CHAPITRE II
Des routes qui traversent ou qui tournent le Caucase.
Trois routes conduisent des lignes du Kouban et du Térek dans la Géorgie : la première tourne le Caucase le long Ae la mer Noire, la seconde le tourne le long de la mer Caspienne , et la troisième le traverse vers son centre, au col, d'où sort le Térek. Celui, d'où descend le Kouban, n'a point été exploré, parce qu'il est presque en tout temps couvert de neige : mais partout ailleurs la chaîne est impraticable, et l'on ne peut passer d'un revers à l'autre que par des échelles ou par des trous, percés dans le rocher, qui ne sont accessibles qu'à des montagnards et à des piétons.
La route, le long de la mer Nbire, est noyée vers le nord dans les eaux qui s'épanchent du Kouban, et elle est défendue vers le sud par les forts d'Anapa, de Soudjouk'-Kaleh et de Ghélindjik.
Anapa, que l'on trouve sur la côte de la mer Noire, après avoir tourné le Caucase^ est à huit lieues du bras méridional du Kouban , Soud jouk-Kaleh à neuf lieues d'Anapa, et Ghélindjik à quinze lieues de Soudjouk- Kaleh. Depuis le Kouban jusqu'à Anapa la côte .est basse et sablonneuse : elle se relève ensuite et se hérisse de montagnes qui descendent brusquement dans
DANS l'eMI>ÎRK OTHOMAIV. IJ
la mer^ mais qu'une armée pourrait traverser vers leur base, en se faisant éelâirer des hauteurs environnantes.
Le fort d'Anapa n'est qu'une batterie à quatre embrasures, fermée à sa gorge par un fossé, dout on a jeté les terres en dehors. La partie de la côte, sur laquelle s'appuie la batterie, est un escarpement de rochers cdupés à pic sur 60 à 80 pieds de haut : on aurait donc pu substituer à cette batterie un simple mur crénelé, qui, en suivant le contour de l'escarpement, l'eût flanqué naturellement et eût ainsi mieux défendu les approches de la rade d'Anapa, le grand marché des peuplades voisines. Ce marché est surtout trèsfréquenté par les Circassiens, et l'on compte à Anapa près de trois mille habitants. *
Le fort de Soudjouk-Kaleh est un carré en maçonnerie de 1 10 toises de côté, avec des tours à pans aux angles, et des créneaux aux courtines. La hauteur du revêtement est de 18 pieds jusqu'au cordon, et de 6 pieds du cordon à la crête du parapet. Ce fort défend une baie formée par un ruisseau qui coule entre deux contre-forts du Caucase.
Deux autres contre*"forts embrassent le port de Ghélihdjik, le meilleur de la côte. Ce port est assez vaste pour recevoir les plus grands vaisseaux^ mais la redoute, construite à son entrée, n'a ni la capacité ni la solidité nécessaires pour résister à un coup de main: on devrait la remplacer par un fort carré, et élever sur la pointe opposée une batterie retranchée, dont les feux pourraient se croiser avec ceux du fort. Les forteresses d'Anapa, de Soudjouk-Kaleh et de Ghélindjik sont les ttx>is échelles de la mer Noire, où les Circassiens venaient autrefois vendre leurs esclaves aux Turks; et
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voilà pourquoi ceux-ci y attachaient une si grande importance, et n ont jamais voulu jusqu'à présent les céder aux Russes.
Au-delà de Ghélindjik commence la cote des Abazes, très-resserrée par les différentes branches du Caucase. On n'y voit plus que quelques vieux fortins, parmi lesquels ceux de Soubachi, de Mamaï et de Soutkaleh sont les plus remarquables, parce qu'ils sont situes au fond des baies les mieux abritées. La baie d'Ardler, £|u sud de celle de Soutkaleh , n'est qu'une rade ouverte • et c'est au-delà d'Ardler, qu'est le fameux défilé connu sous le nom de Gagra, jadis fermé par un mur, dont on voit encore les vestiges. Ce défilé est4*esserré entre la mer et une moiktagne coupée à pic, et on pourrait aisément le défendre avec quelques ouvrages de fortification : c'est la position la plus importante de cette côte sauvage, et elle était autrefois défendue par la forteresse de Pithyonte, située au fond d'une baie, oii l'on ne voit plus qu'un vieux monastère abandonné , autour duquel sont groupées douze à quinze maisonnettes, habitées par des chrétiens. Pithyonte était la dernière place de l'empire romain. On connaît encore ce lieu sous le nom de Pitsounda. La baie de Pitsounda est vaseuse; mais le fond en est bon, et l'on pourrait y établir un chantier de construction, pour exploiter les forêts voisines, riches en bois de construction.
La baie de Soukoum-Kaleh n'est plus éloignée de celle de Pithyonte que de 1 5 lieues. Cette baie ne paraît pas aussi bonne, parce qu'elle est ouverte aux vents du sud; mais elle, a cet avantage sur l'autre, qu'elle est défendue par une forteresse , et on pourrait * la garantir des vents traversiers, en y construisant un
DANS l'empire OTHOMAN. l'J
môle. La forteresse de Soukoum-Kaleh est un carré en maçonnerie , flanqué de quatre bastions aux angles. On y voyait, sous la domination des Turks, une population de deux à trois mille habitants; mais cette population est réduite à une soxaintaine de familles chrétiennes, depuis que la forteresse est tombée au pouvoir des Russes. Au-delà de Soukoum-Kaleh, vers l'embouchure d'un petit ruisseau , sout les ruines d'une ancienne ville qui paraît avoir été celle de Dioscuriade, à moins que l'on n'aime mieux placer cette ville autour d'une vieille enceinte abandonnée , que l'on trouve au sommet d'une montagne escarpée, entre Soukoum- Kaleh et le village de Soouk-Sou , et qui doit avoir été très-solidement construite, puisque les murailles en existent encore.
La côte des Abazes, ou ce que l'on nomme l'Âbazie, finit à la forteresse de Soukoum-Kaleh et aux ruines de Dioscurîade. IjCs Abazes, par leur teint basané, leur visage rétréci et comprimé sur les côtés, par leur corps grêle et leurs jambes arquées, paraissent être d'une race différente de celle des autres peuples du Caucase. Quelques voyageurs les ont regardés comme les descendants d'une colonie égyptienne, établie par Sésostris sur la côte septentrionale de la mer Noire; mais ils sont plus vraisemblablement les descendants des Tartares Mongols, venus à la suite de Gengis-Khan, si l'on en juge par leur resemblance avec les Tartares Nogais, dont ils ont conservé quelques usages et adopté la religion. Ils sont comme eux à demi pasteurs et à demi cultivateurs , et ils vivent du produit de leurs troupeaux et de celui de quelques terres à demi-éboulées qu'ils cultivent au milieu des