok , d'abord en côtoyant la Malka et puis le Térek par un cheminT uni, tantôt de niveau avec le lit du fleuve, tantôt un peu plus élevé, et presque partout bordé d'une baie vive, ressemblant à celle d^un jardin. On se croirait tout à coup transporté dans un pays anciennement civilisé.
Môsdok, située sur la rive gauche du Térek, n'est, comme la plupart des autres forteresses de cette ligne, qu'un grand carré, bordé par le fleuve sur un côté, et fermé sur les trois autres par un simple mur en terre, flanqué de redans. Sa position, au milieu des bois et des prairies, est très - agréable ; et quoique récemment bâtie, elle a déjà une population de cinq à six mille habitants, composée d'Arméniens, de Géor-
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giens et de montagnards du Caucase. Les Arméniens et les Géorgiens professent la religion chrétienne , et les montagnards du Caucase la religion musulmane*
Les bords du Térek sont parsemés de beaux bouquets de bois et peuplés d'outardes et de faisans. La route côtoie le fleuve, depuis Môsdok jusqu'à Kislar : à 25 verstes de Môsdok, on trouve une stanitze de Co« zaques nommée Golougaï , et à 3^ verstes plus loin la petite . forteresse de Naour, la plus peuplée des sta* nitzes des Cozaques du Térek. Cette stanita^, ainsi que les autres , est fermée par un mur éif terre à redans, environné de chevaux de frise.
De Naour à Kislar il n'y a plus que iio verstes. On traverse à mi-chemin le camp retranché de Chédrin, et l'on arrive à Kislar, en longeant la rive gauche du Térek. Kislar est encore à 70 verstes de la mer Caspienne. Cette forteresse est un pentagone irrégu*' lier et non revêtu, avec un fossé et un chemin couvert : elle a environ trois mille habitants.
Le Térek se divise au-dessous de Kislar en plusieurs branches. Sur la principale est une redoute qui défend l'entrée du fleuve, et sur une autre l'ancienne ville de Terki, qui n'offre plus aujourd'hui que des ruines, des masures et des marais. Telles sont les principales dé« fenses de la ligne du Térek.
Celle du Kouban est défendue par les forts Nicolaïa , Kaukaskaïa , Ëkathérinodar et Kopiel , qui bordent le fleuve depuis sa sortie des montagnes jusque vers son embouchure : ces for^ ne sont guère que des carrés fermés; mais celui de Kopiel a été construit avec plus d'art , et l'on y a ajouté des redans aux angles. Kopiel est situé à la pointe du Delta , qui divise
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]e$~«aux du ILoubàB et qui eu détourne une partie da^s U mer d'Av^of et l'autre dans la mer Noire,
Le Delta, qu'embrasse le (.ouban à 90n emboif^ chure, est l'île de Taman, autrement dite de Phanagorie. Cette île peut avoir 60 verstes de loiig sur 4o de large 9 «t elle est couronnée vers son centre par une montagne qui paraît très-élevée, parce qM'elle pose immédi^teniept sur la mer; mais elle n'a pas plus de cent piedp d'élévation. Les bancs, dont elle est formée, mn% presque tous d'argile, et ils ont si peu de oon^istauce , qu'en les gravissant , on croit marcher sur un sol mouvant. On ne trouve dans le .reste de l'île quç des couches de limon mêlé avec du sable et des coquilles marines.
L'île de Phanagorie offre à peu près le même aspect et la même nudité que la péninsule de Panticapée, située de l'autre coté du Bosphore Taurique, et elle n'est défendue que par la forteresse de Taman , consistant en une simple enceinte flanqnée de tours.
La forteresse de Taman est à l'entrée du Bosphore du coté de la mer Noire , et elle est environnée de pe* tites collines, du sommet desquelles jaillit un Union mêlé de pétrole, qui se répand sur tout le sol environnant. Ce sol , saturé de pétrole, est un schiste jaunâtre, strié en feuillets très-minces, que l'on emploie avec succès à la &brication de l'alun*
Le Bosphore ou détroit Taurique est très-irrégulièrement découpé devant Taman , et il est composé de bancs argileuse , 4pi^^ ^% angles se correspondent : ce qui prouve que sa rupture a été l'effet d'une éruption, volcanique, De la pointe, où est Taman, se détachent denx de ces bancs argileux : l'un coupe le Bosphore
parallèlement à Tîle de Phanagarie, l'autre diagona'lement : celui-ci s'approche tellement de la Tauride , qu'il ne laisse qu'un chenal étroit aux vaisseaux allant d'une mer dans l'autre. Taman termine à l'ouest la ligne du Kouban, comme Terki termine à l'est celle du Térek. L'île de Taman est habitée par des Tartares Nogais.
Les lignes du Kouban et du Térek sont unies entre elles par la forteresse de Grégorief , qui se lie d'un . côté par Ekathéringrâd à la ligne du Térek, et de l'autre par Stauropole à celle du Kouban ; et c'est pour se garantir des incursions des montagnards du Caucase, et en particulier des Tcherkesses, que les Russes ont élevé d'une mer à l'autre cette immense ligne de fortifications et qu'ils l'ont bordée de Cozaques , venus du Don et dn Borysthène.
Les Tcherkesses, plus connus parmi nous sous le nom de Circassiens , sont répandus sur tout le revers septentrional du Caucase; mais on les trouve réunis en plus grand nombre vers les sources de la Kouma , dans les vallons fertiles de ce grand contre-fort, qui sépare les eaux des deux mers, et d'où ils se portent dans leurs incursions par la rive méridionale du Kouban jusque sur les bords de là mer ISoire. Leur pays a été long-temps connu en Europe sous le nom de Kabarda ; et quoiqu'il ait été enclavé par les derniers traités dans l'empire russe, il est toujours demeuré indépendant/
Les Circassiens sont renommés dans toute l'Europe et l'Asie pour leur force, leur courage et leur beauté. Ils ont la taille haute et élancée, les hanches et les épaules fortes, la poitrine large, la tête ovale, le pro-
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fil du visage droit, les yeux grands et pleins de feu, les sourcils épais et bien arqués, la peau blanche, tous les traits réguliers et fortement exprimés ; mais ils ont quelque chose de dur dans le regard. Les femmes, avec la même régularité dans les traits, ont plus de douceur dans la physionomie et des formes mieux arrondies: elles sont surtout remarquables pour la beauté de leurs yeux et l'éclat de leur teint. Mais ce qui les distingue , comme les hommes, c'est qu'elles ont la partie inférieure du corps très -saillante, et qu'elles sont trop minces au-dessus des hanches : défaut que l'on attri* bue à l'usage généralement adopté de serrer le corps des enfants avec des ceintures de cuir.
Les Circassiens ont le visage rasé; mais ils ont des moustaches, comme les Turks, et leur habillement a quelque ressemblance avec celui des Romains. Iicur cou est nu. Ils portent une ample tunique qui descend en plis ondoyants jusqu'au genou, et qu'ils assujétissent sur les reins avec une ceinture , et par-dessus la tunique un manteau de feutre, attaché sur l'épaule gauche et laissant à nu l'épaule et le bras droits. Leur coiffure est un bonnet fait en pain de sucre, et leur chaussure des brodequins attachés sur le pied avec des courroies. Les femmes portent sur la tunique une robe qui leur couvre tout le corps, et les guerriers une simple cotte de mailles au lieu de tunique. Leurs armes de main sont le sabre et la lance, et leurs armes de jet l'arc ou le fusil à mèche.
' Ces peuples sont divisés en hordes ou tribus, et les tribus subdivisées en aouls ou villages. Chaque village a un chef particulier nommé usdem, et toute la tribu un chef suprême que l'on nomme bejr : ce qui forme
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trois classes distinctes parmi Mes Circassiens, les bey^ ou princes, les usdems ou nobles et les paysans ou serfs. Les paysans cultivent la terre ou pourrissent les bestiaux en temps de paix , et font le métier de soldat en temps de guerre. Us sont les vassaux des nobles, et les nobles sont les vassaux du prince; mais ce vasselage est bien différent pour Içs uns et pour les autres. Les nobles ne sont obligés que de suivre le prince k la guerre; mais les paysans ne sont pas obligés seulement d'y suivre aussi leur usdem, ils le sont encore de travailler pour lui ou de lui payer un tribut annuel. Le prince vit de ses propriétés particulières, et il peut saisir celles de l'usdem , quand celui-ci refuse de rem* plir les devoirs du vasselage; mais l'usdem à son tour a le droit de transporter son hommage à un autre prince , dès qu'il se croit oppi^imé : ce qui tempère à la fois l'orgueil du noble et le pouvoir du prince. La noblesse circassienne ressemble à celle qui existait au-trefpis en Allemagne : c'est une noblesse purement féodale. Il n'y a plus aujourd'hui que quelques tribus circassiennes errantes : les autres se sont fixées dans les vallons ou sur les plateaux des moptagnes, et elles y ont formé des villages, autour desquels on cultive les meilleures terres. Quand il n'y a point d'eau dans le voisinage, on en amène avec art du ruisseau le plus voisin, et une ardoise posée de champ est la simple écluse dont on se sert pour couper et pour diriger son cours. Chaque village forme un grand carré qui n'a qu'une porte,, et lusdem en garde l'entrée, pour garder à la fois toutes les maisons. Ces maisons sont à un seul étage, et elles sont faites d'un simple treillis dosier recrépi d'argile et couvert de chaume. Le mari
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occupe pour l'ordinaire une maison séparée de oelle de s^ femme et de. ses enfants , et il ne se réunit à eux que pour les repas : de sorte qu'en Circassie, comme en. Barbarie , on compte le nombre des familles par celui des chaudières. Cette coutume des deux sexes d'habiter des maisons séparées est très* ancienne chez ces peuples, et elle peut avoir donné naissance à l'histoire des Amazones»
Les Circassieqs parlent un dialecte tartare, qu'ils écrivent avec des caractères arabes. Leur religion consiste purement en pratiques; et quoiqu'ils vénèrent également la bible et le koran^ ils violent sans scrupule tous les serments faits sur l'une ou sur l'autre. Ils n'ont du reste point de lois écrites, et ils se gouvernent par de simples coutumes. La nation s'assemble dans les grandes affaires : le prince propose, les nobles délibèrent, et les vieillards d'entre le peuple acceptent. On a dit que leurs coutumes autorisaient le vol. La vérité est qu'elles ne le punissent que lorsqu'il est fait dans la tribu du voleur ; et cette peine , qui n'est que la restitution du double de la chose volée, est si douce, qu'elle paraît manifester moins un délit, qu'un penchant général. Ils ont peu d'industrie : toute la leur consiste à fabriquer une espèce de feutre qui leur sert de manteau , et un drap grossier dont ils font des habits pour eux et des housses pour leurs chevaux. Us achètent des cottes de mailles des Abazes, des lames de sabre des Lesghis, des armes à feu des Turks et des Persans, et ils payent toutes ces marchandises avec des esclaves des deux sexes, qu'ils font d^ns leurs incursions. LWt de diriger ces incursions est toute la science de leurs princes, et le premier de leurs arts. Le second est de
dresser des chevaux , d'où dépendent leurs succès dans la guerre. Us prennent autant de soin de ces chevaux que les Arabes en prennent des leurs: ils soignent surtout les belles races et les beaux poulains, et pour ne rien ôter à ceux-ci de leur fierté , ils les laissent paître en liberté dans les champs, bien sûrs de les retrouver, quand ils en auront besoin , parce que chaque propriétaire leur fait appliquer sa marque sur le dos. Lies princes sont élevés loin de la maison paternelle, sous les yeux d'un noble ou d'un prince voisin, qui les exerce de bonne heure au brigandage, et qui prend plus de soin de leur former le corps que l'esprit. Ces enfants de rois, comme ceux de l'ancienne Grèce, ne rentrent jamais sous le toit paternel , qu'ils ne se soient illustrés par quelque exploit guerrier et même ' par quelque meurtre, ou qu'ils n'y soient rappelés par la mort de leur père. Dans quelques tribus, on les porte, dès qu'ils sont nés, de village en village, et ils sont nourris successivement par toutes les paysannes qui ont alors des nourrissons : ce qui semblerait devoir établir entre le prince et ses sujets une sorte de fraternité, mais ce qui n'est regardé parmi eux que comme un devoir du vasselage. Tous les jeunes paysans sont exercés au maniement des armes et mis à la disposition de l'usdem, depuis l'âge de i5 ans jusqu'à celui de 5o. Quant aux jeunes filles, elles sont toutes condamnées aux travaux des champs ou du ménage : seulement on apprend à quelques-unes d'elles à broder^ à chanter et à danser, parce que ces talents leur doû» nent un plus haut prix, quand elles sont vendues aux étrangers. Dès qu'une fille est née, on lui met au-dessus des reins une ceinture de cuir, qu'on remplace
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par une autre, quaod la première se déchire par la croissance des chairs; mais cette ceinture, qui leur forme la taille et la gorge, leur gâte les hanches et les épaules. Dans la première nuit des noces, le mari coupe cette ceinture avec un poignard : coutume qui produit souvent des accidents et des surprises, mais qui donne aux mariages circassiens un air de mystère qui les embellit. Le principal présent de noces est un voile, comme pour faire entendre à la mariée que, son choix fait, elle doit rester cachée aux autres hommes. Les. filles voient librement les jeunes gens avant le mariage, mais elles ne voient plus ensuite d'autres hommes que leurs maris : encore ne les reçoivent-elles, hors le temps des repas, que furtivement et à la dérobée^ comme les femmes de Sparte.
Les usdems, étant pris parmi les paysans, ne reçoivent pas une éducation plus soignée; mais la supériorité de leur rang leur donne plus de fierté et une sorte de dignité dans les manières. Ces usdems sont des espèces de clievaliers qui ont soumis les peuples du Caucase à un système de féodalité, semblable à celui que les Spartiates avaient introduit à Lacédémone et les chevaliers Teutons en Allemagne; et c'est ce système de chevalerie, que les Mamelouks, pour la plupart d'origine circassienne , avaient transporté des bords du Kouban sur ceux du Hil.
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